II. SA DOCTRINE
* 1. Pendant le cours de sa longue vie, Augustin à complété et, en partie, transformé ses
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conceptions dog-niatiques : ce qu il dit dans ses derniers ouvrages n'est pas toujours d'accord avec ce quil avait écrit au début ; aussi «lemande-t-il lui-même, avec raison, que l'on juge sa doctrine d'après ses plus récentes productions [Retract., prol. ^\Depraed.sanct., iv, 8); dans les Retmctaliones, il corrige plus d'une de ses assertions antérieures.
Les rapports qui, selon saint Augustin, doivent exister entre la philosophie et la théologie se résument en cette phrase : Intellige ut credas, crede ut intelligas [Sermo xlih, 7, 9): c'est-à-dire que l'intelligence nous fait d'abord connaître la réalité de la révélation et les motifs qui nous déterminent à l'accepter [De praed. sanct., ii, 5), mais elle vient après la foi lorsqu'elle cherche ensuite à approfondir les vérités contenues dans cette révélation ^ . Comme à peu près tous les Pères de l'Église. Augustin met Platon au-dessus de tous les autres philosophes : « C'est lui, dit-il, qui s'est approché le plus près du christianisme » yDe cw. Dei, viii, 5 .
2. Pour prouver l'existence de Dieu, saint Augustin, outre les arguments a posterioj-i, emploie encore une preuve a priori tirée des idées que l'âme possède naturellement. Tous les hommes, dit-il, ont par le fait de leur nature la notion de la vérité et du bonheur, car tous veulent connaître la vérité, tous aspirent au bonheur; ces deux idées sont donc innées dans l'âme et n'ont pas eu besoin
\. Ep. cxx. 1, 3; In psalm. cxvm sermo xviii, 3.
GRANDS THEOLOGIExNS DE L'EGLISE D'OCCIDENT. 241
d'être tirées du monde visible. Or elles ne peuvent s'expliquer que s'il existe une Vérité indéfectible qui illumine tout le monde, un Bien suprême qui embrasse tout le monde. Augustin conclut donc de l'idée de la vérité et du bonheur à l'existence d'une Vérité suprême et d'un Bien suprême, c'està-dire à l'existence de Dieu, tout comme Platon, de notre faculté de concevoir des idées, conclut à l'existence réelle de ces idées en dehors du monde visible'^ .
La question de savoir ce que Dieu faisait avant la création n'a pas de sens, d'après saint Augustin, puisque le temps n'a commencé qu'avec le monde soumis au changement, et que Dieu est au-dessus du temps [Conf., xi, 24, 40 et 14, 17).
Il définit la simplicité de Dieu en disant qu'en Dieu substance et qualité, et partant aussi les différentes qualités, se confondent, qu'il est actus punis et n'est puissance en aucune manière. La perfection divine telle que nous la connaissons est comme une lumière décomposée en différentes couleurs^.
* 3. Le De Genesi ad litteram, qu'il composa dans un âge avancé, explique l'œuvre des six jours par la fameuse théorie des visions des ang-es (surtout lib. iv). Il devait admettre une explication allégorique puisqu'il interprétait dans le sens de simultanéité le passage de l'Ecclésiastique : créavit omnia simul. Voici donc comment il entend l'œuvre des six jours : Dieu a montré aux anges les
i. De lib. arbitrio, ii, c. 8-12, particulièrement xii, 33. 2. De civit. Dei, xi, 10, 2-3; Sermo cccxli, G, 8.
choses créées, en six tableaux successifs ; chaque fois il les leur a fait voir d'abord dans leur manière d'être finale et réalisée [cognitio vespertina) et ensuite dans leurs idées éternelles, telles qu'elles sont en Dieu [cognitio matutina). Le septième jour indique moins un repos de Dieu qu'un repos des anges en Dieu. Daprès cette explication, Augustin doit placer la création des anges avant celle du monde visible; c'est des anges qu'il entend le mot Ciel [De Gen., i, 1k
La distinction des personnes divines consiste dans les relativa relations; qu'il ne faut pas regarder comme de purs accidents [De Irin., v, 5, 6 et 16, 17 . L'âme humaine est une image de la Trinité par la triple puissance qu'elle possède de se souvenir, de connaître et d'aimer (/èiW., xiv, 12, 15], — La génération du Fils correspond dans notre âme à la connaissance, la procession du Saint-Esprit à la volonté ou à l'amour {ibid., ix, c. 11 et 12). — Toute lactiv ité de Dieu ad extra vient de son essence et est dès lors commune aux trois Personnes divines : ce qui s'applique même aux théophanies de l'Ancien Testament que plusieurs des Pères avaient attribuées au Fils {ibid., ii, 17, 32 et 10, 17-18).
Augustin soutient nettement que le Saint-Esprit procède aussi du Fils. Le Fils possède tout, et par conséquent aussi la spiration du Saint-Esprit, en commun avec le Père [ibid., xiv, 17, 29 et 20, 29).
* 4. « Dans le Christ il y a deux natures [substandae . la nature divine et la nature humaine, mais il n'y a qu'une seule personne » [Sermo
cxxx, 3), dans laquelle les natures ne sont pas confondues ; car non alterum eorum in alterum conversuni atque mutatum est [De tria., i, 7, 14 . Même par sa nature humaine Jésus était Fils naturel et non pas adoptif de Dieu [Sermo clxxxiii, 5. Contra Secundinum manich., c. 5). — Les émotions sensibles naissaient en lui non pas spontanément, mais par un acte libre de sa volonté [Contra Faustiun^ xxA^i, 8). — Augustin croit que l'abandon du Christ par son Père sur la croix n'a pas été réel; c'était l'abandon des hommes dont le Christ avait pris sur lui les péchés [Enarr. in psalm. xliv, 5).
Aug-ustin enseigne de la façon la plus nette la virgrinité de Marie in partii ^ . — En faveur de son inimaciilée conception, on invoque deux déclarations d'Augustin : d'une part, il proteste contre l'accusation d'abandonner la Sainte Vierge à Satan par le fait de sa naissance ^ ; d'autre part, il dit : De qua pr opter honorem Domini nullam prorsus, cum de peccatis agitur, haberi polo quaestionem [De natura et gratia, xxxvi. 42); toutefois dans ce passage il est plutôt question de péchés personnels. Au verset 15 du ch. m de la Genèse, Augustin lisait comme Ambroise : Ipsa conteret caput tuum (De Genesi ad litt., xi, 36, 49; Ambrosius, De fuga, vu, 43).
Quant à la rédemption, voici comment il l'ex-
\. Sermo clxxxvi, 1 : Concipiens virgo,parie7is virgo... virgo perpétua, et ccxxiv, 3, sine corruptions peperisse et post liartum in integrilale permansisse.