PHLEGMASIES DES ORGANES DE LA VIE DE RELATION
lre Section. Phlegmasies des organes des sens.
Ie1' Genre. Phlegmasies cutanées.
Définition. Les phlegmasies de la peau se présentent a l’extérieur sous forme de rougeurs, de taches, de pustules, de petites tumeurs tantôt aqueuses et séreuses, tantôt solides et résistantes, plus ou moins volumineuses; symptômes accompagnés de douleur, de cuisson, de prurit et se terminant par résolution, par desquamation, par une sécrétion accidentelle ou par ulcération des parties malades.
Je suis persuadé que beaucoup d’affections cutanées chroniques, qu’on considère généralement et qu’on décrit dans tous les ouvrages comme des phlegmasies, n’ont point réellement le caractère inflammatoire et dépendent d’une autre diathèse; mais il n’est pas encore possible, dans l’état actuel de la science, de déterminer leur nature; je me conformerai
PIÏ LEGMASIES.
donc, malgré moi, a la marche suivie par tous les dermatologistes, en les classant dans les inflammations, tout en déclarant que je n’en suis nullement satisfait.
Causes. Chaque âge prédispose â un genre de maladies de la peau. L’enfance et la jeunesse sont principalement sujettes aux fièvres éruptives , l’âge mûr et la vieillesse aux affections chroniques. L’influence héréditaire est manifeste dans un assez grand nombre d’entre elles. Certaines constitutions y prédisposent évidemment. Les autres causes sont les climats, les saisons chaudes, une température très-élevée, certains vêtements et en particulier ceux de laine, les fourrures, la malpropreté; certains métiers, tels que ceux de tisserand, de tailleur, de mineur, de boulanger, de ramoneur, de blanchisseur, de boucher, etc.; quelques insectes, comme les pous et Yacarus scabiei, les principes contagieux (de la variole, de la rougeole, de la scarlatine, etc.), les aliments âcres, salés, fumés, corrompus, le fromage, les boissons spiritueuses; certains médicaments , tels que les sudorifiques , le soufre , le mercure , l’arsenic, etc.; les vices du sang pêchant par sa quantité et ses qualités , les troubles divers de la transpiration et des sécrétions de l’urine, de la bile, du sperme, du flux menstruel, des lochies et du lait, les exercices violents ou un repos trop prolongé, les affections morales tristes.
Symptômes. Les symptômes des phlegmasies cutanées sont locaux ou généraux.
Symptômes Locaux. Les symptômes locaux consistent dans des modifications variées de la douleur, de la rougeur, de la chaleur et de la tuméfaction de la peau , ainsi que dans des sécrétions morbides de cet organe. Ces modifications présentent un certain nombre de formes qu’il est bien important de connaître, parce qu’elles servent à distinguer les maladies de la peau les unes d’avec les autres. Les principales de ces formes sont : les exanthèmes, les bulles, les vésicules, les pustules, les papules, les squames et les tubercules.
On désigne sous le nom (Y exanthèmes, une rougeur générale de la peau, ou des taches rouges ou rougeâtres plus ou moins
nombreuses et superficielles, disparaissant sous la pression
du doigt, et se terminant par résolution, par délitescence ou par desquamation.
Les bulles ou phlyctènes sont de petites tumeurs aqueuses, remplies de sérosité et formées par l’épiderme, qui est soulevé et détaché du corps réticulaire.
Les vésicules ne diffèrent des bulles que par un plus petit volume. Ce sont de petites élevures de l’épiderme contenant une gouttelette de sérosité. Ce fluide est résorbé ou s’épanche sur la peau par suite de la rupture des vésicules. Celles-ci sont suivies de desquamation, d’excoriations superficielles ou de petites croûtes minces.
Les pustules sont de petites tumeurs purulentes, formées par l’épiderme, qui est soulevé, et par du pus ou une humeur opaque non séreuse. Ce liquide se concrète et forme des croûtes sous lesquelles la peau est quelquefois excoriée ou ulcérée.
Les papules sont de petites élevures de la peau solides et résistantes, ordinairement prurigineuses, qui ne contiennent point de liquide, et qui se terminent par résolution ou desquamation.
Les squames sont des lames et des lamelles d’épiderme sec, qui se détachent, sous forme de petites écailles blanchâtres, de la surface du derme enflammé. Quelquefois, au lieu de lames, l’épiderme s’en va en petites parcelles pulvérulentes analogues au son ou a la farine ( furfur )• c’est ce qu’on appelle desquamation furfuracée.
Enfin les tubercules sont de petites tumeurs solides, dures, plus grosses que les papules, se terminant par résolution, par induration, par suppuration, ou par ulcération.
Les altérations que nous venons de passer en revue sont principalement des modifications de la rougeur, de la tuméfaction et des sécrétions de la peau enflammée. La douleur se présente sous les formes de la démangeaison, de la cuisson, de la brûlure, de la tension, de l’érosion, etc.
Symptômes généraux. Parmi les phlegmasies cutanées, les unes sont précédées et accompagnées de fièvre, les autres ne produisent aucun trouble bien notable dans les fonctions de l’économie.
PHLEGMASIES.
Marche. La marche des phlegmasies cutanées est presque toujours continue^ quelques-unes d’entre elles peuvent se suspendre pendant un temps plus ou moins long pour revenir ensuite de nouveau.
Durée . La durée des phlegmasies cutanées est fixe dans les unes et indéterminée dans les autres-, elle est tantôt aiguë et tantôt chronique.
Terminaisons. Ces maladies se terminent ordinairement par résolution et par desquamation ; quelquefois par délitescence ou métastase. Plusieurs d’entre elles sont suivies de suppuration et de dessiccation. Quelques-unes se terminent par ulcération ; d’autres se prolongent d’une manière indéfinie.
Lésions anatomiques. Ces phlegmasies produisent dans les divers éléments organiques qui composent la peau des altérations variées qui seront décrites dans l’article consacré a chacune de ces maladies en particulier. Ces éléments sont le derme dont la surface externe offre le réseau vasculaire et les papilles, la couche épidermique profonde, le pigment, l’épiderme, et les follicules sébacés et pilifères.
Diagnostic. Les symptômes dont nous venons de présenter le tableau succinct, étant tous apparents a la vue, sont si faciles a reconnaître, qu’on ne peut guère se tromper sur l’existence des maladies de la peau. Les seules affections avec lesquelles on pourrait les confondre sont les hémorrhagies qui peuvent avoir lieu dans l’organe cutané. Mais , dans ce dernier cas, la rougeur ne disparaît pas sous la pression; il n’y a ni chaleur, ni douleur, ni sécrétion accidentelle; les taches rouges s’effacent graduellement en passant par le jauneclair.
On divise les maladies de la peau en idiopathiques et en symptomatiques. Les premières sont celles qui constituent des maladies par elles-mêmes, les secondes celles qui dépendent d’autres affections dont elles ne sont que le symptôme, et qui par cette raison ne doivent point figurer parmi les phlegmasies cutanées. Ces phlegmasies doivent être distinguées en aiguës et en chroniques. Celles-là ont une durée limitée, ordinairement courte, et sont presque toujours accompagnées de
PATHOLOGIE SPÉCIALE
fièvre 5 celles-ci se prolongent longtemps, d’une manière indéfinie, et sont apyrétiques.
Pathogénie. Les phlegmasies cutanées ne sont généralement que des signes extérieurs d’une affection intérieure dont la nature cherche à se débarrasser. Sous l’influence de causes morbifiques extérieures ou intérieures, le sang éprouve des modifications plus ou moins nuisibles, ou même des altérations qui émeuvent cette providence organique que nous avons appelée la force vitale. Celle-ci tend a le purifier en portant a la peau le principe du mal, qui se développe à sa surface sous les diverses formes d’exanthèmes, de vésicules, de pustules, de bulles, etc. Lorsque la crise dépuratoire et extérieure est complète, le traitement local peut amener la guérison; mais le plus souvent la diathèse intérieure ou l’affection persiste, et l’éruption ne manque pas de revenir. Voila ce qui explique les récidives si fréquentes des maladies chroniques de la peau. Il faut toujours se souvenir de ce principe , que nous avons établi le premier, que la peau est le miroir du sang (p. 117).
Division des phlegmasies cutanées. On divise ces phlegmasies suivant les formes élémentaires qu’elles peuvent présenter, et que nous avons décrites plus haut, en exanthémateuses, bulleuses, vésiculeuses, pustuleuses, papuleuses, squameuses et tuberculeuses. En voici le tableau :
Phlegmasies exanthémateuses. Erythème, érysipèle, rougeole, roséole, scarlatine, urticaire.
— bulleuses. Pemphigus, rupia.
— vésiculeuses. Herpès , eczéma , hydrargyrie , gale ,
suette miliaire.
— pustuleuses. Variole, varioloïde, varicelle, vac-
cine, acné, impétigo, favus, ecthyma.
— papuleuses. Lichen, prurigo.
— squameuses. Lèpre, psoriasis, pityriasis, pellagre.
— tuberculeuses. Lupus, éléphantiasis des Grecs.
C’est dans cet ordre et d’après cette classification, due a Willan , que nous décrirons les phlegmasies cutanées , k l’ex-
Pli LEGMAS1ES.
ception des fièvres éruptives (variole, varioloïdc, varicelle, rougeole, scarlatine, snette miliaire), qui , offrant une fièvre primitive dont l’éruption n’est en quelque sorte que la crise, ont dû être classées dans les fièvres, comme formant le passage de ces maladies aux phlegmasies.
Pronostic. Il varie suivant les différentes espèces d’inflammation auxquelles nous renvoyons.
Traitement. Il se divise en celui des phlegmasies aiguës, et celui des phlegmasies chroniques. Le premier a été tracé dans l’histoire des fièvres éruptives, qui a elles seules composent presque la section entière des inflammations aiguës de la peau ; nous n’y reviendrons pas.
Le traitement des phlegmasies chroniques a pour but de rétablir l’organisation et les fonctions de la peau dans leur état normal. Les moyens que l’on emploie pour y arriver sont généraux ou locaux.
Moyens généraux. Les principaux sont un air pur et sec, une propreté recherchée, le changement fréquent de linge, un régime doux dont on a banni toutes les substances âcres et échauffantes, principalement composé de viandes blanches, de légumes frais, de fruits aqueux; l’usage du lait, l’exercice, l’excitation de toutes les sécrétions, surtout de celles de la peau, les purgatifs fréquents, l’usage intérieur des médicaments regardés comme dépuratifs ou comme jouissant d’une action spécifique sur la peau tels que le soufre, l’antimoine, la poudre de Plummer, le gayac, la salsepareille, la patience, le pissenlit, la bardane, le chiendent, la douce-amère, l’écorce d’orme, l’iode et ses préparations , etc.
Moyens Locaux. Les bains émollients, gélatineux et huileux, les bains frais, les bains narcotiques, les onctions avec les huiles et les graisses, les eaux minérales sulfureuses , les fumigations sèches et sulfureuses; les végétaux dépuratifs que nous venons d’énumérer, employés en bains, en lotions ou en frictions; les pommades où entrent le soufre, le mercure, l’antimoine, le muriate de baryte, le graphite, le chlorure de chaux, le charbon, la chaux; les lotions ou les bains avec de l’eau contenant du savon, du sel marin, du sublimé, du soufre,
PATHOLOGIE SPÉCIALE
de la chaux, de l’iode; les vésicatoires, les cautères et les sétons, la compression, etc.
Les circonstances particulières qui font réclamer les uns de ces moyens plutôt que les autres , se trouveront indiqués dans le traitement de chaque phlegmasie cutanée en particulier.
PHLEGMASIES EXANTIIÉMATEUSES.
Ce sont Térythème, l’érysipèle, la roséole et l’urticaire.
Erythème.
Eryihcma, intcrlrigo , feux de dents, dartre érylhémoïclc d’Alibert.
Définition. C’est une éruption non contagieuse, ordinairement sans fièvre, consistant dans une ou plusieurs taches rouges superficielles , de quelques lignes a plusieurs pouces de diamètre, se terminant par délitescence ou par résolution, avec ou sans desquamation.
Causes prédisposantes. Il survient souvent sans cause connue. Le printemps favorise son développement. Il attaque de préférence les petits enfants , les femmes , les vieillards , les sujets irritables a peau fine et colorée.
Causes occasionnelles. Toutes les causes irritantes externes agissant sur la peau, telles que les frictions stimulantes, les frottements de certaines parties de la peau les unes sur les autres, comme cela arrive aux aines , entre les fesses , le contact prolongé des urines, des matières fécales, des écoulements âcres, l’action de la chaleur , du froid , le voisinage d’une plaie ou d’un ulcère, les piqûres, etc.
Symptômes. L’érythème n’est point ordinairement accompagné de lièvre. 11 se présente sous forme de taches d’un rouge vif, superficielles, de forme et de grandeur variables, tantôt solitaires, tantôt assez nombreuses et disséminées sur une étendue plus ou moins considérable de la peau. Elles provoquent assez souvent de la cuisson ou des démangeaisons. Dans l’érythème qui a son siège sur des parties de la peau dont la transpiration est odorante et où s’exercent des frottements, la surface
PHLEGMASIES.
rouge peut s’excorier et donner lieu a un suintement séreux. On l’a appelé intertrigo. Il arrive quelquefois que les rougeurs sont arrondies avec des bords rudes et proéminents ( érythème marginé de Willan), ou qu’elles sont généralement rudes et papuleuses ( érythème papul eux) , ou bien accompagnées de petites tumeurs (érythème tuberculeux), ou enfin qu’elles présentent des protubérances dures et douloureuses ( érythème noueux). L’érythème dure d’un a deux septénaires a l’état aigu; il peut passer a l’état chronique. Il se termine par résolution ou délitescence. C’est une maladie locale, légère et facile à guérir.
Traitement. Il consiste dans le repos , les soins de propreté , les lotions el les bains émollients, les topiques adoucissants, tels que l’huile ou le cérat, et l’emploi des poudres absorbantes telles que celle de lycopode qu’on répand sur les surfaces érythémateuses humides où s’exercent des frottements. Si l’érythème était très-aigu et étendu, on prescrirait une saignée, des bains tièdes, un régime sévère, des boissons délayantes et quelques laxatifs.
Erysipèle.
Définition. L’érysipèle est une inflammation exanthémaleuse de la peau, caractérisée par une rougeur luisante qui s’efface par la pression du doigt et reparaît ensuite. Il peut s’étendre jusqu’au tissu cellulaire sous-cutané; il prend alors le nom
d'érysipèle phlegmoneux.
Causes. — 1° Causes prédisposantes. L’érysipèle affecte plutôt les femmes que les hommes, les personnes d’un tempérament bilieux ^celles qui ont la peau blanche et fine , le corps chargé d’embonpoint, le foie très-irritable ou malade. 11 se manifeste souvent durant la menstruation, pendant la grossesse, au printemps et en automne. Certaines constitutions atmosphériques y prédisposent également.
2° Causes occasionnelles. Ce sont principalement les refroidissements, les vicissitudes atmosphériques brusques, les différentes espèces de blessures, toutes les causes irritantes agissant sur la peau, l’usage de certains aliments tels que les
PATHOLOGIE SPÉCIALE
moules, les écrevisses, chez certains individus les affections morales tristes, la colère, la frayeur, etc. L’érysipèle survient souvent sans cause appréciable.
Symptômes. L’érysipèle est souvent précédé de lassitudes spontanées, de frissons fugaces, de nausées, de fréquence du pouls et de chaleur à la peau. L’éruption peut se manifester dans toutes les parties du corps ; mais son siège le plus fréquent est a la face et aux membres. Son invasion a lieu ordinairement vers le deuxième ou le troisième jour de ce mouvement fébrile. La peau se couvre , dans une étendue plus ou moins grande, d’une rougeur vive tirant un peu sur le jaune et quelquefois livide, disparaissant sous le doigt et reparaissant lorsque la pression cesse ; elle est légèrement tuméfiée et fait éprouver au malade une douleur piquante plus ou moins vive et un sentiment de cuisson et de chaleur sèche et ardente. Ces symptômes, ainsi que la fièvre qui les accompagne, augmentent jusqu’au troisième et au quatrième jour, en se propageant quelquefois d’une partie à une autre. Ils restent ensuite stationnaires jusqu’au sixièmeou septième jour. A cette époque, il s’élève souvent a la surface de la peau enflammée tantôt des vésicules séreuses plus ou moins nombreuses et rapprochées (érysipèle miliaire) * tantôt des bulles isolées ou confluentes analogues aux ampoules produites parla brûlure (érysipèle phtycténoïde). Ces vésicules et ces bulles, en se rompant, laissent écouler un liquide qui se concrète et forme des croûtes dures et jaunâtres. Lorsque ces phénomènes se manifestent, la douleur, la rougeur, la tension et la fièvre commencent h diminuer et ne tardent pas â disparaître.
Marche. L’érysipèle a ordinairement une marche continue $ il est sujet chez certains individus â revenir â des époques rapprochées ou éloignées. Cette affection présente dans plusieurs cas une grande mobilité, une tendance marquée â changer de place et a se transporter d’une partie a une autre -, on la voit passer d’une cuisse à l’autre, d’un bras a l’autre bras, de la tête au tronc ou du tronc à la tête-, il y en a qui parcourent ainsi les diverses parties du corps. On appelle ambulants ces espèces d’érysipèles.
PHLEGMASIES.
Durée. L’érysipèle dure ordinairement de neuf a dix jours.
Terminaisons. Il se termine le plus souvent par résolution, avec desquamation de l’épiderme , qui s’enlève en écailles plus ou moins volumineuses. Les croûtes tombent en même temps. Celte terminaison est quelquefois accompagnée d’évacuations critiques telles que des hémorrhagies, des urines sédimenteuses, des évacuations alvines. Cette maladie disparaît quelquefois brusquement, et est suivie de graves métastases sur le cerveau et ses membranes ou sur d’autres organes. Elle peut encore se terminer par ulcération ou par gangrène, ce qui est rare.
Érysipèle phlegmoneux. Dans cette espèce , la peau , le tissu cellulaire sous-cutané et quelquefois même le tissu cellulaire sous-aponévrotique sont affectés en même temps. Il résulte de cette différence de siège des modifications dans les symptômes qui sont généralement bien plus intenses que dans l’érysipèle ordinaire. La partie enflammée des téguments offre une tuméfaction large, dure et profonde, une rougeur vive, une douleur pongitive, une chaleur brûlante; les ganglions lymphatiques sont engorgés, la fièvre est forte. Lorsque l’inflammation s’étend beaucoup en largeur et en profondeur, il y a des douleurs violentes, de l’agitation , de l’insomnie et même du délire. L’érysipèle phlegmoneux se termine : 1° par résolution ou par un œdème passager ; 2° par suppuration ; dans ce cas la douleur devient pulsative ; il se forme des abcès qui sont ordinairement sous-cutanés et peu nombreux, mais qui peuvent être inter-musculaires et abondants, et par conséquent très-graves; 3° par gangrène. La peau devient alors violacée et se couvre de phlyctènes; il survient des ecchymoses, des escarres et divers foyers de suppuration. Tantôt la cicatrisation finit par s’opérer, tantôt et le plus souvent il s’établit une fièvre violente par résorption purulente qui enlève promptement les malades.
Pronostic. L’érysipèle simple ne présente généralement aucun danger, excepté dans le cas de rétrocession subite, phénomène grave, fréquemment suivi d’inflammation de quelque organe important, principalement du cerveau et des méninges.
Les érysipèles phlegmoneux et profonds des membres sont une maladie fort grave, assez souvent mortelle.
Traitement. L’érysipèle simple et par cause externe guérit de lui-même en abandonnant la maladie h la nature. On se borne a prescrire le repos et la situation horizontale. Lorsque l’éruption occupe les membres, on peut faire usage de lotions avec l’eau fraîche ou avec les décoctions de mauve, de guimauve , de sureau , etc. On donne en même temps a l’intérieur une boisson acidulée.
L’érysipèle simple de cause interne exige l’emploi des évacuants, des vomitifs ou des purgatifs, suivant les indications. On couvrira peu la partie malade, et l’on évitera les réfrigérants, qui pourraient occasionner une métastase sur les organes intérieurs.
Dans les érysipèles intenses, on a recours aux émissions sanguines; lorsque le sujet est jeune et pléthorique, on fait usage de la saignée; dans les autres circonstances, on préfère les sangsues. La crainte de favoriser les répercussions doit faire mettre beaucoup de circonspection dans l’usage des émissions sanguines , qui , dans tous les cas , doivent être combinées avec les évacuants. Les vomitifs sont surtout indiqués, lorsqu’il survient dans le cours d’un érysipèle une affection cérébrale avec délire et état soporeux. On se borne à piquer les ampoules qui se forment sur les surfaces érysipélateuses, de manière que la sérosité s’écoule peu a peu et que l’épiderme détaché reste appliqué sur le derme ; mais s'il arrivait que l’épiderme fût enlevé, on enduirait de crème la surface dénudée, afin de calmer la chaleur et la douleur que les malades y ressentent. La suppression brusque des érysipèles exige l’emploi des moyens propres a les rappeler ou a les remplacer, tels que l’application d’un sinapisme sur la place qu’ils occupaient, et a l’intérieur l’esprit de Mindérerus, le camphre et le nitre. Si cette rétrocession avait été suivie d’une inflammation interne violente , on ajouterait a cés moyens la saignée, les sangsues et les vésicatoires. On cherche a fixer les érysipèles ambulants par un vésicatoire appliqué sur un des lieux où ils s’étaient d’abord fixés. Le traitement de l’érysipèle
phlegmoneux consiste dans l’emploi des émissions sanguines générales et locales plus ou moins répétées, suivant l’étendue et l’intensité de l’inflammation • des bains tièdes , des cataplasmes émollients et narcotiques. Lorsqu’il s’est déjà formé du pus réuni en foyer ou infiltré dans le tissu cellulaire, ce qu’on reconnaît a l’état d’empâtement des membres, il faut pratiquer sur-le-champ un certain nombre d’incisions qui produisent un prompt soulagement en donnant écoulement au pus et a la sanie, et en produisant un débridement de la peau et des aponévroses. La description de ce procédé opératoire et des modifications qu'il doit éprouver, suivant les circonstances, étant du ressort de la chirurgie, ne doit point figurer dans cet ouvrage.
Roséole.
Définition. La roséole est un exanthème souvent apyrétique, non contagieux, ordinairement exempt de phénomènes catarrhaux précurseurs , caractérisé par de petites taches roses de formes variées non saillantes.
Causes. On l’observe assez souvent chez les enfants de deux à trois ans, pendant le travail de la dentition , chez les femmes dont la peau est fine et délicate , dans les saisons chaudes et variables. Des aliments âcres et irritants, certains médicaments, le baume de copahu par exemple, peuvent lui donner lieu. Cette maladie peut encore être occasionnée par des affections morales tristes, l’embarras gastrique, la goutte, etc.
Symptômes. La roséole débute ordinairement sans fièvre préalable et sans aucun des symptômes d’irritation catarrhale des yeux, des fosses nasales et des bronches, qui précèdent et accompagnent la rougeole. Quelquefois cependant elle est précédée d’un mouvement fébrile léger. Lorsqu’elle est générale, elle se répand en un ou deux jours sur la face, le cou et le reste du tronc. Quand elle est partielle , elle occupe le plus souvent les parties supérieures. Elle se montre sous la forme de petites taches superficielles d’un rouge rosé plus ou moins vif, irrégulièrement arrondies , souvent plus grandes et moins nombreuses que celles de la rougeole , laissant entre
PATHOLOGIE SPÉCIALE
elles des espaces où la peau conserve sa couleur naturelle. Ces taches, souvent accompagnées de prurit et de fourmillement , pâlissent bientôt et disparaissent en quatre ou cinq jours ; elles se terminent par une desquamation plus ou moins apparente. La roséole suit quelquefois une marche chronique , les taches paraissant et disparaissant alternativement pendant un temps assez long.
Diagnostic.. La roséole se distingue 1° de l’érythème par des taches plus nombreuses et moins grandes , et par une rougeur moins foncée; 2° de la rougeole, par son caractère non contagieux et par l’absence de phénomènes fébriles et catarrhaux ; 3° de la scarlatine, par une couleur moins foncée, moins générale , moins uniforme, par l’absence de fièvre et d’angine.
Pronostic. La roséole est une maladie passagère et légère qui n’offre aucun danger.
Traitement. La nature faisant tous les frais de la guérison de la roséole, on se bornera à la seconder parle repos, la diète ou un régime léger, des boissons délayantes ou acidulées, quelques bains lièdes. On pourra donner quelques laxatifs à la fin de l’éruption. Lorsque cette affection passe a l’état chronique , les médecins anglais conseillent les acides minéraux et les bains de mer.
Urticaire.
Üretlo, essera, urticaria , Fièvre orliée , porcelaine.
Définition. L’urticaire est un exanthème non contagieux, consistant en des taches proéminentes, plus rouges ou plus pâles que la peau et analogues â celles que détermine la piqûre des orties.
Causes. — 1° Causes prédisposantes. Elle attaque de préférence les femmes, les enfants, les personnes d’un tempérament lymphatico-sanguin.
2° Causes occasionnelles . L’ingestion de certains aliments tels que les moules, les huîtres, les crabes, les écrevisses, les chairs de porc et d’oie, les substances épicées, etc. ; une irritation gastrique, un état saburral , un régime échauffant, les
PHLEGM ASIES.
liqueurs spirilueuses , les abus de la labié , le travail de la dentition, les affections morales tristes, les contrariétés, les émotions vives , etc.
Symptômes. L’urticaire peut débuter tout a coup et sans fièvre, ou être précédé d'un mouvement fébrile, de malaise, de lassitudes spontanées, de céphalalgie, de nausées. Une démangeaison plus ou moins vive se fait sentir dans divers points de la peau , et porte le malade 'a se gratter ^ sous faction des doigts, il se développe, dans les endroits prurigineux, des plaques saillantes , dures , arrondies , larges de deux lignes à un pouce et demi , plus blanches que le reste de la peau ou légèrement rosées et entourées d’une auréole d’un rouge vif. Ces élevures se manifestent surtout immédiatement après le dîner, ou dans la nuit et vers le matin. Elles ne durent ordinairement que quelques heures , et disparaissent sans occasionner de desquamation. D’autres fois elles ont une marche intermittente : elles se montrent la nuit ou le matin , disparaissent le jour et reviennent la nuit suivante. L’urticaire peut être chronique, il dure alors plusieurs mois ou même des années. On l’observe principalement chez les femmes et chez les personnes dont la peau jouit d’une grande sensibilité. — L’urticaire est une maladie bénigne et sans danger , mais elle est fort incommode lorsqu’elle devient chronique.
Traitement. L’urticaire aiguë, qui tient a une indigestion, a un trouble des fonctions digestives, ne réclame pas d’autre traitement que celui qui convient a la cause dont il dépend. La diète , les boissons délayantes , le thé léger, quelques lavements émollients, quelques bains lièdes sur le déclin de l’éruption, suffisent ordinairement pour la guérison, que la nature opère seule. L’urticaire chronique doit être combattu par un régime convenable. Il importe de s’abstenir des aliments et des boissons habituels qui peuvent l’entretenir -, il convient souvent de changer entièrement de manière de vivre. Les bains, les laxatifs, les acides minéraux, les amers aromatiques doivent être employés concurremment. Le quinquina serait indiqué si l’urticaire avait une forme franchement intermittente.
PATHOLOGIE SPÉCIALE
P 1 1 L E G M A S I E S BULLEUSES.
Ce sont le pernphigus et le rupia.
Pemphigus.
Dartre phlyctcnoïde , fièvre pemphigoile , pompliolix.
Définition. Le pemphigus est caractérisé par l’éruption à la peau d’une ou de plusieurs bulles remplies de sérosité, d’une grosseur qui varie depuis celle d’un pois jusqu'à celle d’un œuf, lesquelles en se rompant donnent lieu à des croûtes lamelleuses ou à une excoriation superficielle.
Causes. Le pemphigus survient souvent sans cause apparente *, il est parfois congénial. L’enfance surtout, aux époques de la dentition, la jeunesse, l’âge critique chez les femmes, la vieillesse, les saisons chaudes , les afïéctions morales tristes, les chagrins, les contrariétés paraissent y prédisposer. Il se développe quelquefois sous l’influence des écarts de régime , de l’intempérance, de l’usage des aliments âcres et épicés, d’une mauvaise nourriture. Il n’est point contagieux. Il est quelquefois symptomatique.
Symptômes. Le pemphigus est précédé de lassitudes spontanées , de malaise , de nausées, d’accélération du pouls, ou bien il débute tout à coup sans fièvre et sans aucun autre phénomène précurseur. Il se développe à la surface de la peau des taches rouges, érythémateuses, accompagnées de douleur et de chaleur-, bientôt après, il s’élève sur ces taches, des bulles ou phlyctènes analogues aux ampoules produites par l’action de l’eau bouillante. Leur volume varié depuis celui d’un pois jusqu’à celui d’un œuf de poule et au delà. Leur nombre est très-variable, ainsi que le siège qu’elles occupent; elles contiennent une sérosité claire et limpide ou tirant légèrement sur le jaune. Après deux ou trois jours, elles s’affaissent, se rompent et laissent écouler le liquide qu’elles contenaient. Lorsque l’épiderme se détache par le frottement , il en résulte
PHLEGMAS1ES.
des excoriations douloureuses. Le [dus souvent leur rupture est suivie de croûtes lamelleuses qui deviennent brunâtres, et qui, après leur chute, sont remplacées par des taches d’un rouge obscur. — Dans les pemphigus chroniques, il y a plusieurs éruptions successives de bulles. — La durée moyenne des bulles est de sept jours, celle du pemphigus aigu d’un a deux septénaires , et celle du pemphigus chronique de trois a quatre mois et plus.
Le pemphigus dans lequel l'éruption des bulles est simultanée et confluente, qui s’étend â la bouche ou aux organes génito-urinaires, est presque toujours accompagné d’un mouvement fébrile. — Le pemphigus, surtout celui qui est chronique, peut être compliqué d une inflammation de la membrane muqueuse gastro-intestinale , ou de toute autre partie du corps-, il présente alors des symptômes généraux qui peuvent être fort graves et même mortels.
Lésions anatomiques. L’altération de la peau dans les pemphigus est semblable â celle qu’on remarque après l’application des vésicatoires, et dans le second degré de la brûlure.
Pronostic. Le pemphigus aigu apyrétique est sans aucun danger; le pemphigus fébrile est plus ou moins grave, suivant qu’il s’est propagé aux membranes muqueuses et qu’il est ou non accompagné de symptômes nerveux. Le pemphigus chronique est toujours une maladie rebelle, douloureuse et grave, à cause des complications qui l’entretiennent.
Traitement. Le pemphigus aigu et apyrétique guérit de luimême et n'exige aucun traitement. On se borne â pratiquer quelques petites ouvertures sur les bulles pour donner issue à la sérosité. Lorsqu’il est plus intense, on prescrit la diète lactée, un régime antiphlogistique, des boissons délayantes, les limonades végétales et quelques bains. Le pemphigus fébrile existant chez des sujets robustes réclame l’emploi des émissions sanguines et des bains émollients. Le pemphigus chronique qui n’occupe qu’un petit espace chez des sujets dont la constitution est bonne cède quelquefois aux mêmes moyens ou aux bains froids employés seuls ou alternés avec des bains
légèrement alcalins. Lorsqu’il est accompagné de fièvre, et i. 22
PATHOLOGIE SPÉCIALE
qu'il s’est propagé à quelques parties des membranes muqueuses, une saignée et des topiques émollients et gélatineux sont indiqués. Dans le pemphigus rebelle et chronique chez des sujets faibles on cherche a modifier la constitution par l’emploi des amers, des ferrugineux, des acides minéraux et surtout par un régime convenable.
Rupia.
Définition. Le rupia est une éruption de phlyctènes isolées, larges et aplaties, remplies d’un fluide d’abord séreux, ensuite puriforme ou sanguinolent, qui se concrètent en croûtes noires sous lesquelles la peau est plus ou moins profondément ulcérée.
Causes. Un mauvais régime , la malpropreté y prédisposent. Il survient principalement pendant l’hiver chez les sujets affaiblis, mal vêtus, mal nourris, scrofuleux. Il dépend souvent d’un état cachectique particulier , qui se rencontre chez les enfants et chez les vieillards.
Symptômes . Le rupia se développe ordinairement sur les jambes, les cuisses et les lombes. Il consiste dans des bulles peu nombreuses, isolées, aplaties, de la largeur d’une pièce d’un franc et contenant d’abord une sérosité transparente. Cette humeur ne tarde pas a se troubler et à devenir purulente ou sanguinolente. Elle s’épaissit ensuite et forme des croûtes brunes, noirâtres, de couleur chocolat, plus épaisses à leur centre qu’â leur circonférence. Au bout de quelques jours, ces croûtes tombent et laissent â nu des ulcérations superficielles de la peau qui se cicatrisent ou se recouvrent de nouvelles croûtes pouvant se renouveler plusieurs fois. Lorsque la cicatrice s’est formée , la peau conserve longtemps dans cet endroit une teinte d’un rouge livide. — Cette maladie est peu grave par elle-même, mais l’altération de la constitution chez la plupart des sujets qui en sont atteints peut rendre le pronostic plus ou moins sérieux. Dans ces circonstances, on voit quelquefois le rupia donner lieu à des ulcérations dilïiciles à guérir ou rebelles.
PHLEGMASIES.
Traitement. Le traitement interne du rupia consiste dans lin bon régime , un air pur et l’emploi de toniques appropriés. On fait tomber les croûtes à l’aide de quelques cataplasmes émollients-, si les ulcérations persistent, on les panse avec des médicaments détersifs, astringents ou irritants. On donne en même temps des bains tièdes, alcalins ou sulfureux. En général , les soins hygiéniques suffisent pour la guérison de celte maladie.
PHLEGMASIES VÉSICULEUSES.
Ces maladies sont l’herpès, l’eczéma, l’hydrargyrie et la gale.
Herpès.
Dartres.
Définition. Wilhn et Bateman comprennent sous le nom d'herpès un genre de phlegmasies cutanées non contagieuses, caractérisé par l’éruption de petites vésicules réunies en groupes, enflammées 'a leur base, lesquelles se dessèchent au bout de dix, quinze, vingt jours ou au delà. Ces auteurs admettent six espèces d’herpès, savoir : Y herpès zostcr ou zona,
Y herpès phlycténoïde, Y herpès circinatus, l'herpès labiahs et \ her-
pès prœputialis.
1° Herpès zoster ou zona.
Fc. SauuAmoine, fe.. sacré, dar.ce pblyc.énoïde en zone, érysipèle pustuleux.
Définition. Le zona est une inflammation vésiculeuse qui se présente sous la forme d une demi-ceinture occupant ordinairement l’un des côtés du corps, et formée par plusieurs
groupes de vésicules agglomérées.
Causes. Elles sont très-peu connues. Le zona est plus commun en été et en automne que dans les autres saisons-, les adultes en sont plus souvent affectés que les enfants et les vieillards. Il n’est ni contagieux, ni épidémique.
Symptômes. Le zona débute souvent sans phénomènes précurseurs bien sensibles-, d’autres fois il est précédé de ma-
PATHOLOGIE SPÉCIALE
laises, de frissons, de nausées, d’accélération du pouls et de chaleur a la peau. Ces prodromes durent ordinairement deux ou trois jours avant l’invasion du zona. Cette éruption a communément son siège sur un des côtés du tronc, principalement du côté droit; elle occupe cependant quelquefois le cou, la face et les membres. Elle commence par un sentiment de fourmillement, de prurit et de chaleur a la portion de la peau où elle doit paraître. Il se développe bientôt sur cette région des taches rouges, irrégulières, isolées ou réunies, qui ne tardent pas a se couvrir de petites vésicules blanches, argentées, transparentes, de la forme de petites perles et réunies en groupes. Ces vésicules grossissent promptement et
".T'" "*,7 . - volume d’une petite len-
tille ou d un gros pois. La peau qui les entoure et les supporte offre une rougeur plus ou moins vive. De nouveaux groupes s’élèvent successivement pendant trois ou quatre jours; quelques vésicules se sèchent et disparaissent tandis qu’il en renaît d’autres. L’éruption offre la forme d’une bande ou demi-ceinture qui entoure un des côtés du tronc depuis l’épine dorsale jusqu’à la ligne blanche. Les vésicules deviennent opaques vers le quatrième jour de leur apparition ; elles s’ouvrent et donnent issue à une sérosité trouble qui se concrète en squames ou en croûtes légères , brunâtres ou noirâtres. Plusieurs vésicules se dessèchent, d’autres s’excorient et suppurent pendant quelques jours. Toutes les croûtes se détachent dans un espace de temps qui varie de huit jours à
trois semaines. Cependant la maladie dure quelquefois pendant un mois.
Le mouvement fébrile et les autres symptômes qui précèdent parfois le zona diminuent beaucoup ou cessent entièrement lorsque l’éruption se montre; mais celle-ci est accompagnée pendant tout son cours d’une douleur locale et d’une chaleur analogues a celles que cause la brûlure, et qui persistent quelquefois pendant un certain temps après la guérison des vésicules.
Pronostic. Le zona n’est jamais une maladie sérieuse, surtout chez les enfants et les adultes.
PII LEGMASIES.
Traitement. Le zona est peu modifié par l’art. On s’abstient généralement de tout topique -, cependant , lorsque les douleurs sont vives, les liniments opiacés ou même le cérat simple peuvent être employés pour les calmer. Lorsqu’il y a une exhalation abondante, on peut saupoudrer la région malade de farine ou d’amidon. Les vésicatoires volants peuvent réussir pour faire cesser les douleurs qui persistent après la guérison de l'éruption. On parvient quelquefois a abréger la durée de la maladie en cautérisant les vésicules avec la pierre infernale. — Le traitement intérieur consiste dans un régime doux, l’usage des boissons délayantes et de quelques laxatifs.
2° Herpès phlycténoïde.
Définition. Cette éruption est caractérisée par des groupes de vésicules transparentes, du volume d’un grain de millet ou d’un pois, qui se développent sur des taches rouges éparses sur diverses parties du corps.
Causes. Elles sont fort peu connues. Il est plus fréquent dans l’âge adulte qu’aux autres époques de la vie. Il survient quelquefois, a la suite de veilles, de chagrins et d’autres affections morales.
Symptômes. L’herpès phlycténoïde est quelquefois précédé , pendant deux ou trois jours, d’un mouvement fébrile; le plus souvent on n’observe aucun phénomène précurseur. Il peut se montrer sur toutes les parties du corps, dont il n’occupe ordinairement qu’une petite étendue; mais il se manifeste surtout aux membres, a la face, au cou , etc. Il débute par un sentiment de fourmillement, de prurit, de cuisson et de chaleur, bientôt suivi de l’éruption de petites taches rouges réunies en groupes, formant une surface irrégulière dont la largeur varie depuis celle d’une pièce de trois francs jusqu’à celle de la paume de la main. Quelques heures après ou le lendemain, il s’élève sur ces taches des groupes de petites vésicules dures, transparentes, du volume d’un grain de millet, d’une petite perle ou même d’un gros pois, contenant de la sérosité limpide. Ces vésicules grossissent rapidement
PATHOLOGIE SPÉCIALE
et peuvent acquérir le volume d’un pois, d'une lentille ou même d’une petite amande-, pendant ce temps, il s’en développe d’autres dans les intervalles qui les séparent-, la peau qui est le siège de l’éruption est ordinairement rouge et tendue ^ souvent les groupes de vésicules sont séparés d’autres groupes voisins par des intervalles où la peau est saine. Au bout de quelques jours, les vésicules deviennent opaques et laiteuses. Du quatrième au huitième jour, elles se rompent et donnent issue a une humeur jaunâtre ou roussâtre; celle-ci se transforme en croûtes jaunes ou brunâtres qui tombent ordinairement du dixième au douzième jour. La durée totale de la maladie varie de deux à trois septénaires. Elle est sujette à
récidiver.
Traitement. L’herpès phlycténoïde, guérissant facilement quand on l’abandonne à lui-même, n’exige en général aucun traitement. Cependant des boissons délayantes , des bains frais, des lotions émollientes et narcotiques peuvent caimer la douleur et même abréger la durée de la maladie. Il en est de même de la cautérisation des vésicules. Lorsque l’éruption est considérable et le sujet robuste, une saignée peut être utile.
3° Herpès circinatus ou en anneaux.
L’herpès circinatus est caractérisé par des taches roses circulaires, dont les bords sont rouges et surmontés de petites vésicules très-rappruchées, et dont le centre est ordinairement intact. Il suit la même marche que l’herpès phlycténoïde. La desquamation s’opère du huitième au quinzième jour. Celle éruption, le plus souvent bénigne et courte, peut passer a l’état chronique : elle guérit d’elle-même-, on peut faire usage des mêmes moyens que dans l’herpès phlycténoïde.
4° Herpès labialis.
Exanthème labial, hydroa fébrile, éruption des lèvres, etc.
C’est une éruption de vésicules réunies en groupe, qui se développent a la surface des lèvres. — Elle survient le plus
PllLEGM ASIES.
souvent a la suite d’accès de lièvre intermittente ; d’autres fois elle se montre après une lièvre éphémère, au déclin d’une stomatite, d'un coryza, d’une angine, d’un catarrhe, d’une pneumonie, etc.; elle peut dépendre de causes locales, telles que le contact de substances irritantes sur les lèvres, de l’impression du froid, etc. — Dans le premier cas, c’est
et accompagné d’un sentiment de prurit, de cuisson et de chaleur; il se forme bientôt sur un point des lèvres un ou plusieurs groupes de cinq a six vésicules chacun , lesquels reposent sur une base enflammée. Ces vésicules grossissent promptement, l'humeur qu’elles contiennent devient trouble et opaque en un ou deux jours; vers le quatrième ou le cinquième jour, elles se rompent ou se dessèchent. Le fluide qu’elles renferment s’écoule ou se transforme en croûtes noires qui tombent du huitième au douzième jour. — L’herpès labialis n’exige aucun traitement. La cautérisation avec le nitrate d’argent accélère la dessiccation des vésicules.
5° Herpès præputialis.
L’herpès præputialis est caractérisé par un ou plusieurs groupes de petites vésicules qui se développent sur la face interne ou externe du prépuce. — Il paraît dépendre le plus souvent de la malpropreté et de diverses causes irritantes locales. Il se forme sur le prépuce une ou deux taches rouges, couvertes de cinq a six vésicules agglomérées qui, en deux ou trois jours, deviennent opaques et confluentes. A la face externe de cet organe, ces vésicules se dessèchent bientôt et tombent en croûtes vers le huitième ou le neuvième jour. A sa face interne, elles s’ouvrent dès le quatrième ou le cinquième jour, et forment une petite excoriation avec exsudation blanchâtre. Celle-ci devient croûteuse et se détache du treizième au quatorzième jour. L’herpès præputialis n'exige que des soins de propreté et des lotions émollientes.
6° Herpès iris.
L’herpès iris est Irès-rare. On l’observe le plus souvent chez les femmes et les enfants ; il se manifeste ordinairement sur le dos et la paume des mains, sur le cou-de-pied, etc. Il est caractérisé par de pelits groupes de vésicules, entourés de trois ou quatre anneaux concentriques, dont la rougeur offre des nuances différentes. Ces anneaux peuvent tous se couvrir de vésicules. Du dixième ou douzième jour, l'humeur des vésicules est résorbée , ou bien elle s’écoule ou se dessèche a leur surface en formant des croûtes superficielles qui tombent avant la fin du second septénaire. — L’herpès iris guérit spontanément. La cautérisation avec la pierre infernale en abrège la durée.
Eczéma.
Dartre squameuse humide, dartre vive, gale épidémique, teigne muqueuse,
teigne furfuracée, etc.
Définition. L’eczéma est une éruption apyrétique non contagieuse , aiguë ou chronique, caractérisée par de très-petites vésicules, rapprochées ou agglomérées, qui quelquefois se dessèchent, mais le plus souvent s’excorient et exhalent une humeur séreuse, dont la dissiccation donne lieu a des squames plus ou moins épaisses.
Causes. — 1° Causes prédisposantes. L’eczéma attaque plus particulièrement les personnes d’un tempérament lymphatique et nerveux, sanguin et lymphatique, bilieux, d’une constitution cachectique, les femmes qui arrivent a l’âge critique, les adultes et les vieillards. Il est plus fréquent au printemps et en été que dans les autres saisons. Une vie sédentaire , les travaux de cabinet, les affections morales prolongées paraissent y prédisposer. Il peut être héréditaire. Le plus souvent cette éruption est liée a un état particulier et inconnu de la constitution.
2° Causes occasionnelles. Un air humide et malsain, des émanations marécageuses; toutes les causes irritantes externes,
PULKGAJ ASIIiS.
telles que l’insolation, l’application d’un emplâtre de poix, d’un vésicatoire, les frictions mercurielles, l’exposition habituelle a une chaleur vive, la malpropreté, etc.; l’usage des aliments âcres et stimulants, l’abus des liqueurs alcooliques, la suppression de la transpiration et des autres évacuations habituelles. — Dans une foule de cas, on ne connaît aucune cause appréciable de l’eczéma, qui paraît dépendre d’une altération cachée des lïuides et des solides.
Symptômes. L’eczéma est le plus souvent borné h une seule partie du corps, mais il peut s’étendre à plusieurs régions. Il se montre de préférence dans celles qui sont très-pourvues de follicules, au cuir chevelu, aux oreilles, moins souvent a la face, au tronc, autour des ongles, a la face dorsale des mains et aux membres supérieurs. Chez l’homme, on l’observe assez fréquemment â la partie interne des cuisses, au scrotum, a la marge de l’anus-, chez la femme, on le voit quelquefois sur les membranes muqueuses du mamelon, de la vulve, de l’orifice du rectum. L’eczéma est aigu ou chronique.
Eczéma aigu. Il se développe, dans une petite ou une assez grande étendue des téguments, de très-petites vésicules trèsrapprochées les unes des autres, pleines d’une sérosité d’abord limpide et ensuite trouble, tantôt sans changement de couleur a la peau , tantôt avec une couleur rosée ou rouge , accompagnées d’un sentiment de fourmillement et de cuisson. Ces vésicules se dessèchent dans quelques cas assez promptement, et se terminent par une desquamation légère-, mais le plus souvent elles s’ouvrent, donnent lieu a des excoriations et à un suintement plus ou moins abondant. Cette humeur tache le linge et forme en se concrétanl des squames plus ou moins épaisses, jaunâtres, verdâtres, grisâtres, qui tombent après un certain de temps et sont remplacées par d’autres. Quelquefois les vésicules deviennent purulentes, la peau est très-rouge, enflée, et le siège d’une chaleur ardente et d’une vive douleur. Dans ces cas, il peut y avoir de la fièvre. L’eczéma aigu offre d’ailleurs une foule de nuances et de degrés différents. Il se termine en un, deux ou trois septénaires par la chute des squames lorsqu’il est très-aigu, et en six ou huit lorsqu’il l’est
PATHOLOGIE SPÉCIALE
moins; mais souvent il n’en est point ainsi, et la maladie passe a l’état chronique.
Eczéma chronique. La dessiccation et la desquamation se renouvellent sans cesse par le suintement de la peau qui se concrète; celle-ci reste rose ou rouge, limante, excoriée, gercée; elle exhale une humeur ichoreuse abondante, qui rend le linge qui s’en imprègne dur et roide; on aperçoit encore ça et la quelques petites vésicules éparses, qui peuvent se renouveler plusieurs fois. Lorsque la maladie est ancienne et invétérée , elle peut se propager successivement aux diverses parties du corps; la peau est profondément excoriée et saignante, la suppuration ichoreuse est très-abondante, les malades sont en proie a une vive cuisson et a une démangeaison intolérable. — L’eczéma chronique peut durer des mois, et même des années, avec des alternatives de rémission et d exacerbation. Il présente dans son cours de nombreuses variations soit dans son intensité et son étendue, soit dans les parties qui en sont le siège. — L’eczéma est très-sujet à récidiver chez les personnes qui ont une prédisposition constitutionnelle a cette affection.
Lésions anatomiques. Le siège primitif de l’eczéma paraît être dans les follicules cutanés, mais les papilles et même une partie de l’épaisseur du derme peuvent s’affecter consécutivement.
Diagnostic. L’eczéma se distingue : 1° de l'herpès, en ce que, dans cette dernière affection, les vésicules sont plus volumineuses, entourées d’une auréole rouge et disposées en groupe; 2° de la gale, en ce que celte éruption est toujours chronique, contagieuse et accompagnée d’un prurit plutôt agréable que pénible; 3° du lichen , en ce que les petites papules rouges, solides et prurigineuses qui le caractérisent ne contiennent point de sérosité comme les vésicules de l’eczéma.
Pronostic. L’eczéma aigu, simple, peu étendu, est une maladie légère et sans danger. Chez les enfants, l’eczéma du cuir chevelu et de la face est souvent salutaire. Chez les jeunes filles dont la menstruation est irrégulière, chez les femmes dans l’âge critique, celte éruption est fréquemment rebelle.
PHLEGM ASIES.
L’eczéma des jambes chez les vieillards est souvent incurable; chez beaucoup d’enfants et de vieillards, l’eczéma est une maladie qu'il est dangereux de guérir.
Traitement. L’eczéma présente de si grandes différences, suivant une foule de circonstances, que son traitement est souvent hérissé de grandes difficultés. Voici, d’après Biett, les principales règles a suivre dans celte affection : l’eczéma simple et peu étendu guérit facilement sous l’influence de quelques moyens hygiéniques, tels que des boissons adoucissantes, des bains tièdes et un régime un peu sévère. Celui qui occupe une plus grande étendue des téguments, dans lequel les éruptions de vésicules se renouvellent, qui offre une acuité et une intensité plus grandes, exige l’emploi de quelques émissions sanguines générales, des acides végétaux, des bains mucilagineux , des lotions émollientes ou légèrement narcotiques avec l’infusion de feuilles de jusquiame, de laitue, de douce-amère, etc. — Lorsque l’eczéma n’occupe qu’un seul siège d’une étendue modérée, on couvre pendant la nuit la région malade de cataplasmes de pulpe de guimauve, de pomme de terre , de semoule. On combat l’eczéma chronique et étendu existant chez des individus jeunes et sanguins par les émissions sanguines générales et locales et par les purgatifs légers, tels que le calomel, l’huile de ricin, l’eau de Sedlitz, etc. — Lorsque les éruptions deviennent moins intenses et plus rares, et qu’il se forme moins de squames, on fait usage avec un grand avantage des limonades sulfurique, nitrique ou hydrochlorique, à faible dose, afin que l’estomac puisse les supporter longtemps, ainsi que des bains sulfuro-gélatineux. C’est le moment aussi de recourir aux bains sulfureux artificiels préparés avec les hydro-sulfates, ou aux bains sulfureux naturels, tels que ceux de Bagnères-de-Luchon , de Barèges, etc. Dans les éruptions anciennes très-étendues, graves, rebelles a tous les autres moyens, et dans lesquelles les organes digestifs ne sont point affectés, on a recours aux préparations arsenicales. Biett préfère l’arséniate de soude et celui d’ammoniaque dissous dans la proportion d’un grain pour un once d’eau distillée. Il commence par un scrupule de
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cette dissolution, ce qui fait un vingt-quatrième de grain-, on peut arriver ainsi a un seizième ou meme a un huitième de grain chez les sujets peu irritables. Mais, comme l’usage doit en être continué pendant longtemps, il faut généralement se borner k des doses très-minimes. — Lorsque les circonstances de la maladie pourront faire juger qu’elle est salutaire, ou qu’il est dangereux de la guérir, on se bornera a quelques topiques émollients propres a tempérer le prurit et la cuisson, s’il en existe.
Hydrargyrie.
Exanthème mercuriel, eczéma mercuriel.
On donne ce nom a une éruption cutanée, fébrile ou apyrétique, produite par l’usage intérieur ou extérieur du mercure, et caractérisée par des vésicules qui se développent sur des surfaces rouges. — Cette maladie, très-rare en France, est assez commune en Angleterre. Elle survient plus souvent après l’usage des frictions mercurielles qu’a la suite des autres modes d’administration du mercure. Le froid paraît une de ses causes occasionnelles. Les hommes y sont plus sujets que les femmes. — Cette éruption peut se montrer sur toute la surface du corps 5 son siège le plus ordinaire est aux jambes et au scrotum, d’où elle s’étend souvent aux lombes, h l’abdomen, etc. ; elle est partielle ou générale. L hydrargyrie, suivant son degré, débute sans fièvre préalable, ou est précédée d’inquiétude, de malaise, de frissons, d’accélération du pouls, de chaleur a la peau, et parfois d’une odeur spéciale des sueurs, de ptyalisme et de mal de gorge. 11 n est pas rare d’observer des affections catarrhales. L’éruption se montre sous l’apparence de surfaces rosées, ou d’un rouge plus ou moins vif et foncé, sur lesquelles on aperçoit par un examen attentif de très-petites vésicules transparentes presque imperceptibles k l’œil nu; elle est accompagnée de chaleur a la peau et de démangeaisons cuisantes. La fièvre, loin de se calmer, augmente après l’efflorescence. D’abord très-petites et transparentes, entourées d’un cercle rouge, les vésicules grossissent, acquièrent
PIILEGM ASIES.
le volume d’une tête d’épingle et deviennent opaques et purulentes; elles contiennent une liqueur âcre, d’une fétidité spécifique. La peau est le siège d’une chaleur ardente. — La durée de la maladie varie d’une semaine a un mois. — Elle se termine par desquamation, quelquefois avec formation de croûtes. La maladie est sujette à récidiver. — On distingue l’hydrargvrie des autres éruptions principalement par la nature de la cause (le mercure) qui lui a donné lieu. — La première chose â faire dans le traitement de cette maladie consiste à suspendre l’usage des préparations mercurielles qui l’ont provoquée; on se borne ensuite, lorsqu’elle est légère, â prescrire quelques bains, des boissons délayantes et quelques laxatifs. Lorsqu’elle est fébrile et intense, on emploie les boissons acidulées, les ablutions fraîches ou froides et les bains tièdes ou frais pour calmer la chaleur ardente qui tourmente les malades. Les purgatifs sont particulièrement indiqués et quelquefois l’opium.
Gale.
GraUelle, scabies, psora.
Définition. La gale est une éruption cutanée, apyrétique et contagieuse, caractérisée par des vésicules peu élevées audessus du niveau de la peau, transparentes a leur sommet, pleines d’une sérosité visqueuse, constamment prurigineuses, se développant dans toutes les parties du corps, mais principalement dans les intervalles des doigts, dans les plis des articulations, etc.
Causes. — 1° Causes prédisposantes. Les principales sont l’adolescence et l’âge adulte, le sexe masculin, le tempérament sanguin, la malpropreté, la misère, les professions qui entretiennent la peau dans un état de moiteur continuelle ou qui obligent à toucher de vieux tissus de laine qui ont été portés par des galeux, telles que celles de tailleur, de cordonnier, de marchand de vieux habits, de couturière.
2° Cause excitante. La gale est une maladie contagieuse qui se propage uniquement par le contact des individus sains avec les galeux ou avec des habillements qui ont été â leur usage.
PATHOLOGIE SPÉCIALE
Certaines conditions peu connues jusqu’ici sont nécessaires pour que celte communication puisse s’opérer.
La cause excitante de la gale consiste dans l’irritation que cause sur la peau la présence d’un petit insecte du genre des cirons, nommé acarus scabiei. Cet insecte, soupçonné par Ingrassias et Joubert, décrit pour la première fois par Moufet dans son Tkeatrum insectorum , n’a été bien connu qu’après les recherches de Redi, de Cestoni et de Morgagni. A l’œil nu il se présente sous la forme d’un petit globule blanc presque imperceptible. Examiné au microscope, c’est un petit insecte blanchâtre, portant des poils très-fins sur le dos, pourvu de huit pattes, ayant une tête pointue, armée de deux petites cornes et offrant une forme qui a beaucoup de ressemblance avec celle des tortues. Cet insecte, doué de mouvements très-vifs, pénètre sous l’épiderme, irrite le derme et fait naître les nombreuses vésicules qu’on remarque sur la peau. Il se loge a côté d’elles, dans les petits sillons qui en partent. C’est la seulement qu’on peut le trouver, et d’où on l’extrait avec la pointe d’une aiguille fine. Pendant plus de quinze ans, on a cherché le ciron de la gale dans les vésicules, mais inutilement-, aussi son existence commençait-elle à être regardée comme fabuleuse, lorsqu’en 1834 un étudiant en médecine, M. Renucci, a fait connaître aux médecins le procédé qu’il avait vu employer par les femmes de la Corse pour extraire cet insecte , dont l’existence s’est trouvée de nouveau hors de toute contestation. Le nombre peu considérable d’acarus, en comparaison de la multitude de vésicules psoriques, laisse encore du doute dans quelques esprits relativement à la question de savoir si cet insecte est bien réellement la cause de la gale. Quant â moi, je n’hésite point à me prononcer pour l’affirmative. Dans cette hypothèse, la contagion de la gale n’est autre chose que le passage de l’insecte d’une personne à une autre.
Symptômes. Quelques jours après que la gale s’est communiquée d’un galeux â un individu sain , il survient chez celui-ci un léger prurit qui se fait sentir dans la région de la peau soumise â la contagion. Ce prurit augmente le soir et surtout