SAINT JÉRÔME
1. Saint Jérôme naquit à Stridon, en Dalmatie, de parents catholiques. A Tage de vingt ans, il vint à Rome pour ses études et suivit les leçons du grammairien latin Donat qui commentait de préférence Térence et Virgile ; il apprit aussi le grec, mais selon le goût du temps, il s'appliqua surtout à l'étude de la rhétorique. Tous ses écrits dénotent une lecture assidue des classiques latins et spécia-
1. Édition de Vallarsi, H vol. in-fol., Vérone, 173'* et Venise, i7(j(>, cette dernit?re reproduite par :\lig'iic, P. L., XXU-XXX. Lacl)roni(|ue se trouve aussi dans %ç\\u\\f^,Eu&ebii chronicorina lihri duo, Berolini. 1860.
\. Lai"geiit,.SV(/))/ Jc'ro;*(e, Paris, 1898 (collection « Les Saints »). — .1. Turiiiel,.S'. Jérôme (Coll. de la« Pensée chrétienne «;. Paris. 190C.— Sauciers. Etudes sur S. ./'■/•orne, Bruxelles. l!tO;{. — Kii allemand il existe deux biographies impurtantes, l'une deZöckler ((iotlia. 186:)); une autre qui n'a pas encore été publiée en entier de (iriitxniaebev{Hicronymns, i Hälfte, Leipzig. 1901). Elle dépeint le caractère de saint .lérôme d'une manière partiale et sous <les couleurs troj; noires.
lement de Virgile. Jl n'avait pas moins d'ardeur toutefois pour visiter les catacombes où il restait souvent de longues heures, absorbé dans la pensée du courage héroïque des premiers chrétiens. Bien qu'il eût reçu le baptême des mains du pape Libère, il ne demeura pas à l'abri de la corruption de la capitale. De Rome, sa soif de la science le conduisit à la grande école de Trêves, alors dans tout son éclat. Il passa ensuite quelque temps à Aquilée et s'y lia d'amitié avec Rufîn. Il se dirigea de là vers l'Orient (373). Son intention était de se rendre à Jérusalem, mais il tomba gravement malade à Antioche. Après son rétablissement, il se retira dans le désert de Chalcis, à l'est de cette ville, pour y vivre cinq ans en ermite, se livrant avec ardeur au travail des mains, aux exercices de la pénitence et à l'étude. Il apprit l'hébreu, non sans de grandes difficultés, sous la direction d'un juif converti. A la même époque, il fut ordonné prêtre à Antioche par l'évêque Paulin, à la condition toutefois qu'il pourrait rester moine, c'est-à-dire n'avoir pas charge d'âmes.
2. Le bruit des succès de saint Grégoire de Nazianze attira Jérôme à Constantinople, en 379. Il se perfectionna, sous sa conduite, dans la science de la Sainte Écriture et se prit d'un vif enthousiasme pour Orig-ène ; ses traductions latines de plusieurs écrits du docteur alexandrin datent de cette période.
En 382, il vint à Rome, avec l'évêque Paulin, d' Antioche, pour assister à un concile qui devait
terminer le schisme mélétien, mais qui demeura sans résultat. Les années, de 382 à 385, qu'il passa alors à Rome furent décisives pour le reste de sa carrière d'écrivain. Il y gagna l'amitié du pape Daiiiaso I (-|- 384), devint son secrétaire et eut à répondre, en cette qualité, aux questions proposées par les conciles d'Orient et d'Occident. — Le pape le chargea en outre de reviser la version italique de la Sainte Ecriture. Ce fut le commencement des travaux bibliques qui durèrent de longues années et dont le résultat a été notre Vulg-ate actuelle.
A Rome, le jeune secrétaire continua sa vie d'ascète et réussit à gagner à son idéal de perfection plusieurs femmes de la haute société. Ces nobles dames se faisaient diriger par lui dans la vie spirituelle et entretenaient aussi avec lui une correspondance savante, sur le sens des passages obscurs de la Sainte Écriture ou des expressions hébraïques de la version latine. A ce groupe appartenaient les veuves Paula et Marcella qui consacrèrent toute leur fortune au service de Dieu.
Mais Jérôme se livrait sur le clergé à des critiques impitoyables ; il souleva ainsi contre lui une opposition qui, sous le pape Sirice, successeur de Damase, put se manifester librement. Comme il fréquentait la maison de Paula, on éleva des soupçons sur sa vertu ; et à l'occasion de la mort prématurée de Blasille, la fille de Paula, le peuple se souleva contre le detestabile genus monachorum qui, par ses jeûnes, avait amené la mort de cette charmante jeune fille. Jérôme se vit contraint de quitter Rome.
GR.l^'DS THEOLOGIENS DE L'EGLISE D'OCCIDENT. 217
Il fît voile en 385 pour Antioclie ; sainte Paula et sa fille Eustochiiiin l'y suivirent et ne le quittèrent plus désormais.
3. D'Antioche, ils se rendirent en Palestine et en Egypte, visitèrent les maisons monastiques du désert de Nitrie et, en 386, s'établirent pour toujours à Bethléem. Les années suivantes, sainte Paula fît élever à ses frais, tout près de la crèche du Seigneur, outre plusieurs hospices de pèlerins, un monastère d'hommes dont Jérôme prit la direction et un monastère de femmes qu'elle gouverna elle-même.
Jérôme déployait alors une étonnante activité. Il joignit à son monastère une école destinée à initier les fils des meilleures familles à l'étude des classiques ; il perfectionnait ses connaissances hébraïques en prenant, souvent pendant la nuit, des leçons de savants rabbins ; il parvint à connaître l'araméen. Il enseignait lui-même les éléments de l'hébreu aux deux matrones; à tout cela s'ajoutaient encore ses nombreux travaux littéraires.
Les lettres qu'il écrivit au début de son séjour à Bethléem respirent la plus grande paix. Mais il fut bientôt troublé de diverses manières. Ce furent d"abord des démêlés orig-énîstes soulevés à Jérusalem par Epiphane (supr. p. 178;. Jérôme, qui s'était tout d'abord enthousiasmé pour Origène, passa en 398 du côté d'Epiphane et commença à ce sujet une polémique assez amère contre l'évêque Jean et contre son jeune ami Rufin. Puis vint, en 411, la controverse pélag-ieiine qui fut transportée en Palestine par l'arrivée de Pelage lui-même. Jérôme de
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nouveau se déclara contre lévèque Jean et prit jiarti pour saint Aug-ustin ; à cette occasion ses jours furent même en danger, car une troupe de pélagiens mit le feu à son monastère et en maltraita les habitants; lui-même n'échappa que par la fuite. Ces Iraverses lui inspirèrent le dégoût de la vie, mais il conserva jusqu'à la fin la vigueur de son esprit et son amour de la lutte. Il mourut, avancé en âge, le oO septembre 420.
4. Jérôme avait un tempérament très irritable et souvent dans l'ardeur de la dispute ses expressions étaient violentes et trop peu choisies. Il eut toujours à lutter contre les tentations de la chair. Mais ces mauvais côtés de sa nature étaient largement compensés par les qualités eminentes de son esprit ; il se distingua par son érudition, son amour du travail et son sens vraiment ecclésiastique. Il a été sans contredit le plus savant des Pères de l'Eglise; il possédait des connaissances véritablement encyclopédiques dans les littératures latine, grecque et hébraïque, tant ecclésiastiques que profanes. Saint Augustin dit de lui [Contra JuL. i, 7. 34 1 qu'il avait « lu tous, ou presque tous » les écrivains qui lavaient précédé. Dans toute l'antiquité ecclésiastique, il a été seul à posséder au point qu'il a fait, la science des langues de l'Ancien Testament, aussi était-il, mieux que personne, à même d'entreprendre le travail si délicat de la traduction de la Bible.
Ses contemporains le regardaient déjà comme une autorité en théoloffie. Si l'on en croit Orose Lib.
apol. contra Pelag.. c.k], tout l'Occident attendait une parole du prêtre de Bethléem, comme la toison desséchée attend la rosée du ciel. — Il attachait à la beauté de la forme une grande importance. Son expression, comme celle de Tertullien, est énergique et très personnelle; pourtant on reconnaît, à son goût pour le style pompeux et pour les jeux de mots, le disciple des rhéteurs.
5. La traduction de la Sainte Écriture est son œuvre la plus importante et la plus durable. A Rome, il améliora le texte del'/to/ß du Nouveau Testament et du psautier. Le pape Damase introduisit aussitôt cette nouvelle recension dans la liturgie; ce texte des psaumes, nommé en dehors de Rome Psalteriiim Romanum, est demeuré en usag*e dans toutes les églises de Rome jusqu'à saint Pie V et l'est même encore de nos jours à Saint-Pierre. Peu après son arrivée à Bethléem, .Jérôme revisa aussi le texte de l'Ancien Testament, y compris les psaumes, d'après les Hexaples d'Origène qu'il avait découverts à Césarée. Mais de cette seconde recension on n'a conservé que le livre de Job et des psaumes ; le reste lui fut dérobé, avant qu'il eût pu le donner au public. Le texte des psaumes se répandit d'abord en Gaule et a conservé le nom de Psalterium Gallicaiium ; il est aujourd'hui dans nos éditions de la Vulgate. Pie V Ta introduit dans le bréviaire et dans le missel.
Enfin, en 390, saint Jérôme se détermina à traduire du texte original en latin tout ce qui dans l'Ancien Testament était soit en hébreu, soit en araméen. Ce travail dura jusqu'en 405; il traduisit
aussi de raraméen les livres de Tobie et de Judith, Fun en un jour, rautre en une nuit; il n"a pas touché aux au 1res livres deutéro-canoniques qui sont demeurés dans notre Vulgate tels qu'ils étaient dans l'ancienne Itala.
Les traductions de saint Jérôme sont en général fidèles et soig-nées sans être trop littérales : les meilleures sont celles deslivres historiques, faites sur l'hébreu. Ce n'est guère qu'au vn^ siècle qu'elles ont été généralement en usage; au xii'' elles ont reçu le nom de Vularate.
6. Saint Jérôme a composé encore une foule de comiuentaîres de la Bible. Pour l'érudition et la connaissance de la littérature exégétique antérieure, ils sont supérieurs à ceux de tous les autres Pères latins ; mais ils ont été écrits rapidement : aussi sontils négligés dans la forme et assez pauvres pour le fond; ils consistent souvent en compilations des travaux antérieurs. L'auteur n'avait aucun principe bien fixe d'herméneutique.
En général, il cherche le sens historique et grammatical du mot de l'Ecriture ; mais souvent il rivalise avec Origène pour les allégories et professe l'axiome du docteur alexandrin, que par une explication littérale on peut rendre un récit de la sainte Ecriture ridicule et blasphématoire.
Jérôme a aussi traduit en latin les commentaires d'Origène. Il publia à Constantinople les 14 homélies sur Jérémie, les 14 sur Ezéchiel, et plus tard, à Bethléem, les 39 homélies sur saint Luc. Il composa lui-môme des homélies sur tous les pro-
phètes (sur la moitié de Jérémie seulemenl), sur saint Matthieu et <6\w plusieurs épîtres de saint Paul. Son livre De situ et nominibus locorum hebraïcorum mérite une mention spéciale : c'est une topographie biblique pour laquelle il se sert d'un travail semblable d'Eusèbe, mais en le corrigeant et le complétant d'après ses propres observations.
On trouve aussi parmi les œuvres de saint Jérôme un Commentaire sur les 13 épîtres de saint Paul, (Migne, P. L., XXX, 645-902). Depuis plusieurs siècles déjà on supposait que ce commentaire avait été écrit par l'hérésiarque Pélag^e et ensuite corrigé dans l'intérêt de l'orthodoxie : sainl Augustin en effet et Marins Mercator attribuent à Pelage des hre\>issimae expositiones sur les épîtres de saint Paul. L'hypothèse est devenue une certitude après les travaux de Zimmer ' .
7. Les écrits historiques de Jérôme ont beaucoup plus de valeur que ses commentaires. Nous avons déjà parlé des plus importants, c'est-à-dire du De çiris inlustribus et de la Chronique (p. 4 et 138). Il écrivit aussi la vie de moines célèbres, par exemple de Paul de Thèbes, de Malchus dans le désert de Chalcis et d'Hila/'ion en Palestine. — Le Martyrologium Hieronymianum n'est pas de lui : il a été formé par la réunion de plusieurs anciens martyrologes, et dans sa forme actuelle il reproduit un manuscrit bourguignon de l'an 615 environ -.
On ne connaissait aucun sermon de Jérôme.