C. Les Romains
§ 34. — SAINT HIPPOLYTE DE ROME i
1. Hippolyte est une personnalité énigmatique sur laquelle on n'a eu de renseignements certains qu'en 1851 par la découverte des Philo so phumena. Il fut le premier antipape. C'est, après Origène, l'écrivain le plus fécond des trois premiers siècles de rÉglise. Jusqu'en 1851, on le disait communément évêque de Porto ; même après les Philosophumena, Bunsen soutint encore cette opinion. Döllinger attaqua avec succès cette thèse dans un de ses plus remarquables ouvrages : Hippolyte et Calliste (Hatisbonne, 1853). Il démontra que Porto n'avait pas eu d'évêque avant l'an 300 et que la lé gende d'Hippolyte évêque de Porto n'avait pris naissance qu'au vu*" siècle. D'autre part, les Philosophumena laissent voir que leur auteur fut un rival
\. Les Pbilosopbinueiia ontélé édités sous le titre de Refutatio omnium haeresium d'abord par Miller (Oxford, 1851), en suite par Uuiicker et Scbueidewin (Göttingen, 1859). — La dernière édition a été réimprimée par Migne (P. G., XVI) parmi les œuvres d'Origène. — En France, l'édition qu'on cite ordinairement est celle deCruice, Paris ,1800. Elle contient une introduction (latine) et une traduction latine. — L'académie de Berlin a commencé par les œuvres exégéti- <|ues et homilétiques d'Hippolyle, son recueil des Griechischen christlichen Schriftsteller der ersten drei lahrhunderte. Le premier volume (Leipzig, 1897) donne d'abord le Commentaire de Daniel que Boiiwetiscli publie pour la première fois en entier, ensuite les Iragments des autres œuvres exégétiques, réunis par Hans Aclielis.
D'Alès, La théologie de S. Hippolyte, Paris, 1936.
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du pape Calliste (217-222). La contestation portait sur deux points : l'un, de théologie, l'autre, de pratique : ïlippolyte accusait le pape de sabollianisiiio dans la doctrine de la trinité et d'une excessive indulgence à l'égard des pécheurs; mais les deux accusations retombent sur lui-même puisqu'il enseignait le siihordiiiatianismc et qu'il était rigforîsto (infr. 4;.
Le schisme s'éteignit du vivant même d'Hippolyte ; car une inscription des catacombes consacrée par le pape Damase au prêtre ïlippolyte raconte qu'au moment de la persécution, il conseilla à ses partisans de revenir à la foi catholique et mérita ainsi d'être honoré comme martyr. D'autre part, nous apprenons qu'il fut exilé en Sardaigne avec le pape Pontien, devixième successeur de saint Calliste, et qu'ils y moururent tous deux en 235 ; ils semblent s'être réconciliés avant leur mort, car leurs corps furent transportés à Rome le même jour (13 août! qui aujourd'hui encore demeure consacré à honorer leur commune mémoire.
Le récit du poète Prudence, d'après lequel Hippolyte aurait été traîné par des chevaux et ainsi mis à mort, résulte évidemment d'une confusion avec l'Hippolyte de la fable, fils de Thésée. La remarquable statue de marbre du musée de Latran, l'œuvre de sculpture la plus célèbre de l'antiquité chrétienne, représentant Hippolyte assis, a été trouvée fortement endommagée, en 1551, près de la sépulture du saint oi^i elle avait été élevée par ses partisans peu de temps après sa mort. Des inscriptions
LA LITTÉRATURE CHRÉTIENNE AU Iir SIECLE. 1:.^3
sur les côtés du siège donnent les titres de bon nombre de ses écrits et reproduisent en entier son cycle pascal ^ .
Le souvenir du personnage s'est perdu avec une rapidité surprenante. Eiisèbe et saint Jérôme le disent évêque mais ne connaissent pas sa ville épiscopale ; le pape Damase (f 384) dans l'inscription déjà mentionnée, le montre mêlé au schisme de Novatien finir, p. 126).
2. Les dix livres des Philosophumena sont le principal ouvrage de saint Hippolyte bien que ni sur sa statue, ni sur aucun des documents anciens on ne les trouve mentionnés. Le premier livre était connu depuis très longtemps, mais on l'attribuait à Origène; les livres ii et m manquent encore aujourd'hui; les livres iv à x, découverts en 1842 par Minoides Minas dans un manuscrit grec du mont Athos, qui est aujourd'hui à Paris, ont été publiés pour la première fois en 1851 par Miller qui les donnait pour un écrit d'Origène.
L'auteur appelle son ouvrage Réfutation de toutes les hérésies. Dans le neuvième livre, il mentionne les premiers livres sous le nom de <l>tÀo(7ocpoûijLEva, et la convenance de ce titre aux quatre premiers livres est évidente : ils tendent en effet à prouver que les hérétiques ont puisé leur doctrine non pas dans la révélation chrétienne mais à la source « de la sagesse païenne ».
Le premier livre donne un abrégé de la philoso-
1. Cf. Kraus, Geschichte der christlichen Kunst, I, Freiburg, 1896, p. 229-23U.
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phie grecque d'après des sources peu sûres; dans le quatrième il est question d'astrologie et de magie, sujets qui, avec les mystères, étaient sans doute traités encore dans les u< et m' livres, aujourd'hui perdus.
Avec le cinquième, commence la deuxième partie, c'est-à-dire l'exposition des hérésies dans lesquelles ne sont compris que les systèmes gnostiques. On en distingue 33 pour lesquels, outre le livre de saint Irénée sur les hérésies, plusieurs ouvrages sujets à caution ont été utilisés. Dans le dixième, l'auteur récapitule ce qui a précédé et fait sa profession de foi. — Les remarques relatives au pape Calliste (ix, 11-13) semblent indiquer que l'ouvrage n"a été rédigé qu'après la mort de ce pontife.
3. L'activité littéraire d'Hippolyte se déploya principalement sur le terrain de Toxégrèse ; malheureusement, de tous les écrits qui attestaient son érudition et sa science exégétique, un petit nombre ont été conservés et encore est-ce dans les pays les plus éloignés et dans les langues les plus diverses. Il avait écrit en grec tous ses ouvrages. On possède aujourd'hui intégralement le Commentaire sur Daniel, en 4 livres ; la version slave est complète ; û\i texte grec, il ne reste que le iv<^ livre, le plus important. Lauteur y a commenté les parties deutéro-canoniques. C'est l'œuvre exégétique la plus ancienne de l'Église chrétienne, qui nous ait été conservée. Dans ce iV livre, nous voyons fixer, pour la première fois sans doute, la naissance du Christ au 25 décembre, et sa mort, au 25 mars.
Nous possédons en entier le De antichristo , où le mîllénarisme est soutenu. La chronique qui commençait avec la création du monde et se terminait en 234 après Jésus-Christ, nous est parvenue dans des révisions latines.
Dans un écrit particulier, aujourd'hui perdu, Hippolyte revendiquait, pour saint Jean, la composition de TApocalypse, que le prêtre romain Caïus avait attribuée à Cérinthe. Ce Caïus vivait en 200. De son Dialogue avec le montaniste Proclus, Eusèbe nous a rapporté [Hist. eccL, ii, 25) ce passage : « Je puis montrer les trophées (xà Tpo-nrai'a) des apôtres qui ont fondé cette Eglise au Vatican et sur la voie d'Ostie. »
Les 38 Canones Hypolyti (infr. p. 263j qui traitent de questions de droit ecclésiastique sont apocryphes.
4. Hippolyte, comme les premiers apologistes (supr. p. 62), faisait la distinction entre le Ao-^oc evSià- ÔEToçet le 'k6-{0(i TTpocfoptxoç ct pensait que le Àoyoç n'était sorti de Dieu que plus tard comme personne distincte et cela « dans le temps et de la manière que le Père avait voulu » . Il allait même jusqu'à dire que Dieu aurait pu d'un homme faire un Dieu. C'est donc avec raison que son adversaire le pape Calliste le nomme un dithéiste. — Pour ce qui regarde le traitement des grands pécheurs, Hippolyte professe les principes rig-oristes. Contrairement à la sévère discipline antérieurement en vigueur, le pape Calliste avait réintégré dans l'église les adultères et les débauchés qui avaient fait pénitence ; Hippolyte voulait
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qu'on s'en tînt à l'ancienne pratique ; il exigeait aussi une plus grande sévérité à l'égard des évêques tombés dans quelque faute et pour l'admission des bigames au service de l'église. Le passage d'Hippolyte faisant allusion à Malacliie, i, 11 : « Ce sacrifice est maintenant offert à Dieu en tous lieux par les peuples » n'a ici aucune importance particulière puisque déjà dans la Didaché (ch. xiv) et dans saint Justin [Dial., c. 118^, l'eucharistie est appelée un sacrifice et qu'on lui appliqué le texte de Malachie. — On a souvent cité le passage qui suit : « Son corps et son sang précieux et immaculés sont consacrés et offerts, tous les jours, sur la table mystique et divine <• (Migne, P. G,. X, (328). Ce texte serait en effet très précieux, mais il est apocryphe.
§ 35. — NOVATIEN
1. Novatien, baptisé seulement au cours dune maladie qui mit ses jours en danger, ne reçut jamais la confirmation. Cependant il devint prêtre. Vers 250, il occupait même une situation très en vue dans l'Eglise romaine, comme le montrent les deux lettres (Cyprian. Ep. xxx et xxxvi qu'il adressa au nom de cette église à saint Cyprien pendant la vacance du siège. Dans la question des lapsi il embrassa la thèse de l'évêque de Carthage et fut opposé au schisme de FoIîcissîmus.Mais en mars 251, Corneille étant devenu évêque de Rome et sétant montré disposé à recevoir les lapsi, Novatien se mit comme antipape
LA LITTÉKATLRE CIIREÏIEXXE AU HT SIÈCLE. 127
à la tête du parti des rigoristes et se fit sacrer par trois évèques italiens. Son schisme trouva des partisans, même en Orient, et dura un siècle. Les novatiens séparaient pour toujours de la communion de rÉglise ceux qui avaient abandonné la foi ; plus tard ils exclurent même certains grands pécheurs.
Ils se donnaient le nom de purs (xaoapoî , regardaient comme invalide le baptême des catholiques et rebaptisaient ceux qui embrassaient leur parti. Nous ne savons rien de plus sur la vie de Xovatien.
2. Outre les deux lettres mentionnées ci-dessus, on peut attribuer sûrement à Novatien quatre traités qui nous ont été transmis sous d'autres noms. Le De trinitate et le De cibis judaïcis ont été publiés avec les œuvres de Tertullien; le De spectaculis et le De bono pudicitiae avec celles de saint Cyprien. Karl Weyman a le premier reconnu naguère dans ces deux derniers livres l'œuvre de Novatien. Le plus important et le plus remarquable de ces écrits est le De trinitate.
Le De cibis judaïcis montre que les chrétiens ne sont pas liés par les prescriptions judaïques relatives à la nourriture, et ne doivent s'abstenir que des viandes offertes aux idoles.
Le De spectaculis défend, tout comme le traité de Tertullien. qui porte le même nom, la fréquentation des théâtres païens. Le De bono pudicitiae recommande la pureté des mœurs. Ces écrits témoignent de la sagacité de l'auteur, aussi bien que de sa culture littéraire et philosophique.
Très probablement il faut attribuer à Novatien les 20 Tractatus delibris ss. scripturarum que M^''"Balifîol a édités 1900 sous le nom dOrigène. Weymann * a le premier proposé cette restitution ; depuis, Jordan, par létude de la théologie de ces traités, est arrivé à la même conclusion -.