LE PAPE SAINT GRÉGOIRE LE GRAND
1. A la limite de l'antiquité et du moyen âge, se dresse la majestueuse figure du pape Grégoire I"', qui a été, avec Léon P"", durant les six premiers siècles, le successeur le plus marquant de saint Pierre, au point de vue politique et religieux.
1. L'édition des Béncdictiiis, 4 vol. in-fol., Paris, 1703 et Venise, 1744, a été corrigée et augmentée par Gallicioli, 17 vol. in-4<', Venise, 1708. C'est cette dernière que î\It^uc a reproduite, P. L., I.XXV- LXXIX. — Une excellente édition du Registrum a été commencée par Ewald et achevée par Hartmauu. dans les Mon. Ge^-m. ; Greijorii I papae registrum epistularuin, :2 vol., BeroL, 1801. — L'édition (lu Sacramentariuni Gregor, de Doni M<;uard, reproduite par Mig'nei P. L., LXXVIII, est absolument insuffisante; il laut recourir à celle de »luratori (inf. p. 348, note). — Traduct. franc, des Dialogues, par Cartier, Paris, 1875.
Pour la biograpliie de saint Grégoire, on ]ieut lire : Boe[irlng:er, Leo I und Gregor. I, Stuttgart, 1879 et Wolfsgriiber, Saulgau, 1890.— E. Clausier, Saint Grégoire le Grand, Lille-Paris, 1887.
Pour les Homélies sur les évangiles cf. Pfcilscliifter, Die authentische Ausgabe der Evangelienhomilien Gregors d. Gr., München,
Sur son Sacramentaire et les autres sacramenlaires romains ; Duchesnc, Origines du culle chrétien, Paris, 1889; 2« édit., 1898. — Probst, Die ältesten romischen Sacramentarien und Ordines, Miinster, 1892.
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Comme écrivain, il appartient à l'antiquité, mais il est déjà du moyen âge par son activité pastorale.
Issu d'une riche famille patricienne, il devint praefectiis nrba/ius; dans ces fonctions et plus tard à Constantinople. il acquit l'expérience des affaires qui a distingué son pontificat. L'influence d une mère pieuse, qui prit le voile à la mort de son mari, le détermina à renoncer au monde, il vendit son riche patrimoine pour en consacrer le revenu aux pauvres et fonder sept monastères six en Sicile et un à Rome . Il entra dans celui de Rome où il suivit la règle de saint Benoît avec une telle rigueur qu'il compromit définitivement sa santé. Un jour pourtant, il devait regretter ce temps heureux, qui avait si peu duré.
Elevé par le pape à la dignité de cardinal régionnaire. il fut envoyé ensuite en qualité dapocrisiaire ''ou nonce à Constantinople et remplit durant sept ans ces délicates fonctions dans les circonstances les plus difficiles. En 585. il put rentrer dans son couvent. Il y reçut bientôt la charge abbatiale. Voyant un jour de vigoureux jeunes gens exposés sur le marché, il demanda de quel pays ils étaient : Angli sunt, répondit-on : Angeli fiant, répliquat-il. Le désir lui vint aussitôt de prêcher l'Évangile à cette nation et il s'embarqua pour l'Angleterre. Le pape y avait consenti; mais devant l'émotion soulevée dans le peuple par ce départ, il se vit contraint de rappeler le missionnaire. Lorsque, en 5!)0, Pelage II mourut de la peste, le sénal, le clergé et le peuple, dans un élan unanime, dési-
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gnèrent Grégoire pour lui succéder. Après de longues hésitations, celui-ci dut subir sa nouvelle dignité.
2. Grégoire prenait en main le gouvernement de l'Église au moment où, selon ses propres expressions, la barque de Pierre, violemment secouée de tous côtés par d'incessantes tempêtes, semblait annoncer, par le craquement de ses planches vermoulues, un naufrage imminent. En Italie, c'était la peste et la famine; Rome, de plus, était accablée par les Lombards ; tandis que la province ecclésiastique de Milan demeurait toujours engagée dans le schisme, à cause de la condamnation des trois chapitres, et que la défection de l'Eglise grecque se préparait déjà. Unissant, à un rare degré, la fermeté et l'esprit de conciliation, Grégoire sut tenir tête à l'orage. Les adoucissements apportés aux misères sociales, la défense de Rome contre les Lombards, plus tard l'alliance avec la reine Théodelinde de Lombardie, valurent au pontife d'être tacitement reconnu de tous comme le gouverneur politique de la ville de Rome. Il avait préparé la domination temporelle des papes.
Il comprit que l'avenir appartenait aux races germaniques et n'hésita pas à leur prêter son concours. Alors que le patriarche Jean le Jeûneur de Constantinople se donnait le titre de Patriarche œcuménique, qu'il s'obstiiiait à revendiquer, malgré les représentations réitérées de Grégoire, celui-ci prenait le titre de Serç>us servorum Dei. Une des plus grandes consolations de son pontificat
fut la conversion do l'Ang-leterre qu il avait confiée à l'abbé Augustin, accompagné de quarante moines. Le roi Ethelbert, de Kent, reçut le baptême à la Pentecôte de l'année 51)7 avec 10.000 Saxons, et Augustin devint le premier archevêque de Cantorbéry.
C'est à saint Grégoire que nous devons le canon <!<' la messe dans sa forme actuelle et un nouveau missel, le Sacramentarium Gregorianum. Nous ne possédons ce dernier que dans le texte plus ample qui fut envoyé, cent ans plus tard, par le pape Hadrien P"" à Cliarlemagne et introduit en France. Dans un nouvel antiplionaire, Grégoire, au moyen des « neumes », fixa l'arrangement des tons, mais non encore les intervalles précis. Il est bon de remarquer qu'il fonda, à Rome, une école de chantres, la Schola pontificia, qui devait servir de modèle à bien d'autres établissements de ce genre, notamment à Saint-Gall, et ensuite en France. Grégoire est célèbre aussi comme initiateur du chant liturgique qui a reçu le nom de cantus Gregorianiis. Dans les dernières années de sa vie, il demeura, presque sans interruption, cloué sur son lit. 11 mourut le 12 mars 604.
3. Lactivité littéraire du grand pape fut tournée entièrement vers des fins pratiques. II. ressemble par là à saint Ambroise, qui lui est pourtant supérieur par la pénétration de lesprit et la^ culture classique; car Grégoire, malgré sept ans de séjour à Constantinople, ignorait le grec. Il vivait dans un temps de profonde décadence intel-
lectuelle, que favorisait sans doute la croyance générale à la fin prochaine du monde * , et où l'on chercherait en vain un peu d'élan, de force créatrice. Mais mieux qu'aucun autre, sans en excepter saint x\mbroise, il connaît les faiblesses et les besoins du cœur humain et signale les remèdes naturels et surnaturels qu'on y peut porter. Des Pères de l'Église nul ne fut plus étudié au moyen âge.
4. Dès son élévation à la chaire pontificale, Grégoire écrivit son Liber regulae pastoralis, dont le succès a été prodigieux. 11 l'adressa à l'archevêque Jean deRavenne, qui lui avait reproché sa fuite lors de son élection à la papauté. Grégoire se justifie, comme précédemment saint Jean Chrysostome (cf. supr. p. 189), en expliquant son refus par la conscience de la dignité et des difficultés de la charge, car la direction des âmes est vraiment « l'art des arts ». Le livre se divise en quatre parties, d'étendue très inégale : la première examine les conditions requises pour le ministère des âmes; la seconde dépeint la vie du pasteur ; la troisième, aussi longue que les trois autres, développe les règles de la prédication ; la quatrième, en un seul chapitre, conseille au pasteur de réfléchir chaque jour sur sa propre insuffisance.
Les quatre livres De i>ita et miraculis patruni italicorum ^, qu'il composa dans les premières années de son pontificat, ont exercé également beaucoup d'influence. Ils ont même été traduits en arabe et en