Le Chronicon paschale ^ est une chronique
1. Sllçlmajr, Die Eschatologie des Pseudo-Dionysius, dans Zeitschrift für kathol. Theologie, Innsbruck, 18:i9, 4-21, en particulier p. 2, § 1 et p. 17, l 4.
2. La meilleure édition a été donnée par Valois, un vol. in-fol., Theodoren et Evagrii historia eccL, item excerpta Philostorgii et Theodori Lectoris (Paris, 1673 et Mayence, 1679) ; elle a été reproduite par Rcadin? (Cambridge, 1720) etMigiie, P. G., LXXXVI.
3. ïtli^nea reproduit, P. G., Il, l'édition de Diiiclorfdansle Corpus hialoriae Byzantinae, 2 vol., Bonn, 1832.
universelle, écrite en grec. Elle va jusqu'en 630; mais ce n'est que pour les dix dernières années qu'elle est originale et particulièrement importante. Ducange la ainsi appelée parce qu'elle indique le cycle pascal de chaque année et qu'elle insiste sur les fêtes religieuses.
3. Sous le nom de Moïse de Chorène ^ ou plutôt de Khoren. nous sont parvenus trois grands ouvrages en langue araméenne (une histoire de l'Arménie, une géographie et une rhétorique ainsi que quelques petits traités. Il est certain qu'il y a eu au v siècle un évèque arménien de ce nom qui fut un écrivain célèbre : il est également certain que les trois écrits en question sont d'un seul et même écrivain qui se donne pour Mo'ïse de Chorène; mais c'est un faussaire, car il se met en contradiction avec des documents du v^ siècle et il a utilisé des ouvrages composés dans les siècles suivants. Il vivait, semble-t-il. au viii' ou au ix' siècle. Son œuvre la plus étendue et la plus importante est Y Histoire de l'Arménie, en trois parties; elle va jusqu'à la chute des Arsacides d'Arménie 428]. C'est principalement une histoire de la noblesse ; elle célèbre surtout la famille princière des Bagratuniens qui, depuis le vil" siècle, était particulièrement illustre et obtint des califes, au ix' siècle, la dignité royale.
I . Des éditions complètes des œuvres de Moïse de Chorcne ont élé publiées à Venise en ISW et 1805. — Une traduction française de son Histoire a été donnée par Laii^loin, (Collection des historiens de l Arménie, t. II. Paris, \m>.).
Carrière, Moise de Khoren et les {/énèalogies patriarcales, Paris, lisftl ; Nouvelles sources de Moise de Khoren. Vienne, 18ii3-94.
Le but de l'auteur a dû être de préparer les voies k la royauté des Bagratuniens; c'est pour y mieux réussir qu'il s'est couvert du prestige de Moïse de Chorène,
§ 68. — ÉCRIVAINS GRECS DANS LA CONTRO- VERSE MONOPHYSITE ET MONOTHÉLITE
1. Léonce de Byzance K le plus grand théologien de l'Église grecque dans la première moitié du vi° siècle, était vraisemblablement originaire de Byzance. Jeune encore, il se sentit un vif attrait pour les questions théologiques et fut plus tard le principal représentant des catholiques dans la controverse monophysite. Devenu moine, il habitait d'ordinaire la Nouvelle Laure à Jérusalem; mais plus d'une fois les discussions dogmatiques le ramenèrent à Constantinople. Il y vint notamment en 519 avec les moines scythes, qui soutenaient cette formule : « Une des personnes de la sainte Trinité a souffert » (controverse des théopaschites), et en 531 pour la conférence des catholiques et des Sévériens (cf. supr. p. 299) qui étaient une fraction des monophysites (7 vers 543, à Byzance).
Léonce, comme saint Jean Damascène, à la différence des Pères qui les ont précédés, s'appuie sur la philosophie d'Aristote. On peut dire qu'il est le premier des scolastiques. En théologie, il
1. La personne et l'œuvre de Léonce de Byzance ont enfin reçu quelque jour des travaux de Leofs, Leontius von Bysance und die OleichnamigenSrhriftsleHer der griech. Kirche, Leipzig, 1887. — V. Ermoiii, De Leontio Byzantino, Paris, 189."j.
Édition de Migue, P. G., ),XXXVL
suit de préférence saint Cyrille d'Alexandrie. Son chef-d'œuvre, les trois livres Contre les Nestoriens et les Euty chiens font ressortir la pénétration et la culture de son esprit ; le premier prouve que Nestorius etEutychès, malgré leurs enseignements contradictoires, partent des mêmes prémisses erronées; le second est une discussion entre un orthodoxe et un aphthartodocète cette secte admettait que le corps du Christ était incorruptible même avant sa résurrection) ; le troisième a trait à l'hérésie nestorienne, surtout aux erreurs de Théodore de Mopsueste.
Les monophysites prétendaient qu'une nature ne peut exister que si elle jouit d'une hypostase propre ; par suite, si le Christ possède deux natures, il y a en lui deux hypostases ou personnes. Léonce montre, au contraire, d'après Aristote, que l'idée d'hypostase implique non seulement l'individualité, mais encore la subsistance, c'est-à-dire l'existence indépendante ; or une nature peut avoir sa subsistance dans une autre hypostase sans devenir un simple accident. Elle est alors EvuroaTaxoç et non àvuTTÔîTTaTo;. Tel le corps humain qui est « enhypostasié « dans Tàme : telle aussi la nature humaine du Christ qui est sv twXôvw üTrodtäffa [subsistant dans le Verbe).
Léonce a introduit dans la théologie le concept de « l'enhypostasie » '.
1. Advers. yestor. et Eulych.. l, i. Migne, P. G., I.XXXVI. 1-277 el \-!»Q: Advers. argumenta Severi, ibid., ifHb-iQU. — J. TIxeronl.
Les concepts de nature et de personne dans les théologiens des V' et V^I" siècles: Revue d'hist. et de litter. relig., t. VIU. 4903.
2. Saint Sophroiie ' était originaire de Damas. Il vécut, pendant dix ans, dans le couvent de S. Théodose à Jérusalem et entreprit ensuite avec un moine plus âgé, Jean Moschus, de grands voyages en Egypte et à Rome; Moschus (-f- 619) lui consacra son Pratum spirituale , où il a recueilli les vertus et les miracles des ascètes les plus célèbres.
Durant son séjour à Alexandrie, en 633, Sophrone s'efforça de ramener à l'orthodoxie le patriarche Cyrus que Sergius, patriarche de Constantinople, avait gagné aux doctrines monothélites. Il alla même à cette occasion jusqu'à Constantinople. En 634, sa science et son zèle le désignèrent pour le siège patriarcal de Jérusalem; il publia alors une lettre synodale qui est peut-être le document le plus important de la controverse monothélite. Il vécut assez pour voir la prise de Jérusalem par le calife Omar, en 637; il mourut l'année suivante.
Une œuvre plus considérable de Sophrone, contre le monothélisme, qui contenait 600 témoignages d'écrivains ecclésiastiques antérieurs en faveur de deux volontés dans le Christ, a complètement disparu. En dehors de la lettre synodale, nous avons encore iO se7'mons, presque tous sur les fêtes liturgiques. L'un d'eux fut prononcé pour la Noël de 634 pendant que les Arabes occupaient la campagne environnante et ne permettaient pas aux chrétiens
1. L'édition la plus complète des œuvres de Sophronius se trouve dans Migne, P. G., LXXXVII ; cf. article Sophronius de Bardenhewer dans le Kirclienlexicon.
310 ELEMENTS DE I'ATKüLOdlE.
d'aller, selon lusage, célébrer cette fête à Bethléem. — Les vingt-trois o^e.s anacréontiques ('AvaxpeovTcta traitent, pour la plupart, des sujets dogmatiques et ont été composées pour les fêtes de l'Eglise selon les règles de Fancienne métrique, remplacées depuis le v siècle par la loi du rythme, dans l'Eglise grecque. Saint Sophrone écrivit encore une Vita sanctae Marine Aegypdae, pénitente dont la vie peut se placer du iv au vi' siècle. Après une longue existence de péché, à Alexandrie, elle s'était convertie à Jérusalem et avait passé près de cinquante ans dans le désert en deçà du Jourdain.
3. Saint Maxime le Confesseur* est l'un des plus grands penseurs de l'Eglise grecque; les tribulations qu'il a rencontrées dans sa lutte contre les monothélites lui ont valu ce titre glorieux de « confesseur ». Ses talents et ses connaissances joints au privilège d'une naissance illustre attirèrent sur lui l'attention de l'empereur Héraclius f 641) qui en fit le premier de ses secrétaires particuliers.
En 630, il entra dans le couvent de Chrysopolis (^aujourd'hui Scutari) et en devint bientôt abbé. En 633, nous le trouvons à Alexandrie en compagnie de saint Sophrone (cf. supr. :2i et depuis, il fut vraiment l'ànie de la lutte suscitée par le patriarche Sergius. En 645, il soutint dans le nord de l'Afrique, vraisemblablement à Carthage, en présence
I.Une i>dition très incomplète des écrits de Maxime a été publiée par ConibeQs, i vol. in-folio. Paris, 4ü"o: elle a été réiniprimée par lligue avec addition des scolies et des écrits sur l'AreopaKite (P. G., XC-XCl). ^
ECRIVAINS (iKECS ET ORIENTAUX. 311
de plusieurs évèques et du gouverneur, une discussion célèbre avec Pyrrhus, Tex-patriarche monotliélite de Constantinople.
Le compte rendu qui nous en a été conservé est un des documents les plus précieux de toute la controverse. La dispute fut un chef-d'œuvre de dialectique; Pyrrhus dut confesser son erreur. Il se rendit avec son vainqueur, à Rome, où le pape le reçut dans la communion de l'Église. Maxime resta à Rome jusqu'au grand synode de Latran tenu par le pape Martin I, en 649. Les chefs du monothélisme ainsi que 1' « Ecthèse ^ » de 638 et le « Type » de 648 y furent frappés d'anathème. L'empereur Constance II en conçut un violent dépit ; quatre ans plus tard, il fit charger de chaînes et conduire à Constantinople le pape et Maxime. Martin I fut exilé en Crimée où il mourut, en 655; Maxime, avec deux de ses disciples, fut relégué en Thrace. En 662, les trois confesseurs se virent de nouveau amenés à Constantinople et traduits devant un synode. Cette fois, on leur coupa la langue et la main droite. Ainsi mutilés, ils furent conduits à Lazica, sur la côte orientale de la mer Noire. Maxime succomba à ses souffrances, la même année (662).
Malgré sa vie tourmentée, il a laissé de nombreux écrits, d'une pensée profonde, mais d'un style ampoulé. Ce sont des traités dogmatiques contre les
1. Eclhése, c'est-à-dire exposition, édit de l'empereur Héraclius (610-641) qui prescrivait le silence sur la question monothélite mais était eu réalité conçue dans le sens monothélite.
Le Type était un édit de l'empereur Constant II (G41-668) qui prescrivait également le silence sur le point controversé.
monophysites, des commentaires du pseudo-Denys (qui n'ont pas médiocrement contribué à la vogue de ces écrits) ; vient ensuite un ouvrage assez considérable, De variis scvipturae sacrae quaestionibus, contenant soixante-cinq questions et réponses sur les passages difficiles de l'Ecriture Sainte ; enfin le célèbre Liber asceticus, dialogue entre un abbé et un jeune moine, sur les devoirs de la vie spirituelle.
* Saint Maxime n'a exposé ses idées dogmatiques que par occasion. 11 pense que Ihistoiro du monde a un double but : l'un, 1' « humanisation » de Dieu, préparée depuis le commencement et se réalisant par Marie ; l'autre, la « divinisation » des hommes, que l'humanisation de Dieu a rendue possible. — Puisqu'il doit être un nouveau principe de vie pour les hommes, le Christ est nécessairement vrai Dieu et vrai homme ; de cfette double nature découle une double volonté et une double activité (IvépYstai). La nature n"a pourtant que la volonté ou puissance de se déterminer; le fait de choisir. de vouloir ceci ou cela, appartient à la personne. Cet acte de la volonté, Maxime l'appelle le vouloir gnomique (ri yvw[x*i]- La nature humaine du Christ n'a qu'un vouloir physique et non pas le vouloir gnomique, car la détermination delà volonté ne dépendait que du Logos qui, par sa volonté divine, poussait et informait la volonté humaine. C'est aussi le Logos qui dirigeait (xaixiaç) et commandait (TipuTaviç) les travaux et les souffrances humaines dans le Christ. Les besoins et les sentiments
humains ne s'imposaient à lui qu'avec son consentement.
§ 69. - SAINT JEAN DAMASGÈNE i
1. Sur la vie de Jean Damascène nous avons peu de renseignements certains parce que ses anciennes biographies abondent en récits légendaires. 11 naquit d'une famille chrétienne de Damas, dans laquelle se transmettait de père en fils une fonction publique du gouvernement sarrasin, probablement la charge de collecteur général des impôts en Syrie. Aussi reçut-il le nom arabe de Mansour. Il fut élevé avec son frère adoptif, Cosmas. Aux environs de 730, après avoir résigné son emploi héréditaire, il entra avec lui dans le monastère de Saint-Sabas. Cosmas devint plus tard évêque de Majuma en Phénicie; Jean, ordonné prêtre, s'adonna uniquement à la piété et à l'étude. Il commença vraisemblablement à écrire lorsque éclata la querelle des iconoclastes. Il prit vivement la défense du culte des images. Le synode iconoclaste de Constantinople, en 754, le frappa d'un quadruple anathème, sous le nom de Mansour, et déclara que la Trinité en avait débarrassé la terre, ce qui semble indiquer qu'il était déjà mort. Le septième concile général de Nicée,
1. Le Quien, 0. Pr., est le seul qui ait teuté de donner une édition complète de ses œuvres, 2 vol. in loi., Paris, i'i-2. Reproduite à Venise, 1748 et, avec quelques additions, par Dligiic , P. G., XCIV-
Justnscn, Johannes von Damascus, Golha, 1879. — Eriuoni, Saint Jean Damascène (collect, de la « Pensée chrétienne, textes et études »), Paris, 1903.
en 787. le combla d'éloges. Nous apprenons, d'autre part, qu' ^ à cause de la grâce de son esprit qui se manifestait dans sa doctrine comme dans sa vie », il reçut le surnom de « chrysorrhoas ' » ou fleuve d'or.
2. Jean Damascène a été, en un certain sens, le premier et, en tout cas, le dernier g-rnnci théologien de l'Église grecque : le premier, parce que pour la première fois, parmi les Grecs, il a réuni, dans son ouvrage principal, en une construction d'ensemble, tous les éléments dogmatiques qu'il a trouvés dans la tradition écrite et orale ; le dernier, parce qu'après lui, l'Orient ne compte plus de grand théologien et qu'aujourd'hui encore, dans lEglise grecque, il fait autorité comme au viii'' siècle. INIais Jean était avant tout un compilateur. Il se bornait à rassembler les enseignements des Pères grecs, en particulier de saint Grégoire de Nazianze et des conciles. Le développement dogmatique de l'Eglise grecque s'acheminait déjà vers sa fin; Jean prit luimême une part brillante à la dernière grande controverse dogmatique sur le culte des imag-es. C'est ainsi que son œuvre capitale a pu demeurer pour l'Église grecque le livre classique de la théologie dogmatique. — Ses poésies religieuses lui ont valu, comme à son frère Cosmas, un grand renom. On les compte au nombre des hymnographes grecs les plus célèbres, et les commentateurs ne leur ont pas fait défaut. Malheureusement, dans la