‹ Eléments de pathologie médicale; ou, Précis de médecine theórique et pratique, écrit dans l'esprit du vitalisme hippocratiqueChapitre 73 sur 86 · PHLEGMASI ES EN GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

PHLEGMASI ES EN GÉNÉRAL

Définition. On donne le nom de phlegmasies a des réactions locales de l’organisme contre les causes qui le troublent , réactions qui se manifestent par la douleur, la rougeur, la chaleur et le gonflement de la partie malade. Ces phénomènes, apparents dans les inflammations extérieures, n'en existent pas moins, quoique a des degrés très-divers et avec des modifications multipliées, dans celles qui affectent les organes intérieurs que leur position soustrait k la vue et au toucher. Il y a cependant des phlegmasies dans lesquelles un ou plusieurs de ces caractères sont très-peu marqués ou nuis, et qu'il est fort difficile de reconnaître. On leur donne le nom de latentes ou d 'occultes.

PIILEGMASIES.

Causes. — 1° Causes prédisposantes. Jeunesse , âge adulte , tempérament sanguin, aliments trop nourrissants ou trop échauffants, boissons alcooliques, pléthore sanguine, accroissement d'irritabilité d'une partie, diathèse inflammatoire générale.

2° Causes occasionnelles. Elles sont très-nombreuses, puisqu’elles embrassent tout ce qui peut provoquer une stimulation vive et prompte de l'organisme , soit générale, soit locale. Les principales sont les variations atmosphériques brusques, le passage d'un milieu chaud a un milieu froid, surtout lorsque le corps est très-chaud ou en sueur • les plaies, les contusions et toutes les violences extérieures-, les excès de boissons alcooliques , les indigestions , les poisons ; les exercices du corps trop prolongés ou trop violents; la suppression brusque des excrétions habituelles (telles que la transpiration insensible, la sueur, la menstruation, le lait, les bémorrhoides, les exutoires, etc.) ; des excès de travail intellectuel et d'application , des affections morales vives et subites-, des congestions sanguines, des tubercules, des principes contagieux, etc., etc.

3° Cause prochaine. La cause prochaine des phlegmasies consiste dans une augmentation anormale de la sensibilité et de

l'irritabilité vasculaire d’une partie par suite de l’impression d'un stimulus local. Cette partie ayant éprouvé l’action d’une cause irritante, il s'y développe un appareil de réaction qui a pour but l'élimination de cette cause , et qui offre les caractères suivants : la sensibilité s'exalte et donne lieu a la douleur; le sang y afflue en plus grande abondance et y forme une congestion locale, d’après le principe ubi stimulus ibi fluxus , la circulation y devient plus rapide, le mouvement vital plus actif, la vie plus prononcée; de la le gonflement, la rougeur et la chaleur. La plasticité du sang est sensiblement augmentée ; de la la couenne inflammatoire ou croûte grisâtre dont se couvre ce liquide lorsqu'on pratique une saignée.

Symptômes. — 1° Phénomènes précurseurs. Les phlegmasies légères, surtout celles qui sont peu étendues, qui occupent un organe doué d’une vitalité peu prononcée, commencent ordinairement sans phénomène précurseur sensible. Celles

qui ont une certaine intensité ou qui affectent des parties im-

portantes pour la vie sont précédées, dans la plupart des cas, de malaise général , de lassitudes et d’un frisson plus ou moins marqué.

2° Symptômes proprement dits. Les symptômes des phlegmasies sont locaux ou généraux.

Les symptômes locaux consistent dans les quatre phénomènes que nous avons cités dans la définition delà phlegmasie, c’est-à-dire la douleur, la rougeur, la chaleur et le gonflement de la partie malade, ainsi que dans le trouble de ses fonctions. Ils présentent dans leur intensité, leur marche et leur durée, une foule de variétés qui dépendent de la vitalité, de la situation ou de la texture des organes malades et de la nature des causes qui ont agi sur eux. Dans toutes les phlegmasies situées à l’intérieur, on ne peut percevoir ces phénomènes, et ce n’est que par induction et par une longue suite d^observations sur l’homme vivant et de recherches sur le cadavre qu’on est parvenu à les découvrir.

La douleur offre des nuances infinies dans son caractère et son intensité. Elle peut être légère, modérée, violente, déchirante, compressive, pulsative, brûlante, térébrante, tensive, gravative, fixe, vague, erratique, etc. Elle manque quelquefois dans certaines inflammations latentes et chroniques, chez les vieillards et les aliénés dont la sensibilité est obtuse.

La rougeur est le plus constant des phénomènes inflammatoires. Elle ne manque jamais pendant la vie; mais elle peut s’affaiblir après la mort ou même s’effacer quelquefois presque entièrement. Elle présente toutes les nuances intermédiaires, depuis le rose tendre jusqu’au rouge-brun le plus foncé.

La chaleur n’est pas aussi commune que la rougeur. Elle est souvent difficile à percevoir dans les phlegmasies profondes qui ne sont pas très-vives. Elle peut être sèche , humide , âcre , mordicante, brûlante.

Le gonflement ou tuméfaction offre des variétés infinies, suivant la texture de l’organe enflammé.

Le trouble des fonctions qu’entraînent les phlegmasies est un résultat nécessaire de ces maladies. A peine marqué dans les inflammations légères, il peut être porté jusqu’à une per-

PHLEGMASIES.

turbation complète dans celles qui offrent un grande intensité.

Les symptômes generaux ou sympathiques manquent ordinairement dans les phlegmasies peu intenses. Leur absence n’est pas très-rare non plus , même dans des cas graves , chez certains sujets peu irritables , affaiblis par l’âge ou aliénés. Mais on les observe dans la plupart des inflammations un peu vives, > surtout chez les enfants et les personnes sensibles. Ces symptômes consistent dans une fièvre secondaire, qui se développe quelques jours après les phénomènes locaux , et qui est caractérisée par la chaleur générale de la peau , l’accélération du pouls, la faiblesse, etc.

L’état du sang offre un symptôme important. MM. Andral et Gavarret ont constaté, d’après de nombreuses expériences, que la fibrine était augmentée dans toutes les phlegmasies accompagnées de fièvre. Cet élément organique, étant dans la proportion de trois parties sur mille de sang normal, peut s’élever dans les inflammations a cinq, sept, neuf et même jusqu’à dix. C’est lui qui se sépare dans les saignées de l’élément globulaire , et qui forme au-dessus du caillot cette couche grisâtre qu’on nomme couenne inflammatoire. Aussi la trouvet-on toujours dans les phlegmasies fébriles, lorsque le sang coule de la veine d’un jet continu et tombe dans un vase large et peu profond.

3° Marche. La plupart des phlegmasies sont continues et offrent dans leur cours les périodes d’augment, d’état et de déclin qu’on remarque dans les fièvres primitives. Un trèspetit nombre peuvent revêtir une marche périodique.

4° Durée. Rien n’est plus variable que la durée des inflammations. On les divise sous ce rapport en aiguës et en chroniques. Les premières sont celles dont la durée varie d’un a trois septénaires , c’est-à-dire de sept a vingt et un jours -, les secondes, celles qui dépassent ce terme et qui peuvent se prolonger pendant un ou plusieurs mois, une année et au delà.

5° Terminaisons. Les phlegmasies se terminent de cinq manières différentes : par résolution, par induration, par suppuration, par gangrène et par le passage à l’état chronique.

La résolution est la diminution graduelle et la cessation

PATHOLOGIE SPÉCIALE

complète de la douleur, de la rougeur, de la chaleur, du gonflement d’une partie inflammée, de la fièvre s’il en existait, le plus souvent accompagnés de crises locales ou générales, telles que des sueurs, des urines sédimenteuses, des hémorrhagies, des sécrétions locales, etc.

L 'induration consiste, comme le nom l’indique, dans une altération du tissu malade, qui s’épaissit, se condense et se durcit, avec continuation du trouble de ses fonctions. Elle varie beaucoup, suivant la texture et la vitalité des organes enflammés.

La suppuration est la sécrétion d'un liquide ordinairement blanc, laiteux, inodore, insipide, albumineux, dont les caractères physiques varient d’ailleurs beaucoup, suivant le tissu qui le fournit. C’est ainsi que, dans le tissu cellulaire et les organes parenchymateux, il offre les propriétés que nous venons d’indiquer-, dans les membranes séreuses, il est plus abondant, plus ténu, floconneux, mêlé d’exsudations fibrineuses et membraneuses-, dans les membranes muqueuses, il est visqueux, collant, muqueux, diversement coloré; dans les muscles, il est rougeâtre, etc. Il peut s’écouler au dehors ou s’amasser dans le tissu des organes ou leurs cavités et donner lieu à des maladies consécutives qu’on appelle abcès ou épanchements. Le passage a la suppuration s’annonce par des frissons, par la diminution de la douleur et par la persistance de la fièvre.

La gangrène est la mortification d’une partie dont l’inflammation est portée au plus haut degré. Dans ce cas , les symptômes locaux, devenus très-intenses, cessent tout à coup; le pouls est faible, les extrémités se refroidissent, la peau se couvre d’une sueur froide, il survient des défaillances et même des syncopes. Lorsque la partie frappée de gangrène est extérieure, elle perd sa sensibilité, devient flasque, brune ou noirâtre et se couvre de phlyctènes.

Le passage à l'inflammation chronique arrive lorsque la maladie, parvenue au terme ordinaire des phlegmasies aiguës, diminue d’intensité, mais ne cesse point et se prolonge longtemps sous une forme stationnaire et mitigée.

PHLEGMASIES.

Lésions anatomiques. A l’ouverture des cadavres, on trouve les organes qui ont été frappés d’inflammation aiguë pendant la vie plus ou moins rouges, injectés de sang, tuméfiés, ramollis, contenant du pus qui est disséminé ou réuni en foyers, ulcérés, baignés de liquides, adhérents les uns aux autres par un tissu cellulo-albumineux accidentel, couverts de fausses membranes. Ces lésions varient beaucoup quant k leur intensité et h leur nombre, suivant la texture des organes et le degré de l’inflammation préexistante. Dans le plus grand nombre des cas , les seules traces que laisse après elle celte maladie consistent en une injection et une coloration rouge plus ou moins marquées, et en un peu de gonflement et de diminution de résistance. Dans ces circonstances , il importe d’examiner avec soin ces altérations et de les comparer avec les phénomènes observés pendant la vie pour ne pas prendre des signes de congestion ou même de stase cadavérique pour des caractères anatomiques de phlegmasies. Les organes atteints d’inflammation chronique sont rouges aussi, mais beaucoup moins que dans les cas d’inflammation aiguë ; ils sont épaissis , indurés et plus résistants que dans l’état naturel. Lorsqu’ils sont couverts de fausses membranes, ces productions accidentelles sont denses, cartilagineuses, composées d’un tissu celluleux serré, quelquefois fibro-cartilagincuses ou même osseuses.

Diagnostic. Le diagnostic des phlegmasies comprend : 1° les signes qui les caractérisent et l’explication des phénomènes inflammatoires (palhogénie) 5 2° la connaissance des différences qui séparent les unes des autres les espèces d’inflammations ; 3° enfin les moyens de les distinguer d’avec les maladies qui ont des rapports avec elles.

1° Signes clés phlegmasies et pathogénie. On reconnaît les phlegmasies aux caractères énumérés dans la définition , la douleur , la rougeur, la chaleur et la tuméfaction de l’organe malade, le trouble de ses fonctions et souvent la fièvre. Dans celles qui sont intérieures , deux de ces signes , la rougeur et le gonflement, exigeant la vue immédiate de la partie enflammée, ne peuvent être constatés ; mais on parvient a leur diagnostic a l’aide des autres phénomènes de ces maladies.

PATHOLOGIE SPÉCIALE

La pathogénie ou théorie des phlegmasies, dont nous avons dit un mot en parlant de ses causes prochaines, se conçoit facilement d’après les principes que nous avons développés dans l’introduction. Lorsqu’une cause stimulante ou irritante quelconque, extérieure ou intérieure, agit sur un de nos organes h un degré nuisible a la santé, il ne tarde pas à se manifester dans cet organe un appareil de phénomènes de réaction qui ont pour but de faire cesser celte cause et de l’éliminer au dehors - c’est une véritable lutte entre la cause morbifique et la force vitale. La douleur se fait sentir dans le lieu de l’irritation , qui ne tarde pas a rougir, a devenir plus chaud et a augmenter de volume par l’appel d’une plus grande quantité de sang et une augmentation de la circulation capillaire et des mouvements vitaux. Si la cause du mal a agi avec intensité, la réaction locale retentit jusqu’au centre circulatoire, le cœur précipite ses mouvements : de la une fièvre plus ou moins vive. La scène se termine par une crise ou mouvement éliminatoire, qui fait ordinairement cesser la cause morbifique et tous les phénomènes inflammatoires. La forme delà crise varie beaucoup, suivant les dispositions individuelles des malades et une foule de circonstances difficiles a apprécier; ce sont tantôt des sueurs plus ou moins abondantes, tantôt des urines sédimenteuses, tantôt des hémorrhagies, tantôt des sécrétions anormales qui peuvent a leur tour devenir elles-mêmes des maladies secondaires, suivant forgane par où la crise s’opère. C’est ainsi que la suppuration, qui est salutaire a l’extérieur en entraînant avec elle la cause du mal , devient funeste dans les membranes séreuses par les épanchements qu’elle occasionne.

2° Différences des phlegmasies. Les phlegmasies diffèrent entre elles : 1° suivant leur degré : elles peuvent être violentes ou légères; 2° suivant leur siège : elles offrent des modifications nombreuses a la peau, dans les membranes muqueuses, les membranes séreuses, les organes parenchymateux, les systèmes nerveux, musculaire, osseux, etc. ; 3° suivant leur origine : elles peuvent se développer dans l’organe même sur lequel la cause morbifique a porté son impression, ce sont les

PHLEGMASIES.

inflammations idiopathiques , ou bien dans un organe plus ou moins éloigné de celui qui a éprouvé l’action de celte cause , et on leur donne alors le nom d’inflammations sympathiques ; 4° suivant leur caractère : la plus importante distinction à établir sous ce rapport, c’est celle des inflammations aiguës, dans lesquelles l’affection locale est unie à une exaltation de l’activité vitale, et celle des phlegmasies chroniques, dans lesquelles l’irritation inflammatoire dure des mois et même des années, sans excitation véritable de l’énergie du système sanguin, et quelquefois même avec diminution de cette énergie.

3° Maladies qu’on peut confondre avec les phlegmasies. Des douleurs nerveuses, rhumatismales, goutteuses, vénériennes, etc., peuvent être prises pour des douleurs inflammatoires lorsqu’elles ont leur siège dans des organes intérieurs et qu’on manque de données sur les circonstances commémoratives de la maladie. On parviendra a dissiper les doutes a cet égard en comparant attentivement les phénomènes propres à ces diverses espèces d'affections avec ceux qui appartiennent aux inflammations, en se rappelant d’un côté que les douleurs nerveuses sont apyrétiques et souvent intermittentes, que les rhumatismales et goutteuses sont vagues et erratiques, que les vénériennes sont accompagnées d’autres phénomènes propres a la syphilis , et d’un autre côté que les douleurs produites par les phlegmasies sont en général fixes , continues , ordinairement accompagnées de chaleur , de trouble des fonctions de l’organe malade, et assez souvent de fièvre. L’examen des causes contribuera beaucoup aussi a éclairer le diagnostic. On distinguera les indurations inflammatoires chroniques des organes d’avec les tumeurs cancéreuses, tuberculeuses, vénériennes , etc., par les caractères de ces tumeurs et en remontant a leur origine.

Pronostic. Le pronostic des inflammations varie suivant leurs différentes espèces, et ne présente rien de général qui doive figurer dans cet article.

Traitement. Toute inflammation présente pour indications : 1° d’éloigner le plus promptement possible la cause morbifique, si elle continue d’agir et si elle offre quelque prise a nos

PATHOLOGIE SPÉCIALE

moyens, comme par exemple lorsqu’elle consiste en un corps étranger, une épine, introduit dans nos organes ; 2° d’obtenir la terminaison la plus favorable de l’inflammation, c’est-a-dire sa résolution complète. Cette heureuse issue est sans doute l’œuvre de la nature médicatrice; mais le médecin peut y concourir puissamment en mettant celle-ci dans les conditions nécessaires pour l’opérer. L’observation prouve que dans les phlegmasies la nature réagit en général avec trop d’énergie et de violence, que l’exaltation des mouvements vitaux est trop considérable dans l’organe enflammé. De l'a l’indication générale des débilitants, méthode a laquelle on donne le nom d 'antiphlogistique, parce qu’un de ses effets consiste à diminuer la chaleur de la partie malade; mais cette débilitation doit être opérée avec prudence, afin que la nature conserve la force nécessaire pour résorber les ecchymoses, les infiltrations et les épanchements sanguins ou séreux qui accompagnent souvent les inflammations.

Le premier et le principal moyen de débilitation a employer contre les phlegmasies consiste dans les émissions sanguines générales et locales. La saignée est surtout indiquée lorsqu'il y a fièvre avec un pouls plein et développé. On laisse couler le sang jusqu’à ce que le pouls devienne plus mou et plus petit et que les phénomènes inflammatoires se soient amendés d’une manière bien notable. Les émissions sanguines locales se pratiquent presque toujours a l'aide des sangsues, et ordinairement sur l’endroit le plus rapproché du siège du mal. On les emploie seules lorsqu’il n’y a point de fièvre ou que celleci est modérée, lorsque le malade est trop faible pour supporter la saignée, lorsque la répugnance ou un état d’embonpoint graisseux trop marqué ne permettent pas de pratiquer cette dernière opération, etc. On en fait également usage dans les phlegmasies avec fièvre inflammatoire, après avoir diminué la masse du sang par la saignée générale. On associe aux émissions sanguines les autres antiphlogistiques internes ou externes, tels que les boissons aqueuses, acides, nitrées, le froid appliqué a l'extérieur, les applications émollientes et calmantes, les bains, etc. On fait également usage des moyens déri-

PHLEGMASIES.

valifs, qui ont pour but de diminuer ou de faire cesser une irritation locale à l’aide d’une autre irritation ou d’une évacuation provoquée sur un organe plus ou moins éloigné du siège du mal 5 c’est ainsi que, suivant les circonstances, on agit sur le canal intestinal à l’aide des purgatifs, sur la peau a l’aide des pédiluves simples ou irritants, des sinapismes, des vésicatoires, des ventouses, des sétons, des cautères, des moxas. Lorsque, malgré ces moyens, la résolution n’est pas complète et qu’il reste des symptômes de congestion locale , d’infiltration ou d'épanchement, on cherche à en provoquer la résorption par l’emploi de l’émétique et des frictions mercurielles. Il arrive quelquefois que, les symptômes inflammatoires étant dissipés, le malade ne se rétablit pas, par suite d’un excès de sensibilité ou d’un éréthisme nerveux souvent occasionné par une débilitation portée trop loin. C’est le cas de recourir aux antispasmodiques, aux narcotiques (surtout a l’opium) et aux vésicatoires. L’inflammation terminée par gangrène ou qui présente de la tendance vers celte issue funeste exige l’emploi des toniques et des antiseptiques, tels que le quinquina, la serpentaire de Virginie, l’arnica, le camphre, les acides minéraux. L’inflammation chronique présente ordinairement un état de faiblesse et d’atonie, et doit être combattue par les toniques, tels que le quinquina et les ferrugineux. Cependant il survient de temps en temps dans son cours des exacerbations dans lesquelles la phlegmasie s’élève 'a un état d'acuité qui exige les émissions sanguines locales employées avec modération et l’usage des autres moyens antiphlogistiques.

Division des phlegmasies. La classe des phlegmasies se partage en trois ordres, qui comprennent les phlegmasies des organes de la vie de relation, des organes de la vie de nutrition et des organes de reproduction ou génito-urinaires. Le premier ordre est subdivisé en phlegmasies des organes des sens, du système nerveux, des organes locomoteurs; le second ordre embrasse les phlegmasies des organes digestifs, des organes respiratoires et des organes circulatoires; enfin, le troisième ordre se compose des phlegmasies des organes génito-uri-

316 PATHOLOGIE SPÉCIALE

naires chez l’homme et chez la femme. Nous commencerons cette classe par la description de l'inflammation du tissu cellulaire (phlegmon), par la raison que ce tissu entre dans l'organisation de toutes les parties du corps, et que l’histoire de son inflammation éclaire l’histoire de toutes les autres phlegmasies.

Phlegmon.

Définition. Le phlegmon est l’inflammation du tissu cellulaire caractérisée par une douleur puisa tive, la rougeur, la chaleur et le gonflement de la partie malade.

Causes. Toutes les causes irritantes, externes ou internes, peuvent lui donner lieu ; les principales sont les coups, les piqûres, les brûlures, les compressions, les ligatures, les blessures de toute espèce, les corps étrangers, certaines phlegmasies cutanées, telles que la variole et la gale. Le phlegmon se développe quelquefois sans cause appréciable 5 d’autrefois il est le résultat d’un mouvement critique survenant dans le cours d’une fièvre primitive.

Symptômes. Le tissu cellulaire formant un des éléments générateurs de toutes les parties du corps, il en résulte qu’aucun organe n’est a l’abri d’une inflammation phlegmoneuse ; mais c’est surtout dans ceux qui contiennent une plus grande quantité de ce tissu, comme les membres, qu’on l’observe le plus souvent. Le phlegmon débute quelquefois par des frissons, de la chaleur, de la soif 5 mais le plus souvent il commence sans phénomènes précurseurs sensibles. Ses symptômes diffèrent beaucoup, suivant qu’il occupe le tissu cellulaire souscutané ou intermusculaire, ou suivant qu’il est situéa l’intérieur. Dans le phlegmon extérieur, la peau présente un gonflement circonscrit, dur et élastique, et une rougeur vive qui ne disparaît point sous la pression du doigt, comme dans l’érysipèle. Le malade y éprouve une chaleur plus ou moins intense et une douleur accompagnée d’élancements et plus tard de pulsations. Ces symptômes augmentent promptement d’énergie, la rougeur et la tension s’élèvent au plus haut degré. A cette époque le phlegmon provoque ordinairement la fièvre,

PHLEGMASIES.

s’il occupe une certaine étendue. Les symptômes des phlegmons situés sous des muscles ou des aponévroses ne sont pas aussi évidents-, le gonflement est souvent peu marqué; la pe^u n’est pas rouge, mais tendue et luisante; les douleurs sont profondes, continues, lancinantes, pulsatives; la fièvre est forte. Les phlegmons placés dans l’intérieur des grandes cavités ne présentent que les symptômes généraux des phlegmasies internes.

La durée du phlegmon est variable suivant Page, la constitution et les forces du malade.

Terminaisons. La résolution, qui est la plus heureuse terminai son, n’est pas cependant la plus fréquente. Lorsqu’elle a lieu, les phénomènes inflammatoires locaux et généraux diminuent et disparaissent graduellement; il se fait une desquamation de l’épiderme sur le siège du mal. Les terminaisons par induration et par métastase sont rares. La terminaison la plus ordinaire, c’est la suppuration. Elle s’annonce par les phénomènes suivants : la douleur diminue et devient gravative; la tuméfaction augmente, surtout a son centre, qui est saillant, mou et d’un rouge vif, tandis que plus loin la peau a repris sa couleur naturelle ; la tumeur se ramollit peu a peu, et la fluctuation s’y fait sentir, La peau s’amincit graduellement à son centre, blanchit et finit par se rompre. 11 s’écoule de cette ouverture spontanée un liquide ordinairement épais, blanc et inodore, qui peut cependant offrir d’autres qualités suivant une foule de circonstances. On donne le nom de pus à ce liquide et celui (Yabcès aux amas plus ou moins considérables qui peuvent s’en former dans les organes. Dans les interstices musculaires, le pus, au lieu d’être réuni au foyer, est souvent infiltré dans les mailles du tissu cellulaire. Dans les suppurations profondes, la partie devient lourde, empâtée, le pouls est mou, le malade éprouve des frissons dans le dos et dans les lombes. — Le phlegmon peut se terminer encore par gangrène, lorsque les phénomènes inflammatoires sont d’une intensité extrême , ou bien lorsque sa cause est d’une nature délétère et septique.

Lésions anatomiques. Le tissu cellulaire atteint de phlegmon

PATHOLOGIE SPÉCIALE

est ramolli et infiltré de sang rouge brun ; a une époque plus avancée, il est injecté, d’une couleur d’un gris jaunâtre et pénétré d’un liquide gélaliniforme. Enfin, dans la dernière période, ce tissu contient du pus, qui est tantôt infiltré dans ses mailles, tantôt réuni en un ou plusieurs foyers. Les parois de ces foyers sont quelquefois tapissées d’une fausse membrane qui a de l’analogie avec les membranes muqueuses.

Diagnostic. Le phlegmon sous-cutané se reconnaît facilement dans la période inflammatoire a une tuméfaction circonscrite, élastique, douloureuse, chaude et rouge qu’on remarque a l’extérieur ; et dans la dernière période à une fluctuation qu’on sent dans la tumeur lorsqu’on la percute légèrement d’un côté avec une main après avoir appliqué les doigts de l’autre main du côté opposé. Les signes du phlegmon situé profondément sous les aponévroses ou dans les interstices des muscles sont bien moins tranchés et exigent beaucoup d’attention pour être convenablement appréciés. Dans ce cas, la douleur est profonde, lancinante et pulsative, le gonflement peu marqué, la peau tendue et luisante, mais point rouge; les violences extérieures qui ont agi sur les membres serviront aussi a éclairer le diagnostic.

Pronostic. 11 varie beaucoup, suivant le siège et l’étendue des phlegmons. Les sous-cutanés sont en général sans danger, a moins qu’ils n’occupent un grand espace. Ceux qui intéressent la profondeur des membres ou qui sont placés dans les grandes cavités sont toujours une maladie grave et même parfois mortelle, par suite de la grande quantité de pus qu’ils engendrent et de la résorption purulente qui en résulte.

Traitement. Obtenir la résolution a l’aide des divers antiphlogistiques sagement combinés, telle est l’indication générale que présente le phlegmon, tant qu’il ne s’est point terminé par suppuration. On prescrit dans ce but la diète, le repos de la partie malade, Frisage des boissons délavantes, la saignée, l’application plus ou moins réitérée de sangsues, des lotions et des irrigations d’eau fraîche. Le nombre des émissions sanguines et la quantité du sang à extraire varient suivant l’intensité, l’étendue de l’inflammation et la persistance des

PHLEGMASIES.

phénomènes inflammatoires. Lorsque la suppuration se forme malgré ces moyens, on se borne a faire usage des fomentations, des bains émollients et des cataplasmes de farine de graine de lin. On les continue jusqu’il ce que la fluctuation apprenne que le pus s’est réuni en abcès. 11 s’agit alors de déterminer si on abandonnera l’ouverture de ces foyers purulents a la nature, ou si on les ouvrira artificiellement a l’aide d’une ponction ou d’incisions plus ou moins profondes. Celte question et beaucoup d’autres étant du ressort de la chirurgie, nous ne les traiterons point et nous renverrons les lecteurs aux ouvrages sur cette science pour s’éclairer a cet égard.

Phlegmons thoraciques et abdominaux en particulier.

Phlegmon et abcès du médiastin. C’est une maladie fort rare et mal connue jusqu’ici. Elle peut survenir sans cause appréciable ; mais presque toujours elle succède a une violence extérieure sur le sternum , à une carie ou 'a une nécrose de cet os. Elle peut être l’effet du pus qui fuse du cou jusque dans le médiastin.

Elle donne lieu aux symptômes suivants : douleur vive et profonde sous le sternum, fièvre, dyspnée, anxiété, parfois accompagnée de palpitations et de syncopes. Au bout d’un temps variable, ces phénomènes diminuent d’intensité; il survient des frissons suivis de fièvre intense et de sueurs abondantes, ce qui indique que la maladie s’est terminée par suppuration : la percussion du sternum rend alors un son mat. La suppuration suite de carie ou de nécrose est seulement accompagnée d’une douleur sourde derrière le sternum ou d’une oppression plus ou moins considérable. Le pus des abcès du médiastin se porte ordinairement au dehors, soit à travers le sternum , soit a travers un espace intercostal ou un point des parois abdominales ou des plèvres. Ce dernier cas est très-rare. Qu’ils se frayent ou non une issue au dehors, ces abcès produisent presque toujours les accidents de la résorption purulente.

Le phlegmon et les abcès du médiastin sont difficiles k re-

PATHOLOGIE SPÉCIALE

connaître. Leur pronostic est toujours fort grave. Leur traitement consiste dans les émissions sanguines et toutes les autres ressources de la méthode antiphlogistique, et, lorsque le pus est formé , dans les moyens qui peuvent lui procurer une issue. On ouvre les abcès qui paraissent au dehors et on facilite de toutes les manières l’écoulement de ce liquide. Si l’abcès ne se montre pas a l’extérieur, et qu’on ait la certitude de son existence sous le sternum , on trépane cet os.

Phlegmon pér [néphrétique. C’est l’inflammation du tissu cellulaire si abondant qui entoure les reins de tous côtés. Ce phlegmon peut être occasionné par une plaie ou une contusion de la région lombaire, par un corps étranger, par une néphrite aiguë, simple ou calculeuse, par la rupture d’un abcès rénal ou urineux.

Le phlegmon primitif se manifeste par une douleur lombaire profonde que les mouvements du corps et la pression exaspèrent, par la fièvre, la constipation, et souvent des nausées et des vomissements, sans trouble de la sécrétion urinaire. Ces symptômes ne tardent pas a s’aggraver : une tuméfaction paraît dans la région lombaire; très-douloureuse d’abord et lancinante, elle devient ensuite moins sensible, œdémateuse et fluctuante. Cette tumeur, devenue un abcès, finit par s’ouvrir, et le pus s’écoule soit à travers les lombes ou un autre point des parois abdominales, soit dans le côlon ou l’uretère. Il descend quelquefois jusque dans l’aine ou le flanc, ou bien il remonte, perfore le poumon, et est rejeté par l’expectoration. Le phlegmon qui succède a la rupture d’un abcès est précédé des symptômes d’une néphrite ; il a une marche beaucoup plus rapide et se termine promptement par la gangrène, et le plus souvent par la mort, qui arrive au milieu de symptômes adynamiques ou ataxiques. Au reste, beaucoup de ces abcès, quelle qu’en soit la cause, ont une terminaison funeste. Il est ordinairement fort difficile de distinguer le phlegmon et l’abcès périnéphrélique d'une néphrite aiguë, distinction d’ailleurs peu importante pour le traitement, qui est le même dans les deux cas.

On combat le phegmon par des applications répétées de

PH LEGMASIES.

sangsues sur la région lombaire, par des cataplasmes émollients et tous les autres moyens antiphlogistiques. Sitôt que la tumeur offre de la fluctuation, on rouvre largement pour faire écouler le pus au dehors.

Phlegmons et abcès des fosses iliaques. Beaucoup plus fréquents chez l’homme que chez la femme, ces phlegmons sont presque toujours situés a droite, excepté ceux qui se développent à la suite des couches. Ils peuvent être occasionnés par des chutes, des contusions, des corps étrangers, par la métrite, linflammation des ligaments larges, la péritonite partielle, une lésion de l’os iliaque ou de l’articulation coxofémorale. Ils surviennent souvent sans cause apparente.

Ces phlegmons débutent par une douleur dans la région iliaque ordinairement vive et lancinante, quelquefois cependant sourde et obscure, augmentant par la pression et parles mouvements du corps, surtout par ceux du membre inférieur du même côté. Cette douleur s’irradie le long de ce membre et aux parties génitales. En même temps constipation ou diarrhée, lièvre, quelquefois nausées ou vomissements. Quelques jours après le début, on sent dans la fosse iliaque une tumeur dure, rénitente, saillante ou aplatie, d’une grosseur qui varie depuis celle d’une noix jusqu’à celle du poing. C’est surtout lorsque la tumeur est volumineuse qu’on observe des fourmillements et des douleurs dans les organes génitaux et dans le membre correspondant -, celui-ci est parfois le siège d’un œdème plus ou moins prononcé, d’autres fois il est fléchi et rétracté.

Ces phlegmons se terminent le plus souvent par suppuration ; on sent alors dans la tumeur une fluctuation plus ou moins distincte. L’abcès s’ouvre au bout d’un temps variable, et le pus s’échappe ordinairement au dehors à travers les parois de l’abdomen près du ligament de Fallope et de l’épine iliaque. D’autres fois il s’écoule dans le gros intestin. On le voit quelquefois se frayer une issue à travers le rectum , la vessie , le vagin, etc. Parmi les malades qui guérissent, la convalescence est quelquefois prompte, mais le plus souvent elle n’arrive

qu’après un ou plusieurs mois de suppuration. Ceux qui suc- I. 2 1

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combent périssent de péritonite consécutive, ou tombent dans le marasme.

Cette maladie, qu’on reconnaît assez facilement aux symptômes qui précèdent, est toujours une affection grave dont le résultat est longtemps douteux.

Le traitement des phlegmons iliaques est le même que celui des phlegmons périnéphrétiques. Les sangsues seront emp’oyées le plus près possible du début, avec abondance et plusieurs fois répétées, si les phénomènes inflammatoires ne s’amendent pas. Si Ton ne peut prévenir la suppuration, ce qui est le plus ordinaire, il faut se hâter d’ouvrir l’abcès lorsqu’on a acquis la certitude que son foyer est adhérent aux parois abdominales et que celles-ci sont déjà amincies dans le point correspondant a la tumeur.

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