Opus imperf. contra Julianum, iv
plique souvent avec Origène : par le péché d'Adam Satan a acquis un droit strict sur nous et le Christ a supprimé ce droit par sa mort ; Satan, en sattaquant à lui qui était innocent, a outrepassé son droit qu'il a ainsi perdu. Le Christ « lui a tendu sa croix comme un piège, et Satan s'y est laissé prendre » {Sermo cxxxiv, 6^ ' .
5. A cause du dogme du péché orig-îiiel, Augustin penche vers le tradiicianisuie. mais sans se prononcer absolument-. Nos premiers parents avant leur péché possédaient l'immortalité iposse non mori). l'exemption de la concupiscence {posse non peccare et une science sans nuages imago Deî). C'étaient là des dons surnaturels. S'ils n'avaient pas péché, ce privilège serait devenu un non posse mori et un non posse peccare; mais par leur péché tous ces dons ont été perdus ^ et le genre humain est devenu une massa perditionis ou damnaia. Augustin établit l'existence du péché originel, surtout par le texte de saint Paul Rom., v. 12) dans lequel il fait rapporter le in quo omnes peccaverunij k per unum Äo/?2z/ie/;z qui précède et par conséquent à Adam. L'homme déchu possède encore le liberum arbitrium, mais non la libertas, c'està-dire la pleine puissance de vouloir qui est ce
1. Cf. Scheel, Die Anschauung Auguslins über Christi Person itiiil //>rA-, Tühingen. 1901.
Cf. sur ce point RJviére. Le dogme de la rédetnpi., Paris, 1905. pp. -248-261 et 404-i08. '»->2-'»33.
2. Hriract.. I, \. ht- Gfiiesi od Uli.. \. 18, .T3; cf. Schwane, Histoire des dogmes, I, S 5.3, pp. 4;i!i-460 trad. Iranç.i.
.1. De Genesi ad litt., vi, 27, 38: De pecr. meritis, i, 3 et 7.
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qu'on appelle la liberté des enfants de Dieu. C'est à cause de ce défaut de lihertas qu'Augustin parle d'une joecca^/ nécessitas ou d'une peccatum habendi dura nécessitas dans l'homme déchu; et que du liberum arbitrium il dit ad peccandum valere.,., ad bene autem pieque vivendum non valere. On s'expliquera ces expressions énergiques si Ton veut bien remarquer qu'Augustin met l'essence propre du péché originel dans la concupiscence dont il s'exagère le pouvoir et qu'il peint sous de trop noires couleurs. C'est précisément parce que les enfants sont engendrés par l'effet de la concupiscence des parents qu'ils naissent souillés du péché originel; le Christ en est exempt parce qu'il est venu au monde en dehors des lois ordinaires de la nature [De nupt. et concup., i, 24, 27).
D'après saint Augustin, tous ceux qui meurent souillés du péché orig-inel seront damnés; il n'excepte même pas les petits enfants et les païens qui sans qu'il y ait de leur faute ne sont pas arrivés à la foi ; pourtant la peine des petits enfants sera une mitissima paena; celle de ces païens une mitior ^ au point que, même pour eux, lejcistence est encore un bienfait [Contra JuL, v, 11, 44). Que l'essence du péché originel consiste avant tout en ce que l'homme déchu a perdu sa ressemblance surnaturelle avec Dieu, saint Augustin ne le dit pas expressément.
*6. Sur la nécessité de la g-râce, saint Augus-
\. De peccat. meritis, i, 1:2, 1">; De gralia et libero arbitrio, iir, 5.
■2ir, ÉLÉMENTS DE \'.V\H()\.(UAE.
tin avait d abord exprimé une opinion qui ne s'accordait ni avec celle qu'il devait plus tard professer ni avec celle de l'Eglise : il soutenait alors que la foi est l'œuvre de l'homme et non pas un don de Dieu De praed. sanct.. m, 7] et ce n'est que dans le traité De correptione et gratia en 42(3 qu'il enseigne l'existence d'un donnm perseverantiae [De dono perseç.. xxi, 55). Il a lui-même reconnu dans ses Retraclationes (i, 23, 2-4 ) la différence entre ses opinions antérieures et celles qu'il admettait alors. Quand, à l'occasion, il soutient (De gratia Christi, XXV, 26 et XXVI, 27) que, sans la grâce du Christ, l'homme ne peut absolument vouloir ni faire aucun bien, illentend d'un bien voulu comme bien et surtout méritoire pour le ciel ; il s'appuie pour le prouver sur le passage de l'Epître aux Romains, xiv, 23 : omne quod non est ex fide peccatum est, où il entend le mot fides dans le sens de foi surnaturelle. Augustin divisait déjà la grâce actuelle en praeveniens, cooperans et subsequens 'De natura et gratia, xxxi. 35;. Pour le mode d'action de la grâce, il fait volontiers appel à la toute-puissance de Dieu à laquelle la volonté humaine ne peut s'opposer De corrept. et gratia, xiv, 45 ; Dieu donne aux prédestinés non seulement le passe, mais aussi le velle, si bien qu'ils ne peuvent lui résister [ibid., XII, 38). Augustin regarde donc la grâce comme irresistibilis; elle lest en ce sens que Dieu sait dans quelles circonstances et sous l'influence de quelles impulsions l'homme lui obéira sûrement; dès lors, si l'homme est congruenter vocatus, il obéit à la grâce
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{Quaestiones ad Simplic, i, 2, 13), mais, en le faisant, il demeure libre, et sa bonne conduite est le fondement d'un meritum [De natura et gratia, lxv, 78). Les jansénistes ont revendiqué en faveur de leur doctrine ce texte de saint Augustin In ep. ad Gai., n. 49 i : Quod amplius nos delectat, secundum id operemur necesse est. Aussi saint Augustin exhorte-t-il l'homme à faire en sorte que la justice soit ce qui le délecte davantage [Sermo clix, 2).
*7. Cette opinion de l'irrésistibilité de la grâce explique bien aussi une autre doctrine particulière à saint Augustin, celle de la prédestination absolue. Il a présenté sa théorie de la prédestination comme une conquête de sa lutte contrôles pélagiens [De donoperseverantiae, xx, 53) ; ailleurs il reconnaît qu'il y a été amené surtout par la méditation du passage de l'Épître aux Romains, ix, 12-13 (sur Jacob et Isaïe) [Quaest. ad Simplic, i, 2).
Voici en quoi consiste cette doctrine qu'il expose en détail dans le De dono perseverantiae : Dieu a de toute éternité destiné au ciel un nombre d'hommes égal au nombre des anges déchus ; il a déterminé non seulement ce nombre, mais ceux mêmes qui seront l'objet d'une telle faveur. Il leur donne des grâces si nombreuses et si adaptées qu'ils doivent y correspondre et être sauvés. Ce sont les electi de la Sainte Ecriture; les vocali, appelés à la grâce sanctifiante, ne reçoivent pas le donuni perseverantiae, et partant n'obtiendront pas le salut. La prédestination vient de la pure bienveillance de Dieu sans qu'il ait égard aux mérites des prédestinés
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qui serviront pendant toute léternité à attester la miséricorde de Dieu. Tous les autres demeureront dans la massa pcrditionis et seront damnés, soit pour leurs péchés personnels, soit uniquement à cause du péché originel: ils glorifieront la justice de Dieu \Ep. cxc, 3, 11; De dono persei'er.. viii, 16 . On trouve dans Augustin cette expression qu'ils sont ad poenam praedestinati, mais jamais il ne parle d'une praedestinatio ad cul paru.
Comment pourtant cette doctrine peut-elle s'accorder avec le texte de saint Paul (I Tim.. ii, 4) : Omnes homines vult sah'os fieri et ad agnitionem veritatis venire? Augustin répond : ou bien lexpression omnes homines indique ici simplement toutes les classes d'hommes, ou bien le texte de saint Paul signifie que nul ne peut être sauvé que par la volonté de Dieu [Ench.. cm, 27;.
' 8. Saint Augustin dit des sacrements qu'en eux aliud videtur, aliud intellegitur, et qu'ils ont quandam simililudinem eariim reriini, qiiavum I sacramenla sunt Sermo cclxxii et Ep. xcviii, 9 . ~ Il distingue la validité et la licéité de leur réception par les mots habere et utiliter habere [Contra Cresc., I, 34; De baptismo, iv, 24, 31). Il se sert déjà de l'expression obicemponere en parlant de celui qui reçoit indignement un sacrement [Ep. xcviii. 9).
Il attribue au baptême de désir la puissance d'effacer les péchés, quand le baptême réel ne peut être reçu De bapt., iv, 22, 29;. Le martyre
subi hors de l'Eglise, v. g", par un donatiste, n'a pas cette efficacité, parce qu'il manque de la vraie charité [ibid.^ 17, 24).
Relativement à l'eucharistie, Augustin parle souvent au sens spirituel ou symbolique ; par exemple, il fait remarquer que le Christ n'a pas hésité à dire : ceci est mon corps, lorsqu'il donne à ses disciples le Signum corporis sui [Contra Adimant. manich.^ xii, 3), que l'eucharistie est le corps du Christ seciindum quendam modiun [Ep. cviii, 9) et que manger le corps du Christ c'est être en communion avec le Christ, c'est-à-dire dans l'Eglise [De civ. Dei, XXI, 25, 2-4). Harnack ' déclare qu'il n'a trouvé dans Augustin aucun passage qui exprime d'une façon certaine la présence réelle du Christ dans l'eucharistie. Schanz -, au contraire, conclut en ces termes l'examen qu'il fait de cette objection : « Augustin n'est donc pas spiritualiste ou symbolique, mais il enseigne la présence réelle. » A l'appui de cette affirmation de Schanz, on peut citer deux textes de saint Augustin : « Le Christ se portait dans ses mains, lorsqu'il dit : Ceci est mon corps » [In psalm. xxxni, 1; ii, 2) et « il nous a « donné sa chair à manger, mais nul ne mange cette « chair qu'après l'avoir adorée » [In psalm. xcviii, 9).
A propos du sacrifice, Augustin dit : « Au lieu