CARACTÈRE DE CETTE PÉRIODE
1. Avec le milieu du v'^ siècle commence la décadence de la littérature patristique. La puissance créatrice est comme paralysée, les préoccupations d'ordre dogmatique deviennent moins vives. Les écrivains ecclésiastiques, plus rares, perdent surtout en orîg-inalité. Les circonstances expliquent cette régression : en Occident, la civilisation romaine succombait alors sous l'invasion des Barbares; tandis qu'en Orient le despotisme des empereurs dans le domaine relig-ieux, toujours prépondérant, avait encore acquis de nouvelles forces dans la lutte contre le fanatisme des monophysites ; ajoutons que de vastes régions soumises à la civilisation grecque furent alors dévastées par le cimeterre de rislam. — Les hordes germaniques ne se montraient point insensibles à l'influence de l'Eglise romaine ; aussi en Gaule et
en Italie la vie intellectuelle allait-elle bientôt reprendre un certain éclat. La décadence religieuse en Occident ne fut donc pas aussi complète qu'en Orient. Saint Joan Damascènei. il est vrai, s'acquit un brillant renom de théologien et de poète : mais il n'était, hélas! qu'une oasis dans le désert; autour de lui et après lui, aucune production saillante.
2. Les écrivains de cette période se contentent, le plus souvent, de colliger les travaux des siècles antérieurs pour en faciliter la lecture. C'est alors que commencent les chaînes des différents commentaires bibliques et les florilegrîa ou recueil des passages les plus importants des philosophes ou des Pères de l'Eglise. Ces collections ont eu l'important résultat de transmettre les trésors du savoir antique, profane aussi bien que théologique, au monde germanique et d'avoir ainsi posé les premiers fondements de la littérature scolastique du moyen âge. C est là ce qui fait la- valeur spéciale des ouvrages de saint Isidore de Séville, familier avec toutes les branches des connaissances romaines, et qui a rassemblé sous une forme intéressante tous les éléments de la culture antique. Pendant tout le moyen âge ses écrits ont exercé la plus grande influence sur l'activité littéraire de l'Occident.