CHAPITRE II
§ 70. — LE SEMI-PÉLAGIEN FAUSTE DE RIEZ ET SON ADVERSAIRE SAINT FULGENCE DE RUSPE.
1 . Fauste ' , évêque de Riez, en Provence, jouissait d'une grande réputation et de l'estime générale. Aujourd'hui encore, il est honoré comme un saint dans son diocèse et dans quelques autres du sud de la France; il fut cependant avec Jean Cassien (cf. supr. p. 285 sq.) le partisan le plus célèbre et en tout cas le plus ardent du seini-pélag-iaiiisine. Dabord abbé au monastère de Lérins, puis évêque, il fut exilé, en cette qualité, par le roi des Wisigoths, l'arien Eurich, et ne put rentrer dans son diocèse qu'après la mort du prince (485). La date de sa mort est inconnue.
Il a également pris parti contre les ariens, les
1. L'édition de Migne (P. L., Lvni) est incomplète. — Engelbrech a donné les œuvres complètes de Fauste dans le Corpus script, eccles. lat., vol. XXI ; cf. ses Studien über die Schri/'teii des Bischofs von Reji. Faustus, Vienne, 1889.
Kocli, Der hl. Faustus, Bischof von Riez, Sluttgard, 1893 (donne surtout l'histoire dusemi-pélagianisme au point de vue dogmatique). — E. Simon., Etude sur saint Fauste, évêque de Riez (thèse), Toulon,
macédoniens et les prôtiestinatîeiis. Un prêtre gaulois, Lucidus, avait donné, dans un écrit public, comme enseignées par saint Augustin, la perte totale de la liberté humaine et la prédestînation
absolue même des damnés. Les évêques des Gaules condamnèrent cette doctrine aux conciles d'Arles (473) et de Lyon (474) et chargèrent Fauste, qui était présent, de la réfuter; ce fut l'occasion des deux livres De gratia où il combat le pélagianisme tout en adoptant le semi-pélagianisme de Cassien qu'il complète. Nous possédons en outre dix lettres et une foule de sermons^ ceux-ci sous des noms étrangers.
*Avec Cassien, Fauste enseigne que l'inclination à croire et le désir du baptême viennent de la volonté huinaine et non de la grâce ; il est vrai qu'il parle parfois de la gratin praecedens ^ mais il entend par là la grâce extérieure telle que la révélation et la prédication. D'une manière générale, pour lui, la grâce est principalement le secours de Dieu qui se manifeste parla loi et l'enseignement; parfois même, elle n'est guère que la liberté, comme pour Pelage. De plus. Fauste méconnaît rentière j*-ratuîté de la grâce. Lliomme peut obtenir toutes les grâces de la part de Dieu qui est tenu, par sa miséricorde, à les accorder. Fauste rejette la gratia specialis que saint Augustin déclarait nécessaire pour persévérer dans le bien et, par conséquent, la persévérance dans le bien, tout comme le commencement, sont, d'après lui, uniquement le fait de l'homme.
Il repousse le prédestinatianisme de saint Augustin qu'il appelle une lex fatalis. La prédétermination à la félicité ou à la damnation repose simplement sur la prescience de Dieu. — Enfin Fauste était traducîanîste. Il va même, à la suite de Tertullien et Irénée (cf. p. 107), jusqu'à reconnaître aux âmes humaines une certaine corporéité.
2. Un autre adversaire non moins ardent de Farianisme, mais partisan de la doctrine de saint Augustin sur la grâce, est saint Fulgr<?nce ' , le plus grand théologien de son temps. Les renseignements sur sa vie nous viennent d'une excellente biographie écrite, aussitôt après sa mort, par un de ses disciples. D'une illustre famille d'Afrique, il fut d'abord abbé d'un monastère et plus tard évêque de la petite ville maritime de Ruspe en Afrique, vers 508. Mais, exilé bientôt en Sardaigne avec plus de soixante évoques catholiques par le roi arien Thrasamond, il ne put retourner avec eux dans sa patrie qu'après la mort de ce roi (523). Il mourut en 533.
La plupart de ses écrits sont dirigés contre les ariens; par exemple, les trois livres Ad Thrasamundinn regem Vandalorum, où il réfute les objections de ce prince. C'est seulement vers 520 qu'il fut amené à s'occuper de la question de la grâce. Les moines scythes qui étaient alors à Constantinople et devaient ensuite venir à Rome lui en fournirent l'oc-
1. L'édition du Bénédictin lUaiigoant en un vol. in-4'', Paris, 168i, a été réimprimée à Venise, 1T42. — :\Iig:nc,P. L., LXV.
Sur son enseignement cl'. Wörter, Zur Dogmengeschichte des Semi-2]elagianisnii(s, Munster, 1900.
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casion. Ils avaient demandé au pape Hormisdas la condamnation des écrits de Fauste de Riez, favorables, disaient-ils, au pélagianisme. Comme le pape hésitait, ils se tournèrent vers les évèques africains exilés en Sardaigne qui se prononcèrent en leur faveur. Fulgence écrivit alors les sept livres (aujourd'hui perdus Contra FaustiimeX, après son retour en Afrique, les trois livres 'que nous avons De veritate praedestinationis , puis, aunomdesévêquesafricains, Y Epistula synodica.
* Les positions de Fulgence sur la question de la grâce sont les mêmes que celles de saint Augustin ; comme lui, il enseigne la prédestination absolue, livre à la damnation les enfants morts sans baptême et explique la transmission du péché originel parles désirs charnels des parents. Aussi lappelle-t-on « r Augustin en raccourci ». — 11 rejette expressément limmaculée conception de Marie '.