ECRIVAINS ITALIENS DU TEMPS DE THÉODORIC LE GRAND
1. Un étonnant mélange de christianisme et de paganisme se remarque dans la production littéraire de Magnus Felix Eniiodius-. à la fois rhéteur et
1. Ep. XVII, 6, 13, Mlgne.P.L., LXV. 458 : Caro quippe Mariae, quae in iniquitalibv.s fuernt humnna solemnilale concepta. caro fuit titique peccali, quae fiUum Dei genitil in sitnilitudinem carnispeccati.
•2. L'édition la plus ancienne de Siriuoiid. ?. .1.. Paris, 1611. in-x", a été réimprimée parlligiie. P. /,., I.MII. \oii Harleldans \e Corpus cript. ceci. lai. de Vienne, vol. VI. et Vogel dans Monumenla Gerinaniae Auctores antiquissimi. vol. Vil, Berol.. 1885, en ont donne de nouvelles éditions. La dernière, pour la disposition et la division
évêque, prosateur et poète. Il nous a renseigné luimême sur la première partie de sa vie dans des Confessiones imitées de celles de saint Augustin, intitulées plus tard : Eiicharisticum de vita. Bien qu'appartenant à une famille distinguée du sud de la Gaule, il fît ses études à Pavie où il occupa bientôt une chaire de rhéteur. Dans une grave maladie il se convertit, résolut de renoncer à la littérature profane et reçut le diaconat, tandis que sa femme prenait le voile. Probablement en 513, il monta sur le siège épiscopal de Pavie [Ticinum). Le pape Hormisdas le chargea deux fois d'aller, à la tête d'une ambassade (en 515 et 517), trouver l'empereur Anastase à Constantinople pour tenter le rétablissement de l'union entre l'Église d'Orient et celle d'Occident. Il ne réussit point (-f 521).
Tous les écrits d'Ennodius ont été composés avant son épiscopat. Ce sont d'abord deux livres de Carmina dont le dernier ne contient que de courtes épigrammes : on y trouve des pièces en l'honneur des églises ou des saints, d'autres dont le contenu est tout profane et à peine convenable. Ses poésies, d'un style ampoulé, manquent d'imagination et de sentiment. Ses œuvres en prose sont plus nombreuses.
Les vingt-huit Dictiones sont des modèles de dis-
(les écrits d'Ennodius, suit les manuscrits. Celle de Hartcl suit l'édition de Sirmond.
Sur tous les écrivains contemporains de Théodoric et en particulier sur la Chronologie, on trouvera d'excellents renseignements- <lans PfelIscUlflei", Der Ostgotenkönig Theodorich cl. Gr. und die kathol. Kirche, Münster, 1896.
:Wi KLEMEXTS DE l'ATH()L{)(;iE.
cours suivant le goût des écoles païennes de rhétorique; discours dont la matière est le plus souvent empruntée à l'histoire et à la mythologie du paganisme. Son Panégyrique du roi TJiéodoric est une œuvre considérable, très soignée et qui témoigne d'un réel talent oratoire; il fut prononcé au commencement de l'année 508, c'est-à-dire à l'époque où Théodoric abandonna la cause de l'antipape Laurent pour soutenir le pape Symmaque. On n'y saisit pourtant aucune allusion à la politique religieuse du roi. La plus grande partie consiste en des descriptions pittoresques et imagées de ses expéditions militaires. Ennodius défendit le synode romain de 502, qui s'était déclaré pour le pape Symmaque, par nn Libellus {adversus eos qui contra synodum scribere praesumpserunt). Ses lettres, au nombre de près de trois cents, divisées plus tard en neuf livres, ne sont guère que de la phraséologie.
2. Boèce ^ descendait de l'illustre gens Anicia, qui s'était convertie de bonne heure au christianisme. Il reçut une excellente formation même dans la littérature grecque. Son savoir universel et son éloquence, non moins que sa noble origine et ses excellentes qualités personnelles, lui attirèrent la faveur de Théodoric. Dès l'âge de trente ans, il devenait consul ; il voyait plus tard ses enfants élevés à la même dignité; mais, lorsqu'il prit avec une
1. L'i'dition complète des œuvres de Boèce se trouve dans :\Iigiie, P. L., LXUI-LXIV. — Le De consolalione et les cinq traités théologiques ont été éditi's par Pelper, Lei(>zi,i;, 1871.
ilildebraiifl, Boethius und seine Stellung zum Christentum, liegen s bürg, ISSrj.
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courag-euse éloquence la défense du sénateur Albinus, accusé d'entretenir une correspondance secrète avec l'empereur d'Orient, Justin (f en 527), qui après trente-cinq ans de schisme s'était rapproché des catholiques, il se vit à son tour soupçonné par le roi ostrogoth. Accusé en outre de magie, Boèce se vit condamné à mort par un sénat servile, qu'il avait pourtant toujours soutenu. Emprisonné à Pavie, il mourut dans les tourments (524).
On l'a regardé dans la suite comme un martyr, dans la conviction que son attachement à la foi catholique lui avait mérité la persécution du roi arien. Mais Baronius reconnaissait déjà que cette tradition manquait de fondement et la critique moderne a définitivement confirmé son opinion. La politique seule est intervenue dans le procès de Boèce \
L'année suivante, succomba aussi, sous la même accusation politique du roi des Goths, Symmaque le jeune, doyen d'âge du Sénat et beau-père de Boèce.
On peut dire que Boèce a dirig-é Factivîté intellectuelle du moyen âg-e, tant par son œuvre principale, qui fut un des ouvrages les plus appréciés de cette époque, que par une foule d'autres écrits : traductions des œuvres dialectiques d'Aristote et des commentaires grecs qui en avaient été faits, ou commentaires, d'une lecture facile, qu'il avait composés lui-même sur Aristote ou sur
■1. Baroiiiii«;, Annales eccles. ad annum oiS, n.l^; cf. en particulier Pfcilschiftcr, Op. cit., p. 176 sq.
d'autres philosophes. Par là, il a rendu possible, en Occident, l'étude de la logique et posé les fondements de la méthode scolastique. Parmi ces travaux il faut citer la traduction et le commentaire de Vlsagoge de Porphyre, qui obtint un si grand succès au moyen âge, la traduction des Analylica priora et posleriora, d'Aristote, et le double commentaire du De interpretatione attribué à Aristote.
Boèce écrivit son œuvre principale vers la fin de sa vie dans la solitude de sa captivité : ce sont les cinq livres De consolatione philosophiae. L'ouvrage est en prose, mais il commence par une poésie et chacun des livres se termine de même. De plus, des pièces de différents mètres émaillent les réflexions philosophiques.
11 est écrit avec beaucoup d'art sous forme de dialogue ; l'intelligence, l'imagination et le cœur y ont également leur part. L'auteur veut exposer les pensées consolantes que la Philosophie offre au malheureux. Au premier livre, la Philosophie apparaît à Boèce sous les traits d'une femme vénérable qui veut partager ses malheurs et l'invite à les raconter; il lui dit alors la raison de son emprisonnement. Le second livre montre que le véritable bonheur est intérieur: le troisième, que Dieu est la fin de toutes choses et Tunique source de la vraie satisfaction; le quatrième, que la Providence divine, comme un sage médecin, distribue les faveurs extérieures, toujours instables, d'après l'état de la santé morale. Le cinquième livre répond aux ques-
tions que pose Boèce sur ce qu'est le hasard, et sur le rapport de la liberté avec la prescience divine; il se termine par le conseil de fuir le péché et de penser à la présence de Dieu. — L'exposition est familière, mais la langue élégante et irréprochable; l'inspiration est platonicienne ou mieux néo-platonicienne, mêlée d'un peu de stoïcisme romain. Rien de proprement chrétien dans tout le cours du traité, ni une citation claire de l'évangile ni même le nom du Christ. Aussi a-t-on pensé que l'auteur, le dernier des philosophes anciens, était païen ou du moins chrétien seulement de nom. Mieux vaut dire que les écrivains d'alors préféraient, pour des œuvres qui n'étaient pas strictement théologiques, se servir des idées de l'ancienne philosophie, et que la conception très nette dun Dieu personnel, non moins que la pureté et la sûreté des principes moraux de l'auteur, ont leur source dans le christianisme.
On se tromperait en rejetant comme apocryphes cinq traités théologiques (par exemple De trinitate et Contra Nestoriinji et Eutychen) qui portent le nom de Boèce, sous prétexte que leur contenu diffère trop de celui de son principal ouvrage. Pour un seul, le De fide, il est permis d'hésiter.
3. Le sénateur Magnus Aurelius Cassiodore appartenait à une ancienne famille qui s'était distinguée dans la carrière politique. Son père occupait la praefectura praetorio à la cour de Théodoric. Le fils fut questeur, puis secrétaire intime du roi, c'est-à-dire ministre de l'intérieur, et même consul