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LE PSEUDO-DENYS L'ARÉOPAGITE

1. Sous le nom de Denys, converti par saint Paul et plus tard évêque d'Athènes (Eus., Hist. eccL, m, 4, 10), nous est parvenu un ensemble d'ouvrages de théologie mystique, qui sans doute se maintiennent sur le terrain de l'enseignement de l'Eglise, mais qui. dans leurs idées et leurs expressions, touchent au néoplatonisme. Ce sont quatre traités et dix lettres.

a] Le De dii'inis nomùnbus traite des noms donnés à Dieu dans la Rible et explique par eux l'essence divine.

b) he De mystica theologia expose l'incompréhensibilité de Dieu. On parvient à la connaissance du suprasensible en dépouillant de leur imperfection

\. Les œuvres du pseudo-Denys nous sont parvenues en de nombreux manuscrits. Il n'en existe point de honne édition critique; celle de !\Iig:iie, P. G., III, IV, reproduit l'édition de Venise en 2 infol., 17o5. — On a en français les deux traductions de Dai-boy, Paris, 1845; réimprimée par la maison de la Bonne Presse, Paris, 189G, et de Dulac, iseo.

Koch, Pseudo-Dlonysius Areopagila in seinen Beziehunqen zum Nenplatonis7Hi(sundMysterienu!esen, Mainz, 1900.

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les qualités des choses visibles, telles que la vie. la sagesse, la colère.

c) Le De caelesli hicrarchia décrit le monde des esprits que nous trouvons, pour la première fois, divisé en trois liîérarchîos et en neuf chœurs; les trois plus élevés (Séraphins, Chérubins, Trônes i no servent que Dieu; les trois suivants (Dominations, Puissances, Vertus) s'occupent de l'ensemble de la création; les trois derniers sont réservés aux Iiommes, les Principautés veillent au bonheur de rimmanité entière ; les Archanges sont préposés aux peuples; les Anges sont donnés comme gardiens à chaque homme en particulier.

d) Le De ecclesiastica hierarchia représente l'Eglise de la terre comme une copie du monde des esprits et distingue aussi en elle trois triades, à savoir : aj trois consécrations ou mystères : le baptême, l'eucharistie et l'onction du sacerdoce ; ß) trois consacrants : le hiérarque ou évêque, le prêtre, le liturge ou diacre: yi trois consacrés et trois degrés qui y correspondent pour s'élever vers Dieu : les catéchumènes dans la via piirgalwa, les croyants dans la viaillnininaliva et les thérapeutes 'moines dans la via unilivn .

e) Les quatre traités sont dédiés à un « collègue dans le sacerdoce Timothée )> ; mais les dix courtes lettres qui traitent de questions dogmatiques ou pratiques s'adressent à différents personnages ; ainsi l'une, aux hiérarques Polycarpe et Titus, une autre (la dixième] à « Jean apôtre et évangéliste, exilé à Patmos w. Trois lettres, dont le texte grec ne nous

est pas parvenu, ont été attribuées à tort au même auteur; l'une, adressée à Tite, conservée en arménien, i^arle de l'assomption corporelle de la Vierge dans le ciel ; c'est le récit connu qui se retrouve chez saint Jean Damascène (infr. § 69, 4).

2. Il est hors de doute que l'auteur se donne pour un contemporain des apôtres, Denys FAréopag:ite; et on l'a cru sur sa parole en effet dès que ses ouvrages ont été connus. Il se nomme lui-même Denys et déclare que de païen il est devenu chrétien et prêtre. 11 adresse ses écrits aux apôtres et à leurs disciples. Il raconte qu'il a vu à Héliopolis « l'éclipsé de soleil survenue lorsque apparut la croix qui apportait le salut » ; qu'il a fait, après sa conversion, un voyage « pour voir le corps qui a donné la vie et reçu Dieu « (Marie), et qu'il a rencontré dans cette visite « le frère du Seigneur » (Jacques) et « le plus ancien sommet de la théologie » (Pierre).

3. Les écrits de l'Aréopagite furent invoqués pour la première fois par les monophysites à la conférence de Constantinople(531), mais rejetés comme apocryphes par les catholiques. Pourtant, dès le vi*^ siècle, ils conquièrent, même auprès de ces derniers, un crédit unanime et jouissent d'une grande vogue pendant le moyen âge. On les respecte presque à l'égal des Saintes Ecritures; les plus grands génies, tels que saint Thomas d'Aquin, les commentent; les scolastiques y trouvent un guide dans leurs spéculations sur l'essence divine et la hiérarchie des anges ; pour les mystiques, c'est un flambeau qui éclaire les obscurs sentiers de la con-

templalion. La foi en leur authenticité, ébranlée par les humanistes, est aujourd'hui entièrement ruinée ^ Hipler -, de Braunsberg, a bien essayé de justifier Tauteur de l'accusation de faussaire. D'après lui, il aurait vécu en Egypte au iv« siècle (Denys de Rhinokolure) ; ses écrits auraient été défigurés dans la suite et arrangés pour convenir à l'Aréopagite : par exemple : au lieu de l/}~i<.ln,iç. l'original, selon lui, aurait porté l/ÀaaJ/=oj; Ep. vu, 2;; l'auteur n'aurait donc point vu une éclipse, mais, comme Constantin, une croix éblouissante. Dräseke-^, Langen et Nirsche ^ ont adopté l'opinion de Hipler. mais les brillantes recherches de Koch ^ et de Stiglmayr^ ont mis hors de doute que les écrits de l'Aréopagite n'ont pu paraître pour la première fois que vers 500 et que Lauteur. en couvrant faussement ses œuvres du nom d'un contemporain des apôtres, a voulu leur ménager une plus grande diffusion ; en quoi il a parfait(^ment réussi. Ces critiques ont prouvé, en outre, que l'auteur a connu les œuvres du néo-platonicien Proclus mort en 48.5J, qu'il reproduit quelquefois mot pour mot. Une circonstance milite encore en faveur de cette

1. Dans ces dernières années, C. Schneider (Areopagilica, Ralisbonne, 188'») et leP. J. dcLeonissa 0. M. cap. (Jahrbuch, fur Philos, xiid spéculative Theologie, lft05. p. ä8äsq.)ont soutenu encore leur aullienlicité.

2. Dionysius dcrAreop.. Regeiisburg, 1861, et son article Dionys. der Areop., dans le \\ eizer und W eltes Kirchenlexicon, 111 -. p. 178!i.

3. Gesammelte patristische Untersuchungen, .KHonA, 18wt, p. -iîi. i. Dionysius der Areop., daus llistor. politische Blätter, 18x3,

vol. 91.

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