Origène est le premier écrivain ecclésiastique
1. Sur ce ])oinl délicat, cf. Tixeront, Op. cit., pp. 273-274.
3. De bonnes éditions d'Origène ont été données par Cbarles de la Rue. bénédictin de Saint-Maur, en 4ln-loI., Paris, 1733 (le 4« vol. n'a paru qu'après sa mort par les soins de son neveu, Vincent de la Rue,, et Lomuiatzcb en 25 vol. in-8°, Berlin, 1831 sans traduction latine du texte original). — L'édition de Aligne (P. G., XI-XVU) est une réimpression de l'édition de la Rue à laquelle on a joint les Iraguient des Hexaples d'après l'édition de Montfaucon (Paris. 1713).
Dans la collection des Pères de l'Église grecque de Berlin Koetscbau, Klosteriuann et Prenschen ont déjà lait paraître quatre volumes des écrits d'Origène, qui contiennent les livres Contre Celse,
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sur la vie duquel nous possédions des renseignements précis. Nous les devons en partie à Eusèbe [Hist. eccl., vi), en partie au premier livre de l'apologie du prêtre Pamphile (en latin), en partie enfin à un discours de remercîment de Grégoire le Thaumaturge sur Origène.
2. Origène naquit à Alexandrie. Le martyre de son père Léonidas (202) réduisit tous les siens à une grande misère et ce fut pour subvenir à leurs besoins qu'il donna des leçons. L'année suivante, après le départ de Clément, Démétrius, son évêque. le mit à la tète de lEcole catéchétique qui devait atteindre avec lui son apogée. Il n'avait pas dixhuit ans. 11 s'adjoignit pour l'enseignement de la grammaire son ancien élève, Héraclas ; lui-même enseignait aux plus avancés la philosophie et la Sainte Ecriture; il suivait aussi les leçons d'Ammonius Sakkas, le fondateurde l'école néoplatonicienne. Sa vie était très austère. Ce fut alors qu'appliquant mal le passage de saint Matthieu, xv, 12, il se mutila.
Vers 220. Julia Mammaea, mère du futur empe-
les traités De la prière et Du martyre et les Commentaires sur Jérémie et saint Jean.
La meilleure exposilion du système doctrinal d'Origéne se trouve dans l'ouvrage d'Hariiack.Le/(;7j!(cA des jDo^ï/ienjesc/iic/iYe,!, 3' édil.. (Ï03-048. — Le livre de Redepeniiiiig, Origène. -2 vol., Bonn. 1841. est 1res aiiprofondi et pourra cire encore aujourd'hui d'un grand secours. — Freppol, Or/(/('HC. Paris. 1808, -2 vol.:-2' cdit., 187o. — J.Denis, De /<f j/hilos. d'Orii/ène, Paris, 1884. — .T. Patrick, The ajiolof/y o/'Orig.in reply to Celsus, London. 18!i2.— C. Bordes. L'npoloyétique d'Origéne d'après le contra Celsum, Cahors. 10,jO. — Prat. Origène et l'Origrnisme dans les Études i.'i décembre 1!K)."> et 5 jan\ . VMG), extrait d'un ouvrage dont il anrnmcela pulilication comme prochaine.
reur Alexandre Sévère, le fit venir à Antioche pour en recevoir des leçons sur la religion chrétienne. Dix ans plus tard, il se rendait en Grèce. Malgré sa mutilation volontaire, il fut ordonné prêtre à Césarée de Palestine par ses amis Alexandre, évêque de Jérusalem, et Théoktiste, évêque de Césarée. Son évêque, Démétrius, en éprouva un vif mécontentement. Au cours des deux synodes tenus à Alexandrie en 230 et 232, il lui ôta sa chaire, le déposa du sacerdoce et le chassa de l'Eglise d'Alexandrie, sous la double accusation d'ordination illégale et d'enseignement hétérodoxe. Origène se retira alors à Césarée où il demeura jusqu'à l'avènement de Dèce. Il y fonda une école semblable à celle d'Alexandrie; c'est là qu'il eut pour élève Grégoire le thaumaturge. En 244, dans un voyage en Arabie, il eut le bonheur de ramener à la foi catholique l'évêque de Bostra, Beryllus, qui avait embrassé l'hérésie des patripassiens. Sous Dèce, il fut jeté en prison à Tyr et soumis à la torture. Il mourut dans cette ville, en 254, à l'âge de soixante-dix ans.
3. Origène est le père de la théolog-îe. 11 créa, dans l'Eglise, le premier système philosophicothéologique. Sans aucun doute, il fut le théologien le plus remarquable et le plus puissant de l'Eglise grecque. Pour la fécondité littéraire, il n'a pas d'égal, du moins dans la période anténicéenne; Epiphane va jusqu'à dire qu'il a écrit 6.000 livres ; ce qui lui a valu de la part d'Eusèbe le nom d"Aoa[jtavTioç (homme de fer). Eusèbe nous apprend encore qu'il avait sept sténographes qui se
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relevaient pour écrire sous sa dictée, autant de copistes et plusieurs callig-raphes. Un grand nombre de ses écrits ne sont que des improvisations, souvent des leçons que d'autres reproduisaient. Aussi est-il prolixe et diffus. Son talent littéraire est loin dégaler son abondance.
On trouve maintes contradictions dans ses écrits, car il ne parlait pas au commun du peuple comme aux parfaits ; à ceux-ci il exposait un christianisme « spirituel », c'est-à-dire la doctrine chrétienne combinée avec la philosophie platonicienne.
Il ne nous est parvenu qu'un petit nombre de ses écrits dont nous n'avons même, pour la plupart, qu'une traduction latine; nous possédons en outre la Philocalia, charmante anthologie de ses écrits, que saint Basile et saint Grégoire de Nazianze ont composée de concert.
4. La plus grande partie des productions d'Origène concerne la critique textuelle et l'exéifèse de la Sainte Ecriture.
L'œuvre grandiose des Hexaples avait pour but d'établir d'abord un texte exact des Septante et de signaler ensuite ses rapports avec le texte hébreu original. Pour ce motif, Origène plaçait en regard sur six colonnes parallèles : le texte hébreu en lettres hébra'ïques ; le même texte en lettres grecques: puis les versions grecques d'Aquila, de Symmaque, des Septante et de Théodotion. Dans le texte des Septante, tous les mots et tous les passages qui manquent en hébreu, sont marqués du signe -^; toutes les lacunes sont comblées par un emprunt fait à une
autre version, surtout à celle de Théodotion, et signalées par un astérisque *. S'il y avait dans les Se})tante une erreur de traduction, ou bien Origène donnait la vraie leçon toute seule ou il la plaçait sous la version erronée qui était alors marquée dun signe spécial.
Les Hexaples commencées à Alexandrie ne furent terminées qu'à Tyr; saint Jérôme les trouva encore à Césarée, mais il n'en resta bientôt plus que le texte des Septante; toutefois dans ces derniers temps (1895), Mercati a découvert sur un palimpseste de Milan les colonnes hexaplaires de dix psaumes.
Origène a écrit des Commentaires sur presque tous les livres de la Bible ; il a même ainsi expliqué plusieurs fois et sous diverses formes, la plus grande partie de la Sainte Ecriture. Ses explications étaient tantôt des scolies (2xoXt«/, cest-à-dire de courtes observations, tantôt des homélies 'OaiXtai, tractatus], c'est-à-dire conférences populaires servant à l'édification de la communauté, tantôt enfin des commentaires proprement dits (ïo'aot).
^lais de tous ces travaux peu de chose a survécu. Un grand nombre de scolies et d'homélies ont été insérées dans les chaînes du moyen âge, le reste se trouve en grande partie dans les traductions latines qu'en a faites saint Jérôme, ou dans les révisions assez libres de Rufin. La traduction de saint Jérôme nous présente 14 homélies suj- Jérémie et Ezéchiel et 39 siw l'Evangile de saint Luc; dans les remaniements latins de Rufin se trouvent une quantité d'homélies sur les livres de Moïse, sur Josué et les
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Juges; les Commentaires sur saint Matthieu et sur saint Jean sont conservés en grande partie dans le texte original.
Les 20 Tractatus Origenis, en latin, que M^' Batiffola découverts dans un manuscrit de saint Orner et publiés (Paris. 1900), ne sont pas dOrigène, comme il le croyait d'abord, mais ont été composés en latin, vraisemblal>lement par Novatien Weymann;, peutêtre par 1 "évèque luciférien Grégoire dElvire (Morin, Ehrhard) (infr. p. 128).
Origène, dans son exégèse, se préoccupe surtout de découvrir un sens plus élevé, ou spirituel [pneumatique) dans la Sainte Ecriture; quant au sens historico-grammatical (somatique), il le néglige presque complètement. Il prétend même que l'explication littérale du texte sacré conduit souvent à des choses inconvenantes, impossibles et blasphématoires ; selon lui . il nest pas rare que les Evangélistes nous présentent « une vérité pneumatique sous un mensonge somatique ». — Il admet Tiiispiration dans son sens le plus strict puisqu'il la veut non seulement verbale mais même littérale.
5. Les huit livres Contra Celsum sont la meilleure apolog-ie qui ait paru avant le concile de Nicée. Origène avait plus de soixante ans lorsqu'il les écrivit à la prière de son ami Ambroise pour réfuter r'AXr,6r,; Xo'yoçdu philosophe platonicien, Celse (composé vers 170). Ce païen avait représenté le Christ comme un vulgaire imposteur ; tout ce qu'il y avait de merveilleux dans sa vie n'était qu'une invention de ses premiers disciples ; il expliquait la rapide diffusion
du christianisme par l'impression que produisent sur les multitudes grossières les fantômes du jugement dernier et du feu de l'enfer. Origène, dans sa réfutation, le suit phrase par phrase. L'argumentation est souvent faible, mais elle saisit par son ton calme et digne, comme par l'érudition supérieure qui s'y manifeste. Pour démontrer la vérité du christianisme, Origène s'appuie sur les guérisons des possédés et des malades, que les chrétiens ne cessent d'opérer, et sur la pureté de mœurs des fidèles qui sont dans le monde comme des lumières célestes ((pow-cvipe;).
6. Le n £ pi a py 0) V (ou De principiis , c'est-à-dire sur les points fondamentaux du christianisme) est l'ouvrage clog"niatîque le plus important d'Origène. C'est le plus ancien manuel de théologie dogmatique; mais c'est également l'ouvrage qui mit le plus en évidence les fausses doctrines du docteur alexandrin et suscita le plus de contradictions. Il ne nous est parvenu que dans la traduction libre de Rufin, et débarrassé, autant qu'il était possible, des erreurs primitives. Le premier livre traite de Dieu et des esprits, le second, du monde et de la chute, le troisième , de la liberté humaine ; le quatrième donne une théorie de l'interprétation de l'Ecriture. — Deux autres ouvrages d'édiflcatioii nous ont été conservés : le De oratione parle, dans une première partie, de la prière en général et dans une seconde, du Pater noster. — \JExhortatio ad martyriiim est adressée à deux amis de Césarée, parmi lesquels Ambroise, dont nous avons parlé. Tous
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deux avaient eu beaucoup à souffrir pendant la persécution de Maximin le Thrace.
Des nombreuses lettres d'Origène, il nen est resté que deux, l'une adressée à saint Grégoire le Thaumaturge, l'autre au laïque Julius Africanus de Libye. (>e dernier termina, en 221, une chronique du monde ypovoypaœiai), aujourd hui perdue, mais dont Eusèbe s'est beaucoup servi. Le monde doit durer six mille ans et le Christ s'est incarné vers l'an 5500 après la création du monde.
7. Origène prétendait demeurer orthodox«', mais son goût pour l'interprétation allégorique de l'Écriture et sa préoccupation d'iiarmoniser la philosophie platonicienne avec le christianisme, lui ont fait embrasser beaucoup d'opinions qui s'éloignaient de l'enseignement de l'Eglise. <( Sa dogmatique n'est qu'une métaphysique g-réoopaïenne en habit chrétien » (Bardenhewer). Des discussions sur son orthodoxie surgirent immédiatement après sa mort et devinrent particulièrement violentes, vers l'an 400, où entrèrent en lutte contre l'Origénisme. saint Epiphane et Théophile, patriarche d'Alexandrie; elles se terminèrent au VI'' siècle par les quinze anathèmes que le concile de Constantinople '543) fulmina contre Origène. Enfin, le concile général tenu dans la même ville, en 553, mit Origène au nombre des hérétiques^ (onzième anathème). De nos jours.