Reproduit comme la lettre i.i de saint Jérôme, n
LES GRANDS TIIEOLüGIEXS DE L'EGLISE GRECQLE. 181
Jean, évèque de Jérusalem, il se justifie d'avoir, au cours d'un voyage à Béthel en Palestine, déchiré un voile qu'il avait trouvé dans l'Eglise et sur lequel il avait aperçu « une image du Christ ou d'un homme » . D'après l'enseignement de l'Écriture, dit-il, on ne doit voir dans l'Eglise aucune représentation d'une forme humaine.
§ 48. — SAINT JEAN GHRYSOSTOME
1. Jean, que la postérité a honoré du nom de Chrysostome, naquit à Antioche, capitale de l'Asie romaine et la troisième ville de l'empire. (Elle avait alors 200.000 habitants.) Son père, qui était général, mourut de bonne heure; léducation de l'enfant fut donc entièrement l'œuvre de sa pieuse mère Anthusa, cette femme admirable dont le rhéteur Libanius disait : « Quelles femmes il y a pour-
i. Une édition des œuvres de Chrysostome a été donnée par Fronton cliiDuc, S.J.. en 12 volumes in-tol. (Paris, 1609 et sou vent réimprimée).— Une bien meilleure a été faite jiar le Mauristellontfauc-on en 13 vol. in-lol., Paris, 1"18; Venise, 1734; réimprimée plusieurs lois. — L'édition de Montfaucon a été reproduite par Migiic avec un supplément P. G. (xLvu-LX;. Les 00 homélies sur saint Matthieu sout empruntées à l'édition de Fleld, Cambridge, 1839. — Belle édition contenant les six livres De sacerdotio, les discours sur les statues, et d'autres petits écrits de Chrysostome, avec traduction latine, par Dübnor, S. .1., S. Chrys. Opera selecta, Paris, 18C1. — Nous avons en français une Traduction des ceuvres complètes de S. Jeaa Chrys. par les soins de M. Jeannin, Bar-le-Duc, 1861-67 ; réimprimée àArras en 1887-88 en 11 vol. in-8°.
E. Martin. S. J. Chrysostome, ses ceuvres et son siècle, 3\o]. in-S", Montpellier, 1860. — A. Pnecli, Un réformateur de la société chrétienne au IV® s. .S'. J. Chrys. et les mœurs de son temps, Paris, 1801; le même a publié S. J. IV Chrys. dans la collection •< Les Saints •, Paris, 1000. — l.XFScnX, Études d'histoire erc^es., Paris, 1892, pp. 73liO : S.J. Chrysost. et la critique contemporaine.
tant chez les chréliens! » Libanius, le plus grand rhéteur du paganisme expirant, professait à Antioclie. Il fut le maîlre de Clirysostome et en apprécia tout le talent. Aussi, interrogé, peu avant sa mort, sur le disciple qu'il voudrait avoir pour successeur, répondil-il : « Ce serait Jean, si les chrétiens ne l'avaient déjà pris. »
Comme les autres Pères du iv'' siècle, Jean ne reçut le baptême qua läge d'homme. Il fut d'abord avocat, mais bientôt se consacra tout entier à la vie ascétique et à l'étude de la Sainte Ecriture. Tant que sa mère vécut, il resta, pour se conformer à ses désirs, dans la maison paternelle. II alla ensuite rejoindre des moines qui vivaient sur les hauteurs voisines. Il s y trouva avec Théodoret, le futur évêque de Cyr, sous la conduite de Diodore de Tarse. Au bout de six mois, sa santé le contraignit à quitter la solitude.
En 3Si, il se fit ordonner diacre par l'évêque Mélèce et, cinq ans plus tard, il était promu au sacerdoce par Flavien, successeur de [Nlélèce.ll se chargea alors du ministère de la prédication dans l'église principale, le templum aiireum, et s'en acquitta avec succès pendant douze ans. Sa réputation d'orateur devint universelle, et c'est pendant cette période qu'il composa la plupart de ses écrits. Son éloquence se manifesta surtout en 387. A l'occasion de la levée d'un nouvel impôt, une révolte avait éclaté dans la ville et les statues de l'empereur avaient été renversées. Alors que la cité, à moitié dépeuplée, attendait dans la terreur les effets de la colère impériale.
Jean prononça pendant le carême les 21 discours Su?' les statues, pour consoler les habitants désespérés. Il en profita pour essayer de les guérir de leur recherche effrénée des plaisirs et de l'habitude des serments inutiles. Il eut le bonheur de pouvoir leur annoncer, dans un dernier discours, le jour de Pâques, que l'évêque Flavien avait réussi dans son ambassade à Constantinople et obtenu de l'empereur une amnistie entière pour la ville.
2. En 397, mourut Nectaire, patriarche de Constantinople, et l'empereur Arcadius aussi bien que le peuple voulurent lui donner pour successeur le grand orateur d'Antioche ; on le fit monter par ruse dans un char et on l'amena à la capitale. Sur Tordre de l'empereur, et bien contre son propre gré, Théophile, patriarche d'Alexandrie, dut lui donner la consécration épiscopale. ^Nlais bientôt le nouvel évêque, par ses mesures sévères contre les abus qui régnaient dans le clergé de la ville, contre les évèques simoniaquesdes environs et spécialement contre le luxe de la cour, s'attira de nombreuses inimitiés ; il excita surtout contre lui l'inipératriee Eudoxîe, femme hautaine qui dominait complètement l'empereur. Théophile d'Alexandrie l'accusa d'avoir reçu les moines origénistes de Nitrie que luimême avait chassés : plusieurs d'entre eux, et en particulier ceux qu'on a appelés les quatre grands frères, étaient en effet venus à Constantinople et avaient été admis par Chrysostome non pas à la sainte communion, mais simplement à visiter l'église. L'impératrice appela l'évêque Théophile.
184 ÉLÉMENTS I»E r'ATROLOGîE.
Celui-ci arriva accompagné de 25 évèques égyptiens qui lui étaient dévoués, et pourvu d'importantes sommes d'argent destinées à corrompre les grands. Il convoqua, eu août 403, un synode à la campagne du Chêne près de Clialcédoine, d'où son nom de synode ad quer cum iirl opüv). On reprocha à Chrysostome le crime de lèse-majesté et une « vie voluptueuse, digne d'un cyclope » ; comme il refusait de paraître au concile, on le déposa et l'empereur signa contre lui un décret de bannissement. C'est alors que Chrysostome prononça dans un discours au peuple ces magnifiques paroles : « Que craindrais-je? la mort? Mais le Christ est ma vie, et mourir m'est un gain. L'exil? La terre est au Seigneur avec tout ce qu'elle renferme. La perte de mes biens? Nous n'avons rien apporté en ce monde et nous n'en remporterons rien. Le Christ est avec moi, de quoi aurais-je peur? x
11 se livra le troisième jour à ses persécuteurs et fut transporté de l'autre côté du Bosphore. Mais un soulèvement populaire, qu'un tremblement de terre dans la nuit suivante ne fit qu'augmenter, jeta l'impératrice dans une telle frayeur qu'elle demanda immédiatement à l'empereur le retour de l'évêque et écrivit à ce dernier pour protester de son innocence. Chrysostome rentra en triomphe et lesévèques égyptiens s'enfuirent au plus vite pour échapper à la colère du peuple.
3. Le repos ne dura que deux mois. Clirysostome avait connu par sa mère combien est fort l'amour d'une femme; l'impératrice allait lui apprendre
LES (IRAXDS THÉOLOGIEXS DE L'ÉGLISE KRECQUE. 185
combien implacable est sa haine. L'inauguration d'une statue de l'impératrice dans le voisinage de la cathédrale avait été. selon l'usage, célébrée par des jeux et des danses qui s'étaient prolongés pendant plusieurs jours. L'évêque s'en plaignit au préfet de la ville; Eudoxie affecta de croire qu'il s'était plaint des honneurs rendus à l'impératrice et résolut de se débarrasser définitivement ae ce prêcheur importun. — L'historien Socrate rappoite que Chrysostome, dans un sermon sur la fête de saint Jean- Baptiste, se serait écrié : « Hérodiade est encore en fureur, elle rugit encore, elle danse encore, elle réclame encore qu'on lui donne sur un plat la tête de Jean. » De fait, ces paroles commencent un sermon sur cette même fête, qui nous est parvenu sous le nom de Chrysostome ; mais ce discours est apocryphe et a été composé à cette époque même par un faussaire. — Jean fut déposé par un nouveau synode en vertu du 12^ canon du concile d'Antioche, de 341, d'après lequel un évêque déposé par un synode ne peut être rétabli dans ses fonctions que par un nouveau synode. L'empereur le fit inviter à résigner sa charge. Comme il n'obéissait pas, on le garda prisonnier dans son palais.
Le samedi saint de l'année 404, lévêque voulut administrer le baptême dans sa cathédrale aux catéchumènes qui étaient au nombre de 3.000, mais il en fut empêché par la force des armes, au point que l'eau destinée au baptême s'était rougie de sang. A la Pentecôte de la même année, l'empereur lui ordonna de quitter la ville; il se soumit pour éviter une émeute.
1S6 ÉLÉMENTS DE l'ATKOEOKIE.
Au milieu de toutes sortes de tribulations, dévoré par la fièvre, il fut d'abord conduit à Gueuse dans la pt^tite Arménie, « le lieu le plus sauvage du monde entier ». Il y reçut de la part de lévèque et du préfet raccueille plus amical.
Pendant ce temps, à Constantinople. on persécutait ses partisans, les « Joannites », parce qu'ils refusaient d'entrer en communion avec le nouveau patriarche installé à sa place. Le pape Innocent I et lout l'Occident ])rirent parti pour Clirysostome el cessèrent tout rapport religieux avec Constantinople. L'impératrice Eudoxie mourut dans le courant de cette année 404.
Clirysostome, si accablé qu'il fût lui-même, consolait par lettre ses amis. Sa maxime favorite était que « nul n'est malheureux s'il ne consent à l'être ". Ses ennemis ne pouvaient supporter que « l'Eglise d'Antioche fit le pèlerinage d'Arménie » pour voir et entendre l'orateur qu'elle avait tant célébré jadis. Aussi en 407. l'empereur lui assigna-t-il pour résidence la ville de Pityus sur la côte occidentale de la mer Noire. Pendant qu'on l'y transportail, il mourut, et ainsi se termina la tragédie de Chrysostome^ .
En 438, l'empereur Théodose II, fils d'Eudoxie, fit rapporter à Constantinople et placer solennellement dans l'église des Apùtres les restes du saint patriarche ; la translation eut lieu le 27 janvier.
4. Saint Jean Chrysostome a déployé le plus fort de son activité dans le ministère des àiiies et
l.Iîsid. Peins., Ep. <;lii.
LES (UîAXDS THÉOLOGIENS DE L'EGLISE GRECQUE. 187
surtout dans celui de la prédication. Il est le plus grand orateur de l'Eglise orientale et même par l'étendue de son œuvre littéraire, si nous en jugeons d'après ce qui nous reste de lui, il a surpassé tous les écrivains de l'Église grecque; en Occident, Augustin seul pourrait être mis en parallèle avec lui.
Ce qui impressionne dans les discours de Chrysostome, c'est surtout la pensée, car il dédaigne les procédés oratoires; en outre, il s'adresse plus au eœur qu'à l'esprit. Ses sermons sont long-s :ils duraient parfois jusqu'à deux heures ; mais ils n'ennuient jamais; car les images el les comparaisons les rendent merveilleusement vivants ; dans l'exorde et dans la péroraison, il fait des allusions aux événements présents et souvent il intéresse l'auditeur par des détails piquants.
Les homélies forment de beaucoup la plus grande partie de ses discours et même de ses œuvres. Comme exég-ète, Chrysostome recherche toujours le sens historique, selon les principes de l'école d'Antioche. Aucun Père n'a expliqué le texte sacré d'une manière aussi solide et en même temps aussi tendre et aussi pratique ; aujourd'hui encore, on peut lire ses homélies, non seulement avec charme et profit, mais même en se laissant gagner à la justesse de ses considérations ; ce qu'on ne saurait dire d'une façon générale des sermons des autres Pères, sans en excepter saint Augustin.
5. Saint Chrysostome a expliqué un grand nombre de livres de la Bible en des homélies suivies.
Nous avons ainsi 67 Homélies sur la Genèse; il est probable qu'il a commenté tout le psautier, mais il ne nous reste plus que les Commentaires de GO psaumes, qui sont très remarquables. Les 20 Homélies sur saint Matthieu et les 88 sur l'évangile de saint Jean ont été prononcées à Antioche en 390. — C'est pour saint Paul que la Boiieho d'or a été le plus magnifiquement inspirée, tant son génie avait d'analogie avec celui de l'apôtre; il a commenté d'une manière véritablement grandiose toutes les épîtres de saint Paul ; mais entre toutes ses homélies, on doit donner la préférence à celles qu'il a consacrées à VEpîti-e aux Romains. Saint Isidore de Péluse [Ep. v, 32) a dit : " Si le divin Pavd avait voulu s'interpréter lui-même, il n'aurait pu faire autre chose que ce qu'a fait ce maître éminent. » Parmi les autres sermons de Chrysostome, nous avons déjà mentionné les 21 discours De statiiis ad populum Antiochenum. 11 faut y ajouter : douze homélies Contra Anomoeos sur la consubstanlialilé du Fils, les dix premières prononcées à Antioche, les deux dernières à Constantinople; huit homélies Adversjis ludaeos, dirigées contre les chrétiens qui sympathisaient avec les Juifs et prenaient part à leurs fêtes et à leurs jeûnes; sept homélies très belles De laudibus sancti Pauli. — C'est avec grand enthousiasme qu'il prononça, le 25 décembre 386, un discours sur la fête de Noël : il y remarque que cette fête n'était connue à Antioche que depuis dix ans, et qu'elle y était venue de Rome. — En Orient, les audi-
LES GRANDS THEOLOGIENS DE L'EGLISE GRECQlTi. 189
teurs, même aux sermons et dans l'église, manifestaient leur satisfaction par des applaudissements : Chrysostome dit une fois à ce propos [In Matth. XVII, 7) : « Nous ne sommes pas ici dans un théâtre; vous n'êtes pas ici pour voir des comédiens. »
6. Chrysostome a écrit aussi des traités proprement dits sur des sujets de morale et de spiritualité. Au premier rang, il faut placer les six livres De sacerdotio, écrits au temps de son diaconat sous la forme d'un dialogue entre lui et son jeune ami Basile. Ce dernier s'était laissé consacrer évêque d'une ville de Syrie, parce qu'il avait conclu des déclarations de son ami, que lui aussi consentirait à se laisser imposer les mains ; mais lorsque l'occasion s'était présentée, Jean avait pris la fuite. Dix ans plus tard, celui-ci écrivit les six livres du sacerdoce pour justifier sa démarche en se servant d'un ouvrage semblable de Grégoire deNazianze (supra n. 1) ; dans la première partie, la plus courte, il montre que sa ruse a eu pour résultat de donner à l'Eglise un excellent pasteur dans la personne de Basile ; dans une seconde partie, il justifie sa fuite en disant qu'il n'était ni à la hauteur des qualités de sainteté, de science et de connaissance du monde que réclame le sacerdoce, ni de taille à affronter ses périls. Ce petit ouvrage, écrit avec une ardeur toute juvénile et plein d'onction, ne saurait être trop recommandé aux prêtres et aux ordinands qui y trouveront une peinture incomparable de la dignité du sacerdoce.
Les deux Adhortationes ad Theodorum lapsum sont les premières productions littéraires de Chry-
190 ÉLÉMENTS DK PATROLOCIK.
sostome ; elles s'adressent à un jeune ami, Théodore, futur évêque deMopsueste, qui, séduit par les charmes d'une femme, avait dans sa jeunesse renoncé à la vie monastique. Jean lui envoya ces deux exhortations. Elles déterminèrent Théodore à rentrer dans le cloître.
Le petit livre De çirginitate, écril pour célébrer la virginité, est surtout un commentaire du passage de saint Paul I Cor., ch. vu.
Les deux cent trente-huit lettres datent toutes de l'époque de son exil. Ce sont des leüres de consolation à ses amis molestés dans sa patrie; il faul citer entre autres dix-sept lettres à la veuve Olympias, qui lui était demeurée fidèle à Constantinople et lui conservait son affection dans lexil.
11 est probable que Chrysostome a introduit une nouvelle lîtursç"ie, particulièrement en abrégeant le canon.
La liturgie qui porte son nom et qui est en usage dans l'Église grecque, la plus grande partie de Tannée, nous a été transmise sous des formes diverses, mais elle s'accorde peu avec les données que fournissent les écrits du Patriarche.
* 7. Dans les questions dog-niatiqucs, il adopte sur presque tous les points la position prise aujourd'hui par l'Eglise catholique. Chez lui aucune trace d'origénisme : ainsi il enseigne clairement l'éternité des peines de Tenfer. < L'enfer ne parvient pas à laver les péchés, bien qu'il soit éternel, et c'est pour cela qu'il est éternel » {Hom. xvii /// Hebr., n. 5). Il ne montre pas moins explicitement
LES (tRANDS ÏIIÉOLOGIEXS DE L'ÉGLISE (iRECQUE. 191
l'existence de deux natures distinctes dans le Christ : " Quand je dis qu'il est un (le Christ), j'entends parler d'une union et non pas d'un mélange; une nature n'est pas changée en une autre, mais elle lui est unie » iHom. vu in Hebi-., n. 3 ). — Peut-être ne fait-il pas assez nettement ressortir l'unité de personne dans le Christ, niée, comme on sait, par plusieurs docteurs d'Antioche, tels que Théodore de Mopsuesle. Comme ce dernier, Chrysostome dit, une fois, que le Logos habitait dans l'homme Jésus ainsi que dans un temple {In psalm. xliv, 3).
Une controverse sest élevée entre saint Augustin et Julien d'Eclane pour savoir quelle était la doctrine de saint Chrysostome sur le péché orig"inel, Julien citait ce passage d'une homélie aujourd'hui perdue : « Nous baptisons les enfants qui ne parlent pas encore, bien qu'ils n'aient pas de péchés (à[jLapr/i- [xaxa) )), et il y trouvait une négation de toute coulpe héritée des premiers parents. Augustin lui opposait [Contra Julianum, i, 22) que le mot péché était au pluriel, preuve qu'il s'agissait en cet endroit de péchés personnels; il y joignait d'autres passages des œuvres de Chrysostome, qui attestaient l'existence du péché originel. Mais la chose n'est pas aussi simple; car voici le commentaire de saint Jean Chrysostome sur le passage de l'Epître aux Romains (v, 19) où il est affirmé que par la désobéissance d'un seul, beaucoup sont devenus pécheurs [Ho m. x in Rom., n. 3 ) : « Que veut dire pécheur ? Il me semble que cela signifie digne de châtiment et condamné à mort. » Et sur le passage de l'Epitre aux Romains
]'.)■> ELEMENTS DE rATROLOClIE.
V, 12, in quo omnes peccaverunt, il dit seulement : " Parce qu'Adam a péché, nous sommes tous mortels. » Ces passages et d'autres encore nous montrent que saint Chrysostome. comme d'autres Pères grecs avant lui. fait retomber sur la postérité d" Adam la peine ^ de son péché et non pas, comme saint Augustin, la faute elle-même; en tout cas, on ne peut se réclamer de saint Chrysostome pour le dogme catholique du péché originel pris dans toute son étendue.
*8. C'est également à tort quon invoquerait - son témoignage pour prouver que la confession auriculaire était très répandue dans l'Eglise grecque à cette époque. A la vérité, il parle souvent de la nécessité de la confession des péchés, mais il semble n'avoir en vue qu'une confession secrète devant Dieu, dans la prière; et quand il dit : " Fais de même, découvre les blessures au prêtre )^ Hom. m de statuis, n. 5), le contexte montre d'une façon non équivoque qu'il s'agit de signaler les fautes d'un tiers en vue d'une correction fraternelle-^.
En revanche, saint Chrysostome est le meilleur témoin de l'antiquité en faveur de la doctrine catholique de l'eucharistie : aussi est-il appelé le docteur de l'eucharistie. Il en parle très souvent et avec une rare précision. Ainsi il dit que dans Teucharistit' nous tenons en nos mains le corps qui a vécu sur la
\. cf. Tunnel, Le ftofimc flu jx-rfir or l'o inrl. dans Rcvnc d'histoire cl ilr /iltrraturc ri'hi/ii-u.te.s. l'aris, 1901, p. 13 sq.
•2. C'est ce que fait Scliwniie. Histoire des ftof/mes, (H, $102, p.Ulâ (trad. franc.).
3. Cf. Raiisclien, Jahrbücher der cliristl. Kirche, pp. 540-544.
terre, et que le Christ à la Cène a bu son propre sang^ Le Christ devient présent par changement de substance; c'est lui-même qui l'opère et qui est le vrai prêtre à l'autel : « Nous tenons la place de serviteurs, mais c'est lui qui consacre et change les offrandes » [Hom. Lxxxn in Matth., n. 5). « Ce n'est pas un homme qui fait que ce qui est sous nos yeux devienne le corps et le sang du Christ, mais c'est le Christ lui-même quia été crucifié pour nous... Ceci est mon corps, dit-il. Ce mot change ce qui est sur l'autel (touto to pvjua p.sTappu9[ji.tC£i Ta irpoxetf^eva) » [De prod. Jïidae, i, 6). Souvent il nomme l'eucharistie un sacrifice et le montre identique à celui de la croix : « Quand nous offrons tous les jours le sacrifice, nous célébrons la mémoire de sa mort, et c'est le même sacrifice..., ... car nous offrons la même victime... Nous offrons aujourd'hui le même sacrifice que celui qui a été autrefois offert sur la croix « [Hom. xvii in Hebr., n. 3).
Saint Chrysostome condamne tout serment : (( Que personne ne dise : Je jure pour une chose juste; il n'est permis de jurer ni pour une chose juste, ni pour une chose injuste « [Hom. xvin Gen., n. 5). — A quelqu'un qui alléguait une nécessité absolue de jurer, Chrysostome répond : « Quand il s'agit de la transgression d'une loi, il ne peut. être question de nécessité. 11 n'y a qu'une chose nécessaire, c'est d'obéir à Dieu » [Destatuis, \, 7 ; cf. aussi vu, fin et ix, 5). Justin aussi avait entendu le texte de saint Matth., v,
1. Hom. XXIV in I Cor., n. i;Hovi. lxxxii in Matth., n.l. ^2. Cf. Batiffol, Op.cit.,<2.« série, pp. 268-278.
194 ELEMENTS 1>E l'A TROLOGIE.
34, dans le sens dune défense absolue [Apol. 1. 1(5, 5).