II. - CLASSEMENT DES ÉLÈVES
Le classement des élèves est leur répartition entre les cours et les classes qui composent une école. 11 repose sur les principes suivants :
1" Les connaissances acquises par les écoliers et leurs aptitudes intellectuelles sont les seules bases rationnelles du classement; leur âge et leur ancienneté à lécole ne peuvent
t'irc pi-is en considération qu'à titre exceptionnel et secondaire.
2" Il est à souhailer que le classement se fasse dès les premiers jours de l'année scolaire, et avec assez de connaissance des aptitudes el de la capacité «les enfants pour qu'on n'ait pas à y revenir. Cependant s'il était constaté qu'un élève ne peut suivre la classe on il a été plaré et qu'il se décourage, il faudrait le mettre dans une autre sans trop tarder. Ajoulons i|ue 1(^ passage d'un (Uève à un cours plus avancé, pendant l'année scolaire, offre moins d'iuconvi'nients s'il s'agit d'enfants des cours préparatoire ou l'ir'mentaire.
Répartition des élèves en cours. — Kn p(''dap,ogie, le terme cours a plusii'urs sens : il désigne tantôt un ordre d'enseignement (cours primaire, cours secondaire), tantôt une orientation des études (cours technique, cours commercial, «ours agricole . tantôt les trois divisicms de l'enseignement primaire élénu'ntaire en France (cours élémentaire, cours moyen, cours supérieur. Ici, nous entcMidons par 'ours un degré d'enseignement où les élèves sont à peu près du même développement intellectuel, se servent des mêmes livres, reçoivent les mêmes leçons, font les mêmes devoirs et poursuivent le même but. En réalité, un cours n'est pas une classe; il peut comprendre plusieurs classes, comme aussi une même classe peut i^'unir plusieurs cours.
C'est par le fonctionnement i-i'gulier des cours qu'une école ollre une gradation rationnelle et se divise en un certain nombre de groupes principaux qui correspondent à des dévelo|)pemenls d'instruction successifs, distincts et bien déterminés. Opérer ces groupements dans une école, c'est substituer une gradation normale aux divisions artilicielles, vagues ou arbitraires qui rc-uniraient eu une même classe des enfants sans aucune [)arité intellectuelle, et se préparant à des cairières trop diil'érentes ; le moindre inconvénient de ce manque d'organisation est de laisser les maîtres et les élèves dans l'incertitude et le di'sarroi.
Cours de l'enseignement primaire élémentaire. — Aujourd'hui, l'organisation pédagogique établit trois cours dans ime (''cole
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primaire éléinent^ire de Frajice : le cours élémentaire^ le cours inoijen, le coxrs supérieur. Arrêté du 18 janvier 188"). i'A comme le développemejit intellecluel 4es entants concorde en i;énéral assez bien avec leur développement physique, ces trois divisions correspondent à j)eu près aux âges suivants : cours élf'mentaire, de sept à neuf ans ; cours moyen, do neuf à onze; cours supérieur, de onze à treize.
On a cru que la division en trois cours correspcjudait d'une manicre satisfaisante à la répartition normale des élèves, ainsi qu'à la distrilmtiou rationnelle et graduée des matières de l'enseignement primaire. Toutefois, certains auteurs ont pensé avec raison qu'un cours d'initiation, appelé cours préparatoire, poui' les élèves de six à sept ans, formerail, au moins dans les écoles urbaines, un point de départ présentant des avantages réels. De petits manuels ont été rédigés d'après cette idée et ils l'ont fait passer dans la pratique.
A chacun de ces cours correspond un degré d'enseignement, et la dilférence de degré consiste moins dans la limitation des matières que dans l'appropriation des leçons au développement iniellecluel des enfants. Ainsi, la leçon faite aux élèves du cours moyen n'est pas seulement une réduction de celle des élèves du cours supérieur, et celle du cours élémentaire, une réduction de celle du cours moyen; chaque degré d'enseignement doit avoir sa forme spéciale. Le caractère général de ce système d'enseignement, gradué et concentrique, consiste dans son but principal, qui est de concourir à la culture intellectuelle par des exercices variés, progressifs et appropriés à l'âge des enfants. En voici les caractères particuliers.
Cours préparatoire. — Le coui-s i)réparatoire doit être véritablement une « classe d'initiation. » On y place les jeunes élèves qui ne savent que peu ou point lire, peu ou point écrire, peu ou point calculer. Plus que tout autre, et en raison même de la faiblesse des enfanis, ce cours demande une grande connaissance des procédés pédagogiques et beaucoup d'expérience, pour présider en quelque sorte à l'éveil des jeunes intelligences, })Our exciter leur curiosité et leur attention, leur faire prendre goût aux premières études, assez arides par elles-mêmes, et les habituer, par le désir de
savoir, à rell'ort et à Tapplication. Sans doute l'imagination et la mémoire sont plus développées en ces petits enfants que la raison et le jugement ; mais le maître n'oubliera pas que toutes les facultés agissant dans une âme en inème temps, bien qu'inégalement, on peut et on doit les cultiver toutes ensemble, en respectant leur hiérarchie et les lois de leur épanouissement. C'est ainsi que le cours préparatoire sera éducatif, et pourra déjà, sans danger, embrasser les premiers éléments des matières principales de l'enseignement primaire. On peut même affirmer qu'en règle générale, le succès des études dépend en partie de cette première initiation.
Cours démentaire. — Le cours ('démentaire est, lui aussi, une initiation, mais un peu plus complète. Les directions pédagogiques générales données pour le cours préparatoire lui conviennent. Le maître se souviendra (lue ces enfants sont encore peu susceptibles de se livrer à un travail personnel et qu'ils sont inhabiles à demeurer longtemps attentifs : c'est pourquoi les leçons seront courtes, précises et intéressantes. Il ne faut encore compter que sur l'intérêt excité par l'étude, c'est-à-dire sur le plaisir qu'éprouve l'activité intellectuelle aux prises avec un travail approprié à ses forces.
Le cours préparatoire et le cours élémentaire constituent ce que nous appelons les petites classes, dont l'importance est capitale pour une école. Si les dernières classes sont suffisamment remplies, et surtout si les élèves y font de rapides progrès, les classes moyennes ont un recrutement assiu-é ; dans le cas contraire, elles sont peu garnies et les classes supérieures souffrent de cette faiblesse numérique.
Cotons moyen. — Le cours moyen ou intermédiaire cherche à communiquer à l'enfant le minimum des connaissances indispensables ; il représente pour ainsi dire l'enseignement primaire en plein exercice. Ici encore, le maître se bornera, selon le mot de Fénelon, ;"i suivi'e " une méthode courte et facile ". Il ne s'agit pas, on le com|»riînd, d'un enseignement bref, sec et sans vie, réduit aux j)lus simples éléments ; mais, par un heureux choix de traits saisissants, de principes et de développements, il faut que le maître donne de l'animation à son enseignement et mette de l'entrain parmi les élèves. Il
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évitera avec soin le diffus et l'a peu près, car rien ne rebute plus l'esprit de l'enfant que le manque de précision. Point de routine surtout, aliii que les élèves ne deviennent pas ce que le P. Girard appelle « des machines à parler, des machines à écrire et des machines à réciter. »
Les exercices pratiques;, les applications usuelles, les démonstrations faciles, sont donc la base de l'enseignement au cours moyen. Supposé qu'après avoir suivi ce cours, l'élève soit obligé de quitter l'école, il faut qu'il en emporte des notions précises, qu'il ait un esprit juste et une conscience bien formée, qu'il soit déjà habitué à réfléchir, à raisonner, à parler, et si bien qu'il puisse continuer par luimême sa propre instruction, autant du moins qu'il en aura la facilité.
Cours supérieur. — Le cours supérieur réunit les plus intelligents des élèves qui ont suivi le programme du cours moyen. Sans cesser d'être simple, l'enseignement devient plus raisonné, il fait une part plus notalde aux démonstrations, l'n ensemble de développements complémentaires, quelques exercices plus difficiles, enfin la revision des mêmes matières, traitées avec des vues plus larges, telle doit en être la base. Mais dans ce cours comme dans les autres, on insistera sur les principes essentiels et sur les applications utiles, afin d'orienter de plus en plus l'enfant vers la vie pratique.
Cours complémentaires et cours spéciaux. — Nous avons dit quelles sont les institutions complémentaires des classes primaires ; il ne nous reste plus qu'à les caractériser sommairement.
L'enfant ne doit entrer à Vécole primaire supérieure ou dans les cours similaires qu'après avoir fait de sérieuses études au cours supérieur de renseignement primaire élémentaire. Il consacre la première année à des cours généraux ; pendant la seconde et la troisième, il suit des cours spéciaux d'ordre industriel, commercial ou agricole: cours de géographie physique, où la terre doit être montrée comme un organisme vivant, soumis aujourd'hui comme autrefois à des influences diverses qui en transforment lentement la surface ou en
modifient les profondeui*s : cours de géographie commerciale et coloniale, où le moitre sattaclie aux questions de productions et de transports ; cours de langues étrangères, enseignées surtout en vue de la conversation et de la correspondance : cours de mathématiques, qui. sans répudier la théorie, insiste de préférence sur les applications pratiques ; cours de comptabilité et de tenue des livres où, le plus possible, les élèves sont placés en face de véritables opérations commerciales ; cours de sciences physiques, qui vise à donner au jeune liomme lintelligence des phénomènes dont nous sommes témoins, et à linilier au travail industriel moderne ; cours de technologie, rattaché à l'étude de la chimie et de l'électricité, et complété par des visites à des usines ; cours de sciences naturelles, avec compléments spéciaux pour la section agricole: cours de dessin géométrique, de dessin d'imitation et de modelage; entin, travaux agricoles ou travaux d'atelier, selon la carrière ;i laquelle les élevés se destment.
Dans les établissements d'ordre secondaire, les élèves ne sauraient être tous appliqués à la préparation au baccalauréat. Un certain nombre ne doivent pas rester assez longtemps en classe ou nontpas les dispositions nécessaires pour suivre le cours entier des. études et subir avec succès les examens (jui les couronnent ; il en est que ces études ne préparent que trop peu aux travaux qui les attendent à leur sortie de l'école : pour les uns et les autres, on a créé des cours agricoles, teclinigues et commerciaux. Rien n'est plus sage, et l'organisation du travail, pour cette catégorie d'élèves, rencontre partout l'approbation du monde industriel et commercial: mais il faut que ces cours aient un programme bien déterminé en vue du but à atteindre, et qu'ils soient confiés à des maîtres que des études spéciales aient préparés à cet enseignement.
Répartition des élèves en classes. — Employé dans son sens propre, le mut classe désigne le local scolaire où se réunissent les élèves pour y suivre l'enseignement qui leur est donné. Au point de vue de l'organisation scolaire, il faut entendre par classe une section de l'école, une réunion d'élèves sous la
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conduite d'un même maître ; à ce groupement partiel correspond un certain degré d'enseignement plus ou moins développé.
Pour constituer une classe proprement dite, il faut un local spécial, un groupe d'élèves de même valeur intellectuelle ou à peu près, placés sous la direction d'un ou plusieurs maîtres. Si le maître établit dans la même classe des catégories distinctes d'élèves pour donner à chacune et séparément des leçons, ces groupements sont des divisions de la classe : mais, quel qu'en soit le nombre, ils ne sauraient être considérés comme formant autant de véritables classes. On nomme encore divisions, les sections d'une classe qui, recevant toutes les mêmes leçons, composent isolément, afin que soient plus stimulés les élèves moyens ou faibles.
Nombre des classes à établir dans une école. — A des groupes d'élèves très différents par le degré du savoir, il faut des maîtres dilTérents, des locaux distincts et des programmes spéciaux : c'est le résultat qu'on obtient en divisant l'école en plusieurs classes.
Le nombre des classes à organiser dans une école dépend du nombre des élèves. Plus il sera possible de créer de • lasses, moins les maîtres seront obligés de diviser leur action.
Les écoles de notre Institut ont toutes au moins deux classes. S'il n y en a que deux, il convient de réunir le cours moyen et le cours supérieur dans la ])remière classe, le cours élémentaire et le cours préparatoire dans la seconde. On affecte un cours à chaque classe, si l'école en compte trois. Au delà de ce nombre, chaque cours pourra compter plusieurs classes, soit progressives, soit parallèles. Dans ce dernier cas, il est avantageux que les élèves des classes parallèles suivent identiquement le même programme, fassent les mêmes devoirs et les mêmes compositions.
L'important est de ne pas réunir dans une même classe des éléments peu homogènes qui nécessiteraient l'établissement d'un trop grand nombre de divisions : ce serait en quelque sorte restaurer l'enseignement individuel. « Partout où le nombre des classes répond au nombre des cours, à plus forte
raison dans les écoles où les cours comportent plusieurs classes, point de ces divisions qui. forçant le maître à se partager et lui imposant à la fois la fatigue de la surveillance et celle de l'enseignement, doublent sa peine en diminuant d'autant le profit pour la masse des éh'vcs; point de ces groupes distincts qui, isolant les enfants les uns des autres, empêchent de se former ces grands courants démulation si utiles au progrès. Ce n'est pas sur quelques préparations heureuses, c'est par l'ensemble des résultats qu'un enseignement se fait juger. Le premier devoir de l'instituteur est de ne négliger aucune des intelligences qui lui sont confiées ; il se doit tout à tous" ».
Nombre des élèves dans une classe. — On ne saurait évidemment rien fixer en cette matière ; mais l'idéal est que le nombre des élèves soit suffisant pour que l'émulation régne entre eux, et pas trop considérable pour que le professeur puisse diriger l'éducation de chaque enfant en particulier. Une classe trop nombreuse fatigue à Fc^xcès celui qui la dirige; elle nécessite une salle très vaste, d'où il s'ensuit de grandes difficultés pour la surveillance.
Etant donné le nombre des écoliers qui, après le cours moyen ou même le cours élémentaire, quittent l'école, on a remarqué que, pour recruter cojivenablement le cours supérieur, il faudrait presque le double d'élèves au cours moyen, et surtout au cours élémentaire. Soixante élèves au cours élémentaire, (jiiarante-cinq au cours moyen et trente à trentecinq au cours supi-rieur sont une bonne moyenne; mais souvent cette propoi'tion ne peut être gardée. Les classes des pensionnais et des demi-pensionnats ne devraient pas dépasser un maxinmm de trente à quarante élèves.
Formation des classes. — 11 est à désirer que chaque classe reçoive son contingent au début de l'année ; on n'a plus alors qu'à incorporer ensuite les retardataires et les nouveaux venus. Les changements de (liasse dans le courant de l'année
» Directions prclagof/if/ues officieltes. - - (le que le texte ci-dessus voudrait supprimer, ce n'est pas rétablissement de deux divisions ou de deux cours dans une nièmeclassc, mais le fonctionnement simultané d'un trop grand noml)re de sections différentes les unes des autres.
ne sont qu'exceptionnels ; quant à la descente de classe, elle ne doit jamais être infligée comme une punition.
Dans les e'coles primaires composées d'au moins cinq ou six classes, il est assez ordinaire que tous les élèves d'une classe passent l'année suivante à la classe plus élevée ; on obtient ainsi des groupes homogènes. Mais dans les écoles formées de deux ou trois classes, il faut évidemment que les élèves séjournent deux ans dans une ou deux d'entre elles. Les doublements de classe sont fréquents dans les pensionnats secondaires et dans les cours spéciaux, où un élève ne peut que difficilement aborder l'étude d'un programme s'il ne connaît pas assez celui de la classe inférieure.