CHAPITRE IV
LA LITTÉRATURE CHRÉTIErSINE AL IIP SIÈCLE LES ORIGINES DE LA TBÉOLOGIE
A. La littérature alexandrîne.
§ 26. — L ÉCOLE ÇATÉCHÉTIQUE D'ALEXANDRIE
1. La lutte contre Télite intellectuelle du paganisme et contre la fausse gnose, imposa aux orthodoxes la nécessité d'étudier scientifiquement h' contenu de leur foi. De là, l'apparition de savantes écoles dont la plus ancienne et la plus illustre fut l'école catéchétique d'Alexandrie.
Cette ville était, dès le temps des Ptolémées, célèbre par sa grande bibliothèque \ Les éléments grec et juif y fusionnaient de plus en plus ; les juifs qui formaient les deux cinquièmes de la population adoptaient la langue et la civilisation grecque (les livres de la Sagesse et de l'Ecclésiastique et ceux du juif Philon\ D'autre part, la philosophie grecque, par le néo-platonisme, se rapprochait des idées de LAncien Testament.
1. cf. art. Alexandrie (École clirétienne d') dans Dicl.de (luol.de Vacaiit-Mangenot.
L'école ecclésiastique qui s'ouvrit à Alexandrie au 11^ siècle ne servit d'abord, selon toute vraisemblance , qu'à l'instruction des catéchumènes, mais, dès l'année 180, lorsque Pantène, de Sicile, en eut pris la direction, elle devint une école savante, ouverte à tous les membres de la communauté, et où l'on étudiait même les sciences profanes, comme préparation à la théologie. Elle atteignit son apogée sous Orig-ène. Des hommes remarquables tels que Grégoire le thaumaturge, Eusèbe de Césarée et Athanase, en sont sortis. Origène fonda plus tard une autre école à Césarée de Palestine ; c'est là que fut établie par le prêtre Paniphile la première bibliothèque chrétienne vraiment importante.
2. Dans l'explication de la Sainte Écriture, en particulier de l'Ancien Testament, les Alexandrins s'attachèrent de préférence à l'allég-orie. Convaincus qu'une exégèse littérale ou grammaticohistorique conduit à des choses impossibles ou indignes de Dieu, ils cherchèrent, pour un certain nombre de textes ou de récits bibliques, un sens plus profond et mystérieux; la Sainte Ecriture n'était plus qu'un recueil d'énigmes, et l'exégèse, un véritable jeu. Aussi provoquèrent-ils la formation d'un courant contraire dont le centre fut l'école exégétique d'Antioche, fondée, vers l'an 300, par le martyr Lucien, le maître d'Arius.
N-J ELKMENT.- DE PATHOLOGIE.
cj 27. — CLEMENT D'ALEXANDRIE '
1. Titus Flavius Clemens naquit de parents païens, probablement à Athènes; devenu chrétien, il fit de nombreux voyages pendant lesquels, à Alexandrie, il s'attacha à Pantène, fut ordonné prêtre et après la mort de son maître (200,, lui succéda dans la direction de l'école catéchétique. Mais bientôt 202 , la persécution de Septime Sévère le contraignit à émigrer de nouveau : il vint en Asie Mineure et y mourut avant 215.
2. Les productions littéraires de Clément doivent le faire regarder comme le promior savant véritable quait vu naître l'Eglise. Cependant en sefforçant d'approfondir les vérités de la foi et de les concilier avec la philosophie alors régnante, il est tombé dans un assez grand nombre d'erreurs; c'est ainsi qu'il enseigna que la matière du monde est éternelle et que le Fils de Dieu est une créature -. Ses nombreux écrits sont en partie perdus, notamment les huit livres des Esquisses OTroTUTrojGEiç qui étaient de courtes explications de l'Ecriture avec, çà et là, des digressions assez étendues; de
1. La meilleure édilion de Cli'ment (i'.\lexandrie est due à l'évèiiue anglican Potter en i in-lb!., Oxford. 171.J. Elle a été réimprimée par Migne. P. G., vill-ix, mais O. Slaehllii a publié le i)remier volaine d'une nouvelle édition qui lui sera bien supérieure, Leipzig, i'K»5.
Vreppel,Clc)nriil d'AhxanfJrie. Pari?,, 186.J. — Sur l'idée que Clément d'.Vlexandrie se lait de la philosophie grecque, cl. de Kaye, (Irmrnt (l'AJrxniifiric, Paris. 18!>8.
i. D'après PtaoUus, Co<l. IW: mais ceUe appréciation est contestable. (N. du Tr.).
cet ouvrage subsistent seulement les Adumbrationes, commentaires en latin de la plupart des épîtres catholiques.
Quatre ouvrages de Clément nous ont été conservés en entier dans le texte grec. De ce nombre est d'abord le petit traité Quis dives sahahitur, commentaire du texte de saint Matthieu, xix, 2 1-24. Le but de l'auteur est de montrer que le riche luimême peut arriver à la béatitude. Le traité se termine par le récit bien connu de l'apôtre saint Jean et du jeune homme tombé entre les mains des brigands.
3. L'ouvrage capital de Clément, fruit de longs travaux, estuneîntrodiietîoii au christianisme, en trois parties.
La première, \ Exhortation aux Grecs (lIpoTps- TtTixôç irpoç ''E>iXv]vaç), est une apologie magistrale de la foi chrétienne. Au début, il engage son lecteur à ne plus écouter les chants fabuleux des dieux, mais plutôt le cantique nouveau du Christ qui, comme un nouvel Arion, veut attirer tout à lui; puis, il se moque des doctrines et des coutumes païennes, apporte les témoignages des écrivains païens en faveur du monothéisme, et répond enfin à ceux qui prétendent qu'il n'est pas permis de se rendre infidèle à la religion de ses pères.
La seconde partie, le Pédagogue, se divise en trois livres. Il a pour objet de faire avancer dans la vie chrétienne le païen converti. L'éducateur sera le Christ lui-même. Dans le deuxième et le troisième livre, Clément donne, par série de deux, des
ai HLÉ.ML.NTS DE PATROLOGIE.
prescriptions pour tous les détails de la vie : le boire et le manger, l'habitation et le sommeil, la toilette et le rire, et le tout se termine par mie hymne enthousiaste au Christ. Dans la troisième partie, la plus importante de l'œuvre, cest-à-dire dans les huit livres des Stromates (SxpojfxaTeT«;, tapis de couleurs variées , toutes sortes de questions sont discutées sans aucun ordre; aussi a-t-on pensé récemment (de Faycj qu'il ne faudrait y voir qu'un premier travail préparatoire en vue d'une exposition systématique des données de la foi, et que cette troisième partie, qui aurait été intitulée le Maître, n'a jamais été rédigée.
Clément s'arrête, de préférence, dans les Stromates, sur les questions philosophiques; par exemple, dans les deux premiers livres, il étudie l'utilité de la philosophie pour la science chrétienne et la supériorité de la Révélation sur la philosophie païenne; il s'écarte souvent de son sujet, y revient plus tard mais ne l'épuisé jamais complètement.
Le huitième livre est très court. Nous ne le possédons probablement pas en entier.
L'auteur est très versé dans la littérature grecque; son style est plein de couleur et de mouvement.
Comme les apologistes, il emprunte aux derniers écrivains juifs cette idée inexacte que la littérature grecque a puisé dans l'Ancien Testament ce qu'elle contient de vérité.