FIE V UES
rus vaccin. On la pratique de la manière suivante : la meilleure méthode consiste h vacciner de bras a bras, c’est-àdire à prendre le liquide dans la pustule de la personne vaccinée et à l'inoculer de suite dans le bras de celle qu’on veut vacciner. On emploie pour cet objet une lancette ordinaire, ou mieux une aiguille large, cannelée dans son centre et bien pointue. On perce la pustule dans plusieurs endroits avec la pointe de l’instrument, on la presse légèrement avec la surface plane de cet instrument afin d’en faire sortir le vaccin-, on charge alors l’aiguille ou la lancette de ce liquide 5 cela fait, on insinue le vaccin sous l’épiderme de la personne qu’on veut vacciner, en enfonçant l’instrument de manière qu’il n'intéresse point le derme et qu’il ne provoque point d'hémorrhagie, mais à peine une petite tache de sang. On a soin de comprimer légèrement la peau sur la pointe de l’instrument, et de laisser celle-ci séjourner un instant sous 1 epiderme, afin de laisser le plus possible de vaccin dans la petite plaie. On fait de la même manière trois piqûres à la partie supérieure de chaque bras, vers l’insertion du muscle deltoïde, on laisse les bras découverts pendant quelques minutes pour donner au vaccin le temps de se dessécher, ou bien on couvre de suite les piqûres d’une petite compresse. On peut vacciner dans toutes les saisons et à tous les âges. Cependant, à moins de raisons puissantes, comme celle d’une épidémie de variole régnante, on fera bien d’attendre que les enfants aient au moins un mois et demi, car l’expérience a prouvé qu’avant cette époque, la vaccination échoue souvent.
Lorsque des circonstances empêchent de vacciner de bras à bras, on peut faire usage de vaccin conservé dans des tubes de verre, ou entre deux petites lames de verre, en ayant soin de le délayer préalablement dans quelques gouttes d'eau tiède.
Symptômes de la vaccine. Les trois premiers jours qui suivent la vaccination, on n’aperçoit encore aucun changement à la peau, soit sur le siège des piqûres, soit autour d’elles. Du troisième au quatrième jour, chaque piqûre offre un très-petit bouton ou point rouge, un peu saillant et sensible au toucher, lequel se prononce davantage au cinquième jour. Le sixième,
PATHOLOGIE SPÉCIALE
ce bouton devient large, plat, légèrement enfoncé a son centre. Il présente une teinte d’un blanc tirant sur le bleu. Les septième et huitième jours, la pustule continue à se développer et acquiert en largeur le diamètre de deux a trois lignes. Son centre est toujours déprimé, ses bords sont durs et saillants, sa couleur d’un blanc argentin légèrement azuré. Elle est entourée d’une auréole rouge de plusieurs lignes d’étendue. Elle contient un liquide limpide et légèrement bleuâtre, qui existe déjà dans le bouton dès le cinquième jour ; c’est le virus- vaccin. Vers la fin du huitième jour ou au neuvième, ce liquide commence a devenir jaunâtre et purulent. Les neuvième et dixième jours, l’auréole inflammatoire s’étend jusqu’à neuf et dix lignes, un ou plusieurs pouces en tous sens 5 les malades éprouvent de la démangeaison aux pustules-, les glandes axillaires s’engorgent légèrement; il survient assez souvent un mouvement fébrile caractérisé par de la lassitude, de la chaleur de la peau et un peu d’accélération du pouls. Vers les onzième ou douzième jours, l’auréole se rétrécit et pâlit, les pustules se dessèchent et se transforment en une croûte dure et noirâtre qui tombe au bout d’une huitaine de jours et laisse à sa place une petite cicatrice indélébile.
Revaccination. Depuis une quinzaine d’années, on a eu occasion d’observer, en France et a l'étranger, de nombreux exemples d’épidémies de variole, dans lesquelles plusieurs individus vaccinés avaient cependant été atteints-, on a remarqué que ces exemples s’appliquaient surtout aux personnes dont la vaccination était ancienne. Ces faits ont porté à penser que le vaccin s’était altéré par les milliers de transmissions qui en ont été faites, ou bien que ce fluide ne conservait que pendant un certain temps sa vertu préservatrice absolue. Pour remédier a ces deux causes, on reprend de temps en temps du vaccin au pis des vaches qui ont le covvpox , et l’on revaccine les individus vaccinés depuis longtemps -, ce n’est la , au reste , qu’une précaution-, car les individus vaccinés et atteints plus lard de la variole ne sont que de très-rares exceptions , comparés a ceux qui sont préservés.
FIÈVRES
Fausse vaccine. Un vaccin pris trop tard ou une inaptitude organique de certains sujets pour la vaccine peuvent faire naître une vaccine qui ne préserve point de la variole, et qu’on appelle pour cette raison fausse vaccine. On la reconnaît aux caractère» suivants : la pustule se montre dès le deuxième ou le troisième jour; elle n’est point plate, déprimée au centre, d’une couleur argentine comme celle de la bonne vaccine ; mais elle est convexe, jaunâtre et sans bords relevés; elle s’élève en pointe et laisse échapper en crevant une humeur jaunâtre analogue a la gomme; elle ne s’entoure point non plus de l'aréole secondaire qui survient vers le neuvième jour de la vraie vaccine. Sa marche est si courte que tout est fini au bout de six , sept ou huit jours.
Varioloïde.
Définition. La varioloïde est une variété mitigée de la petite vérole , qui se développe chez les individus vaccinés ou variolés, et qui diffère de la variole par sa bénignité et par l'absence de la période de suppuration.
Causes. La varioloïde dépend du miasme contagieux qui produit la variole ; elle se développe dans les épidémies de cette dernière maladie ; elle peut d’ailleurs reproduire la variole par infection ou par contact chez des individus non vaccinés, ce qui prouve sans réplique que la varioloïde n’est autre chose qu’une variole mitigée et incomplète. Elle survient chez les sujets qui ont été vaccinés ou qui ont eu la petite vérole, mais en qui ces deux affections n’ont pas entièrement détruit l'aptitude à recevoir le miasme variolique.
Symptômes. Cette maladie offre, dans une grande partie de son cours , les mêmes symptômes que la variole. Les périodes d'incubation , d’invasion et d’éruption sont semblables â celles de cette dernière maladie, sans aucune différence essentielle qui puisse les faire distinguer. Il est donc inutile de les décrire de nouveau. Mais, l’éruption terminée , les deux affections ont une marche toute différente : la varioloïde n'a point de période de suppuration ni de fièvre secondaire ; ces phénomènes mati-
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quent entièrement 5 les pustules se montrent bien dans le même ordre que celles de la variole , le plus souvent discrètes , quelquefois confluentes; mais elles sont peu pleines et ne renferment qu’une humeur séreuse peu abondante ; quelquefois même elles ne contiennent aucun liquide ; elles passent promptement à la dessiccation , ce qui arrive vers le septième ou le huitième jour ; elles forment des croûtes légères et dures , dont la chute laisse après elle non des cicatrices, mais de petites élevures rouges et passagères; tout est fini du dixième au douzième jour.
Diagnostic. On reconnaît cette maladie aux symptômes de la variole auxquels manquent entièrement la suppuration et la fièvre secondaire.
Pronostic. Cette maladie n’est pas dangereuse et se termine presque toujours d’une manière favorable ; elle peut cependant dans quelques cas rares occasionner la mort.
Traitement. Il est le même que celui de la variole bénigne.
"Varicelle.
Petite vérole volante, fausse variole, vérolette.
Définition. La varicelle est une lièvre éruptive et contagieuse caractérisée par un léger mouvement fébrile suivi d'une éruption générale ou partielle de pustules qui suppurent et se dessèchent vers le troisième jour.
Causes. La varicelle est produite par un principe contagieux particulier, qui paraît avoir de l’analugie par ses effets avec celui de la variole, mais qui en diffère cependant essentiellement par sa nature. En effet, cette maladie ne préserve nullement de la variole; la vaccine 11e garantit pas non plus de la varicelle. Celle-ci se manifeste le plus souvent pendant, avant • ou après les épidémies varioleuses; on a cependant observé des exemples contraires. Elle affecte principalement les enfants.
Symptômes. Au début, tantôt les malades sont pris d’un léger frisson , suivi de chaleur, d’accélération du pouls et quelquefois de douleurs a l’estomac et de nausées ; tantôt le mou-
FIÈVRES
vement fébrile consiste seulement dans un peu de chaleur et de fréquence du pouls sans frisson préalable. Le second jour, rarement le troisième, il se fait sur tout le corps ou sur certaines parties seulement une éruption de pustules donton distingue deux espèces, a cause de leur forme extérieure. Tantôt elles sont petites , peu élevées et contiennent une humeur limpide et incolore ; les médecins anglais les appellent chikm-pox (pustules de poulet) ; tantôt elles sont plus grosses, plus remplies, légèrement ombiliquées , quelquefois environnées d’une petite auréole rouge, et renferment une humeur plus épaisse qui blanchit et se rapproche davantage du pus. Elles sont nommées par les Anglais swine-pox (pustules de cochon). C’est cette espèce qu’on peut facilement confondre avec les pustules varioleuses. L’éruption terminée, ce qui arrive en un jour, la fièvre, après avoir duré douze ou vingt-quatre heures, cesse pour ne plus reparaître. Le lendemain de leur apparition , les pustules s’affaissent, se flétrissent et se dessèchent, et la maladie est terminée en trois ou quatre jours. Les croûtes légères qui en résultent tombent le cinquième ou le sixième jour, rarement le septième. Il ne reste aucune tache a la peau-, ou, s’il y en a, elles sont petites et disparaissent promptement.
Diagnostic. La varicelle se distingue facilement de la variole et de la varioloïde par la rapidité de sa marche, qui n’exige en général qu’un jour pour chacune de ses périodes : un jour pour la fièvre, un jour pour l’éruption, et un ou deux jours pour la dessiccation.
Pronostic. Cette maladie est toujours de la plus grande bénignité.
Traitement. La nature fait tous les frais de la guérison, et l’art n’a aucun besoin d’intervenir. Il peut quelquefois être utile de donner un léger purgatif a la fin de la maladie.
Plèvre miliaire.
Définition. C’est une affection fébrile dans le cours de laquelle se manifestent de très-petites vésicules, de la grosseur
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d’un grain de millet, qui se répandent sur toute la surface du corps, mais principalement sur la poitrine.
Causes. — Prédispositions. La miliaire attaque plus particulièrement les femmes que les hommes, les personnes d’une constitution faible et délicate que celles qui sont robustes. Les nouvelles accouchées y sont très-sujettes; on la remarque aussi chez les hystériques, les hypocondriaques, les leucorrhoïques, les individus qui se nourrissent mal, etc.; les lieux bas et humides, les constitutions atmosphériques humides et froides, une vie sédentaire, les affections morales tristes y prédisposent également.
Causes occasionnelles. On compte parmi elles les pluies abondantes, des vêtements et des lits trop chauds dans le cours des maladies aiguës, la suppression de la transpiration, des accès de colère, l’abus des sudorifiques et des remèdes échauffants pris dans certaines affections fébriles, surtout chez les femmes en couches, la suppression de la sécrétion du lait, la peste, le typhus, la fièvre typhoïde, la scarlatine, la rougeole, etc. On voit, d’après cela, que l’éruption miliaire est souvent une affection purement symptomatique. Quelques auteurs prétendent qu’elle a toujours ce caractère, et qu’elle ne doit pas, dès
lors, être décrite comme affection essentielle dans les traités
généraux; mais des faits nombreux prouvent que dans plusieurs circonstances celte maladie est réellement idiopathique et indépendante de toute autre.
Symptômes. La miliaire débute par une fièvre plus ou moins marquée. L’éruption a lieu aune époque indéterminée, le plus souvent vers le troisième ou le quatrième jour, d’autres fois au septième , au huitième ou même au quatorzième. Elle est annoncée par des horripilations, des sueurs abondantes ayant une odeur spéciale, aigrelette ou putride, par une respiration pénible et anxieuse, une toux sèche, des démangeaisons a la peau, et quelquefois aussi par de l’agitation, des convulsions ou du délire. Cette éruption est tantôt générale et fort abondante, surtout aux bras et a la poitrine, tantôt rare et bornée seulement a certaines parties du corps. Elle consiste dans l’apparition b la peau d’une multitude innombrable de très-
FIEVRES
petites vésicules rondes, blanchâtres et transparentes, contenant une humeur séreuse et diaphane, semblables pour la forme et le volume â des grains de millet, et rendant rugueux le toucher*de la surface cutanée. Quelquefois, au lieu de vésicules, ce sont de petites papules rouges également miliaires 5 c’est ce qu’on a désigné sous le nom de pourpre ou d 'éruption miliaire pourprée. La fièvre cesse quelquefois ainsi que les autres symptômes après l’éruption-, dans d’autres cas, elle persiste ou même augmente. L’éruption miliaire n’a pas une durée bien limitée; tantôt elle cesse dans l’espace de trois a quatorze jours, tantôt elle disparaît et reparaît alternativement. La fin de la maladie est marquée par une légère desquamation furfuracée.
Diagnostic. Si le diagnostic de cette maladie ne consistait qu'a reconnaître la présence de l’éruption, rien ne serait plus facile â établir, car la forme et le volume des vésicules miliaires sont assez tranchés pour qu’il soit difficile de s’y tromper. Mais la fièvre miliaire offre une question plus importante a décider : celte maladie est- elle toujours symptomatique, et doit-elle être rayée du cadre nosologique comme affection essentielle? Il n’y a pas de doute qu’il en soit ainsi pour toutes les maladies dans le cours desquelles se manifeste cet exanthème, comme cela arrive dans les fièvres typhoïdes, la peste, la rougeole, les fièvres intermittentes, la phthisie, etc. C’est alors un phénomène nouveau qui se joint aux symptômes, et rien de plus. Mais je ne crois pas qu’il en soit toujours ainsi. Toutes les fois qu’il survient un mouvement fébrile sans aucun signe d’une affection locale ou d’une fièvre primitive connue, et que ce mouvement fébrile est suivi d’une éruption miliaire, je pense que cette affection doit être considérée comme une véritable fièvre miliaire idiopathique. M. Rayer a décrit l’affection qui fait le sujet de cet article sous le nom de sudamina , qu’il considère comme un symptôme de plusieurs maladies aiguës ou chroniques plus ou moins graves. Il reste beaucoup a faire pour éclairer ce sujet encore fort obscur.
Pronostic. L’éruption miliaire symptomatique est plus ou moins grave suivant la maladie dont elle dépend. Dans ce cas,
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son apparition ne diminue point ordinairement les accidents de la maladie principale, et est plutôt un indice de son aggravation. On Ta vue cependant dans quelques cas être suivie d’une amélioration dans les symptômes, et être véritablement critique. La fièvre miliaire essentielle ne présente pas ordinairement de gravité.
Traitement. On préviendra souvent la miliaire symptomatique en évitant de trop couvrir les malades dans le cours des affections aiguës, en renouvelant convenablement r air de leur chambre et en entretenant autour d’eux une propreté parfaite. Lorsque la miliaire existe, on se conduira diversement, suivant son caractère. Si elle est critique, on cherchera à l’entretenir en éloignant toutes les causes capables de la répercuter. Si elle est symptomatique d’autres maladies, on appliquera le traitement qui convient a chacune de ces affections. Enfin si elle est essentielle, on se bornera a donner a l’intérieur des boissons délayantes, légèrement acidulées, et a provoquer un vomissement s’il existe des signes d’embarras gastrique.
Suette miliaire.
Définition. La suette miliaire est une fièvre éruptive, épidémique, caractérisée par des sueurs abondantes et l’éruption a la peau de petites vésicules de la grosseur d’un grain de millet.
Causes. — 1° Causes prédisposantes. Tous les âges et les deux sexes y sont sujets, mais elle attaque de préférence les adultes, les femmes, les personnes indigentes habitant des pays humides ou ombragés.
2° Causes excitantes. Elles sont très-peu connues. La maladie règne presque toujours épidémiquement et sous l’influence de constitutions atmosphériques spéciales dont la nature nous échappe. Elle s’est montrée dans toutes les parties de l’Europe-, en France, on l’a surtout observée en Picardie, en Alsace, en Normandie, en Languedoc, etc. Elle paraît se propager a la manière de la rougeole et de la scarlatine ; cependant son caractère contagieux n’est pas encore prouvé-, elle paraîtrait plutôt se répandre par infection.
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3° Cause prochaine. Les traces évidentes d’altération du sang que présente celte maladie prouvent qu’il en est de la suette comme des autres fièvres éruptives-, elle dépend d’une modification morbide du fluide vital, produite elle-même par l’absorption d’un miasme spécial répandu dans l’air.
Symptômes . La suette peut débuter tout a coup sans phénomènes précurseurs; le plus souvent elle est précédée pendant quelques jours de malaises, de lassitudes, d’anorexie, de céphalalgie sus-orbitaire, de nausées ou de vomissements et de diarrhée. Son invasion a lieu par des sueurs abondantes qui inondent les malades, et qui traversent leurs couvertures et jusqu’à leur lit. En même temps face rouge, céphalalgie, anxiété, sentiment de resserrement à l’épigastre et de pesanteur sur le sternum, souvent accompagné de palpitations et quelquefois de menaces de lipothymie ; langue blanche, bouche pâteuse, anorexie, soif; respiration difficile sans toux; pouls développé, presque naturel (80 pulsations), quelquefois fréquent; chaleur modérée de la peau, urine rouge, constipation.
Ces symptômes durent deux à quatre jours, et présentent assez souvent des paroxysmes quotidiens irréguliers. Le troisième jour de la maladie, quelquefois le deuxième ou le quatrième, après des démangeaisons ou des picotements douloureux à la peau, il survient une éruption générale ou partielle, discrète ou confluente de petites vésicules miliaires, transparentes, parfois entremêlées de papules rouges qui donnent à la peau un toucher âpre et comme chagriné. Ces vésicules sont placées au milieu de petites taches rouges, irrégulières, qui disparaissent sous la pression du doigt. C’est la miliaire rouye. D’autres fois, les vésicules n’offrent aucune espèce de rougeur à la peau ( miliaire blanche). L’éruption se fait en plusieurs jours, commence par la poitrine et s’étend ensuite aux autres parties du corps, en respectant ordinairement la face. Dès que l’éruption est achevée, les sueurs diminuent considérablement et se changent en une simple moiteur, la céphalalgie cesse, la constriclion épigastrique et l’oppression ne se font plus sentir que par intervalles. Les vésicules se dessèchent le troisième
jour depuis leur apparition • c’est alors que la lièvre et la difficulté de respirer disparaissent. Une desquamation furfuracée commence vers le sixième ou le septième jour et dure souvent quinze jours, un mois et plus.
Marche. Telle est la marche la plus ordinaire de la suette. Mais elle peut offrir de nombreuses variétés : elle est quelquefois si légère que les malades sont guéris en quelques jours, sans être obligés de garder le lit. D’aulres fois sa violence est extrême : la dyspnée et la constriclion épigastrique sont considérables 5 il survient du délire, du coma, des syncopes, des convulsions, une fièvre intense, et les malades succombent le plus souvent. Dans d’autres circonstances, l’éruption pâlit, les sueurs cessent, le pouls s’affaiblit et la mort survient au milieu d’un délire tranquille. — Enfin on a quelquefois, mais très-rarement , observé des suettes sans sueurs ou sans éruption
Durée. Sa durée moyenne est de sept a huit jours. Quelques malades guérissent en trois ou quatre. La guérison des cas graves n’arrive guère avant le douzième ou le vingtième jour. Dans les cas mortels, les malades succombent vers le troisième ou le quatrième, quelquefois le deuxième ou le premier jour; on en a vu périr en quelques heures. — La convalescence est ordinairement longue et accompagnée de beaucoup de faiblesse.
Lésions anatomiques. Les cadavres se putréfient avec une grande rapidité. Le sang est d’une couleur rouge cerise en sortant de la veine. Le caillot est noir, sans consistance, analogue à la gelée de groseille, se déchirant sous la pression du doigt, sans couenne. Le sérum est légèrement rosé; les altérations des solides sont milles ou sans importance, parce qu'elles sont très variables.
Diagnostic. Le caractère épidémique de la suette, les sueurs abondantes, l’éruption miliaire blanche ou rouge et la constriction épigastrique qui l’accompagnent, ne permettent de la confondre avec aucune autre maladie. La fièvre miliaire, qui fait le sujet de l’article précédent, lui ressemble sans doute sous bien des rapports; mais elle en diffère par son caractère purement sporadique, par ses causes, qui sont locales
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et individuelles, et par son pronostic, qui est toujours sans danger.
Pathoyénic^ L’explication que nous avons donnée du développement des lièvres éruptives s’applique a la suelte miliaire : un miasme particulier est absorbé par les poumons et agit a la fois sur l'estomac et sur le sang - il en résulte un embarras gastrique et une altération sanguine, qui amènent une réaction manifestée par la céphalalgie, les vomissements, la fièvre et les sueurs. Le troisième jour, la nature pousse a la peau une grande partie du principe morbifique, qui donne lieu a l’éruption miliaire. Dès lors il survient une grande amélioration dans tous les symptômes -, c’est une véritable crise, mais incomplète, puisque la fièvre continue encore pendant quelques jours.
Pronostic . La suette convenablement traitée est une maladie assez bénigne. Son danger varie suivant les épidémies-, dans celles qui ne sont pas graves, la mortalité n’est en général que d’un sur vingt ou vingt-cinq. Celle qu’a décrite M. Rayer enlevait un malade sur treize chez les hommes, et un sur dix-huit chez les femmes. Dans certaines épidémies plus violentes, la proportion des morts peut s'élever a un sixième ou un cinquième. La fréquence du pouls, l’affaissement de l’éruption, le délire, les convulsions, les syncopes sont des signes de mauvais augure.
Traitement. La suette est parfois si légère, que la nature secondée par le repos et quelques soins hygiéniques fait tous les frais de la guérison.
Dans les autres cas, l’intervention de l’art est toujours utile, et souvent indispensable.
Les malades seront mis a la diète et garderont le lit modérément couverts. On aura soin d’empêcher qu’on ne les surcharge de couvertures pour exciter les sueurs, pratique trèsusitée dans les campagnes et souvent même conseillée par les médecins. L’air de la chambre sera fréquemment renouvelé et d'une chaleur modérée. On évitera avec soin les refroidissements dans les changements fréquents de linge, occasionnés par l’abondance des sueurs. Les boissons consisteront en
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limonade, orangeade, eau de groseille, infusions légères de menthe, de feuilles d’oranger, etc., prises à la température de la chambre du malade.
La nature manifeste elle-même ce qu'il faut faire pour guérir les individus atteints de la suelte. U y a toujours un embarras gastrique, comme l’indiquent la bouche pâteuse, la céphalalgie sus-orbitaire, les nausées et les vomissements. Il faut s’empresser de le faire cesser en provoquant le vomissement, soit avec le tartre stibié, soit et mieux encore avec la poudre d’ipécacuanha. On donne cette poudre h la dose d’un gramme vingt-cinq centigrammes, ou d’un gramme et demi en suspension dans l’eau ou dans un sirop quelconque. Le vomissement a le double avantage d’évacuer ce que la nature seule ne peut expulser malgré ses efforts, c’est-à-dire les saburres gastriques, et de favoriser l’éruption critique des vésicules miliaires. Ce traitement avait obtenu les plus heureux résultats entre les mains de Gastellier, de M. Dubun de Peyrelongue et d’autres médecins. M. Foucart a obtenu un plus beau succès encore par les vomitifs, puisque sur plus de mille malades, qu’il a soignés dans une épidémie qui a régné en 1849 dans les départements de la Somme, de l’Aisne et de l’Oise, il n’en a perdu aucun. — On aura soin de combattre la constipation, qui est si commune dans cette maladie, par les purgatifs. Les émissions sanguines sont dangereuses dans la suetle, et doivent être sévèrement proscrites; elles ne sont indiquées que dans quelques cas rares où il existe des signes évidents d’une complication inflammatoire.
Morve aiguë.
Définition. La morve est une fièvre éruptive, contagieuse, qui se communique du cheval et des autres solipèdes à l’homme, et qui a pour principaux caractères : la fièvre, un écoulement d’un liquide purulent et sanguinolent par les narines, un exanthème pustuleux à la peau, et souvent des tumeurs extérieures, purulentes, lymphatiques ou gangréneuses.
Causes. La cause de la morve réside dans le liquide qui
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s'écoule des naseaux d’un solipède morveux, dans le pus des abcès, dans le sang des animaux malades. Ce poison est inoculé a l'homme lorsqu’il est mis en contact avec quelque solution de continuité existant a la main. Il peut aussi être absorbé par voie d’infection , comme cela est arrivé plusieurs fois a des individus qui ont contracté la maladie pour avoir couché dans des infirmeries de chevaux morveux. La morve n’atteint (|ue les hommes qui soignent les chevaux, tels que les cochers, les palefreniers, les maquignons, les cultivateurs, les vétérinaires, etc. — Elle peut aussi se communiquer de l’homme a l’homme, comme l’attestent plusieurs exemples.
Symptômes. La morve débute par du malaise, une grande lassitude, des frissons, de la céphalalgie, des douleurs dans tout le corps ou bornées aux membres, au dos, a la poitrine, de la diarrhée. Si la maladie a été inoculée par une plaie, il survient, avant l’apparition de ces prodromes, quelques jours après l’inoculation, une inflammation de cette plaie avec engorgement des ganglions lymphatiques du voisinage. Quelquefois aussi la morve succède au farcin chronique. Quoi qu’il en soit, après des prodromes d’une durée variable, bientôt la fièvre s’allume, les douleurs des muscles et des articulations augmentent et font croire a bexistence d’un rhumatisme aigu ; elles acquièrent surtout une grande intensité dans une ou plusieurs articulations. Peu de jours après, une rougeur érysipélateuse se montre sur la peau d'une de ces jointures douloureuses , ou sur celle de la face. Il ne tarde pas à s’y développer tantôt des vésicules et des taches gangréneuses, tantôt des tubercules, des phlyctènes ou des pustules. Ces éruptions se dessèchent ordinairement; mais elles peuvent être suivies d’ulcération. En même temps, les malades sont enchifrenés et respirent difficilement par les fosses nasales. Langue rouge, diarrhée, fièvre, respiration accélérée, toux sèche, râles sibilants et muqueux dans divers points du thorax.
Bientôt les taches gangréneuses font des progrès; il se forme de nouvelles tumeurs ou des taches rouges sur diverses parties; la membrane muqueuse nasale rougit et s’ulcère; un liquide jaunâtre, grisâtre, purulent, sanieux, abon-
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dant et fétide s’écoule par les narines; il se fait une éruption plus abondante de pustules et de phlyclènes gangréneuses a la face et aux membres; des abcès se développent dans le tissu cellulaire et dans les muscles. Pouls petit et très-fréquent, langue sèche et noire, points gangréneux dans la bouche, diarrhée fréquente et fétide, prostration extrême ; délire d’abord passager, qui devient bientôt continu et qui alterne avec le coma.
Les pustules, la gangrène, les collections de pus continuant a augmenter , il s’exhale de tout le corps du malade une odeur extrêmement fétide. Enfin la mort vient mettre fin a cette affreuse scène.
Marche. Durée. Terminaison. La marche de cette maladie est continue et successivement croissante; elle dure ordinairement de 15 a 20 jours, rarement moins ou plus. Tous les cas de cette lièvre, qu’on ne connaît que depuis 25 ans environ , se sont terminés par la mort.
Lésions anatomiques. La peau présente des papules rosées avec épaississement et injection du derme , des pustules et des bulles pleines d’un liquide purulent et sanieux avec infiltration purulente du derme subjacent, qui est parfois gangrené. On rencontre des collections purulentes dans plusieurs muscles, surtout dans ceux des membres, ainsi que dans une ou plusieurs articulations. La lésion la plus caractéristique se trouve dans les narines. La membrane pituitaire est rouge, épaissie, parsemée de petites élevures jaunâtres, tapissée d’un liquide puriforme et sanieux, ulcérée dans divers points, ramollie et gangrenée clans d’autres. Dans plusieurs endroits, les cartilages et les os sont dénudés et cariés. Les mêmes altérations se remarquent souvent au voile du palais, au pharynx, a l’épiglotte et au larynx. Les poumons contiennent des noyaux d’hépatisation rouge ou grise et des foyers purulents.
Diacjnostic. La morve peut ressembler a diverses maladies dans plusieurs de ses symptômes; mais deux signes la caractérisent si bien qu’il est impossible de s’y tromper. Ces signes sont, avec la fièvre, l’écoulement nasal purulent et sanieux, et l’éruption â la peau de pustules et de phlyctènes.
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Pronostic. Cette maladie, heureusement assez rare, est une des plus redoutables qui puissent atteindre l’espèce humaine , puisqu’on ne connaît jusqu’ici aucun exemple de guérison.
Traitement. On a essayé sans aucun succès les toniques, les stimulants, les émissions sanguines, les purgatifs, les sudorifiques, les préparations mercurielles, etc.
Morve chronique.
La morve chronique peut être primitive , mais le plus souvent elle succède au farcin, dont nous parlerons bientôt. Elle n’est pas la suite de la morve aiguë; elle est bien cependant de la même nature, puisqu’elle peut la communiquer. Elle est produite, comme la morve aiguë, par le contact médiat ou immédiat du liquide qui sort des narines d’un cheval atteint de celte maladie. Dans ce dernier cas, la période d’incubation n’est que d’un à trois ou quatre jours; dans le premier, elle est fort longue , puisqu’on prétend qu’elle peut durer une ou plusieurs années.
Symptômes. Lorsque la morve chronique est primitive, elle est ordinairement l'effet d’une infection longue et prolongée. Les malades , après avoir éprouvé plus ou moins longtemps du malaise , des lassitudes, des douleurs dans les membres et les articulations, une toux sèche , du mal de gorge , sont enfin atteints d’un coryza très-fatigant. Lorsqu’elle succède au farcin chronique, le malade ressent d’abord une douleur à la trachée avec altération de la voix, de la dyspnée, de la toux, symptômes qui sont loin, au reste, d’être constants. 11 est pris ensuite d’enchifrènement; les narines sont comme bouchées; bientôt il mouche du sang ou des mucosités puriformes ; cet écoulement augmente graduellement d’âcrelé et d’abondance; la bouche et les cavités gutturales participent a ces altérations. 11 survient ensuite de la fièvre, la diarrhée, des douleurs musculaires et articulaires, et la plupart des symptômes propres au farcin chronique.
Ces accidents marchent lentement et peuvent présenter des rémissions très-marquées. Leur durée est de plusieurs années;
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on les a vus se prolonger jusqu’k six ans; ils se terminent presque toujours par le marasme et la mort; on ne connaît jusqu’ici que très-peu d’exemples de guérison.
Lésions anatomiques. La membrane pituitaire est violacée, épaissie, boursouflée, parfois soulevée par des abcès sousmuqueux, très-souvent ulcérée; l’ulcération peut pénétrer jusqu’aux cartilages et aux os; la cloison des fosses nasales est quelquefois perforée. 11 n’est pas rare de rencontrer des ulcérations grisâtres et profondes au voile du palais, â la voûte palatine, aux amygdales, â la base delà langue et même dans le larynx et la trachée. On trouve quelquefois dans les poumons de petits noyaux sanguins ou purulents. Enfin on rencontre assez souvent, comme dans la morve aiguë, des abcès sous-cutanés et musculaires , parfois avec carie et nécrose des os.
Diagnostic. La syphilis constitutionnelle est la seule maladie qu’on pourrait confondre avec la morve chronique, a cause des ulcérations qui accompagnent cette dernière maladie; mais les ulcères vénériens de la gorge ont un fond grisâtre , des bords durs et taillés a pic ; les individus qui les portent ont en même temps des douleurs ostéocopes , des exostoses, des périostoses et des syphilides ; symptômes qui ne se rencontrent jamais chez les individus atteints de la morve chronique.
Pronostic. Le pronostic est très-grave , moins cependant que celui de la morve aiguë ; on cite en effet quelques rares exemples de guérison.
Traitement. On conseille contre ia morve chronique, à l’intérieur les ferrugineux, le quinquina, les préparations iodurées , les eaux sulfureuses, et â l’extérieur les injections de chlorure d’iode, d’eau contenant quelques gouttes de créosote, les bains d’eaux thermales sulfureuses. Le régime sera fortifiant et tonique.
Farcin aigu.
Le farcin est une maladie du cheval, de la même nature que la morve, dont elle doit être considérée comme une espèce.
FIÈVRES
En effet, l’inoculation du pus des tumeurs farcineuses fait naître le farcin ou la morve indistinctement. Comme celle-ci , il se propage a l’homme par contact ou par infection.
Symptômes. Cette maladie commence par une inflammation des vaisseaux et des ganglions lymphatiques qui donne lieu h des tumeurs multiples, situées sur le trajet de ces vaisseaux. Ces tumeurs passent souvent a la suppuration et sont accompagnées de fièvre. Elles se terminent parfois par résolution et sans autre accident; mais souvent le virus est absorbé et infecte l’économie entière. De là naissent, du quinzième au trentième jour de la maladie, les symptômes de la morve aiguë, la fièvre, les abcès dans diverses parties du corps, l’exanthème pustuleux et gangréneux ; 'a l’exception du coryza et de l’écoulement nasal, qui ne se manifestent point dans cette espèce et qui sont propres à la morve aiguë. Le farcin aigu se termine presque toujours par la mort.
Son pronostic est un peu moins grave que celui de la morve aiguë. Son traitement consiste au début dans les sangsues, les cataplasmes émollients appliqués sur le siège de l’inflammation, et les autres moyens que réclament les angioleuciles. Lorsque la maladie est devenue générale, tous les moyens échouent, comme dans la morve aiguë.
Farcin chronique.
Le farcin chronique se distingue par des angioleucites, des abcès dans les diverses parties du corps , des douleurs articulaires et musculaires, symptômes auxquels viennent se joindre le plus souvent les accidents de la morve aiguë.
Tantôt la maladie commence par une piqûre ou par le contact du pus farcineux avec une surface dénudée, et alors les premiers symptômes sont ceux d'un phlegmon ou d’une inflammation des vaisseaux lymphatiques ; tantôt elle débute par des accidents généraux aigus ou lents. Dans le premier cas, il survient tout à coup de la céphalalgie, une forte fièvre continue, rémittente ou intermittente, du délire, des vomissements. Ces symptômes s’apaisent ou cessent après quelques
PATHOLOGIE SPÉCIALE
jours, mais il paraît de petits abcès dans plusieurs parties du corps. Dans le second cas, qui est le plus commun, les malades éprouvent de temps en temps des douleurs comme rhumatismales dans les membres et les articulations, avec diminution des forces et de l'embonpoint. Au bout d'un ou deux mois, il se développe dans plusieurs parties du corps, mais surtout aux membres, des collections purulentes, indolentes et fluctuantes , qui paraissent tout a coup , sans avoir été précédées de douleur ni d’aucun autre phénomène inflammatoire. Ces abcès contiennent rarement un pus phlegmoneux, mais ordinairement un pus séreux, grisâtre et sanguinolent, qui fait naître la morve ou le farcin quand on l'inocule aux solipèdes. 11 se forme quelquefois dans les ganglions de l’aine ou de l'aisselle des engorgements peu douloureux qui se résolvent souvent avec assez de facilité.
A mesure que la maladie fait des progrès , les abcès se multiplient-, quelques-uns sont résorbés; le plus grand nombre s'ouvrent et suppurent; les douleurs articulaires et musculaires augmentent, les malades s'affaiblissent graduellement, la fièvre hectique s'allume : amaigrissement graduel, de temps en temps diarrhée et vomissements, toux sèche, sueurs nocturnes. Après un temps très-long, les malades finissent par mourir dans un marasme complet.
Cette terminaison n'est pas la seule. Il arrive peut-être en- ' core plus souvent qu'a une époque déjà avancée du farcin chronique il survient une morve aiguë qui enlève les malades. Ceux-ci ne succombent pas tous, et l'on a publié plusieurs cas de guérison de celle redoutable affection. Sa durée moyenne est de dix â quinze mois; on l’a vue se terminer au bout de quatre mois ou durer trois ans et plus.
Traitement. Il est le même que celui de la morve chronique.
Traitement préservatif de la morve et du farcin. Ce traitement est ici de la plus haute importance. Il serait â désirer que les solipèdes morveux ou farcineux fussent abattus. Lorsqu’on les conserve dans l’espoir d’une guérison, leur écurie doit être vaste et bien aérée. Les hommes qui les soignent ne coucheront point dans cette écurie et ne devront y rester que le temps
FIÈVRES
nécessaire pour les panser et leur donner h manger. S’ils ont à la main ou dans quelque autre partie une plaie , une écorchure, ou même la plus légère excoriation, ils devront s’abstenir complètement de donner des soins a ces animaux jusqu’à parfaite cicatrisation de ces solutions de continuité. S’ils viennent à se blesser avec un objet infecté, ils devront d’abord faire saigner le plus possible la plaie et ensuite la faire cautériser avec le fer rouge, le caustique de Vienne ou le beurre d’antimoine. Ces opérations doivent être faites immédiatement après la blessure, crainte d’absorption du poison.
Pathogénie de ta morve et dufarcin.
La morve et le farcin aigus et chroniques sont des formes diverses de la même maladie, et tiennent à la même cause, l’absorption du virus morveux, qui se comporte diversement suivant la constitution des individus. Dans la morve aiguë, le poison, après un temps encore peu connu d’incubation, agit d’abord sur l’économie, qui manifeste la souffrance passive qu'elle éprouve par les frissons et les autres prodromes de la maladie. La force vitale ne tarde pas à réagir de diverses manières, mais surtout par l’accélération des battements du cœur , afin de pousser au dehors le principe septique qui infecte le sang. Impuissante à débarrasser l’organisme d’un poison si délétère , elle le pousse à la peau et sur les membranes muqueuses , mais particulièrement à la membrane pituitaire. Ce virus manifeste sa présence à l’extérieur par l’érysipèle, les pustules, les phlyclènes, les taches gangréneuses qui se montrent à la peau , et par le coryza spécial qui se développe dans les fosses nasales. Les abcès sous-cutanés et musculaires sont, comme les symptômes que nous venons de citer , des phénomènes de réaction dépuratoire. Malheureusement la nature fait des efforts inutiles pour éliminer la cause du mal , et succombe à la violence du poison septique.
La morve prend le caractère chronique lorsque le virus agit avec moins d’intensité, et lorsque le sujet est moins impressionnable et moins sensible à son action. L’organisme résiste
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longtemps sans pouvoir le plus souvent triompher du virus qui rinfecte, et qui acquiert une nouvelle énergie h mesure que la force vitale s’affaisse et s'anéantit.
Les phénomènes de réaction qu'on observe dans le farcin aigu et chronique ne diffèrent de ceux de la morve que par l’absence de l'écoulement nasal , et les mêmes réflexions lui sont applicables. La tendance médicatrice de la nature est surtout évidente dans une des formes de celte maladie, où l'on voit la fièvre , la céphalalgie , les vomissements , le délire se calmer ou cesser lorsqu’il se manifeste a l'extérieur de petits abcès sous-cutanés. Ceux-ci ne sont autre chose qu'une crise malheureusement incomplète, par laquelle la force vitale porte a l'extérieur la matière morbifique qui l’affecte. C’est exactement ce qu'on observe dans la variole lorsque l’éruption se manifeste.