PII LEGM A SI ES
la nuit, sous l'influence de la chaleur du lit cl de l'ingestion des boissons spirilueuses et des aliments âcres. 11 ne tarde pas a se manifester quelques boutons qui s'élèvent â peine audessus du niveau de la peau. Ces boutons, légèrement rosés chez les individus jeunes, conservant la couleur de la peau chez les personnes faibles, se montrent dans les mômes parties , c’est-a-dire ordinairement a la main , dans l'intervalle des doigts et au poignet. Ils se répandent peu â peu sur les parties voisines , en même temps qu'ils augmentent de volume. Leur sommet présente une petite vésicule transparente. Au bout d'un temps variable les vésicules psoriques se propagent aux avant-bras, au pli du coude, à la poitrine, au ventre, au pli du jarret, etc. Tant qu'elles sont peu nombreuses, la démangeaison qu’elles occasionnent est légère 5 mais lorsqu'elles se multiplient, cette démangeaison devient très-vive, générale et très-pénible à supporter, principalement pendant la nuit, où elle est beaucoup plus intolérable que durant le jour. Les malades, en se grattant, déchirent les vésicules, qui laissent échapper le liquide visqueux qu’elles renferment. Celui-ci se concrète en petites croûtes minces et peu adhérentes. Chez quelques individus sanguins, les vésicules peuvent grossir et se développer au point de prendre l'aspect et les caractères de pustules Lorsque la gale est abandonnée a elle-même, elle peut, en se répandant de proche en proche, envahir la presque totalité de la peau , ôter entièrement le sommeil , produire l'amaigrissement et même une fièvre lente ; mais ces effets sont très-rares.
La gale ne se termine jamais spontanément; elle peut durer toute la vie chez un individu qui néglige de la combattre. Sa durée moyenne est de douze a quinze jours lorsqu'elle est convenablement traitée.
Diagnostic. On pourrait confondre la gale avec quelques variétés de lichen, de prurigo, d'eczéma et d’ecthyma. Une comparaison attentive des caractères propres à ces maladies cutanées avec ceux qui appartiennent à la gale permettra d'évitër des méprises qui ne feraient pas honneur au médecin et qui seraient nuisibles au malade.
PATHOLOGIE SPÉCIALE
Pronostic. La gale est une maladie plus incommode que dangereuse. Elle n’a jamais de suite fâcheuse, et les accidents qu’on lui a souvent attribués tenaient â des complications qui lui étaient étrangères.
Traitement. La gale, étant produite par l’irritation d’un insecte qui se promène sous l’épiderme, ne présente qu'une indication , c’est de faire mourir cet insecte par des moyens externes appliqués sur la peau 5 nous possédons dans le soufre un moyen vraiment spécifique pour remplir cette indication- aussi cet agent figure-t-il dans presque toutes les recettes anlipsoriques. On l’emploie presque toujours à l’extérieur en frictions, en bains, en vapeurs, mélangé ou combiné avec différentes substances qui ont pour but soit d'augmenter ses propriétés, soit de rendre son mode d’administration plus facile. Nous nous bornerons â faire connaître les préparations les plus simples et les plus efficaces. La première de ces préparations, c’est la pommade soufrée simple; elle se compose d’un mélange d axonge et de soufre sublimé dans la proportion d’un cinquième de ce dernier médicament. On fait deux frictions d’une once par jour sur le siège de l’éruption. La guérison a lieu en quinze jours. La pommade d’Helmerick, que plusieurs praticiens préfèrent à toutes les autres préparations, contient une once d'axonge , deux gros de soufre et un gros de sous-carbonate de potasse. Deux frictions d’une once chacune, en 24 heures, ont guéri cinquante malades en treize jours (terme moyen), d’après les expériences comparatives faites par M. Bielt â l’hôpital Saint- Louis. Pondre de Pijhorel. Elle consiste dans du sulfure de chaux broyé auquel on ajoute une petite quantité d’huile d’olive au moment d’en faire usage. Les malades emploient un demi-gros de sulfure pour chaque friction qu’ils pratiquent deux fois par jour sur la face palmaire des mains. La durée moyenne du traitement, sur vingt malades traités par M. Biett , a été de onze jours et trois quarts. Le traitement par les bains sulfureux dure vingt-cinq jours environ 5 il est d’ailleurs plus dispendieux que les frictions dont nous venons de parler. La guérison se fait attendre encore plus longtemps en employant les fumigations sulfureuses, puisque la moyenne a été de 35 jours
PII LEGMASIES.
sur un grand nombre de galeux soignés par M. Biett ; ce mode de traitement est d’ailleurs inapplicable dans une foule de circonstances.
PHLEGM ASIES PUSTULEUSES.
Ce sont l’acné, l’impétigo, le favus etl’ecthyma.
Acné.
Varus, dartres miliaire et pustuleuse disse'tninée d’Alibert.
Définition. L’acné est une inflammation des follicules sébacés caractérisée par des pustules peu étendues, séparées les unes des autres, environnées d’une auréole rosée ou livide, plus ou moins dures a leur base, répandues sur le nez, les joues, le front, quelquefois sur les parties supérieures du cou et du tronc (Biett).
Causes. L’acné proprement dite se montre surtout dans la jeunesse , la couperose dans l’âge mûr chez les hommes, et à l’époque critique chez les femmes. La mentagre n’atteint que les hommes, surtout ceux dont la barbe est épaisse j la couperose est plus fréquente chez les femmes. Les autres causes prédisposantes ou excitantes de celte maladie sont les tempéraments lymphatico-sanguins ou bilieux , l’hérédité , les climats froids et humides, le défaut de soins de propreté, les professions qui exposent le visage â.l’action continuelle d’une vive chaleur, l’usage des cosmétiques et des fards, les excès de table, l’abus des liqueurs spiritueuses , des aliments épicés, excitants, des salaisons, des viandes fumées, la suppression naturelle ou accidentelle des règles , la suppression du flux hémorrhoïdal et des autres évacuations habituelles , la masturbation, les excès vénériens, une vie sédentaire, les veilles prolongées, les affections morales, une maladie interne surtout des organes digestifs.
Symptômes. L’acné présente, sous le rapport de ses symptômes, trois principales variétés, savoir : Yacné disséminée, Y acné rosée ou couperose , et la mentagre ou sy cosis.
PATHOLOGIE SPÉCIALE
I. Acné disséminée. Il se développe s?ir le front., la face, les épaules, le tronc, de petits boutons durs, enflammés, bien isolés les uns des autres, disséminés ça et là et d’un volume qui varie depuis celui d’une petite tôle d’épingle jusqu’à celui d’une lentille. Tantôt ces boutons très-petits et superficiels se transforment en petites pustules qui se dessèchent promptement et tombent en petites écailles : c’est l’acné simple de Bateman; tantôt ils sont plus volumineux et plus durs ( acné indurée) -, après trois , six ou huit jours, la pustule qui forme leur sommet devient jaune et donne issue en se rompant a une humeur jaunâtre, qui se concrète souvent en petites squames ou en croûtes de la même couleur. La base dure des boutons se résout ensuite peu à peu ou persiste pendant quelque temps en prenant une teinte obscure et livide. De nouveaux boutons pustuleux se développent sur d’autres points et suivent la même marche, de sorte que le même malade présente en même temps des boutons dans divers états. On observe souvent au milieu de ceux-ci des tannes ou points noirs formés par de rhumeur sébacée noircie, qu’on peut, par la pression, faire sortir sous forme de vers des follicules qui la contiennent. C’est Vacné ponctuée. Quelquefois les boutons n’ont pas la forme pustuleuse - ils sécrètent un liquide épais qui peut se concréter en squames ou en croûtes.
II. Acné rosée ou coupei'ose. Elle consiste dans l’éruption successive de petits boutons pustuleux, acuminés, non fluents, isolés, dont la base est plus ou. moins dure et entourée d’une auréole enflammée, et qui sont disséminés sur la face, principalement sur les joues, le nez et le front. Cette maladie offre des degrés et des nuances très-variés. Tantôt, et le plus souvent, les pustules sont rares, petites et superficielles 5 la peau offre une coloration rosée plus ou moins vive, accompagnée d’une légère desquamation 5 tantôt les téguments de la face sont en outre rugueux et hérissés de petites saillies ; les pustules se succèdent, se multiplient et envahissent toute la face, les oreilles et même le cou. Dans ces cas, il s’élève parfois sur la peau des tubercules rouges et violacés plus ou moins volumineux. Lorsque la couperose est portée au plus haut degré,
Pli LEGM ASIES.
l'irritation peut se propager jusqu'aux conjonctives et aux gencives. Dans certains cas assez rares, cette éruption reste bornée au nez , qui s'injecte, s’hypertrophie et devient difforme. La couperose est toujours indolente.
III. Mentagre ou sycosis. La mentagre est caractérisée par l'éruption successive de petites pustules pointues, semblables a celles de la couperose, éparses ou réunies en groupes sur le menton, les lèvres et les parties latérales de la face. Leur apparition est ordinairement précédée d’un sentiment de chaleur ou de tension. Tantôt elles sont disséminées et ont la forme de très-petits points rouges, qui deviennent de plus en plus saillants. Dès le deuxième ou le troisième jour, elles s’élargissent, et leur sommet devient purulent-, du cinquième au septième, elles se rompent spontanément et sécrètent une petite quantité d'humeur qui forme une croûte brunâtre peu adhérente. Tantôt les pustules sont plus nombreuses et groupées, l'inflammation pénètre jusqu'au derme et même au tissu cellulaire sous-cutané • le menton, les régions sous-maxillaires et la lèvre supérieure présentent de petites tumeurs rougeâtres, dures, douloureuses et couvertes de pustules ou de croûtes assez épaisses, d'un brun-jaune verdâtre. Ordinairement les éruptions pustuleuses se renouvellent et se succèdent a des intervalles plus ou moins rapprochés. Lorsqu'elles ont lieu à plusieurs reprises sur les mêmes points, il se ferme des indurations sous-cutanées qui ont l'apparence de gros tubercules. Ces tubercules peuvent, dans certains cas, se multiplier, se couvrir de nouvelles pustules et donner â la face un aspect repoussant.
Marche de l'acné. L'acné a une marche quelquefois aiguë , mais le plus souvent clronique-, dans ce dernier cas elle peut sc prolonger des mois et même des années - elle est sujette a de fréquentes récidives, surtout chez les personnes qui se livrent â des écarts de régime.
Pronostic. Il varie beaucoup, suivant l’âge du sujet, le degré de la maladie , sa marche aiguë ou chronique , etc. Dans la jeunesse, l'acné et ses variétés sont souvent des maladies légères et de peu de durée; dans l’âge adulte, au contraire,
PATHOLOGIE SPÉCIALE
elles sont plus ou moins rebelles aux ressources de Fart. La mentagre est entretenue par la présence de la barbe et par Faction de se raser.
Traitement. Le traitement de l’acné varie suivant le degré d’intensité, l’ancienneté, les formes, les causes de cette maladie et une foule d’autres circonstances. Lorsque les pustules sont rares, isolées, peu enflammées, on fait usage de lotions avec l’eau distillée de roses, de petite sauge, de lavande, de mélisse, dans laquelle on ajoute un cinquième, un quart , un tiers ou même moitié d’alcool , suivant le degré d’excitation qu’on veut provoquer. Si cette irritation était trop peu marquée, on pourrait faire dissoudre dans celte liqueur quelques grains de deuto-chlorure de mercure (sublimé). On se propose, en agissant ainsi, de déterminer la résolution de l’éruption a l’aide d’une inflammation artificielle. On a quelquefois employé des vésicatoires dans la même intention , mais ce moyen, pouvant être dangereux, ne doit être prescrit qu’avec beaucoup de réserve. Il en est de même de la cautérisation avec l’acide hydrochlorique et le nitrate d’argent fondu , dont on fait parfois usage pour transformer une inflammation chronique en inflammation aiguë. Ces caustiques provoquent quelquefois un érysipèle grave.
Lorsque l’acné présente des pustules nombreuses et rapprochées et des tubercules enflammés et réunis a leur base , la méthode antiphlogistique doit être préférée aux applications stimulantes. Dans ces cas , on a souvent recours avec grand avantage aux saignées générales et aux applications réitérées de sangsues derrière les oreilles, aux tempes et aux ailes du nez. On peut revenir a quelques lotions stimulantes, lorsque l’irritation inflammatoire de la peau est bien tombée. On fait usage en même temps des bains tièdes, des boissons délayantes, des demi-lavements et des laxatifs, répétés de temps en temps.
On traite avec plus de succès les éruptions anciennes par les eaux minérales sulfureuses, telles que celles de Barèges, d’Àix en Savoie, de Cauterets, etc., par les douches et les bains de vapeur. Lorsque l’inllammation est tombée et que les pustules
PH LEG1N1 ASIES.
diminuent, on peut accélérer la résolution des tubercules a l’aide d’onctions avec une pommade contenant un seizième soit de proto-chlorure ammoniacal, soit de proto-sulfate de mercure, de proto-iodure ou d’iodure de soufre et une petite quantité de camphre. Dans la mentagre, on doit avoir soin de couper la barbe avec des ciseaux courbes sur le plat.
Le traitement que nous venons d’indiquer doit être secondé par une vie sobre et régulière , par l’usage des viandes blanches , des légumes frais , des fruits aqueux et fondants , par un exercice modéré et par l’éloignement des causes de la maladie.
Impétigo.
Dartre cruslacée, psydracia.
Définition. L’impétigo est une inflammation cutanée apyrétique, non contagieuse, caractérisée, par de petites pustules agglomérées ou isolées, dont l’humeur forme en se desséchant des croûtes jaunâtres , rugueuses et proéminentes.
Causes. — 1 0 Causes prédisposantes. L’enfance, la jeunesse, le sexe féminin a l’époque critique, le tempérament lymphatique ou sanguin, la misère, la malpropreté , les privations de toute espèce , le printemps ou l’automne , une disposition particulière de la constitution.
2° Causes occasionnelles. L’influence sur la peau des substances irritantes, telles que celles du sucre brut, de la chaux, des poussières métalliques, etc., les excès de tous les genres, les exercices violents, les affections morales vives, le travail de la première ou de la seconde dentition.
Symptômes . L’impétigo débute ordinairement sans phénomènes précurseurs 5 son invasion est quelquefois accompagnée de malaise , de céphalalgie et d’anorexie. Il peut se développer sur toutes les parties du corps et occuper une étendue plus ou moins grande ou circonscrite des téguments. Il commence par des taches rouges, plus ou moins distinctes, légèrement saillantes, ou par d'assez larges surfaces rouges, qui ne (ardent pas à se couvrir de petites pustules a peine aussi grosses qu’un grain de millet, assez rapprochées et peu pro-
éminentes au-dessus du niveau de la peau. Cette éruption est accompagnée d’un léger prurit et quelquefois de chaleur et d’une vive démangeaison. Les pustules s’ouvrent au bout d’un, deux ou trois jours et donnent issue a un liquide jaunâtre qui se concrète promptement en croules épaisses , jaunâtres , demi- transparentes, très-friables, ayant quelque ressemblance avec le miel desséché ou avec les sucs gommeux de certains arbres. Un fluide analogue suinte également des surfaces rouges, et contribue en se desséchant à augmenter l’étendue et l’épaisseur des croules.
Les pustules et les croûtes de l’impétigo présentent divers aspects et des sièges différents qui en ont fait admettre plusieurs variétés : tantôt ces pustules sont agglomérées et offrent dans leur ensemble une forme à peu près circulaire ou ovale, c’est L impétigo figurata de Willan; tantôt elles sont éparses, disséminées et sans figure régulière : c’est l 'impétigo sparsa; d’autres fois la surface pustuleuse est très-rouge, comme érysipélateuse et accompagnée d’une cuisson brûlante et d’un mouvement fébrile ( impétigo enjsipelatodes ).
Il existe encore deux variétés remarquables par le siège qu'elles occupent; ce sont Y impétigo larvaiis et l 'impétigo grqnu- Lata. — L’impetigo larvaiis ( teigne muqueuse d’Alibert) survient chez les enfants et quelquefois chez les jeunes gens , dont il couvre une étendue plus ou moins considérable de la face. Celle-ci est souvent presque entièrement cachée sous des croûtes épaisses comme sous un masque, d’où l’épithète de larvaiis par laquelle on la désigne. Chez les très- jeunes enfants, cette éruption consiste parfois en quelques croûtes minces, répandues sur les tempes ou sur un petit nombre de points de la face, accompagnées d’un suintement peu abondant. C’est ce qu’on désigne généralement sous le nom de croûtes cle lait. D’autres fois cette espèce d'impétigo envahit a la fois la face et le cuir chevelu qui sont couverts de croûtes jaunes , épaisses, exhalant une odeur nauséabonde, et donnant lieu â un prurit insupportable.
L'impetigo granulata ( teigne granulée ) a son siège au cuir chevelu. Des pustules jaunâtres, prurigineuses, sont suivies de
rilLKGM AS1ES.
petites croules d’abord grisâtres, ensuite brunâtres, inégales, séparées les unes des autres, éparses au milieu des cheveux , qui sont parfois collés ensemble dans divers points. Ceux-ci sont entourés a leur insertion de petites granulations sèches et friables, qui se détachent et restent éparses au milieu d’eux. La tête exhale uue odeur nauséabonde fort désagréable.
Marche. L’impétigo est aigu ou chronique. Dans le premier cas, il reste ordinairement à l’état crustacé pendant deux ou trois septénaires. La chaleur, le prurit, le suintement diminuent ensuite , les croûtes tombent ; la surface rouge quelles laissent à découvert offre quelquefois de légères gerçures, qui sont le siège d’un suintement léger. Celui-ci forme de nouvelles croûtes plus minces dont la chute est suivie de la résolution de l’éruption. — L’impétigo chronique peut durer des mois et même des années. Cette prolongation indéfinie est due tantôt a des éruptions successives de nouvelles pustules et de nouvelles croûtes qui remplacent celles qui disparaissent, tantôt à la persistance des croûtes, qui deviennent de plus en plus dures , épaisses, rugueuses et prennent une couleur d’un brun foncé, analogue à celle des écorces d’arbre ( impétigo sccibida ) .
Pronostic. L’impétigo n’est point une maladie dangereuse; mais a l’état chronique , c’est une affection fort incommode et repoussante; a l’état aigu, c’est généralement une éruptior bénigne et légère. Elle est souvent constitutionnelle ou dépuratoire , principalement dans l’enfance et la vieillesse, et doit être respectée ou du moins traitée avec beaucoup de prudence et de réserve.
Traitement. Lorsque l’impétigo est évidemment un moyen que la nature emploie pour purifier la masse des humeurs, comme disaient les anciens , il faut respecter la maladie et s’abstenir de tout traitement. Dans les autres cas , les moyens dont on fait usage diffèrent suivant que l’impétigo est aigu ou chronique. L’impétigo aigu cède ordinairement assez facilement sous l’influence des soins de propreté , des lotions émollientes d’eau de graine de lin, de guimauve, de mauve, de lait, de son, etc. ; des boissons rafraîchissantes et acidulées, des
PATHOLOGIE SPÉCIALE
bains tièdes et des laxatifs. Les saignées générales ou locales sont indiquées lorsque l’éruption est étendue et qu’elle s’est développée chez des sujets jeunes, robustes et sanguins.
Dans l’impétigo chronique, on fait usage des bains et des douches de vapeur , des purgatifs , des lotions alcalines ou acidulées. Mais le moyen qui obtient le plus de succès dans cette forme de la maladie, c’est le soufre diversement combiné , et employé a l’intérieur et a l’extérieur. On prescrit les onctions et les bains sulfureux et surtout les eaux minérales de Barèges, de Bonnes, de Cauterets, d’Enghien, qu’on administre en bains et a l’intérieur, soit seules, soit mêlées avec du lait. — Lorsque l’impétigo chronique résiste a ces moyens, on parvient quelquefois à le guérir en touchant légèrement la surface malade avec un acide affaibli, ou avec une solution étendue de nitrate d’argent , en faisant usage avec les précautions convenables des préparations arsénicales, en appliquant un vésicatoire sur la partie malade, etc. — Lorsque l’impétigo paraît lié à un état général de la constitution , il importe, avant tout, de combattre cet état par les moyens appropriés, tels que les préparations d’iode, de fer, de soufre, les toniques, etc. 5 principalement dans les cas où l’on a affaire a des sujets scrofuleux, chlorotiques, débilités.
Favus ou Teigne.
Porrigo favosa, porrigo lupinosa, teigne faveuse.
Définition. Le favus est une maladie cutanée chronique, contagieuse , ayant son siège primitif dans les follicules pileux , caractérisée par des croûtes d’un jaune pâle, sèches, trèsadhérentes, circulaires, déprimées a leur centre en forme de godet, ayant quelque ressemblance avec les alvéoles des ruches a miel , isolées ou agglomérées en larges incrustations.
Causes. — 1° Causes prédisposantes. La teigne peut survenir à tout âge, mais elle affecte plus particulièrement les enfants, surtout depuis sept jusqu’à neuf ans. Un tempérament lymphatique, la faiblesse, la misère, la malpropreté, une mauvaise nourriture, une habitation humide et malsaine favorisent son développement.
PHLEGM ASIES.
2° Causes excitantes. Le favus peut se développer spontanément ou par voie de contagion. Dans le premier cas, Irruption survient sans cause occasionnelle évidente , et paraît tenir k une disposition constitutionnelle inconnue. M. Bazin pense que l’origine de la maladie est végétale et tient k un cryptogame qui a les caractères microscopiques suivants, lorsqu’on délaye une parcelle de croûte jaunâtre dans une goutte d’eau , et qu’on la place sur l’objectif d’un microscope : une multitude de petits grains arrondis , légèrement ovalaires , qu’on nomme spores ou sporûtes , et des tubes plus ou moins nombreux , pleins ou creux. Dans le second cas, les enfants contractent la maladie par suite de rapports avec d’autres enfants atteints de la teigne, ou pour s’être servis de peignes, de bonnets, de chapeaux, de linges, d’habits ou d'autres objets k l’usage de ces derniers. La propriété contagieuse du favus n’est pas très-énergique; elle exige, pour s’exercer, la réunion de certaines conditions d’âge , de tempérament, de communication, etc., qui ne se rencontrent pas toujours.
Symptômes. Le favus se développe ordinairement au cuir chevelu • il peut aussi se montrer dans d’autres parties du corps pourvues de follicules abondants et d’un tissu cellulaire souscutané, dense et serré, telles que les tempes, le front , le dos, les lombes, les coudes, les genoux, la partie inférieure et externe des jambes, etc. Le favus paraît commencer par de très-petites pustules, difficiles a voir a l’œil nu, dépassant a peine le niveau de la peau et se couvrant promptement d’une légère croûte jaune ; cette origine, du reste, est obscure et contestée. Quoi qu’il en soit , cette éruption se manifeste a l’extérieur sous forme de croûtes qui, dès leur première apparition, sont concaves et déprimées en godet a leur centre, et accompagnées de démangeaison plus ou moins vive. Les croûtes, souvent traversées par un poil ou un cheveu, sont sèches, d’un jaune clair, très-adhérentes au tissu de la peau dans lequel elles sont comme enchâssées ^ elles augmentent peu a peu d’épaisseur et d’étendue. Tantôt elles restent isolées les unes des autres, en conservant la forme circulaire qu’elles avaient dans les premiers temps 5 tantôt elles sont nombreuses
PATHOLOGIE SPÉCIALE
et confluentes, et s’unissent par leurs bords avec les croûtes voisines de manière a constituer de larges incrustations, dont la surface offre des dépressions et des saillies intermédiaires analogues aux alvéoles d’une ruche a miel. Les croûtes faveuses sont quelquefois disposées en forme d anneaux sur le cuir chevelu (c’est le porrigo scutulala de Willan, la teigne nummutaire ou annulaire d’autres auteurs). L’humeur qui forme ces croûtes exhale une odeur nauséabonde , qu’on a comparée à l’odeur de souris ou d’urine de chat. Sous les croûtes, la peau est rouge et excoriée, quelquefois a une certaine profondeur, lorsque l’éruption est ancienne. A la longue, le favus altère et détruit les bulbes pilifères , les cheveux tombent* il en résulte souvent une alopécie incurable. Celte maladie donne fréquemment lieu à l’engorgement des ganglions lymphatiques du cou et de l’occiput. Le favus ne produit par lui-même ni fièvre, ni aucune autre altération notable des fonctions.
Marche. — Durée. — Terminaisons. Le favus est toujours une maladie chronique qui se prolonge ordinairement pendant plusieurs années. Cependant il guérit parfois spontanément après quelques mois de durée. Dans ce cas, les croûtes tombent, la peau, d’abord rouge ou même excoriée, revient peu a peu à sa couleur et a sa disposition normales.
Pronostic. La teigne est généralement une maladie opiniâtre et très-difficile a guérir. Dans certains cas rares, lorsque son développement a coïncidé avec la cessation de quelque affection grave, lorsque la santé des enfants s’est améliorée depuis l’éruption, il est prudent d’ajourner indéfiniment le traitement de celle-ci.
Traitement. Un régime sobre et doux, une propreté parfaite, le nettoiement habituel de la partie malade sont les premiers soins que réclame la teigne. Le favus suite de contagion, qui a son siège exclusif au tronc ou sur les membres, cède ordinairement assez facilement aux bains simples, alcalins ou sulfureux. Lorsqu’il n’y a que quelques croûtes éparses, on peut se borner a les faire tomber par l’application de cataplasmes émollients, et a cautériser ensuite les surfaces faveuses avec le nitrate d’argent, — Le favus du cuir chevelu est beaucoup
Pli LEGMASIES.
plus dilHcile a guérir. Celui qui n’est pas ancien est quelquefois combattu avec succès par des lotions et des cataplasmes émollients appliqués sur la tête, par des lotions et des bains alcalins et sulfureux, secondés par des purgatifs et par un ou deux vésicatoires aux bras, dont on entretient la suppuration pendant plusieurs mois. Si ces moyens ne réussissent pas , on y ajoute des onctions avec la pommade soufrée ou avec des pommades dans lesquelles on fait entrer les iodures de soufre, d’ammoniaque, de mercure a la dose d’un scrupule à un gros sur une once d’excipient graisseux; mais celle méthode ne produit souvent qu'une amélioration passagère, surtout lorsque la maladie est ancienne. — Les favus anciens du cuir chevelu sont surtout très-rebelles, et l’on ne peut ordinairement en obtenir la guérison sans arracher les cheveux , ou en provoquer la chute par un procédé quelconque. On arrivait autrefois a ce résultat en couvrant la tête d’un emplâtre agglutinatif nommé vulgairement la calotte, et qui était principalement composé de vinaigre, de poix noire, de résine, de vert de gris et d’éthiops antimonial. Au bout de deux ou trois jours, on enlevait brusquement l’emplâtre qui, étant intimement adhérent aux cheveux, en arrachait une grande quantité. Ce procédé était si douloureux et si cruel qu’aujourd’hui on y a presque entièrement renoncé. Il existe d’autres méthodes épilatoires que nous passerons sous silence, parce que leur utilité n’est pas suffisamment prouvée. Nous nous bornerons â exposer succinctement celle des frères Mahon, dont la supériorité est établie par de nombreux et incontestables succès : après avoir coupé les cheveux à deux pouces du cuir chevelu, on fait tomber les croûtes à l’aide d’applications émollientes, puis on nettoie la peau avec des lotions savonneuses. On fait ensuite tous les deux jours des onctions sur la tête avec une pommade composée de saindoux et d’une poudre épilatoire, dont la composition est secrète, mais qui, d’après l’analyse qui en a été faite par M. Chevalier 1 , paraît devoir sa
1 D’après M. Chevalier, cette poudre contient de la chaux éteinte et presque carbonatée, de la silice, de l’alumine, de l’oxide de fer, du sous-cai bonate de potasse ? et du charbon.
PATHOLOGIE SPÉCIALE
vertu a la chaux et au sous-carbonate de potasse qu’elle contient. Cette poudre, numérotée 1, 2 et 3 suivant la quanlité des substances actives qui la composent, est employée dans cet ordre et successivement par les frères Mahon. Ils saupoudrent en outre, une fois par semaine, le cuir chevelu avec quelques pincées de la poudre épilatoire. Les jours où l’on ne pratique pas d’onction, on peigne doucement les malades avec un peigne fin bien huilé ou graissé qui enlève les cheveux sans douleurs. On procède de la sorte pendant un mois ou un mois et demi. On remplace alors la première ou la seconde pommade par la troisième, contenant une poudre plus active, qu’on emploie de la même manière pendant quinze jours ou un mois, suivant la gravité de la maladie. On ne fait plus alors que deux onctions par semaine jusqu’à ce que les rougeurs du cuir chevelu se soient tout a fait dissipées. En sept ans (de 1807 k 1813), MM. Mahon ont guéri par cette méthode 908 malades au bureau central des hôpitaux de Paris. Les individus traités n’ont éprouvé aucun accident de l’emploi des poudres épilatoires, et les cheveux ont constamment repoussé lorsque la teigne n’avait pas détruit les follicules pilifères. Le nombre moyen des pansements a été de 53 k 56.
M. Bazin obtient des succès solides par le traitement suivant : après avoir nettoyé la tête avec des cataplasmes émollients et des lotions d’eau savonneuse, il coupe les cheveux k un centimètre et demi du cuir chevelu; après cela, il étend chaque jour pendant une semaine une couche d’huile de cade sur la tête; ensuite il fait arracher les cheveux un k un ou en petits pinceaux k l’aide d’une pince a large mors, en ayant soin de les tirer exactement dans le sens de leur implantation. Cela fait, on lave de suite la tête avec une éponge ou une brosse imbibée d’un liquide ainsi composé : eau distillée, 500 grammes; sublimé, 1 k 2 grammes; alcool, quelques gouttes. On continue ces lotions pendant cinq a six jours; on les remplace ensuite par des onctions faites, tous les deux jours, le soir, avec la pommade suivante : axonge, 100 grammes; acétate de cuivre, 25 k 50 centigrammes. — A la faveur de ce traitement, les cheveux repoussent bientôt; mais il faut re-
PHLEGMASIES. 3G5
commencer le même traitement une seconde et même une troisième fois. La guérison n’est bien solide qu’après cinq, six ou huit mois.
Ecthyma.
Définition. L’ecthyma est une inflammation de la peau, caractérisée par des pustules larges, arrondies, discrètes, à base dure et rouge, qui se dessèchent sous forme de croûtes brunes et épaisses, dont la chute laisse sur la peau des empreintes rougeâtres ou de petites cicatrices.
Causes. L’ecthyma attaque plus souvent les femmes que les hommes, les personnes dont la peau est brune et sèche, celles qui sont au déclin de l’âge, dont la constitution a été affaiblie par la misère, les privations, les affections morales profondes. Il se montre plutôt dans l’automne et l’hiver qu’au printemps et en été. — Dans certains cas, cette éruption paraît liée à d’autres maladies, telles que l’asthme, certaines phlegmasies chroniques d’organes intérieurs, un état cachectique général. Des frictions ou des applications irritantes sur la peau peuvent l’occasionner.
Symptômes. L’ecthyma peut se montrer sur toutes les régions du corps, mais principalement aux épaules, au cou, aux membres et à la poitrine.
Il est quelquefois précédé de malaise, de céphalalgie, de nausées, d’anorexie. Il commence par de gros boutons rouges, durs, conoïdes, isolés les uns des autres, d’un volume qui varie entre celui d’une lentille et celui d’un gros pois. Ces boutons s’élargissent a leur base et deviennent purulents a leur sommet. Ils s’ouvrent bientôt, et sont remplacés par des croûtes brunes, très-adhérentes à la peau. Lorsque celles-ci tombent, il reste sur les points de la peau où elles avaient leur siège des taches d’un rouge livide, au centre desquelles on observe souvent une petite cicatrice. L’ecthyma est aigu ou chronique. Le premier se termine au bout d’un ou deux septénaires par la chute des croûtes. Le second, plus fréquent que le premier, peut se prolonger pendant plusieurs mois; il présente dans son cours plusieurs éruptions successives de
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nouveaux boulons, qui offrent la même marche que ceux de l’ecthyma aigu.
Pronostic. L’eclhyma n’est point une maladie dangereuse; il ne pourrait le devenir que dans le cas de complications , chez des sujets dont la constitution serait gravement détériorée.
Traitement. Le traitement de celte éruption doit d’abord être dirigé contre l’état général de la constitution , dont il est souvent un des effets. On remplira cette indication a l’aide des moyens hygiéniques : une habitation salubre, une propreté parfaite, un régime restaurant, composé d’aliments bien nourrissants et faciles â digérer, et par l’emploi des toniques et des dépuratifs , si le malade présente des symptômes de débilité qui en réclament l’emploi. — On prescrit, en outre, dans l’eclhyma aigu , les lotions et les applications émollientes, et les bains généraux simples ou émollients , et dans l’ecthyma chronique, les bains alcalins ou sulfureux , secondés par quelques boissons laxatives et dépuratives.
PHLEGMASIES PAPULEUSES.
Il n’y a que deux maladies de cette espèce, le lichen et le prurigo.
Lichen.
Définition. Le lichen est caractérisé par de petites élevures pleines et solides (papules'), rougeâtres ou de la couleur de la peau, prurigineuses, le plus souvent agglomérées, se terminant ordinairement par une desquamation furfuracée , quelquefois par des excoriations superficielles.
Causes. Le lichen tient souvent, comme la plupart des maladies de la peau , à des causes inappréciables , a une disposition constitutionnelle générale , inconnue dans sa nature. Il attaque tous les âges; les enfants â la mamelle, ceux qui font des dents , les adultes d’une constitution nerveuse et irritable y sont plus particulièrement prédisposés. Il se montre ordinairement pendant le printemps et l’été. L’usage habituel des liqueurs spirilueuses , certaines inllammations gaslro-intesli-
PIILEGMASIES.
aef
nnles paraissent favoriser le développement dn lichen agrius.
Symptômes. Le lichen débute ordinairement sans phénomènes précurseurs sensibles-, dans quelques cas, il est précédé d’un petit mouvement fébrile. Il a son siège à la face, au cou , aux membres supérieurs. Son étendue est en général fort limitée-, mais il peut se répandre sur une grande partie des téguments ou sur toute la surface du corps. Il se manifeste par de très-petites papules, agglomérées, miliaires, ou d’un volume qui dépasse peu celui d’un grain de millet, ne contenant ni pus , ni sérosité , d’une couleur tantôt rosée , tantôt rouge, tantôt peu différente de celle de la peau. Elles sont accompagnées d’un sentiment de fourmillement ou de prurit plus ou moins incommode.
Le lichen est aigu ou chronique. Le lichen aigu se termine, en un ou deux septénaires, par une légère desquamation furfuracée. Le lichen chronique peut se prolonger des mois et des années, par des éruptions successives de nouvelles papules qui persistent fort longtemps ; la peau reste dure, rugueuse, hérissée de petites saillies. Quelquefois les papules s’excorient et sécrètent une humeur visqueuse qui se dessèche en petites squames croûteuses très-adhérentes.
Le lichen présente dans son aspect plusieurs variétés, dont trois principales méritent d’être indiquées, ce sont : le lichen simple , le lichen agrius et le sirophulus. — Le lichen simple est caractérisé par de petites papules peu ou point rouges qui se dissipent en quelques jours. Le lichen agrius (féroce) se distingue par des papules rouges, nombreuses, très-prurigineuses , souvent écorchées par les doigts , ou s’excoriant h leur sommet d’où suinte une humeur qui forme de petites croûtes minces. Il est aigu ou chronique. — Le strophulus s’observe principalement chez les enfants à la mamelle et chez ceux qui sont travaillés par la dentition. Il occupe souvent la face. Il se fait remarquer par des groupes de petites papules, tantôt de la couleur de la peau, tantôt rosées ou rouges, ou seulement environnées d’une petite auréole inflammatoire, tantôt entremêlées avec de petites taches érythémateuses.
PATHOLOGIE SPÉCIALE
Diagnostic. On pourrait quelquefois confondre le lichen avec le prurigo et la gale. Mais le prurigo se distingue du lichen par des papules plus larges, plus aplaties, de la même couleur que la peau , ayant de petites concrétions sanguines a leur sommet; la gale est caractérisée par des vésicules dont le principal siège est entre les doigts.
Traitement. Le lichen récent et peu intense cède ordinairement a un régime adoucissant et léger, aux boissons délayantes, acidulées , laxatives , aux bains tièdes et aux soins de propreté. Dans le licben chronique et rebelle , on fait usage 'a l'intérieur des limonades aux acides minéraux , surtout a l'acide sulfurique, quelquefois des préparations ferrugineuses (lorsque le malade est faible et pâle), et dans certaines circonstances, des solutions arsenicales de Fowler et de Pearson employées avec les précautions que réclament des médicaments si dangereux. On emploie a l’extérieur les bains sulfureux, les onctions avec les onguents résolutifs et sulfureux 1 ; dans quelques cas, les vésicatoires. — Le lichen agrius, chez les sujets d’une bonne constitution , réclame d'abord un traitement antiphlogistique, les boissons délayantes, les bains émollients et les émissions sanguines générales et locales ; on en vient ensuite aux préparations sulfureuses a l'intérieur et' à l’extérieur.
Prurigo.
Prurilus, scabies papuliformis.
Définition. Le prurigo est une phlegmasie cutanée non contagieuse , caractérisée par des papules ayant a peu près la même couleur que la peau , et accompagnées d’une très-vive démangeaison.
Causes. Le prurigo attaque plus particulièrement les enfants et les vieillards; il est plus fréquent chez les pauvres que chez les riches, chez les hommes que chez les femmes. La malpropreté, les lieux bas et humides, une mauvaise nourriture,
1 On peut employer les pommades suivantes : — Axonge, une once ; soufre, un gros; sous-carbonate de potasse, demi-gros. — Ou bien : Axonge, une once ; calomel, un gros; camphre, dix-huit grains.
PHLEGMASIES.
l’abus des liqueurs alcooliques , des salaisons , des mets épicés , le défaut ou l’irrégularité de la menstruation , les chagrins, les fatigues excessives, sont considérés comme des causes de prurigo.
Symptômes. Le prurigo se développe en même temps ou successivement sur plusieurs régions du corps, et principalement sur les épaules, la partie supérieure de la poitrine, les lombes, la partie externe des bras et des cuisses, etc. Il est quelquefois borné a certaines parties peu étendues, telles que l’anus, les parties externes de la génération chez l’homme et chez la femme, la plante des pieds, etc. — Il se manifeste par des papules (petits boutons pleins et solides), discrètes , isolées, peu volumineuses , aplaties, qui donnent lieu a une vive démangeaison , et dont la couleur est la même que celle de la peau. Le prurit augmente par la chaleur du lit et prive les malades de sommeil-, il est souvent si intolérable, que ceux-ci se grattent avec fureur , se déchirent la peau avec les ongles, ou se frottent avec des brosses dures. Beaucoup de papules présentent une petite croûte noire, grosse comme la tête d’une épingle , croûte qui n’est autre chose qu’une petite gouttelette de sang qui s’est desséché a leur sommet écorché par les ongles. La démangeaison offre ordinairement des rémissions de trois ou quatre heures. — Le prurigo peu intense peut se terminer, en deux ou trois septénaires, par la disparition des papules, qui s’effacent sans laisser de traces. Mais bien souvent la maladie s’invétère et se prolonge pendant des mois et des années. Dans ce cas, les papules sont plus dures , plus larges et plus saillantes , la peau s’épaissit et devient rugueuse , l’épiderme se détache habituellement sous forme d’une légère poussière farineuse.
Bateman admet comme variétés du prurigo le prurigo mi tis, dans lequel la démangeaison est modérée et temporaire; le prurigo formicans, qui est accompagné d’un prurit intolérable et d’un sentiment de fourmillement; le prurigo senilis, qui est propre aux vieillards et parfois compliqué de la présence de poux; le prurigo partiel, qui occupe le siège ou les parties génitales de l’un et de l’autre sexe.
Pronostic. Le prurigo est souvent une maladie sérieuse à
PATHOLOGIE SPÉCIALE
cause de la difficulté de le guérir et des démangeaisons intolérables qu'il occasionne fréquemment; il n'offre d'ailleurs aucun danger pour la vie.
Traitement. Le traitement du prurigo varie suivant son intensité, son ancienneté, l’âge du malade, le siège et la forme de la maladie. — Lorsque l'éruption est aiguë et que le sujet a une bonne constitution, on fait usage, dans les premiers temps, de la saignée générale ou locale, des boissons rafraîchissantes, délayantes, nitrées, acidulées, des bains tièdes, des lotions et des applications froides. Si ces moyens sont infructueux, on emploie à l'intérieur des boissons acidulées avec les acides hydrochlorique , nitrique ou sulfurique (un gros par pinte), ou rendues alcalines par l’addition du sous-carbonate de potasse ou de soude , les boissons laxatives , les purgatifs, le soufre uni à la magnésie, et chez les sujets faibles, les tisanes amères, le houblon, la patience, la gentiane, le vin antiscorbutique et les préparations ferrugineuses; les opiacés sont indiqués contre les paroxysmes violents de prurit. On prescrit en même temps , â l’extérieur , les bains alcalins ou gélatino-alcalins, les lotions savonneuses, narcotiques, les onctions avec des pommades dans lesquelles le camphre, le laudanum, la belladone sont unis au soufre, au sous-carbonate de potasse, a la chaux. Ces moyens doivent être secondés par un régime doux, principalement composé de légumes frais, de fruits mûrs, de viandes blanches, de laitage.
PHLEGMASIES SQUAMEUSES.
Ce sont la lèpre, le psoriasis, le pityriasis et la pellagre.
Lèpre.
Alphos, leucé, mêlas, dartre fmfuracce arrondie d’Aliberl.
Définition. Le nom de lèpre, qu’on appliquait autrefois a la plupart des maladies cutanées chroniques et graves, est employé par les dermatologistes modernes pour exprimer une affection chronique de la peau qui présente les caractères sui-
PHLEGMASIES.
vants : plaques écailleuses, rosées, arrondies, élevées sur les bords, déprimées au centre, recouvertes de squames minces d’un blanc nacré.
Causes. Elles sont fort obscures et peu connues. La lèpre survient dans tous les âges et toutes les saisons-, elle est plus commune chez les hommes que chez les femmes , surtout chez ceux qui sont exposés a une température élevée, comme les forgerons , les cuisiniers , etc. On compte parmi ses causes : l’hérédité, une température froide et humide, les eaux minérales excitantes, la misère, la malpropreté, l’abus des boissons alcooliques, un long usage des aliments salés et épicés, les affections morales vives. Mais elle se développe parfois sous les meilleures influences hygiéniques.
Symptômes. La lèpre se manifeste sur toutes les parties du corps, principalement sur les membres, autour des articulations. Elle débute par de très-petites élevures arrondies, dépassant peu le niveau de la peau , et se recouvrant bientôt d’une squame blanche très-mince , qui se détache assez promptement. La surface d’où cette squame est tombée s’élargit graduellement et prend la forme d’une plaque en conservant une figure arrondie; elle se couvre de nouvelles écailles sèches, nacrées , luisantes , d’un gris de perle , dont le bord rosé ou rouge est légèrement élevé, tandis que leur centre est un peu déprimé. Ces squames se développent principalement a la circonférence des plaques ou anneaux-, elles se superposent les unes aux autres, et forment ainsi des couches plus ou moins épaisses et saillantes. Elles tombent partiellement et laissent a découvert de petites surfaces arrondies qui sont rouges et luisantes; mais elles ne tardent pas a se reproduire, ce qui peut arriver bien souvent pendant la longue durée de la lèpre. Le centre des plaques ou anneaux lépreux conserve souvent son intégrité. Cette maladie n’est généralement accompagnée d’aucune autre sensation qu’une légère démangeaison qui se fait sentir lorsque la chaleur de la peau est augmentée. Cependant, si les plaques sont enflammées et très-nombreuses, elle peut être accompagnée de douleur et de tension. — La lèpre est une maladie chronique qui peut persister des mois
PATHOLOGIE SPÉCIALE
et des années, et dont la durée est indéfinie. Lorsqu’elle guérit spontanément ou par reffet de l’art, cette heureuse terminaison s’opère lentement, par la chute graduelle des écailles qui cessent de se reproduire. — La lèpre est une maladie plus désagréable que pénible et dangereuse; elle est généralement fort rebelle.
Traitement. Le traitement de la lèpre doit être varié suivant une foule de circonstances. Lorsque celle-ci est récente , trèsétendue et accompagnée de démangeaison et de tension, on obtient un soulagement assez rapide, et quelquefois même la guérison, par l’emploi des bains émollients et gélatineux, des bains de vapeur et des onctions avec la crème, le beurre frais et le saindoux. — Lorsque la maladie est ancienne, on a recours aux lotions et aux bains sulfureux , aux eaux de Barèges, de Cauterets, de Bagnères , d’Enghien , employées en bains, aux bains de mer naturels ou artificiels, aux bains alcalins, aux lotions stimulantes faites avec de l’eau alcoolisée, ou avec une dissolution de sulfure de potasse. Si ces moyens ne réussissent pas, on conseille d’appliquer pendant plusieurs mois, sur les surfaces lépreuses dont les écailles sont tombées, de légères couches d’onguent de poix blanche, de goudron ou de nitrate de mercure étendu ou mélangé avec du cérat de saturne. On en fait des onctions le soir-, le matin on lave la peau avec de l’eau tiède pure ou légèrement savonneuse. M. Bayer recommande, comme un moyen dont il a obtenu beaucoup de succès, des frictions avec un gros ou même une demi-once par jour de pommade de précipité blanc (un gros sur une once d’axonge) ou avec une pommade d’iodure de soufre (douze grains pour une once de graisse). — De petits vésicatoires volants ou la cautérisation superficielle ont quelquefois réussi lorsque les plaques lépreuses étaient peu nombreuses et très-anciennes. — On conseille a l’intérieur la décoction de douce-amère, a la dose dune demi-once, puis d’une once ou même de deux onces pour une pinte d'eau ; les purgatifs salins ou mieux le calomel associé au jalap ou à la rhubarbe. On a parfois guéri assez promptement la lèpre légère a l’aide de la teinture de cantharides administrée graduel-
PHLEGM AS1ES.
lement à la dose de cinq , de dix , quinze , vingt gouttes et au delà dans une boisson inucilagineuse. — Dans les cas rebelles aux divers moyens que nous venons d’indiquer, on peut en venir aux préparations arsenicales. On donne la solution de Fowler a la dose de quatre ou cinq gouttes par jour, qu’on peut élever graduellement et avec précaution jusqu’à quinze, en la continuant pendant plusieurs mois. L’action des divers agents employés contre la lèpre doit être secondée par une vie sobre et régulière et par un régime principalement composé de viandes blanches , de laitage , de légumes frais et de fruits aqueux et fondants.
Psoriasis.
Dartre squameuse sèche, dartre écailleuse, dartre squameuse lichénoïde , etc.
Définition. Le psoriasis a une grande analogie avec la lèpre, dont elle n’est qu’une variété, suivant quelques auteurs. Elle est caractérisée par de petites élevures solides, qui se transforment en plaques squameuses, non déprimées à leur centre et de dimensions variées.
Causes. L’hérédité, l’âge adulte, le tempérament sanguin et nerveux surtout chez les femmes, l’automne et le printemps, toutes les irritations directes ou indirectes de la peau.
Symptômes. Le psoriasis peut être borné à quelques régions ou s’étendre à une grande partie et même à la totalité de la surface cutanée. Chacune des plaques qui constituent cette maladie commence par une petite élevure solide, rouge, grosse comme une tête d’épingle , et dont le sommet ne tarde pas à se couvrir d’une petite écaille ou squame d’un blanc mat. Ces plaques sont irrégulièrement arrondies, souvent isolées et semées à la surface du corps, comme les gouttes d’un liquide dont on aurait arrosé les téguments. On a donné à cette forme le nom de psoriasis guttata. Les squames sont plus ou moins adhérentes au derme, qui paraît rouge et irrité lorsqu’elles se détachent. Quelquefois les plaques sont nombreuses, larges, de forme et de dimensions très-variables et si rapprochées les unes des autres, qu’elles se confondent par leurs bords correspondants ( psoriasis confluent). Dans ce cas, les malades
PATHOLOGIE SPÉCIALE
éprouvent une démangeaison et une douleur assez vives qui augmentent sous l’influence de la chaleur. Lorsque le psoriasis dure depuis longtemps, les squames deviennent sèches, dures, blanches et épaisses, le tissu de la peau s’épaissit, s’endurcit et présente des gerçures nombreuses (psoriasis inveterata ), quelquefois saignantes, accompagnées de prurit brûlant. — Le psoriasis est toujours une maladie chronique, dont la durée varie de plusieurs mois 'a quelques années.
Traitement. Il est le même que celui de la lèpre.
Pityriasis.
Porrigo, dartre furfuracée et teigne amiantacée d’Alibert.
Définition. Le pityriasis est une inflammation chronique de . la peau caractérisée par une desquamation de l’épiderme, qui se détache en petites lamelles blanchâtres, ressemblant au son ou a la farine.
Causes. Les causes de cette maladie sont fort obscures, et, dans le plus grand nombre des cas, on les ignore entièrement.
Symptômes. Le pityriasis est général ou local. Le pityriasis général, maladie rare et rebelle, débute, sans phénomènes précurseurs, par un fourmillement fatigant ou de vives démangeaisons. La région de la peau affectée offre des taches rouges superficielles , quelquefois une augmentation de la chaleur et même un peu de gonflement du tissu cellulaire sous-cutané. Quelques jours après la rougeur diminue ou disparaît; l’épiderme se fendille et se détache, tantôt en lamelles foliacées de trois à huit lignes de diamètre, tantôt en écailles plus petites qui ont l’apparence du son ou de la farine. Celte chute continuelle d’écailles épidermiques donne a la peau un aspect rugueux , blanchâtre et pulvérulent , comme si l’on avait répandu une couche légère de ces poudres à sa surface. Dans les points où la desquamation s’est opérée ou s’opère , surtout si elle a été provoquée par l’action des ongles, les téguments ont une teinte rosée ou rouge ; souvent même, lorsque les malades se sont trop abandonnés au besoin et au plaisir de se gratter, la peau est le siège d’un suintement séreux et jaunâ-
PHLEGMÀS1ES.
ire, parfois assez abondant pour imprégner les linges et les vêtements. Le pityriasis général est accompagné d'un prurit très-vif, dont les malades se soulagent en se grattant- le plus souvent il n’occasionne aucun dérangement notable des principales fonctions de l’économie. Lorsque cette affection occupe une grande partie des téguments, il tombe chaque jour dans le lit des malades une quantité assez considérable d’écailles furfuracées ou farineuses. — Le pityriasis offre d’ailleurs une foule de variétés dans sa durée et ses symptômes.
Le pityriasis local peut affecter chaque région de la peau isolément ; ses variétés principales sont celles du cuir chevelu, des paupières, des lèvres, de la paume des mains, de la plante des pieds, des parties génitales, etc.
Le pityriasis du cuir chevelu est assez commun. Il est accompagné de démangeaisons assez vives, d’une desquamation furfuracée continuelle, et quelquefois d’un suintement d’humeur visqueuse qui colle les cheveux et les squames en masses plus ou moins volumineuses. Dans ce cas, les couches les plus superficielles sont parfois sèches et friables et d’un aspect analogue a celui de l’amiante ( teigne amimtacée d’Àlibert).
Le pityriasis est une maladie chronique, dont la durée varie de quelques mois a plusieurs années. — Celui qui est général est une des affections cutanées les plus rebelles ; celui qui est local est souvent difficile a guérir, et sujet a de fréquentes récidives.
Traitement. Lorsque le pityriasis est accompagné de symptômes prononcés d’irritation , tels qu’une rougeur vive , un suintement séreux, abondant, un engorgement du tissu cellulaire sous-cutané, on obtient un soulagement prompt, mais passager, a l’aide des émissions sanguines, des bains mucilagineux et des boissons délayantes. On en vient ensuite aux bains de vapeur, aux bains sulfureux et aux préparations sulfureuses a l’intérieur, surtout lorsque la rougeur de la peau s’est dissipée. On fait usage de l’opium pour calmer l’agitation et l’insomnie qui résultent des démangeaisons. — Le pityriasis du cuir chevelu n’exige que des soins de propreté et des onctions avec des pommades adoucissantes, lorsqu’il consiste seulement en une desquamation furfuracée sans suintement sé-
PATHOLOGIE SPÉCIALE
reux. Dans la variété appelée teigne amiantacée, on commence par ramollir les squames et les cheveux collés a l'aide de cataplasmes émollients; on coupe ensuite les cheveux, et on fait usage concurremment des bains de vapeur et des purgatifs. — Dans toutes les variétés de pityriasis, il importe de modifier la constitution par un régime doux, composé de végétaux frais et de viandes blanches, et continué pendant longtemps.
Pellagre.
Définition. La pellagre est une maladie chronique de la peau, qui règne endémiquement parmi les paysans de plusieurs villages de la haute Italie, de la Garonne, de la Gironde, etc. Elle est caractérisée par une éruption érythémateuse et squameuse, occupant principalement la face dorsale des mains et des pieds, revenant périodiquement tous les printemps et s'accompagnant au bout d’un certain temps d’un trouble des fonctions digestives et des facultés intellectuelles.
Causes. — Causes prédisposantes . Elle n’affecte que les paysans; elle est héréditaire, et règne pendant le printemps.
Causes excitantes. Jusqu’ici elles ne sont pas bien connues. On a attribué la pellagre à l’insolation, a la misère, a l’usage du raifort sauvage, de l’ivraie mêlée au froment, a certains miasmes, a la contagion. La cause la mieux prouvée, c’eM l’usage exclusif du maïs comme aliment.
Symptômes. La maladie débute vers l’équinoxe du printemps, tantôt sans phénomènes précurseurs, tantôt par de l’ennui, de la tristesse, des vertiges, etc. La peau de la face dorsale des mains et des pieds, quelquefois du cou, du dos, du visage, après avoir fait éprouver un sentiment de tension, de démangeaison et de chaleur, devient rouge, luisante, ensuite livide. Un ou deux mois après l’épiderme se ride, se fend et se détache sous forme d’éeailles très-fines; un nouvel épiderme se reforme, et la santé est entière jusqu’au printemps suivant. Mais a cette époque la maladie se renouvelle avec tous ses symptômes; elle revient ainsi jusqu’à la troisième ou la quatrième année. C’est alors que des symptômes généraux variés se joignent souvent aux phénomènes locaux : borborygmes,
P11LEGMASIES.
renvois, constipation, pouls faible, tremblement dans les jambes, trouble de la vue, délire mélancolique ou furieux, penchant au suicide, parfois mouvements convulsifs, sommeil troublé, quelquefois tuméfaction des gencives, aphthes auxquels succèdent des ulcérations étendues, ptyalisme, sueur fétide. La peau devient sèche, rude, sillonnée, couverte d’écailles épaisses. Parvenue à celle période, les intermittences, qui avaient lieu pendant Pété, l’automne et l’hiver, sont 'a peine marquées. Au retour du 4e, 5e, 6e, quelquefois même du 7e printemps, les symptômes s’aggravent; une diarrhée colliqualive avec météorisme épuise promptement les malades, qui meurent dans le marasme, épuisés par une fièvre lente. — La pellagre est toujours une maladie très-grave, mais elle peut être enrayée dans sa marche en changeant la manière de vivre du malade dans les premières années de son invasion.
Traitement. Le meilleur moyen de guérir celte maladie consisterait a faire changer les malades de pays et a leur faire suivre un régime entièrement différent de celui qui leur était habituel. Mais on sent que ce moyen est le plus souvent impraticable. Le traitement qui a le mieux réussi consiste dans l’emploi des bains tièdes, et dans un régime nourrissant composé de jus de viandes, de gélatine, d’œufs, de lait et de vin. Les antiscorbuliques ont été utiles dans beaucoup de cas. On combat les symptômes cérébraux par les sangsues au cou et les purgatifs, et la diarrhée par l’opium et la racine de simarouba et de Colombo. L’affection cutanée réclame les applications et les bains émollients. Le plus souvent tous les traitements sont infructueux.
PHLEGMASIES TUBERCULEUSES.
Ce sont le lupus et l’éléphantiasis des Grecs.
Lupus.
Darlre rongeante.
Définition. Le lupus est une inflammation cutanée chronique, commençant le plus souvent par des tubercules plus
PATHOLOGIE SPÉCIALE
ou moins volumineux, et caractérisée par des ulcères ichoreux et rongeants qui se recouvrent de croûtes brunâtres.
Causes. Cette maladie est assez rare-, elle survient ordinairement entre seize et vingt-cinq ans. Les enfants scrofuleux y sont surtout exposés; mais elle atteint parfois des personnes robustes. Elle est plus fréquente à la campagne qu’â la ville , chez les femmes que chez les hommes. La misère, les aliments âcres, les viandes fermentées, les vieux fromages paraissent y prédisposer ou l’occasionner. Elle n’est pas contagieuse.
Symptômes. Le lupus se développe le plus souvent au visage, et principalement au nez et â la lèvre supérieure, quoiqu’on l’observe quelquefois aux membres ou au tronc. Il commence ordinairement par un ou plusieurs tubercules, larges, aplatis, mal circonscrits, prurigineux ou indolents, d'un rouge brun ou livide; ces tubercules se confondent en s’étendant et s’ulcèrent. Les ulcérations se recouvrent de croûtes verdâtres et brunâtres, sèches et adhérentes, sous lesquelles coule une humeur ichoreuse qui irrite et rougit les parties voisines. Cet ulcère peut rester stationnaire et presque indolent pendant longtemps; d’autres fois il se cicatrise dans son siège primitif et se propage aux environs en rampant, et rongeant l’épiderme et le tissu réticulaire de la peau. Dans d’autres circonstances, le lupus exerce surtout ses ravages en profondeur, et détruit la peau et les tissus sous-cutanés jusqu’aux os, qu’il respecte. De l'a les plus hideuses déformations : la destruction du nez, qui n’offre plus â sa place qu’une ouverture triangulaire, l’éraillement et le renversement des paupières, des cicatrices sur les lèvres et sur les joues, profondes, irrégulières, difformes, et analogues â celles que produisent les brûlures, etc. Ces ravages occasionnent peu de douleur ou sont accompagnés d’un sentiment de démangeaison, de cuisson et de chaleur. La santé générale des malades n’est cependant nullement altérée. — Le lupus présente d’ailleurs dans son intensité et son étendue de nombreuses variétés. — Il peut durer des mois et même des années. — Son pronostic est toujours très-fâcheux , à cause des destructions
PIILEGM AS1ES.
qu’il occasionne et des cicatrices indélébiles et difformes qu’il laisse a sa suite.
Traitement. Le lupus présente pour indication d’arrêter le plus promptement possible les progrès de la destruction des tissus. On y parvient par la cautérisation des surfaces ulcérées: mais, avant d’en faire usage, on fait tomber les croûtes par des douches de vapeur ou des cataplasmes émollients ; on nettoie et on lave l’ulcère, et l’on modère l’inflammation, s’il en existe, par des bains tièdes et quelques sangsues. On essaye également de provoquer la cicatrisation a l’aide d’onctions avec une pommade d’iodures de soufre ou de mercure, dans laquelle ces substances entrent dans la proportion de de 18 grains a un gros sur une once d’axonge. Si ce moyen ne réussit pas, on en vient aux caustiques. On peut employer le nitrate acide de mercure, le nitrate d’argent fondu, le sublimé corrosif en solution concentrée, la pâte arsenicale, la poudre de Dupuytren (98 à 99 parties de calomel, 1 â 2 parties d’oxyde blanc d’arsenic). Quand on fait usage de cette dernière préparation , on recouvre l’ulcère d’une couche de demi-ligne d’épaisseur de cette poudre. Quel que soit le caustique employé, il faut avoir soin que son action soit superficielle et ne dépasse pas la surface du mal. — Le lupus étant presque toujours entretenu par le vice scrofuleux , on doit seconder le traitement local par l’usage des toniques, des amers, des préparations d’iode et d’un régime animal.
Eléphantiasis des Grecs.
Lèpre du moyen âge, lèpre tuberculeuse, lèpre taurique , mal rouge de Cayenne.
Cette maladie , inconnue du temps d’Iiippocrate , paraît s’être propagée en Grèce après les conquêtes d’Alexandre le Grand; elle fut ensuite importée en Italie par les troupes de Pompée; elle se répandit surtout en Europe, dans le moyen âge, après les croisades. Dans le treizième siècle, elle fit tant de ravages en France, qu’on y comptait jusqu’à deux mille léproseries. La lèpre diminua graduellement dans ce pays et dans le reste de l’Europe. Aujourd’hui elle y est fort rare;
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mais elle est très commune et endémique dans les pays chauds, en Afrique, en Syrie, dans les Indes, etc.
Définition. L’éléphan ti asis des Grecs est une maladie cutanée, chronique, caractérisée par de petites tumeurs ou tubercules, larges, saillants, irréguliers, d’abord rouges, et ensuite d’une teinte fauve ou bronzée, ordinairement indolents, dont le siège est généralement a la face, qui devient hideuse, et qui se terminent souvent par ulcération et quelquefois par résolution.
Causes. — Causes prédisposantes. La lèpre tuberculeuse est héréditaire ; elle est plus fréquente chez les hommes que chez les femmes et les enfants -, les eunuques n’y sont point sujets.
Causes excitantes. Beaucoup d’auteurs croient à une contagion qui s’opère lentement et dont les conditions sont peu connues; d’autres la nient; mais le mode de propagation de la maladie la rend très-probable. On compte encore parmi les causes excitantes une chaleur humide, les aliments de mauvaise nature, et principalement le poisson corrompu , la chair de porc , les eaux de mauvaise qualité , les liqueurs fermentées, le froid humide, la malpropreté, les excès vénériens, les chagrins ; mais ces influences ne peuvent rien chez les sujets qui ne sont point prédisposés, et cette prédisposition en quoi consiste-t-elle? Pourquoi n’existe-t-elle plus aujourd’hui en Europe, après y avoir été si universelle dans le moyen âge? Ces questions, comme tant d’autres, sont complètement insolubles.
Symptômes. L’éléphantiasis des Grecs est souvent précédé d’un état de langueur et d’abattement physique et moral. Il peut se développer dans toutes les parties du corps , être général ou local ; le plus fréquemment il se manifeste d’abord à la face , surtout au nez, aux oreilles, a la voûte palatine , d'où il peut se répandre sur le reste du corps , lorsque les malades vivent longtemps. Il s’annonce par des taches rougeâtres ou fauves, luisantes, comme si elles étaient enduites d'huile, insensibles ou peu sensibles, légèrement élevées au-dessus du niveau de la peau, et quelquefois par un changement de la couleur des téguments, qui deviennent ternes et bronzés. Après
P IILEGMASIES.
être restées un certain temps dans cet état, ces taches se transforment en tubercules ou petites tumeurs, molles, arrondies, rougeâtres ou livides, dont le volume varie entre celui d’un pois et celui d’une olive. Ces symptômes augmentent peu â peu d’étendue et d’intensité. La face devient bouffie, parsemée de rides profondes et de tubercules bronzés; les cheveux et les poils tombent, les narines se dilatent, les oreilles se couvrent de mamelons et se déforment, la face prend un aspect hideux et repoussant. Parvenu â ce degré, l’éléphantiasis reste quelquefois stationnaire, sans altérer d'une manière notable les principales fonctions ; le plus souvent il continue, mais lentement, a faire des progrès par le développement de nouveaux tubercules, qui se montrent aux membres, au tronc, au palais, sur la langue, au pharynx, etc.; après plusieurs années, ceux-ci s’enflamment, s’ulcèrent et quelquefois se résolvent. Le pus sanieux des tubercules ramollis se concrète en croûtes adhérentes et superficielles, brunes ou noirâtres. A cette époque, on observe des phénomènes généraux variés : un affaiblissement des facultés intellectuelles et de l’énergie musculaire, de la tristesse, de l’insomnie, des désirs vénériens nullement en rapport avec les forces des malades, la raucité de la voix, de la dyspnée , la fétidité de Phaleine et de la sueur, des urines ordinairement sédimenteuses, un pouls petit et lent. Dans la dernière période les poils tombent, les extrémités articulaires des phalanges sont détruites par une carie lente, suite de tubercules ulcérés et peu sensibles ; la voix est presque éteinte; le pouls reste petit et obscur jusqu’à la mort. L’éléphantiasis est toujours une maladie chronique dont la durée est de plusieurs années; ses progrès sont souvent très-lents ; mais, lorsqu’il est bien caractérisé, il est presque toujours incurable et se termine par une mort affreuse.
Traitement. On conseille aux éléphantiaques l’émigration dans un climat tempéré où la maladie ne règne point, une grande propreté , le changement fréquent de linge , des exercices modérés , des distractions , l’usage du lait, des légumes frais, des viandes blanches. Quelques médicaments ont été préconisés comme jouissant d’une efficacité marquée contre la
PATHOLOGIE SPÉCIALE
lèpre tuberculeuse; tels sont : la salsepareille, la squine, l’hydrochlorate d’or et de soude a la dose d’un dixième de grain , porté graduellement jusqu’à un quart de grain et longtemps continué, les préparations d’iode, Yasctepias gigantea , les préparations arsenicales, etc. Malheureusement tous ces moyens et une foule d’autres que nous passons sous silence échouent presque toujours contre cette affreuse maladie.
Plique.
Trichoma.
Définition. C’est une maladie chronique spéciale du système pileux caractérisée par l’agglutination des cheveux et des poils.
Causes. La plique est une maladie endémique qui ne se rencontre qu’en Pologne, principalement dans les villages sarmates, chez les Talares, les paysans, les mendiants et les juifs. La malpropreté, les bonnets fourrés, une constitution particulière de l’eau paraissent favoriser son développement. D’après plusieurs observateurs, celte affection est contagieuse et transmissible par le coït.
Symptômes. Cette maladie est souvent précédée de lassitudes , de douleurs comme rhumatismales dans les membres , de céphalalgie , de vertiges , d’assoupissement , de fièvre et de sueurs gluantes et fétides -, d’autres fois elle débute sans phénomènes précurseurs. Son invasion a lieu par de la sensibilité du cuir chevelu ou des démangeaisons; la tête exhale une sueur visqueuse qui colle les cheveux à leur base et les couvre d’un enduit épais. Ceux-ci s’agglutinent entre eux et se mêlent d’une manière inextricable ; ils sont très-douloureux à leur racine. L’humeur collante qui les réunit a une odeur spéciale nauséabonde ; sécrétée par les bulbes , elle transsude de toute la surface des cheveux et monte jusqu’à leur extrémité. Les cheveux forment ainsi par leur agglutination tantôt des mèches séparées , plus ou moins volumineuses, tantôt des espèces de cordes ou de queues d’une grande longueur, tantôt des masses qui ont quelque ressemblance avec un nid d’oiseau ou
PHLEGMASIES.
une tiare. Sous la plique, le cuir chevelu présente ça et la quelques petites ulcérations. La plique affecte quelquefois les poils de la barbe, des aisselles et du pubis, ainsi que les ongles, qui deviennent livides ou noirs. Après l'éruption de cette maladie, les symptômes généraux perdent leur gravité ou disparaissent. La plique dure une ou plusieurs années-, c'est une maladie grave qui conduit souvent les malades à un dépérissement lent et a des affections chroniques qui les enlèvent.
Traitement. Pendant les prodromes de la plique, on fait usage de la décoction de gaiac et de quelques préparations antimoniales, dans la vue de favoriser le mouvement de la nature, qui porte vers la tête l'humeur trichomateuse. Si la réaction fébrile préliminaire était très-prononcée, la saignée serait indiquée. Lorsque la crise est bien terminée, que la plique a perdu sa mauvaise odeur, qu'elle est entièrement isolée du cuir chevelu et qu'elle pend a des cheveux nouveaux et sains, on enlève cette masse en coupant ceux-ci près de la tête. Cette opération, pratiquée plus tôt, exposerait aux accidents les plus redoutables. On applique sur les petites ulcérations du cuir chevelu une pommade de ciguë. Le vice trichomateux occulte donne lieu parfois a des affections nerveuses opiniâtres dont le diagnostic et le traitement exigent une grande attention.
2e Genre. Fhlegmasies de l’œil, de l’oreille, des fosses nasales,
et de la langue.
Ophthalmie.
Définition. On donne le nom d'ophthalmie a l’inflammation de la conjonctive , caractérisée par la rougeur , la douleur et la chaleur de l'œil ou de la face interne des paupières.
Causes. L’ophlhalmie est occasionnée par tout ce qui peut irriter l’œil d’une manière directe, tels sont les coups, les chutes, les piqûres, les corps étrangers de toute espèce qui tombent sur la conjonctive , la fumée , les émanations acides et ammoniacales, les différentes espèces de poussière, l'exposi-
PATHOLOGIE SPÉCIALE
tion prolongée aux rayons solaires, a une flamme vive, au vent du nord, a la neige réfléchissant fortement la lumière du soleil, a une température froide et brumeuse, des lectures trop longues, trop assidues, surtout pendant la nuit, l’habitude de fixer pendant longtemps des objets très-petits ou brillants, etc. Elle peut encore être produite par la pléthore, par de grandes agglomérations de personnes, d’individus mal nourris, mal vêtus, tenus malproprement (ophthalmie purulente), par des exercices immodérés, la suppression de diverses affections locales ou d’évacuations habituelles, telles que la goutte, le rhumatisme, les éruptions cutanées, la blennorrhagie, une sueur habituelle , un vieil ulcère , les règles , par un embarras gastrique, etc. — L’ophthalmie est ordinairement sporadique et quelquefois épidémique. Elle est endémique dans certains pays, tels que l’Égypte, etc. L’une des espèces d’ophthalmie (l’ophlhalmie purulente) est regardée comme contagieuse par plusieurs auteurs.
Symptômes. Cette maladie peut occuper toute l’étendue de la conjonctive , ou être bornée a une partie , a la totalité du globe de l’œil , ou 'a la face interne des paupières. Dans ce dernier cas, on lui donne souvent le nom de blépharite. L’ophthalmie est parfois le symptôme d’une autre maladie, telle que la goutte, la syphilis, etc. Nous en parlerons dans la description de ces maladies. Nous ne devons nous occuper ici que de celle qui est essentielle ou idiopathique. — L’ophthalmie présente dans ses symptômes et son cours d’assez notables différences qui en font admettre trois espèces principales : Y ophthalmie aiyuè , Yophthalmie chronique et Y ophthalmie purulente.
1° Ophthalmie aigue. Le malade éprouve d’abord dans l’œil un sentiment de picotement, de cuisson, ou une douleur analogue a celle que produiraient des grains de poussière introduits sous les paupières-, la conjonctive s'injecte et rougit , en commençant ordinairement par la portion qui tapisse la face postérieure de ces voiles membraneux. La lumière augmente la douleur et force les malades a tenir les paupières plus ou moins rapprochées-, la sécrétion des larmes est diminuée (i ophthalmie sèche), ce qui est le plus fréquent, ou augmentée
PlILEGMASIES.
(ophthalmie humide'). Dans ce dernier cas, il s’écoule un liquide limpide, incolore, abondant, et quelquefois si âcre qu’il excorie les parties voisines. Après les premiers jours, la rougeur, le gonflement et la chaleur augmentent; la douleur est très-vive, il y a quelquefois de la céphalalgie avec fièvre. Dans certains cas, la tuméfaction est si considérable, que la conjonctive forme autour de la cornée transparente un bourrelet circulaire qui fait paraître celle-ci enfoncée 5 on donne à ce degré de l’ophthalmie le nom de chemosis. Ordinairement, du huitième au dixième jour, la douleur cesse , les autres phénomènes inflammatoires diminuent, l'écoulement devient opaque, d’un blanc jaunâtre, le malade peut ouvrir les yeux. Tantôt ces symptômes se dissipent promptement, tantôt ils continuent, et l’ophthalmie passe à l’état chronique.
L’ophthalmie aiguë présente dans son étendue et l’intensité de ses symptômes des degrés variés. Lorsqu’elle est très-légère et bornée â une portion de la conjonctive oculaire ou palpébrale, la rougeur consiste seulement en une injection plus ou moins marquée de ses vaisseaux ; la période inflammatoire se dissipe en quatre ou cinq jours; il reste seulement un peu de rougeur et de relâchement des vaisseaux qui 11e tardent pas â se dissiper. Lorsqu’elle est très-intense, la conjonctive est tuméfiée, d’une couleur rouge foncée ; la chaleur est ardente, la douleur si vive que le malade ne peut supporter la moindre lumière, et que la pupille est resserrée; en même temps , larmoiement continuel , resserrement spasmodique du sourcil, insomnie, céphalalgie violente, fièvre.
2° Ophthalmie chronique. Cette espèce d’ophthalmie est tantôt la terminaison d’une ophthalmie aiguë, tantôt elle revêt, dès son origine, le caractère chronique. Elle diffère de la première par sa durée, qui est toujours longue, et en ce que les phénomènes inflammatoires sont beaucoup moins prononcés. La chaleur est nulle, la douleur est faible, la rougeur se présente sous l’aspect d’une injection de vaisseaux volumineux, comme variqueux , rassemblés en groupes ou en faisceaux, dirigés de la sclérotique vers la cornée, sur laquelle ils se répandent souvent, mais en diminuant de volume et en se
PATHOLOGIE SPÉCIALE
subdivisant. Il en résulte un réseau vasculaire plus ou moins serré, ainsi qu’un certain degré d’opacité de la cornée qui obscurcissent la vue. Lorsque l’injection est ainsi parvenue a la cornée, les douleurs et le larmoiement se renouvellent, mais ne tardent pas ensuite h disparaître. L’injection et l'opacité de la cornée se dissipent avec l’inflammation lorsque celle ci est récente-, ils persistent au contraire, lorsque l'ophtbalmie a duré longtemps. L’ophlbalmie chronique a une durée indéterminée; elle peut se prolonger des mois et des années. Souvent elle disparaît et reparaît a plusieurs reprises chez la même personne ; certains sujets en sont affectés pendant toute leur vie.
3° Ophthalmie purulente. Elle se manifeste principalement chez les nouveau-nés dont les mères sont atteintes au moment de l’accouchement d’un écoulement virulent par le vagin 5 chez les individus affectés de blennorrhagie ou de (lueurs blanches ; elle peut survenir chez les enfants et les adultes qui n ont jamais éprouvé aucun symptôme de ces affections. Les phénomènes de cette maladie ont la plus grande ressemblance dans ces circonstances-, cependant, comme dans les deux premiers cas, l’ophthalmie est de nature vénérienne, nous renverrons sa description a l’article consacré a la syphilis , et nous ne traiterons ici que de l’.ophthalmie purulente idiopathique. Elle commence par un sentiment de tension et d’engourdissement a la face postérieure des paupières qui se couvre d'un mucus blanchâtre; elle se propage bientôt a la conjonctive oculaire, qui rougit, se tuméfie, et forme un chemosis plus ou moins considérable, étendu quelquefois jusque sur la cornée. En même temps, sensation de graviers entre les paupières, ensuite, douleurs lancinantes et pulsatives dans l’œil, l’orbite et les tempes -, gonflement des paupières qui deviennent rouges, œdémateuses, rapprochées l’une de l’autre. Le mucus se transforme en un liquide épais, verdâtre, très-abondant et si âcre , qu’il excorie parfois les joues sur lesquelles il s’écoule. Après un temps variable, les douleurs et l’écoulement diminuent, les paupières se dégorgent, la cornée devenue apparente se montre injectée ou ramollie, quelquefois perforée ou
PHLEGM ASIES.
même détruite. — L’ophthalmie purulente se termine : par la guérison, par l'opacité générale ou locale de la cornée , par la cécité ou par le passage a Tétât chronique. Dans ce cas, la conjonctive reste rouge et épaissie et prend un aspect granulé.
Pronostic. L’ophthalmie aiguë, convenablement traitée, se termine en général d’une manière heureuse-, Tophthalmie chronique est plus dangereuse a cause de sa longue durée, des taies qu’elle peut occasionner sur la cornée transparente, et de la difficulté qu’on éprouve souvent à la guérir; Tophthalmie purulente est des plus graves et la cécité en est souvent la suite.
Traitement. — 1° Traitement de Tophthalmie aiguë. Les premiers soins qu’exige cette maladie consistent dans le repos, le séjour dans la chambre et l’usage d’un bandeau qui garantit l’œil de l’impression de l'air et de la lumière. Lorsque l’inflammation dépend de la présence de corps étrangers entre les paupières et l’œil, et que l’écoulement des larmes n’a pas suffi pour les entraîner, on tâche de les retirer soit avec la main armée d’un stylet, d’un petit pinceau de poils de chameau enduit de beurre ou de petites pinces , soit en dirigeant vers la commissure externe des paupières un petit jet d’eau tiède â l’aide d une seringue. La sortie de la cause matérielle d’irritation est ordinairement suivie d’une guérison prompte. Mais le plus souvent il n’y a point de corps étrangers, et Ton n’a a combattre que l’inflammation existante. Si Tophthalmie est légère, elle cède souvent assez facilement à l’aide de pédiluves, de lotions mucilagineuses, de boissons délayantes et d’un régime doux. Lorsqu’elle est vive , on ajoute a ces moyens l’application de huit a quinze sangsues à la tempe, près le grand angle de l’œil. Si elle est très intense et accompagnée de fièvre, on fait précéder les sangsues par la saignée du bras ou du pied, et Ton met le malade à la diète. On seconde ces moyens par l’emploi des purgatifs, auxquels on revient tous les deux ou trois jours , et quelquefois par l’application d’un vésicatoire au bras ou a la nuque.
2° Traitement de Tophthalmie chronique. Les évacuations San-
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guines, que nous venons d’indiquer pour combattre l’ophthalmie aiguë, conviennent encore dans l’ophthalmie chronique accompagnée de symptômes manifestes d'irritation. On applique en même temps un vésicatoire , un cautère ou un séton k la nuque, et l’on administre des purgatifs fréquemment répétés. On fait usage concurremment des topiques stimulants ou astringents. Les plus usités sont le laudanum, la pommade de Janin , des collyres composés avec quatre onces d’eau distillée , un gros de mucilage, dix a quinze gouttes de laudanum avec addition soit de six k douze grains d’acétate de plomb, soit de deux a quatre grains de sulfate de cuivre, soit d’un demi -grain a un grain de sublimé, soit enfin d’un k trois grains de nitrate d’argent* ce dernier sel surtout obtient de grands succès. La cautérisation avec la pointe d’un crayon de pierre infernale est conseillée par divers praticiens pour faire disparaître les granulations qui se forment quelquefois sur la face postérieure des paupières, ou pour détruire les faisceaux vasculaires qui se développent sur la conjonctive oculaire avec opacité de la cornée. A l’aide de ce moyen, M. Sanson a guéri plusieurs malades qui étaient entièrement privés de la vue.
3° Traitement de l’ opkthaLmie purulente. On commence par une saignée du bras ou du pied, si l’état général de la constitution ne s’y oppose pas*, on applique ensuite sur les paupières ou les tempes un petit nombre de sangsues qu’on renouvelle lorsqu’elles sont tombées, de manière a obtenir un écoulement continu de sang pendant un jour entier ou davantage. On en vient ensuite aux topiques et aux dérivatifs déjà indiqués pour l’ophthalmie chronique, tels que des lotions d’eau tiède ou d’eau de guimauve lancées entre les paupières k l’aide d’une seringue ; plus tard des collyres avec l’acétate de plomb, l’alun, le nitrate d’argent, des purgatifs, un vésicatoire ou un séton a la nuque.
Otite.
Définition. On donne le nom déotite k l’inflammation de la membrane muqueuse de l’oreille ; elle est caractérisée par la
PH LEGMÀSIES.
douleur et la chaleur de cet organe, souvent suivies d'un écoulement par le conduit auditif externe.
Causes. Les principales sont une température froide ou humide, les vicissitudes atmosphériques, le passage du chaud au froid , la fraîcheur des nuits, le vent du nord, un courant d’air qui frappe la tête, les corps étrangers et les injections irritantes dans l’oreille , l’accumulation et l’épaisissement du cérumen, la suppression de quelque évacuation habituelle, la crise de quelques maladies aiguës , la propagation dans le conduit auditif d’une autre phlegmasie.
Symptômes. L’otite est aiguë ou chronique. Dans ces deux cas, elle peut occuper le conduit auditif jusqu’à la membrane du tympan (otite externe ), ou la caisse du tympan et la trompe d’Eustache (otite interne).
Otite aigue. Dans l’otite aiguë externe , les malades éprouvent dans le conduit auriculaire des douleurs plus ou moins vives accompagnées d’un sifflement ou d’un bourdonnement continuels avec diminution de l’ouïe. La membrane qui tapisse ce conduit est rouge, gonflée et très-sensible au plus léger contact. Après un temps variable depuis quelques heures jusqu’à deux ou trois jours , il s’écoule de l’oreille une humeur d’abord séreuse, quelquefois rougeâtre, ensuite jaunâtre et puriforme, qui augmente graduellement de consistance jusqu’à la fin de la maladie, où elle reprend les caractères ordinaires du cérumen. Cette affection dure une quinzaine de jours environ.
L’otite aiguë interne produit des symptômes plus prononcés et plus graves. Une douleur tensive, plus ou moins intense, augmentant par le bruit, la mastication, l'action de se moucher, de tousser, quelquefois par les mouvements de rotation du cou, se fait sentir dans l’oreille ; elle est accompagnée de dureté d’ouïe ou de surdité, de sifflements, de bourdonnements dans cet organe, d’une forte céphalalgie, d’agitation et d’insomnie. La déglutition est souvent douloureuse, le pouls est dur et fréquent. Le malade se plaint parfois d’enchifrènement, d’une toux sèche et fréquente. Quelquefois l’otite se termine par résolution, et tous les accidents diminuent gra-
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duellement , excepté la dureté de l’ouïe , qui augmente jusqu’au quinzième ou vingtième jour. Le plus souvent, elle se termine par une explosion subite d’une matière purulente, fétide et abondante qui s’écoule par la gorge ou par le conduit auditif externe, et qui met fin a tous les symptômes. L’otite interne peut passer à l’état chronique, donner lieu a la rupture du tympan, a une surdité incurable, et parfois a la carie du rocher.
Otite chronique. Elle est le plus souvent la suite de l’otite aiguë 5 quelquefois elle prend dès son début une forme chronique, ce qui arrive surtout lorsqu’elle est liée a une affection scrofuleuse ou syphilitique, ou lorsqu’elle dépend de quelque tumeur ou corps étranger développé dans l’oreille. Cette maladie affecte ordinairement le conduit auditif externe et la caisse du tympan en même temps. Elle est sèche, c’est-a-dire sans écoulement, ou humide. L’otite chronique sèche et externe présente les symptômes suivants : douleurs et démangeaisons dans le conduit auditif, revenant a des intervalles éloignés, diminution ou absence de la sécrétion cérumineuse, rougeur de la membrane qui tapisse le méat auriculaire. Dans l’otite chronique sèche et interne, sensation habituelle d’un embarras et douleurs rapides et passagères dans le fond de l’oreille, diminution de l’ouïe.
L’otite chronique humide ou otorrhée présente pour principal symptôme un écoulement muqueux par l’oreille, écoulement dont la quantité, la couleur et Codeur sont trèsvariables. Celte humeur provient soit du conduit auditif externe, dont la membrane est rouge et boursouflée, soit de la caisse du tympan. Dans le premier cas, l’écoulement peut durer longtemps sans occasionner des symptômes graves. Cependant il arrive quelquefois qu’il se supprime tout a coup et qu’il survient des métastases plus ou moins dangereuses. Dans d’autres circonstances, heureusement assez rares, l’ouverture extérieure du conduit auditif se trouvant bouchée par des croûtes épaisses et résistantes, l’humeur auriculaire, qui ne peut s’écouler au dehors, s’amasse derrière la membrane du tympan , l’altère , la perfore et se répand dans la caisse et dans
PliLEG i\i ASIES.
les cavités qui y aboutissent, principalement dans les cellules mastoïdiennes. De la des douleurs violentes et profondes, l’inflammation et la suppuration de ces parties, et enfin la carie de l’apophyse masloïde et du rocher.
Lorsque l'otite chronique a son siège primitif dans la caisse du tympan, l’humeur sécrétée, après s’être amassée dans celte cavité en provoquant des douleurs plus ou moins violentes, finit par percer de dedans en dehors la membrane du tambour et par s’écouler par le conduit auditif. Dans quelques cas, cet écoulement est précédé des phénomènes les plus graves, tels que céphalalgie lancinante et atroce, rougeur des yeux et tiraillement dans le fond de l’orbite, quelquefois contraction convulsive des muscles de la face, tension ou empâtement du cuir chevelu, lésions des facultés intellectuelles, insomnie, bourdonnements avec surdité, fièvre, etc. — La matière de l'écoulement d’abord muqueuse, devient ensuite fétide, purulente, grisâtre , sanieuse, et entraîne parfois avec elle de petits débris osseux. C’est un indice que l’inflammation a produit la carie de l’apophyse mastoïde ou du rocher. Celte carie peut détruire une grande partie du temporal, et former des abcès qui s’ouvrent au dehors. D'autres fois, il se forme des collections purulentes h la base du crâne ; l’inflammation se propage aux membranes du cerveau et au cerveau luimême, et les malades succombent à une encéphalite consécutive. — La durée de l’otite chronique est toujours fort longue. — Celle qui est sans écoulement se termine assez souvent par la guérison; l'otite humide guérit bien plus rarement, mais elle n’offre guère de chances d’une heureuse issue que dans les cas où il n’existe pas encore de carie; l’otite compliquée de carie conduit presque toujours au tombeau les individus qui en sont atteints. — Dans les cas les plus favorables, cette maladie laisse communément 'a sa suite la perte de l’ouïe.
Traitement . — 1° Traitement de l’otite aiguë. Il a pour but essentiel d’obtenir la résolution. Pour y parvenir, M. Itard, fondé sur les résultats d’une longue expérience, conseille de commencer par pratiquer une saignée et d’en venir ensuite
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aux sangsues appliquées autour des oreilles, lorsque les phénomènes d’inflammation persistent; on peut cependant, dans beaucoup de cas légers, se borner aux émissions sanguines locales, qu’on répète plus ou moins, suivant l'intensité du mal. On se conduit ensuite différemment dans l'otite externe ou interne. Dans l'otite externe, tant qu’il n’y a pas d’écoulement, on fait des injections dans l’oreille avec une décoction de plantain, tenant en dissolution cinq a six grains d’opium; on introduit a l'orifice du conduit auditif un morceau de coton dans lequel se trouvent trois grains de camphre, et on applique un cataplasme de verveine derrière les oreilles. Mais si l'on n’a pu prévenir l’écoulement, sitôt que l’oreille commence à couler, on remplace ces topiques par des émollients, tels que des injections de lait tiède ou d’eau de guimauve miellée, des vapeurs mucilagineuses, des cataplasmes de farine de graine de lin appliqués sur toute l’oreille et sur les tempes.
Dans l'otite interne, si l’on n’a pu obtenir la résolution par les émissions sanguines, la matière sécrétée s’accumule dans la caisse du tympan, et donne lieu aux accidents que nous avons fait connaître, si l’on ne s’empresse de lui donner issue. On tâche d’abord d’en provoquer la sortie par la trompe d’Eustache, a l’aide de vapeurs émollientes dirigées sur le pharynx, de gargarismes, de la fumée de tabac qu’on cherche â faire pénétrer dans ce conduit par des mouvements d’expiration, la bouche et les narines étant fermées. Mais le plus souvent ces moyens échouent, et l’on est obligé d’en venir â la perforation de la membrane du tympan. On la pratique avec un stylet d’écaille que l’on enfonce a la partie antérieure et inférieure de cette membrane, ou avec le perforateur de M. Deleau. On injecte ensuite pendant quelques jours des liquides émollients dans l’oreille; on fait éternuer le malade â l’aide des poudres qui jouissent de cette propriété, et l’on provoque une dérivation sur le canal intestinal par des purgatifs. Lorsque l’écoulement persiste encore et que la douleur est nulle ou légère, on fait usage des injections astringentes, principalement avec les eaux de Baréges artificielles. Si l’écoulement était purulent, on aurait recours a l'instillation
PHLEGMASIKS.
dans l’oreille d'un peu d’eau alcaline, composée avec une pinte d’eau de roses et deux gros de potasse caustique.
2° Traitement de l’otite chronique. On parvient à la longue a guérir l’otite chronique sèche en évitant les refroidissements, les aliments échauffants, les boissons stimulantes, en prescrivant un régime doux, en faisant appliquer derrière les oreilles fréquemment et à des intervalles rapprochés des sangsues ou des ventouses scarifiées et des vésicatoires volants, en pratiquant des injections émollientes et en administrant quelques purgatifs de temps en temps.
L’otite chronique humide est beaucoup plus difficile à guérir et exige beaucoup de temps et de persévérance. Lard emploie le traitement suivant : il commence par mettre les malades a l’usage des sucs d’herbes et de l'infusion de chicorée, avec addition de demi-once de lartrale de potasse par pinte de tisane. Il remplace ensuite celte boisson par l’infusion de quinquina, et il prescrit les pilules purgatives de Bâcher. Après plusieurs mois, il en vient aux moyens locaux. Il fait raser et envelopper la tête d’une calotte de taffetas gommé et placer un séton a la nuque. Il prescrit alors des injections dans l’oreille, d’abord avec de l’eau tiède simple ou miellée, puis avec une décoction de feuilles de patience sauvage avec addition d’un sixième de miel rosat, ou avec le suc de la petite joubarbe cuite. Lorsqu’il ne survient point d’accident par suite de ces injections, il ajoute 'a ces liquides vingt-quatre grains d’alun par pinte, ou deux onces de collyre de Lanfranc. Les injections parla trompe d’Eustache sont très-utiles aussi, mais difficiles a pratiquer. — Ce traitement exige beaucoup de précautions, afin que la suppression de l’écoulement soit graduelle et non subite. Dans ce dernier cas, il pourrait survenir des accidents graves qui exigeraient de rappeler l’écoulement par l’emploi des topiques stimulants. — Lorsque l’otite est compliquée de carie, Itard conseille de pratiquer des injections d’abord avec des liqueurs narcotiques et ensuite avec une dissolution contenant une once de potasse par livre d’eau. — Si le pus s’amassait dans la caisse et ne pouvait s’écouler en dehors, on ferait la ponction de la membrane du
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tympan, comme nous l’avons dit plus haut. — Enfin, lorsque l’otite se communique au cerveau et a ses membranes, ou emploie le traitement qui convient a l’encéphalite.
Coryza.
Eucliifi'èneinent , rhume de cerveau, gravedo.
Définition . On donne ce nom a l’inflammation catarrhale de la membrane muqueuse des fosses nasales et de leurs dépendances.
Causes. Elles sont les mêmes que celles dts autres phlegmasies des membranes muqueuses 5 les plus ordinaires sont le refroidissement subit, le froid des pieds, les courants d’air froid qui frappent la tête, la suppression de la transpiration, la respiration d’un air contenant des émanations irritantes, etc. — Le coryza est très-commun chez les personnes sujettes aux douleurs rhumatismales.
Symptômes. Le coryza commence ordinairement par de la sécheresse des narines, par un sentiment de prurit et de pesanteur dans les sinus, par la céphalalgie frontale-, des éternuments répétés et un peu de larmoiement se manifestent en même temps. Le mucus nasal, supprimé dans le premier moment, devient bientôt très-abondant, visqueux et limpide; il coule continuellement des narines, et le malade est obligé de se moucher sans cesse. Après quelques jours, ce fluide devient opaque et d’un blanc jaunâtre. Le coryza très-intense peut s’accompagner de fièvre, surtout lorsqu’il est général et qu’il s’étend aux sinus maxillaires et frontaux. Dans ce dernier cas, un sentiment de pesanteur et une douleur plus ou moins incommode se font sentir a la partie inférieure et moyenne du front. Cette maladie se termine ordinaiiement par résolution au bout de quelques jours; cependant elle peut, dans certains cas, se prolonger assez longtemps; elle prend quelquefois le caractère chronique, et a une durée indéterminée. — Le coryza existe souvent en même temps que 1 ophthalmie et la bronchite; dans ce cas, il y a ordinairement augmentation de la
PllLEGMASlES.
chaleur cutanée et accélération du pouls ; ensemble de symptômes qu’on désigne sous le nom de fièvre catarrhale.
Les enfants nouveau-nés sont sujets â un coryza très-violent, avec tuméfaction du nez, bouche béante , respiration bruyante, action de teler impossible. Lorsque l’inflammation est portée a un haut degré , ces petits malades peuvent succomber de fatigue et d’inanition. — Il arrive parfois chez les enfants , que la pituitaire se couvre de fausses membranes avec sécrétion abondante de mucosités épaisses. Celle complication se termine le plus souvent d’une manière funeste.
Traitement. Le coryza est le plus souvent une affection si légère et de si courte durée qu’elie ne réclame aucun traitement. Cependant, lorsqu’elle est très-intense, on prescrit quelques pédiluves , la chambre , le repos et des fumigations de vapeurs émollientes dirigées dans les narines, à l’aide d’un entonnoir. — Dans le coryza chronique, on conseille l’emploi des purgatifs, un vésicatoire a la nuque , des vapeurs résineuses dans les fosses nasales , la fumée de tabac , etc. — Dans le coryza des nouveau-nés, lorsque la succion du sein est impossible, on nourrit ces petits malades en leur versant dans la bouche soit du lait de leur nourrice, soit du lait de vache, tiède, pur ou coupé avec de l’eau d’orge ou de gruau. S’il existe des signes de congestion vers la tête, on donne des pédiluves et quelques grains de calomel. Lorsqu’il se forme des plaques de fausses membranes, on tâche d’en arrêter le développement à l’aide d’insufflations d’alun ou de calomel en poudre fine mêlée à celle de gomme arabique.
Glossite.
Définition. La glossite est l’inflammation de la membrane muqueuse de la langue ou de son parenchyme.
Causes. Ce sont toutes celles des inflammations, mais plus particulièrement les blessures de la langue par des chicots pointus ou des corps étrangers, les brûlures, les substances irritantes, âcres, corrosives, appliquées à sa surface, le contact des matières délétères et du venin de certains animaux ,
le rhumatisme, les métastases, l'usage intérieur ou extérieur des préparations mercurielles.
Symptômes. La glossite est le plus souvent superficielle, et n’affecte que la membrane muqueuse de la langue-, quelquefois elle est profonde, et s’étend au parenchyme de cet organe. Dans la glossite superficielle, la surface de la langue est trèsrouge, douloureuse, légèrement tuméfiée, tantôt sèche, rude, raboteuse -, tantôt très-lisse, quelquefois fendillée-, d’autres fois recouverte ça et la d’aphthes ou de plaques blanchâtres trèsadhérentes , dont la chute montre la langue comme dépouillée dans les endroits d’où ces plaques se sont détachées. Le goût est diminué ou perverti. — La glossite superficielle se termine presque toujours par résolution ; elle ne peut offrir quelque gravité que lorsqu’elle est jointe à d’autres inflammations du pharynx ou du canal digestif.
La glossite profonde présente un gonflement si prompt et si considérable de la langue, qu’en très-peu de temps cet organe remplit la bouche, qui ne peut bientôt plus la contenir, et qu’elle fait au dehors une saillie plus ou moins volumineuse. Sa surface est rouge , sèche , brune ou noirâtre. La déglutition est difficile ou impossible, la respiration gênée. La glossite peut se terminer par résolution , par la formation d’un abcès dans le tissu de la langue, par gangrène ou par la mort, suite de suffocation.
Traitement. La glossite superficielle cède ordinairement assez facilement a l’usage des boissons adoucissantes, des bains, des gargarismes émollients et des pédiluves. Si l’inflammation était vive, on appliquerait des sangsues sur la base de la mâchoire. — La glossite profonde, en raison du danger qu’elle entraîne, exige des moyens prompts et actifs. On fait sur-le-champ une saignée du bras ou du pied , qu’on renouvelle si l’intensité de l'inflammation l’exige; on applique des sangsues nombreuses au cou , au menton ou même sous la langue. On seconde les évacuations sanguines par des gargarismes et des injections adoucissantes, des pédiluves sinapisés, la diète absolue, les boissons rafraîchissantes et nitrées, et par les purgatifs. Quelquefois, malgré ces moyens, la tumé-
faclion fait des progrès, et la suffocation est imminente. On fait alors deux scarifications profondes dans le tissu de la langue, depuis sa base jusqu’à sa pointe. Un sang noir s’en écoule, cet organe se dégorge a vue d’œil et l’intlammation se dissipe. — Si la glossite s’est terminée par suppuration, on ouvre l’abcès, et l’on prescrit des gargarismes de camomille, d’arnica, de mauve, etc., auxquels on ajoute de l’oxymel simple ou du miel rosat.
2e Section. Phlegmasies du système nerveux.
1er Genre, Phlegmasies de l’encéphale et de ses membranes.
Méningite aiguë.
Frénésie, arachnitis, araclinoïdite , fièvre cérébrale, fièvre chaude.
Définition. On donne le nom de méningite aiguë a l’inflammation des méninges (arachnoïde et pie-mère), caractérisée par une céphalalgie violente, accompagnée de fièvre et souvent de vomissements, symptômes auxquels succèdent le délire, une agitation plus ou moins grande, des mouvements convulsifs ou le coma, et enfin une prostration générale.
Causes. — 1° Causes prédisposantes. La méningite est plus fréquente chez les hommes que chez les femmes, dans l’enfance et la jeunesse que dans un âge avancé. Les tempéraments sanguin et nerveux, la pléthore, une vie trop substantielle, l’habitude de boire beaucoup de boissons alcooliques, les chagrins prolongés, les travaux de l’esprit longs et opiniâtres y prédisposent.
2° Causes excitantes. Ce sont : l’insolation, les chutes, les blessures de la tête avec ou sans fracture du crâne, les orgies, l’ivresse, les chagrins violents et subits, toutes les émotions morales vives et imprévues, les excès inaccoutumés d’application, la suppression d'un érysipèle, des dartres, de la rougeole, de la scarlatine, d’un ancien ulcère, d’un flux sanguin habituel ou accidentel, le travail de la dentition.
Symptômes, [/inflammation des méninges est ordinairement
PATHOLOGIE SPÉCIALE
précédée de dégoût général, d’inaptitude pour le travail , de rongeur et d’injection de la face et des yeux, d’une grande sensibilité des sens, de somnolence ou d’insomnie. L’ensemble des symptômes de cette maladie, depuis son début jusqu’à sa terminaison, présente trois périodes distinctes.
Première période. Les malades éprouvent, outre les accidents que nous venons d'indiquer, une céphalalgie plus ou moins intense et opiniâtre qui occupe le front, la voûte du crâne, un des côtés de la tête, ou la tête tout entière, et qui consiste en un sentiment de pesanteur, de tension, de constriction analogue à l’elTet que produirait une bande fortement serrée. Le cuir chevelu et la face sont le siège d’une chaleur quelquefois brûlante. Il y a des nausées ou des vomissements; la peau est chaude, le pouls fréquent. — Ces phénomènes sont d’ailleurs sujets à de nombreuses variétés. — Cette période peut durer depuis quelques heures jusqu’à huit, dix jours et plus.
Deuxième période. Elle se décèle par des désordres multipliés des sens, des facultés intellectuelles, des mouvements et de la voix; la face est injectée, rouge, agitée de mouvements spasmodiques; les pupilles sont resserrées et souvent oscillantes. La lumière la plus faible, des bruits même légers fatiguent, agitent et tourmentent les malades. Les yeux sont injectés; ils se meuvent convulsivement, ou sont fixes et immobiles, renversés en haut ou en bas, souvent dans un état de strabisme. — Il y a un délire général, caractérisé tantôt par une exaltation exlrême de l’entendement, des associations bizarres de pensées, tantôt, et le plus souvent, par une incohérence complète dans les idées. — Les malades sont ordinairement dms une agitation continuelle; ils remuent sans cesse la tête, le tronc et les membres, qu’ils étendent, fléchissent, roidissent alternativement et sans ordre; ils se livrent à des efforts violents pour sortir de leur lit, et pour rompre les liens avec lesquels on est obligé de les retenir. En même temps, ils parlent avec volubilité, crient, vocifèrent, pleurent, crachent, etc. La plupart éprouvent un trismus plus ou moins considérable. L’agitation offre d’ailleurs des variétés infinies, depuis la simple loquacité avec exaltation des facultés jusqu’à
PHLÊGMASIES.
la fureur la plus aveugle. — Dans d’autres cas, les malades sont calmes et dans un état de somnolence ou d’assoupissement, marmottant de temps en temps entre leurs dents des mots inarticulés. On parvient par moments a les tirer de cet état et a obtenir quelques réponses, mais ils retombent bientôt dans leur première situation. — On observe souvent dans celle période des convulsions ou des contractions tétaniques plus ou moins violentes, soit générales, soit bornées a un seul ou a deux membres. Le pouls est très- fréquent, la peau chaude, sèche ou moite, b s nausées ou les vomissements continuent ou sont suspendus. — Cette période, qui peut offrir de nombreuses variétés dans son cours, dure depuis trois jusqu’à sept jours et au delà.
Troisième période. C’est la période de collapsus ou de prostration. La face est terne, décomposée, amaigrie; les yeux sont lixes et immobiles; les pupilles dilatées et insensibles à la lumière; Lomé est excessivement affaiblie ou éteinte. La sensibilité générale est si altérée, qu’il faut pincer fortement les malades pour qu'ils fassent quelque mouvement. — Ils sont plongés tantôt dans un assoupissement dont on peut les retirer momentanément en leur parlant à très-haute voix ou en les piquant, tantôt dans un coma profond avec privation entière de sensations et d’entendement. Langue à demi-paralysée, aphonie ou quelques réponses monosyllabiques aux questions, souvent paralysie complète ou incomplète d’un côté du corps, d’un membre supérieur d’un côté, d’un membre inférieur de l’autre, et viceversà, ou enfin des deux membres supérieurs ou inférieurs à la fois. Les malades sont dans un état de prostration complète, couchés sur le dos, les bras étendus sur les parties latérales du tronc. La respiration est haute, profonde et enfin stertoreuse, le pouls petit, fréquent, quelquefois lent ; la peau souvent moite et presque froide. La mort ne tarde pas à survenir. Cette période dure depuis quelques heures jusqu’à quatre ou cinq jours.
Marche. La méningite est presque toujours continue, et présente successivement dans son cours les phénomènes que nous venons de décrire. 11 arrive quelquefois cependant que la se-
PATHOLOGIE SPÉCIALE
conde période manque presque entièrement, ou qu’elle paraît se confondre avec la troisième. D’autres fois, et assez souvent, la maladie suit une marche rémittente, offrant des paroxysmes qui reviennent d’une manière régulière ou irrégulière. Enfin, dans certaines circonstances rares, l’inflammation des méninges suit en quelque sorte une marche latente ou larvée. Les malades sont pendant plus ou moins longtemps dans un état d’anxiété et d’inquiétude vague-, ils éprouvent des insomnies et quelques maux de tête, qui ne leur ôtent point le libre exercice de leurs facultés 5 d’autres fois, ils ne se plaignent que d’anorexie, de nausées, de vomissements. Tout a coup, ils sont pris de convulsions ou tombent dans un coma plus ou moins profond, et succombent au bout de quelques heures, d’un ou deux jours.
Terminaisons. La méningite, livrée a elle-même, se termine toujours par la mort. S’il y a des exceptions, elles doivent être fort rares. Traitée convenablement, elle enlève dans les hôpitaux les cinq sixièmes ou les sept huitièmes des sujets, mortalité énorme qui tient sans doute à ce que les malades n’arrivent presque dans ces établissements qu’après la première période. Il ne parait pas que la méningite aiguë puisse passer a l’état chronique ; il n’en existe pas, du moins, jusqu'ici , d’exemple authentique dans la science.
Durée. La durée la plus courte de cette affection est de quatre a cinq jours. Ordinairement elle se termine entre sept à dix-huit ou vingt jours; elle peut cependant se prolonger jusqu’au vingt-cinquième ou trentième jour.
Lésions anatomiques . Elles consistent essentiellement dans des altérations des enveloppes du cerveau et de la surface de cet organe. L'arachnoïde présente constamment une rougeur qui varie depuis le rose jusqu’à l’écarlate. Cette rougeur est tantôt uniforme et étendue à une grande partie de celte membrane, tantôt disposée par plaques irrégulières qui occupent ordinairement la convexité des hémisphères, quelquefois leur face interne, plus rarement la base du cerveau ou le cervelet. Cette membrane est en même temps grisâtre, blanchâtre, plus ou moins épaissie et augmentée de consistance. Dans les en-
PHLEGM ASIES.
droits où l'arachnoïde est enflammée, la pie-mère subjacenle est rouge, fortement injectée, souvent infiltrée ça et lk de sérosité qui donne a cette membrane un aspect gélatineux. On rencontre fréquemment du pusk la surface de Tarachnoïde, tantôt formant une couche très-mince qu'on enlève avec facilité, tantôt disséminé ça et la ou ramassé en gouttelettes 5 d’autres fois le pus a son siège dans les mailles de la pie-mère. On trouve, dans tous les cas, dans un seul ou les deux ventricules latéraux, un épanchement de sérosité limpide, rarement lactescente, dont la quantité varie depuis une once, ce qui est le plus commun, jusqu’à trois, ou même six. Dans plusieurs cas, la surface des cavités cérébrales offre de petites granulations très-ténues, qu’on ne distingue bien qu’a l’aide d’une lumière un peu vive. Une lésion que j’ai rencontrée plusieurs fois, et que je crois avoir indiquée le premier 1 , c’est l’adhérence des méninges au cerveau, qui, dans les lieux où cette union existe, est rouge et sensiblement ramolli. On rencontre encore, mais plus rarement, des fausses membranes entre les deux feuillets de l’arachnoïde. Les diverses altérations que nous venons de décrire occupent presque toujours la convexité des hémisphères chez les adultes, tandis que chez les enfants leur siège le plus fréquent est a la base du cerveau. Cet organe est toujours plus ou moins fortement injecté, surtout dans sa substance corticale, dont la surface est rosée ou rouge, principalement dans les points où les méninges sont le plus altérées.
Diagnostic. — \ ° Signes pathognomoniques. Dans sa première période, la méningite se reconnaît a une céphalalgie violente, opiniâtre, tensive et compressive, accompagnée de chaleur et de rougeur de la face et du front, d’impossibilité de se livrer a la moindre occupation, de nausées ou de vomissements et de fièvre. Cette première période pourrait être confondue avec le début de la variole, de la rougeole, de la scarlatine, des fièvres typhoïdes, avec l’embarras gastrique, etc. La comparaison attentive des caractères propres a ces affections avec
1 Encyclop. mélhodiq ., 1825, art. Frénésie aiguë.
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ceux de la méningite permettra d’éviter une confusion, qui ne pourrait manquer d’être dangereuse en faisant ajourner les secours prompts et énergiques qu’exige cette dernière maladie.
La seconde période présente deux formes symptomatiques différentes. Dans l’une, il y a un délire général, une agitation continuelle manifestée par des cris, des vociférations, de la loquacité, des mouvements perpétuels, et le plus souvent des convulsions, des rigidités qui disparaissent et reviennent sans ordre et a des intervalles inégaux, symptômes toujours accompagnés d’une fièvre intense. Dans l’autre, on observe un assoupissement ou un coma plus ou moins profond , avec fièvre et mouvements convulsifs des yeux, des membres ou de tout le corps.
Les signes de la troisième période se confondent avec ceux de toutes les affections cérébrales parvenues a leur dernier terme. Les circonstances commémoratives peuvent seules éclairer le diagnostic dans cette circonstance.
2° Explication des symptômes par les lésions anatomiques . Les lésions décrites plus haut caractérisent essentiellement l'inflammation primitive des enveloppes du cerveau et l’inflammation consécutive de la surface extérieure de cet organe, et expliquent tous les symptômes de la méningite, dont ils sont les effets. La céphalalgie, la fièvre, les vomissements sont produiis par l’irritation et la congestion commençantes dans les membranes cérébrales, irritation qui excite une réaction sympathique du cœur et de l’estomac. L’inflammation, faisant des progrès dans les méninges, ne tarde pas a se communiquer par contiguïté de tissu à la surface du cerveau; de la le trouble général des fonctions de cet organe, comme instrument de l’intelligence et organe central des mouvements, désordre qui se décèle a l’extérieur par le délire, l’agitation, les convulsions. Mais le délire et l’agitation ne se manifestent que lorsque l’inflammation des méninges occupe la convexité des hémisphères. Lorsqu’elle est située à la base du cerveau, ce qui est le plus commun chez les enfants, le malade est ordinairement dans un état d’assoupissement et de coma , ac-
PHLEGMASIES.
compagne de divers phénomènes convulsifs. Des faits nombreux me portent a penser que les contractions tétaniques et les rigidités sont Teffet du travail inflammatoire qui produit des adhérences entre les membranes cérébrales et la substance corticale de l’encéphale. Enfin dans la troisième période, il se fait un épanchement de sérosité entre les deux feuillets de l’arachnoïde, dans les ventricules et dans le réseau cellulovasculaire de la pie-mère ; le cerveau, comprimé par ce liquide, tombe dans l’affaissement -, de la la paralysie générale, le coma profond et la prostration qui caractérisent les derniers temps de la maladie.
Pronostic. La méningite aiguë est une des maladies les plus meurtrières qui puissent atteindre l’espèce humaine. Parvenue a sa troisième période, elle est sans ressource, quelque moyen qu’on emploie pour la combattre. A la deuxième, on peut parvenir a sauver quelques malades, mais en bien petit nombre- malheureusement ce n’est presque toujours qu’a ce degré qu’on les porte dans les hôpitaux. A la première période, cette atfection, convenablement traitée, offre des chances assez nombreuses de guérison.
Traitement. On voit, d’après ce qui précède, qu’on ne saurait trop se presser d’agir, dans le traitement de la méningite aiguë, puisque cette affection n’offre guère de chances de salut que lorsqu’on la combat dès son origine. Le premier et le plus puissant moyen a lui opposer, c’est la saignée 5 elle doit être abondante, faite par une large ouverture, répétée plusieurs fois et aussi longtemps que la violence des symptômes cérébraux continue. Elle a été souvent suivie d’un soulagement subit ou d’une guérison prompte, après avoir été portée jusqu’à la syncope. On ouvre la veine du bras, ou mieux celle du pied, comme produisant une dérivation plus grande. La jugulaire qui rapporte directement le sang de l’encéphale me paraît préférable, lorsque rien ne s’oppose h ce qu’on en fasse l’ouverture. Les sangsues aux tempes, derrière les oreilles, au cou, conviennent après la saignée générale. Chez les enfants et certaines femmes dont les veines sont petites et très-diflîciles a ouvrir, c’est souvent le seul moyen qu’on pos-
PATHOLOGIE SPÉCIALE
sède de tirer du sang. On peut seconder avec avantage l’effet des évacuations sanguines par les grandes ventouses de M. Junod appliquées sur les membres inférieurs; c’est un moyen puissant de dérivation. — Les applications réfrigérantes sur la tête sont un des auxiliaires les plus utiles des saignées. On place sur le front des compresses imbibées d’eau froide, souvent renouvelées et jamais interrompues, tant qu’on les croit indiquées. M. Guersant, dont l’expérience fait autorité, préfère l’eau froide à l’eau glacée ou à la glace pilée, qui lui a paru plus nuisible qu’utile chez les enfants et les individus irritables. On peut remplacer ces applications par des affusions fraîches sur la tête, ou les alterner avec elles. On emploie d’abord de l’eau a dix-huit ou vingt degrés, et ensuite à une température plus basse : ce moyen exige beaucoup de précautions, et l’on ne doit y recourir, comme aussi aux applications réfrigérantes, qu’aussi longtemps qu’il y a une réaction bien marquée, ce qui arrive surtout' dans la première et la seconde période. M. Guersant préfère l’irrigation a l’affusion. On la pratique de la manière suivante : on coupe les cheveux très- court, ou bien l’on rase la tête; on couvre avec soin la poitrine d’une pèlerine de toile cirée, repliée en gouttière en arrière, afin que l’eau ne puisse pas mouiller le malade, et l’on fait tomber sur la tête un filet continu d’eau fraîche, dont la température sera graduée suivant le degré de réaction qu’on a a combattre. — Un agent de réfrigération et de sédation encore plus puissant que ceux que nous venons d'examiner, ce sont les affusions froides générales a 18, 16 ou 14 degrés. On peut commencer a 20 degrés, si l’on craint une impression trop vive d’une température plus basse. On les administre en plaçant le malade dans une baignoire, qui contient une certaine quantité d’eau tiède ; tandis que des aides soutiennent celui-ci, le médecin lui jette d’abord une petite quantité d’eau à la figure , ensuite sur le front. Après cela, il lui en verse en nappe une grande quantité sur la tête, a l’aide d’un vase un peu large, en mettant un intervalle de quelques secondes entre les affusions. La durée de ces aspersions varie depuis deux minutes jusqu’à cinq. Lorsqu’elles sont termi-
PllLEGMASIES.
nées, on enveloppe le malade dans un drap bien sec, qui doit être chauffé en hiver , et on le porte dans son lit. Le premier effet des affusions consiste dans un refroidissement général, des horripilations, la décoloration de la peau, le ralentissement et la concentration du pouls, la gêne de la respiration et la sédation générale du système nerveux. Le malade revient à lui, et retrouve en grande partie sa connaissance et ses facultés. Au bout d'un quart d’heure ou de demi-heure, la réaction commence a s’établir, la peau se colore et s’échauffe, le pouls se relève, l’agitation diminue ou cesse, l’amélioration est trèsmarquée. Ce mieux-être dure ordinairement plusieurs heures, au bout desquelles les phénomènes cérébraux et fébriles reprennent le dessus. Mais il n'est pas rare de voir survenir une détente générale et une amélioration permanente après chaque affusion.
On fait usage, concurremment avec ces moyens, des révulsifs cutanés et intestinaux, qu'on emploie dès le début de la maladie ; on applique d’abord aux pieds des cataplasmes chauds, vinaigrés ou sinapisés, et ensuite des sinapismes purs. Lorsque ces moyens sont inefficaces , on en vient aux vésicatoires volants, qu’on promène sur les membres inférieurs. Chez les sujets très-irritables, on doit préférer les sinapismes mitigés aux sinapismes purs, qui peuventaugmenter la fièvre par suite de la douleur qu’ils déterminent. On fait usage des purgatifs doux, tels que le calomel, l’huile de ricin , etc. 5 si leur action est légère et insuffisante , on associe le calomel a la rhubarbe ou au jalap en poudre. Dans la seconde période, on a recours a des purgatifs plus énergiques , tels que la résine de jalap , le sirop de nerprun et les sels neutres. — Les frictions mercurielles, a titre de contro-stimulants, ont été parfois employées avec beaucoup d'avantage dans la première ou même la seconde période de la méningite. On les pratique sur le cou, les aisselles ou même le cuir chevelu, a la dose d’une demi-once par jour.
Le traitement que nous venons d’indiquer doit être secondé par les moyens hygiéniques, tels que l’absence du bruit autour des malades, une lumière faible, une température modérée,
PATHOLOGIE SPÉCIALE
une diète sévère lorsque la fièvre est violente, et quelques légers bouillons sitôt que la maladie a dépassé le second septénaire et que le mouvement fébrile a diminué, et enfin des boissons délayantes et acidulées, telles que l’eau d’orge, de poulet, de chiendent, le petit-lait, la limonade, l’orangeade, etc.
Méningite chronique primitive avec aliénation paralytique.
Définition. Je donne ce nom a l’inflammation primitivement chronique de l’arachnoïde et de la pie-mère , caractérisée par une aliénation mentale apyrétique, qu’accompagnent des idées ambitieuses dominantes, et par une paralysie générale et incomplète qui commence par la langue et s’étend graduellement au système locomoteur tout entier.
Cette maladie est tout a fait spéciale et indépendante de toute autre; elle ne succède jamais a la méningite aiguë, avec laquelle elle n’a de rapports que par les lésions anatomiques qui l’accompagnent. Un nouveau nom serait nécessaire; je hasarde celui de méningomanie , qui signifie aliénation par cause méningienne.
Historique. Cette maladie était confondue avec les autres maladies mentales, qui étaient toutes considérées comme des névroses; elle avait entièrement échappé jusqu’alors aux recherches des observateurs, lorsque je la découvris et la fis connaître pour la première fois en 1822, dans ma dissertation inaugurale 1 et ensuite dans deux autres ouvrages publiés en 1825 et 1826 2.
Causes. — Causes prédisposantes. Cette maladie est infiniment plus fréquente chez les hommes que chez les femmes , puisque sur 182 sujets que j’ai observés, il y en avait 158 du sexe masculin, et seulement 24* du sexe féminin; elle forme aujourd’hui plus du quart de la masse totale des aliénés. — Elle est fort rare avant l’âge de 30 ans, et s’observe principalement de 30 à 50. — ■ Elle atteint surtout les individus san-
1 Recherches sur les maladies mentales. Paris, 1822, in-4°.
2 Nouvelle doctrine des maladies mentales. 1826, in-8°. — Traité des maladies du cerveau et de ses membranes , t. I. Paris, 1826, in-8°.
PHLKGMASIES.
guins, robustes, replets, d’un caractère vif, fougueux, emporté, orgueilleux, intéressé. La moitié environ des malades que j’ai observés avaient eu des parents aliénés ou atteints d’affections cérébrales qui se rapprochaient de la folie. Un tiers avait abusé des liqueurs alcooliques. Le tiers des femmes avait éprouvé la suppression du ffux menstruel. On doit compter aussi parmi les causes prédisposantes l'hypertrophie du ventricule gauche, la suppression d’un flux hémorrhoïdal , l’interruption d’une saignée habituelle Mais de toutes les causes qui favorisent le développement de cette maladie, aucune n’a une influence plus funeste que les affections morales tristes. Plus de la moitié des individus que j’ai observés avaient été en proie à des chagrins plus ou moins prolongés.
Causes occasionnelles. Dans le plus grand nombre des cas, les causes prédisposantes sont les seules auxquelles on puisse attribuer l’invasion de la méningite chronique. Je n’ai observé des causes excitantes que chez un quart environ des sujets; c’était l’insolation chez quelques-uns, une orgie avec ivresse chez d’autres, souvent des chagrins vifs et subits, plus rarement des accès de colère , une fièvre grave, etc.
Cause prochaine. Les diverses causes qui précèdent tendent toutes , d’une manière plus ou moins directe et puissante, a produire un effet commun , une fluxion sanguine vers la tête, dans les vaisseaux du cerveau, mais surtout de la pie-mère. Celte congestion cérébrale, lente ou subite, existe chez tous les malades, et précède constamment l’invasion de la méningite chronique, dont elle doit être considérée comme la cause prochaine.
Symptômes. — Prodromes. La méningite chronique est précédée des symptômes d’une congestion cérébrale. Celle-ci est tantôt légère, graduelle et caractérisée seulement par la tendance au sommeil , une céphalalgie obscure , de la pesanteur de tête , de l’incapacité pour le travail, etc., et tantôt subite et forte. Dans ce cas, les malades sont frappés d’attaques apoplectiformes avec diminution ou perte momentanée du sentiment et du mouvement. Ils recouvrent bientôt leurs facultés, mais d’une manière incomplète.
408 PATHOLOGIE SPÉCIALE
Les symptômes de la méningite chronique se réduisent a deux, qui commencent et marchent concurremment, savoir : une paralysie générale et incomplète et un délire apyrétique avec un grand affaiblissement des facultés. La maladie présente ordinairement dans son cours trois périodes distinctes.
Première période ou période de monomanie. Elle débute par un état de monomanie ambitieuse avec affaiblissement des facultés et par une exaltation plus ou moins grande réunie a quelques traces de paralysie générale et incomplète. Les malades s’imaginent tout a coup qu’ils sont très-riches , puissants, élevés en dignité, couverts de distinctions et de titres. Ces i lées les occupent et les dominent plus ou moins; la plupart des malades en parlent sans cesse avec exaltation et avec l’accent et l’expression du contentement le plus vif ; ils se mettent facilement en colère lorsqu’on les contrarie sur leurs idées extravagantes. Ils répondent d’une manière assez sensée sur les objets étrangers à leur délire exclusif, mais on s’aperçoit que leurs facultés sont affaiblies d’une manière notable; ils ont des absences, des pertes de mémoire, et ne peuvent suivre un raisonnement un peu étendu. On remarque en même temps, chez tous, un certain embarras de la langue qui se manifeste tantôt par un peu de lenteur dans la prononciation de certains mots, tantôt par de l’hésitation et du bégayement, tantôt enfin par une articulation difficile et confuse. Certains individus ont un peu de difficulté dans la démarche ; ils ne marchent pas droit , font de faux pas , et paraissent avoir les membres un peu roides; les fonctions nutritives s’exécutent de la manière la plus régulière. — La durée de cette période est extrêmement variable, puisqu’elle peut n’être que d’un petit nombre de jours ou de semaines, ou se prolonger pendant six mois, quelquefois même, mais rarement, pendant un ou deux ans.
Deuxième période ou période de manie. Le passage de la première a la seconde période a souvent lieu d’une manière peu sensible; il consiste dans une augmentation des symptômes; quelquefois il est plus tranché et précédé d’une attaque de congestion cérébrale. Les symptômes qui constituent cette pé-