jii KLÉ.AIENTS I>E l'ATROLOGIE
en 514. Sous les successeurs de Théodoric (y 526). il conserva sa brillante situation et devint finalement praefectus praetorio. En 540. à l'âge d«soixante ans, il se retira dans le cloître de Vivarium (Viviers), qu'il avait fondé dans ses propriétés, pour se livrer entièrement à la piété et à la science. C'est alors qu'il composa la plupart de ses ouvrages. Le premier, il imposa aux moines le travail intellectuel et surtout la transcription des manuscrits. Il a ainsi ouvert une nouvelle voie à l'ordre des Bénédictins, qui se fondait à cette époque. Les écoles monastiques, qui dans les siècles suivants, alors que la barbarie dominait, ne laissèrent pas s'éteindre la flamme de la science et firent du clergé le gardien do la culture intellectuelle, obéissaient à l'impulsion de Cassiodore. Il mourut vers 570, âgé de plus de quatre-vingt-treize ans.
Cassiodore était une tout autre nature que Boèce : homme d'action et avant tout de gouvernement, taudis que Boèce était un savant, un idéaliste. Tous les écrits de Cassiodore sont nés des circonstances extérieures et visent des besoins précis de son temps et de son entourage'. Cassiodore est le dernier homme d'Etat, comme Boèce, le dernier philosophe de l'ancienne Rome. C'est un penseur moins original; encyclopédiste avant tout, il se préoccupe de faciliter le plus possible l'usage des matériaux qu'il réunit,
1. aligne, p. L., J.XIX-LXX. reproduit l'édition du bénédictin Gard, ■2 vol. in-fol., Rouen. 1079. — Moiiiuisen a publié une belle édition des Variât dans les yion. Genn. Auri. nnl., vol. XII. lierol.. 1894.
Le plus ancien de ses écrits, une Chronique universelle qui va jusqu'en 519, n'est guère qu'un registre des consuls. Pour les vingt dernières années, elle puise à des sources originales. Son Histoire des Goths, plus importante, comprend douze livres et s'étend jusqu'à la morl de Théodoric ; il nous en reste malheureusement un simple abrégé dû au goth Jordanès. Ses douze livres Variae [se. epistulae) présentent un réel intérêt. C'est une collection d'actes que Cassiodore a publiés au nom des rois qu'il servait. Dans les livres vi et VII on ne trouve que des formulaires pour nominations aux différents emplois. Au moyen de digressions savantes et en parsemant son sujet quelque peu sec de vérités générales, il est parvenu à donner de la vie à cette publication officielle, qui paraît être justement la première en date de la collection que forment ses œuvres.
De sa tardive retraite dans un cloître datent deux ouvrages qui font partie des livres classiques du moyen âge. Ce sont d'abord les deux livres des Institutiones divinarum et humanarum lectionum (ou litteraruni). L'ouvrage, dans la pensée de l'auteur, devait suppléer à une école supérieure de théologie qui manquait aux moines de Vivarium. Aussi le premier livre est-il une introduction à l'étude de la théologie et particulièrement de l'Ecriture Sainte; le second doit procurer au clerc la somme de science profane nécessaire, et offre une esquisse des sept arls libéraux [triviuni et quadrivium). Le second ouvrage se compose des douze
livres de VHi'stofia tripartita. C'est une compilation très imparfaite, rédigée à la hâte, qui essaie de fondre les travaux de Soerate, de Sozomène et de Théodoret, traduits à Tusage de Cassiodore par un certain Epipliane,
Le résumé d'un écrit inconnu de Cassiodore a été découvert par Holder et édité par Usener, avec un eommenlaire, sous le titre de Anecdototi Holderi (Bonn, 1877). C'est un fragment, d'une page à peine, mais qui donne des renseignements intéressants sur l'activité littéraire et la famille de l'auteur.
if 72. — ÉCRIVAINS GAULOIS (SAINT GRÉ- GOIRE DE TOURS ET FORTUNATj
1. Grég-oire de Tours ', l'historien des Francs, appartenait à une famille sénatoriale de Clermont, dans laquelle les sièges épiscopaux les plus importants étaient presque héréditaires. Après la mort prématurée de son père Florentins (ce qui explique son nom de Georges Florentins), sa mère le destina à l'état religieux, et son oncle, le saint évêqueGallus .
1. La plus ancienne édition est celle de Dom Riiiiiarl, in-tol., Pans, 'l(i!t!t. Itligne l'a reproduite, P. L.. LXXXI. — Mais celle de Arndt et Ki'usch dans les Monum. Gcnn. /list. scriji/orcti rerurn Merorinij.. vol. I, Hannov., 188i-i885, est incom|)arablenienl supérieure, taut à cause de ses Indices el Le.rica que par la re|>roduction qu'elle lionne delà vraie langue de Crégoire de Tours d'après les plus anciens manuscrits. Les éditions antérieures avaient été faites sur des manuscrits de l'époque carolingienne qui avaient dénaturé la langue. — Traduct. Iranç. de L. Bordier. Paris, 18o7-18ù4 et Giiizol, Paris, 1861-1874.
A. Diipiiy. Vie de S. Grér/oire, év. de Tours, Paris, 18oV. — Lecoy df la Marche, De l'autorité de Grégoire de Tours, Paris, 18G1.
de Clermont, se chargea de son éducation. Une maladie dangereuse le porta à faire le pèlerinage de Tours, où il obtint près du tombeau de saint Martin, la guérison espérée.
Il était dans sa trentième année, lorsqu'on le choisit, en 573, pour occuper le siège épiscopalde Tours, alors le centre religieux de la Gaule. Fortunat célébra son arrivée en des vers enthousiastes. Grégoire montra dans l'exercice de son ministère le dévouement d'un véritable pasteur, et ne négligea même pas les intérêts temporels de son troupeau compromis par des guerres continuelles. Son activité s'étendait au delà des limites de son diocèse. Il défendit contre la tyrannie du roi Chilpéric les droits de l'Église qui étaient également ceux de la civilisation. A la mort de ce prince, il gagna l'entière confiance de Childebert, qui le manda souvent à la cour et le choisit à diverses reprises pour d'importantes missions (f 593 ou 594).
Malgré les travaux extérieurs qui l'absorbèrent, Grégoire de Tours fut un écrivain d'une rare fécondité. A peine évêque, il se mit à écrire en commençant par l'éloge de saint Martin. Il se plaint parfois de son ignorance de la grammaire qui l'expose assez souvent à confondre les genres et les cas, et à user mal à propos des prépositions; ce qui le console, c'est que : philosophantem rhetorem intelle gunt pauci, loquentem rusticum multi [Hist. Franc, prol.). — Il n'altère jamais consciemment la vérité, mais il est crédule et quelque peu léger. — Sa langue laisse voir clairement la transforma-
:m ÉLÉMENTS DE l'ATKOLOClE.
tion du latin en roman et spécialement en français ; il dira par exemple : pro eo quod au lieu de quo~ niam^ d'où la locution < par ce que ». Son œuvre principale est YHistoria Francorum en dix livres. Entreprise peu après son élévation à Tépiscopat, terminée en 591 , elle fut revue dans la suite et complétée, surtout pour la première partie. Dans le prologue, l'auteur explique qu'il veut apprendre aux générations futures l'histoire de son temps et c'est pourquoi, à partir du cinquième livre, il raconte avec beaucoup de détails, sous forme de mémoires, les événements contemporains. Les livres i à iv forment l'introduction. Le premier résume l'histoire du monde, depuis Adam jusqu'à la mort de saint Martin (397); le second raconte l'histoire de Clovis; le troisième et le quatrième nous mènent jusquà l'année 575. En général, c'est moins une histoire proprement dite, qu'une série d'anecdotes, racontées avec une fidélité naïve ; ce qui donne au récit une délicieuse fraîcheur. Le caractère surnaturel de l'auteur, sa tendance morale et religieuse ne se démentent nulle part. L'œuvre est « un des plus importants momiments de toute la littérature historique ».
Ses autres écrits, qu'il énumère à la fin de l'histoire des Francs, sont presque exclusivement des vies de saints. Les huit plus importantes se trouvent réunies en un recueil hagiographique composé par Grégoire dans les dernières années de sa vie [Miracula). Ce sont : a) les quatre livres De vivtiitibiis sancti Martini, recueil des miracles obtenus
sur le tombeau du saint ou au moyen d'objets ayant servi à son usage , comme l'eau dont il s'était lavé, b) Le De gloria martyrum, qui raconte les miracles du Seigneur, des apôtres et des martyrs gaulois, c) Le De gloria confessorian, qui décrit les miracles des confesseurs de la Gaule et particulièrement de la Touraine. d) Le De virtutibus (c'est-à-dire miraculis) sancti Juliani^ martyr de la région de Clermont. e) Le Liber de vitapatrum, c'està-dire d'une vingtaine de saints, qu'il a lui-même connus, dont quelques-uns même étaient ses parents. Ces livres de miracles ne reposent guère que sur la tradition orale ; ils abondent en faits anecdotiques et curieux, mais aussi en détails intéressants pour l'histoire de la civilisation, particulièrement le dernier, le plus précieux de toute la collection. — Grégoire a encore traduit en latin, avec le concours d'un Syrien, la légende des sept dormants {Passio Septem dormientium) et composé une sorte de manuel liturg-îqiie [De cursibus ecclesiasticis).
2. Le poète Venance Fortuiiat^, originaire de de la Haute-Italie, étudia la grammaire, la rhétorique et le droit à Ravenne, capitale du royaume ostrogoth. C'est là qu'il écrivit ses premiers essais poétiques.
1. L'édi lion de Mlguc, p. L.,LXXXVni, reproduit celle du Bénédictin Liicbi, '2 vol. in-40, RoQie, 1786. — La meilleure édition est celle de Léo et Krusclidans les ilon. Germ. hist. Auctores antiq., vol. IV, Berol., 1881-1885. Pour les poésies en particulier, elle fournit seule un texte sûr.
L. Cai'ou, Le poète Fortunat et son temx>s, dans Mémoires de l'Acacl. des sciences, Amiens, 1883-4, C, X, 223-4Ö3.
33(3 ELEMENTS DE PATlt()L()(iIE.
Pour remercier saint Martin, à qui il attribuait la guérison d'une ophtalmie, il entreprit, en 565, le pèlerinage de Tours. Durant le voyage, il s'arrêta deux ans à la cour du roi Sigebert d'Austrasie, à qui il dédia un épilhalame à l'occasion de son mariage avec Brunehilde. De Tours, il se rendit à Poitiers où il fit la connaissance de deux moniales, sainte Radegonde fille d'un prince de Thuringe et veuve de l'ancien roi franc, Clolaire l^\ et sa fille adoptive Agnès. Elles acquirent une telle influence sur lui qu'il renonça à sa vie errante et devint, après avoir reçu les saints ordres, le directeur spirituel de la petite communauté de Poitiers. Mais sa renommée poétique qui s'étendait chaque jour, son caractère aimable et enjoué le mirent en relation avec toutes les personnalités intellectuelles de la Gaule, notamment avec Grégoire de Tours. Peu avant 600. il monta sur le siège épiscopal de Poitiers; il mourut bientôt après.
Fortunat était un excellent poète. Il réussissait à merveille à composer des vers faciles sur les menus événements de la vie quotidienne : une localité où il s'arrête, un ami qui le reçoit, un festin, en un mot tout lui est occasion d'écrire une charmante pièce. Une des plus célèbres raconte un voyage sur la Moselle, de Metz à Andernach [De navigio suo).
C'est le pendant de la Mosella d'Ausone. Les deux hymnes de la Passion Pange lingua et
Vcxilla régis, qui sont de lui, dénotent une profonde sensibilité. Dans l'élégie De excidio Thiir/ngiae il met sur les lèvres de Radegonde une lamen-
tation saisissante. Sur le conseil de Grégoire de Tours, il a rassemblé en onze livres de Carmina ou Miscellanea la plupart de ses poésies ; la collection contient quelques morceaux en prose comme YExpositio orationis dominicae. Nous avons en outre un poème plus considérable en hexamètres : les quatre livres De vita sancti Martini; ce n'est qu'un remaniement poétique de l'œuvre de Sulpice-Sévère sur le grand thaumaturge.