‹ Elements de patrologie et d'histoire des dogmesChapitre 63 sur 96 · I. — SA VIE ET SES ÉCRITS · texte numérisé non relu

I. — SA VIE ET SES ÉCRITS

1. Saint Augustin a raconté lui-même, d'une manière incomparable, dans les neuf premiers livres

1. La seule cciitioii complète dont on puisse se servir est celle des Béiiédieliiis. 11 vol. in-fol.. Paris. 1679. Elle a été réimprimée plusieurs foià (à Anvers, 1700: à Venise); aligne l'a reproduite, avec d'excellentes tables à la fin du dernier volume. P. L.. XXXl- XLVII. — Le Corpus script, écries, lat. de Vienne a public un certain nombre de ses ouvrages, par ex. le De civilate Dei par Hofrniauii (vol. XL). — Doinbart adonné une édition commode du De civilate Dei, -2 vol., Leipzig, 18(>3; :ä' édit., 1877. —Les Cunfessions ont été souvent éditées à part et traduites en français. Citons l'édition de Hiirtcr (.S.S. Patrum opusc.. vol. XVI) et la petite édition in-32 très commode, Paris, Roger.

Les idées de saint Augustin sont étudiées au long dans THislçire des dogmes de Seliwane, t. II et III. — Ilatzfold, Saint Augustin, Paris, 1897 (collection « Les Saints »)• — J Martin, Saint Augustin (coUeclion des C.rands Philosophes), Paris. 1901. — Porlallé, art. Augustin et Auguslininnisine dans le Dirl, de théol. cath. — WolfsgiMibor, Augustinus, Paderborn, 1898.

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de ses Confessions, les étapes de son développement intellectuel et moral jusqu'à la mort de sa mère; le reste de sa carrière nous est connu par une Vie que son ami Possidius, évèque de Calama, écrivit immédiatement après sa mort.

Augustin naquit à Tagaste en Numidie (354). Son père, Patrice, était pa'ien et jouissait d'une modeste aisance ; sa mère Monique était une femme supérieure et une chrétienne fervente. Lorsque les autres femmes montraient les traces des coups qu'elles avaient reçus de leur mari, Monique leur disait souvent qu'elles devaient s'en prendre à leur propre langue. Elle eut la joie de voir Patrice se convertir avant de mourir.

Le fils si bien doué que Dieu lui avait donné étant tombé gravement malade dans son enfance, Monique voulait le faire baptiser, mais le mieux étant survenu, elle remit le sacrement à plus tard « pour qu'il le reçut alors avec plus de fruit ».

Augustin étudia la rhétorique dans les grandes écoles de Madaure et de Carthage; c'est dans cette dernière ville qu'il se laissa aller au désordre et qu'il eut un fils nommé Adéodat. La religion de sa mère n'était pour lui qu'un « conte de vieille femme » ; il se donna aux manichéens, séduit par leur promesse de conduire leurs adhérents à la science. Pendant neuf ans il suivit la secte en qualité à'auditor. Monique versait alors des larmes brûlantes sur les égarements de son fils ; un évêque la consola par ces paroles prophétiques : « Le fils de tant de larmes ne saurait périr. » Après trois ou quatre ans d'études

à Cartilage, Augustin ouvrit, à iTagaste d'abord, puis à Carthage. une école déloquence. Vers la fin de son séjour dans cette dernière ville, un entretien avec Fauste de Mîlève, évêque manichéen, lui fit abandonner Ihérésie. Augustin le comparait à quelqu'un qui présenterait à un homme altéré une coupe en or, mais vide.

2. En 384, Augustin fit voile pour Rome, où il ne demeura que six mois, car, par l'entremise du préfet de la ville. Symmaque, il obtint une chaire d'éloquence à Milan. Sa mère ly suivit. Un de ses anciens élèves. Alypius. originaire aussi de Tasraste, se lia avec lui dune étroite amitié. Augustin allait entendre les sermons de saint Aiiibroise, surtout pour en étudier la forme oratoire. Les écrits néoplatoniciens qu'il lisait alors contribuaient à rectifier l'idée qu'il se faisait de Dieu. La personne de Notre-Seigneur dans l'évangile l'attirait aussi, mais il ne pouvait se résoudre à entrer dans la voie étroite tracée par lui et à briser les chaînes de ses sens; il demeurait donc catéchumène.

Or un jour que la lutte était plus vive dans son cœur, il entendit dans le jardin une voix d" enfant qui disait : Toile, lege; il ouvrit les Epîtres de saint Paul qui se trouvaient sur une table et y lut ces paroles Rom., xiii, 13 : No/i in cofuessationibus et ehrietntihiis, non in cubilibus et impudicitiis... sed induimini Dominum Jesum Christum!... Dès lors, le cœur était changé. A l'automne de 386, il abandonna son enseignement, se retira dans la maison de campagne d'un ami. près de la ville, et dès le dé-

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but du carême suivant se fit inscrire pour le baptême. Il le reçut le samedi saint, 387, avec son fils Adéodat et son ami Alypius, des mains de saint Ambroise. Il s'était égaré à la périphérie, disait-il, mais maintenant il avait trouvé le centre. Quelques mois plus tard, il reprit le chemin de l'Afrique. A Ostie il dut ensevelir sa mère. Bientôt après il perdit aussi son fils Adéodat.

3. Après la mort de sa mère, Augustin demeura encore un an à Rome, occupé à écrire; puis il revint en Afrique. Il y vécut trois ans, à Tagaste, avec ses amis, dans une complète séparation du monde. Mais déjà la renommée de sa science et de sa piété avait grandi, et, en 391, un jour qu'il visitait sans défiance l'église à.'Hippo Regius. l'évêque, Valère, et tout le peuple avec lui le demandèrent pour le sacerdoce. Augustin résista d'abord, puis consentit enfin à se laisser ordonner. Pour l'attacher définitivement à son Eglise. Valère le fit consacrer en 396 comme coadjutewr. Lorsque Tévêque mourut, bientôt après, Augustin monta sur le siège d'Hippone. Prêtre et même évêque, le saint continua de mener, avec le clergé de sa ville, la vie monastique. Il se montrait infatigable dans la prédication et le soin des pauvres ; mais sa principale occupation était d'écrire; c'était aussi son délassement au milieu des labeurs de sa charge pastorale. Il donna à son activité littéraire une triple direction. Il continua d'abord en Afrique les discussions qu'il avait commencées à Rome avec les manichéens. Le schisme donatiste, qui pen-

dant presque tout le iv*" siècle avait paralysé l'Eglise d'Afrique, fut combattu par Augustin dans des sermons, des écrits et des disputes publiques. Le saint remporta une brillante victoire dans la fameuse conférence religieuse de Carthage, en 41 1 , où 286 évêques catholiques et 279 donatistes se trouvèrent en présence. L'année suivante, à la tète du parti catholique. Augustin commence contre les pélag-iens une lutte qu'il soutiendra jusqu'à la fin de sa vie et qui lui méritera le titre glorieux de Doctor gratiae.

Il mourut k Hippone le 28 août 430, pendant que la ville était assiégée par les Vandales.

4. Augustin possède à la fois le génie créateur de Tertullien et le sens vraiment ecclésiastique de Cyprien. la précision dialectique d'Aristote et l'envolée sublime de Platon, le caractère pratique du Latin et l'esprit vif et alerte du Grec. C'est le plus g-raiid et le plus universel des Pères de lEglise; on peut le comparer à Origène, mais il le surpasse de beaucoup par linfluence qu'il a exercée sur la théologie postérieure. Mieux que personne, il comprend le cœur humain avec ses inclinations et ses faiblesses. Aussi lorsqu'il veut faire connaître la nature de l'homme et ses rapports avec Dieu par la doctrine de la nature et de la gfràce, est-il véritablement créateur et ouvret-il des voies inconnues. Ce qui prouve combien il possède le sens catholique c'est que nul, parmi les théologiens, n'a été aussi généralement suivi par l'Église dans son enseignement en particulier pour la question de la grâce, bien que sur tous les points,

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même en cette matière, l'accord ne soit pas complet.

Saint Augustin était une nature vive et aimante. S'il mit en pratique le compelle intrare de saint Luc, xiv, 23, en recourant à la puissance publique contre les donatistes, il n'en faut point accuser la dureté de son cœur : il y fut amené par la violence même des schismatiques et par son zèle enflammé pour la cause de l'Eglise. « Que ceux-là vous haïssent, disait-il une fois aux manichéens, qui ne savent pas combien il en coûte pour trouver la vérité, et combien il est difficile de se débarrasser des liens de l'erreur >> [Contra epist. Manich.. ii, 2-3) *. Ce qui témoigne encore de son caractère accommodant, c'est la protestation si souvent répétée du désir qu'il a de voir librement critiquer ses écrits et de n'être suivi par personne sans examen-.

Augustin a été aussi le plus grand prédicateur de l'Occident, comme Chysostome, de l'Orient. Et pourtant les deux orateurs ne se ressemblent guère. Augustin prêchait peu de temps, souvent un ({uart d'heure à peine; il développe des idées abstraites et philosophiques, dédaigne les exemples et les applications pratiques. Dans ses discours, il déroule, enuneséi'ie strictement logique dépensées, un sujet bien délimité et que relèvent seulement des artifices oratoires, antithèses, fleurs de rhétorique ou jeux de mots ; il demande ainsi beaucoup à l'attention et à la collaboration de ses auditeurs. — Son langage est extraordinairement souple et énergique,

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