I.— MODE INDIVIDUEL
Par le mode individuel, le maître instruit directement un élève, s'adresse à lui seul, ne s'occupe que de lui pendant un certain temps ; et successivement il dirige ainsi le travail de chacun des écoliers confiés à see soins
Pour l'éducation privée, le mode individuel n'est pas sans présenter de réels avantages: il permet au maître de demeurer en contact plus intime et plus suivi avec l'enfant qu'il instruit, d'en mieux connaître les aptitudes et de proportionner plus sûrement les explications, les devoirs et les répétitions aux besoins de cet élève, enfin de donner à l'enseignement un caractère plus familier, plus intime et plus éducatif.
Appliqué dans une école, ce mode ne présente guère que des inconvénients, car : 1° il oblige le professeur à réduire considérablement le nombre des leçons que recevrait chaque enfant; 2° il laisse la presque totalité des élèves dans l'inaction, ou du moins il les livre à eux-mêmes une grande partie de la journée, ce qui fait naître l'ennui, favorise l'indolence, développe l'indiscipline et souvent engendre l'immoralité ; 3° il fatigue par des répétitions fastidieuses le maître qui les donne et ceux qui les écoutent ; 4° il supprime l'émulation, qui est l'un des plus puissants moyens d'éducation.
Aujourd'hui, on ne conçoit pas l'emploi du mode individuel dans une classe nombreuse ; néanmoins cet enseignement fut presque le seul pratiqué jusqu'à saint Jean-Baptiste de la Salle, en des classes où un seul maître devait suffire pour des centaines d'écoliers, différents par l'âge, les aptitudes et les
'' Nous n'insistons guère sur les modes d'enseignement, car le mode simultané étant seul pratiqué dans nos classes, l'étude des autres ne pourrait être que spéculative et historique.
3iO ENSEIGNEMENT
connaissances acquises*. Dans ces conditions, est-il étonnant que les progrès fussent lents et qu'il fallût fréquemment recourir à des châtiments, pour réprimer le désordre auquel l'inaction forcée inclinait les élèves?
Au surplus, le mode individuel ayant pour caractère distinctif l'absence de tout moyen de groupement, de toute organisation pour diriger une réunion d'enfants, se trouve par là même exclu des écoles. Aussi rien ne le rappelle dans nos classes, sinon les corrections des devoirs et des compositions faites par le maître sur les cahiers de chaque élève, et les interrogations qu'il adresse en classe; encore faut-il expliquer au tableau noir les plus importantes de ces corrections, poser les interrogations à haute voix, et exiger que les réponses soient intelligibles pour la classe entière''.
Il- — MODE SIMULTANÉ
Le mode simultané consiste à donner les mêmes leçons à tous les élèves d'une classe, ou d'une section de classe. Il emploie donc le mode simultané, le maître dont les élèves suivent tous le même cours, ou qui, les ayant répartis en deux cours, donne une leçon à l'un pendant que l'autre étudie ou fait un devoir.
Les avantages du mode simultané sont incontestables: 1° il établit un contact direct et permanent entre le maître et l'ensemble de la classe ; 'îL" il permet une communication fréquente entre chacun des élèves questionnés et le maître, qui peut suivre ainsi leur formation intellectuelle et morale ;
* L'Kcule paroissiale, directoire des « petites écoles >• au dix-seplicmc siècle, dit : « Ceux qui iront lire auprès du maître ne se trouveront rpie deux à la fois... Ils devront parler si bas que le maître seul les entende et que la classe nen soit point troublée... Le maître fera venir les écrivains deux à deux pour corrisjer leurs exemples. » Edit. 11354, 'V- partie, chapitre V.
•' Le mode individuel subsista encore en France plus de cent ans après que saint .lean-lîaptiste de la Salle l'eût remplacé dans ses écoles par le mode simultané. En li^^i, il était pratiqué dans 8.291 écoles de garçons et 8.523 écoles de filles, tandis que le mode mutuel régnait dans 1985 écoles et le mode simultané dans 2i.'.'A0 (Buisson. Dictionnaire de Pédagogie, II, p. 2(X>.3.)
MODES DENSEIGNEMENT 321
3° il provoque lémulation par des exercices collectifs ; A" il assure l'ordre et le respect de la discipline, puisqu'il tient les enfants constamment occupés; 5° il stimule maître et élèves, par lanimation qu'il maintient dans la classe, car l'un éprouve plus de plaisir à parler à un groupe qu'à un élève en particulier, et les autres prennent plus d'inlei et à des leçons communes et variées , qu'à des répétitions monolunes et sans fin.
La création ou du moins l'application continue et méthodique du mode simultané dans l'enseignement populaire place saint Jean-Baptiste de la Salle au premier rang parmi les pédagogues des temps modernes ^ « Les Frères, dit-il dans sa Règle, seront continuellement attentifs à faire suivre tous
^ En disant que saint Jean-Baptiste de la Salle tut l'organisateur de l'enseignement simultané, nous ne prétendons pas qu'il en ait eu le premier l'idée, et nous ne voulons pas enlever à ses devanciers le mérite d'en avoir connu, préconisé et partiellement appliqué plusieurs principes essentiels.
L'enseignement des universités du moyen âge était simultané, quant à la leçon. Même système dans les collèges des Jésuites ; mais on n'avait encore rien tenté pour les écoles populaires.
Saint l'ieri'e Fourier (1.3(J.j-l(J4it) semble être entré le premier dans cette voie. Ses Constitutions prescrivent que l'inspectrice tâchera, autant que pos^ sible, que toutes les élèves de la même maîtresse aient le même livre, afin d'y apprendre à lire toutes ensemble la même leçon : c'est bien là un principe du mode simultané. Mais le saint dit aussitôt que la maîtresse fera venir près de son siège deux élèves qui liront alternativement, l'une corrigeant les fautes de l'autre : c'est le mode individuel. Pour les petites, il recommande de les faire venir quatre ou six à la fois près du siège, et de se servir quelquefois d'une grande carte de lecture, renfermant les lettres et les syllabes (Sommaire des ConslUutions des Religieuses de la Congrégation de Notre-Dame, édit. 1649, 3« partie, chap. fi, 7 et 11.)
Goménius ou Amos Kominski, l.jyg-UiTl) demande, dans sa Didactica magna, qu'on instruise les enfants ietnel fl ornnes simul, tous ensemble et par les mêmes enseignements (Edit. 1G47. chap. xi.x, l'robl. i, col. iO'J et 1U3).
Dans sa Méthode pour instruire en peu de teynps les enfants. Mgr de Nesinond, évêque de Baveux, divise la classe en quatre ou cinq groupes ou bancs ayant chacun le même livre, >i afin que tous les enfants du même banc reçoivent la même leçon, et quand l'un commence à lire, les autres lisent à voix basse en même temps. » (Ordonnance synodale de 1662, p. .55, 59-71. Bibl. nat. E 4719.) Vers 1G74, M. Démia adopte le système de Mgr de Nesmond ; il donne, lui aussi, le même livre de lecture à chaque groupe, et veut que les élèves suivent du doigt ou avec une marque ce que l'un d'entre eux lit tout haut.
Le précurseur le plus immédiat de notre saint Fondateur fut un théoricien, auteur anonyme de l'Avis touchant les petites Écoles (Bibl. nat. 40, Il ."iôG) . Dans cet opuscule, que M. Léopold I3elisle, ilirecteur de la F>ibliothéqu(^
ceux qui lisent dans la même leçon ' » ; et ailleurs : « Ils enseigneront tous leurs écoliers selon la méthode qui leur est prescrite, et qui est universellement pratiquée dans l'Institut » ; tous leurs écoliers^ cest-à-dire tous ensemble, selon la méthode de l'enseignement simultané. La Conduite ajoute : « Tous les écoliers de chaque leçon auront le mênae livre et la même leçon... Pendant qu'un lira, tous les élèves de la même leçon suivent dans leur livre, qu'ils doivent toujours avoir en main. Le maître veillera avec un très grand soin à ce que tous lisent bas ce que le lecteur dira haut.... Tous nauront qu'une même leçon: pendant qu'un épellera ou lira, tous les autres suivront... Dans toutes les leçons des tables d'alphabet et des syllabes, du syllabaire et des autres livres, et même dans les leçons d'arithmétique, tous ceux de la même leçon suivront-. ■>
Pour faciliter à ses disciples l'emploi du mode simultané, le saint Fondateur établit que les élèves seront répartis au moins en deux classes ", el (|ue, s'il en est besoin, on les groupera en
nationale, estime être antérieur à 1680, l'auteur se plaint de Tétat des petites écoles, et il propose une méthode par laquelle un grand nombre d'élèves seraient enseignés « par un seul maitre, un seul livre, une seule voi.v.. L'école devrait être disposée de telle façon, dit-il, qu'un même livre, un même maitre, une même leçon, une même correction, serve à tous, de telle sorte que chaque écolier posséderait le maître, occuperait tous ses soins, tout son temps et toute sa peine ». comme s'il était seul (p. 13 et 19).
Il n'est pas douteux que noire saint Fondateur ait vu fonctionner à Reims les écoles que la Congrégation de Notre-Dame y fonda en 1634 : il ne l'est guère moins qu'il ait connu les principaux écrits sur les petites écoles. Mais tandis que saint Pierre Fourier fait donner la leçon à six élèves au plus. Mgr de Nesmond et M. iJémia à un seul banc, pendant que les autres écoliers s'occupent du mieux qu'ils peuvent, saint Jean-Baptiste de la Salle conçoit un système complet qui n'abandonne jamais l'enfant h lui-même. Il l'applique non seulement à la lecture, comme l'avaient fait ses prédécesseurs, mais encore au catéchisme, à l'écriture, à l'orthographe et à l'arithmétique dans les classes élémentaires, puis à toutes les spécialités enseignées dans les pensionnats. 7/ est donc bien le véritable organisateur du mode simultané.
* Les prescriptions édictées au chapitre IX (12, 13 et 14) des Règles communes, relativement aux salles de classes, ne peuvent s'appliquer qu'à des écoles de plusieurs classes, et nous savons que notre saint Fondateur se refusa toujours à placer un Frère seul à la tête d'une école.
1 Règles communes, vu, 2 et 3. — 2 Conduite (1700), p. 22, 24, 37 et 131 ; Conduite (1720), p. 18, 20, .3;^ et 11'.».
MODES d'enseignement 323
plusieurs divisions occupées chacune à un travail différent, sous la surveillance du maître. Le premier, il rendit pratique l'enseignement simultané de la lecture, par l'emploi continu de tableaux de lecture, dits alors « cartes, tables d'alphabet et tables des syllabes », et l'enseignement simultané de l'arithmétique, par l'emploi du tableau noir K
Pendant tout le dix-huitième siècle, nos Frères furent invariablement fidèles au mode simultané ^ ; au début du dixneuvième, ils soutinrent, comme nous le dirons plus loin, une lutte longue et périlleuse contre la méthode lancastérienne et ses puissants protecteurs ^.
a Pendant tout le dix-huitième siècle, le mode simultané est le seul indiqué dans les éditions successives et les manuscrits de la Conduite. « Pour l'enseignement des mêmes sciences et des mêmes arts, il peut y avoir plusieurs méthodes dinégale valeur... Une connaissance acquise par l'étude, par la pratique et par l'expérience de plus d'un siècle, a fait trouver que les méthodes en usage dans les écoles chrétiennes sont simples, aisées, courtes et naturelles. S'il en est d'autres avec lesquelles on obtienne des progrès plus rapides, en faveur d'un très petit nombre d'enfants en commun ou de quelques-uns en particulier, elles ne sauraient être pratiquées avec le même avantage dans les écoles gratuites de cent écoliers et plus. » Manuscrit n° 44, p. 60.
— « Le nombre des classes qui convient le mieux pour ce que nous appelons une école, est celui de trois, parce que les élèves y sont mieux répartis pour faire des progrès... Les écoliers d'une même leçon seront placés ensemble et selon leur degré de savoir... Pendant tout le temps que durera la leçon, le maître exigera que tous les élèves suivent. » Manuscrit n° 43, p. 4, 6 et 87.
— « Les maîtres auront l'attention la plus soutenue que tous les élèves d'une même leçon suivent très attentivement... Par le mot suiM'e, on entend lire des veux sur un livre semblable à celui du lecteur. » Manuscrit n" 41, p. 21.
i> Après avoir rappelé que l'expérience avait démontré, à l'étranger comme en France, la supériorité morale et pédagogique de l'enseignement simultané sur l'enseignement mutuel, après avoir dit l'opiniâtreté regrettable avec laquelle on a longtemps persisté dans les mêmes errements, M. Gréard s'exprime en ces termes :
« Cette persévérance dans l'emploi des procédés condamnés par les maîtres de la science pédagogique, était d'autant plus regrettable à Paris, que toutes les écoles n'en avaient pas subi le régime. Les établissements dirigés par des congrégations religieuses en avaient été préservés par leurs constitutions. Aux termes des statuts qui les régissent, les Frères des Ecoles Chrétiennes ne peuvent accepter la direction d'aucune école qui com-
' Conduite 17(36), p. 27 et 28 : Conduite (1720), p. 221 et 227.
m. — MODE MUTUEL
Le mode mutuel consiste à répartir les élèves d'une classe en un certain nombre de sections et à leur faire donner des leçons par des condisciples plus instruits, appelés moniteurs ; pendant ce temps, le maître surveille l'ordre général.
En 1798, l'écossais Bell rapporta des Indes le Monitorial System, et Joseph Lancasler s'en fît, au début du dix-neuvième siècle, l'ardent propagateur. Les « régents des petites écoles » et les Dames de Saint-Cyr en avaient déjà fait l'essai longtemps auparavant" ; et de tout temps, d'ailleurs, les maîtres
prenne moins de trois titulaires dont deux, au moins, exclusivement chargés des classes. Une expérience séculaire leur avait appris la supériorité du système de renseignement simultané sur tous les autres systèmes ; ils savaient combien la tâche de l'instituteur est facilitée par une division de classes ré])ondant à làge ainsi qu'aux conditions diverses d'intelligence, de travail et de progrès des enfants. C'est conformément à ces principes que leurs écoles s'étaient établies à Paris, sous le patronage de Tadministration de l'Assistance publique en 1804 ; et leur organisation n'avait pas été modifiée lorsque la Ville en avait pris la charge. Des 29 établissements que les Frères possédaient à ce moment (9 mars 1836), 13 avaient au moins 12 maîtres, les 1() autres en comptaient trois ou plus de trois. Telles étaient aussi les règles qui avaient présidé à la création des écoles de filles, confiées aux Sœurs de la Charité.
« Il n'en était pas ainsi de celles que dirigeaient les maîtres et les maîtresses laïques ; elles avaient été uniformément vouées à l'enseignement mutuel. C'est du !«' octobre 1853 que date la première amélioration apportée à leur organisation...
« En 1857, on résolut de faire, dans une école appartenant à un maître laïque, l'expérience d'une distribution de classes conforme à celle à laquelle était justement attribuée l'incontestable supériorité des écoles congréganistes... L'épreuve fut décisive... Il fut dès lors arrêté en principe que la même organisation serait introduite au fur et à mesure dans les autres écoles laïques.» Instruction et Éducation. — Enseignement primaire, p. f">0 et 61 (Paris, Hachette, 1895).
» LEcole paroissiale montre quel rôle prépondérant avaient dans les classes les répétiteurs et les récilateurs, qui ne sont autres que les moniteurs prônés plus tard par Lancaster. Ils passaient dans les tables cl faisaient réciter leurs compagnons. Il y avait, outre ces moniteurs, toute une hiérarchie d'officiers : empereurs, décurions, prêteurs, intendants, admoniteiirs, lecteurs (p. 89 à 107.) — Saint Jean-Baptiste de la Salle jugea défectueux ce mode ; de cette organisation, il ne retint que trois officiers: l'élève inspecteur qui a la garde de l'ordre en l'absence du maître, et les deux surveillants qui ont mission de veiller sur la conduite de l'élève inspecteur. Conduite (1720), p. 210-21.'3.
MODES d'enseignement 325
s'étaient fait aider par leurs élèves les plus avancés. Grâce à la pression gouvernementale, le système lancastérien s'implanta en France sous la Restauration. L'ordonnance du 29 février i8I(j réservait à la nouvelle méthode le privilège des brevets de capacité du degré supérieur; une circulaire du ministre Laine, en date du 30 août de la même année, en vantait prématurément les résultats à tous les préfets: et bientôt le préfet du Kli(iue insistait auprès du T. 11. Frère (rerbaud, pour (jue l'Institut des Frères l'introduisît dans ses écoles.
L'Institut lutta contre l'engouement général, se recommanda auprès de puissants protecteurs ' et, grâce à sa ténacité, sauva de la ruine l'enseignement populaire en France. Lorsque le gouvernement, revenu à une plus juste apprécialion des choses, retira sa faveur aux écoles mutuelles, elles tombèrent en décadence, pour disparaître ensuite ; et le mode simultané, qu'on pourrait nommer mode lassallien, s'étendit partout sans plus rencontrer d'opposition '.
Faut-il admettre que le mode mutuel ollre ([uelques avantages : groupement d'un nombre plus considérable d'écoliers sous un même maître'', classement plus facile des élèves,
» L'un d'eux écrivait, en 1817, au comte Chabrol, préfet de la Seine: a Les écoles chrétiennes ont, sur les écoles à la Lancasler, l'avantage de l'économie des moyens, de re.\|)érience des résultais, de la pureté des principes, de Tanciennelé et de la dignité de l'origine. » Llnslilut des Frères et les nouvelles écoles à la Lancasler, p. 3.5.
'j C'était, dit M. Gréard, un spectacle saisissant au piemier aspect que ces longs et vastes vaisseaux qui contenaient une école entière. .\u milieu de la salle, dans toute la longueur, des rangées de tables de quinze à vingt ))laces chacune, portant à l'une de leurs extrémités, celle de droite, le pu- ])itre du moniteur, et la plauelielle des modèles d'écriture surmontée ellemême d'ime tii;e ou télégiaphe qui servait à assurer, par des inscriptions d'une lecture facile, la régularité des mouv ements ; >ur les cotés et tout le long des parois, des séries de demi-cercles autour desquels se répartissaient les groupes d'enfants ; sur les murs, à la hauteur du regard, un tableau noir où se faisaient les exercices de calcul et auquel étaient suspendus les tableaux de lecture et de grammaire; tout à côté, à ))ortée de la main, la baguette dont s'armait le moniteur pour diriger la leçon : enlin, au fond de la salle, sur une vaste et haute estrade, accessible par des degrés, et entourée d une balustrade, la chaire du maître qui, s'aidant tour à tour, suivant
' Pour de plus amples détails, cf. Les Frères des Écoles Chrétiennes et l'Enseinnement primaire après la Révolu f ion, p. .'^■>S-.'i88, par Alexis Chevalier (Paris, Poussielgue).
leçons continuelles dans la classe , satisfaction donnée au besoin de mouvement chez les enfants, développement plus facile des sentiments d'émulation et de solidarité ? Nous ne le croyons pas; el tout au plus lui reconnaissons-nous ce très minime résultat : donner un semblant d'instruction à peu de frais. Kt quand même certains de ces avantages seraient réels, quand même l'instituteur apporterait les plus grands soins à la formation des moniteurs, que serait-ce à côté des graves inconvénients du système? Les l)ons moniteursprofesseurs sont très rares ; le plus grand nombre de ceux qu'on emploie, manquant de compétence el de savoir-faire, donnent un enseignement machinal ; souvent même il arrive que des moniteurs exercent sur les élèves faibles ou timides une action despotique, et se font propagateurs ou complices d'immoralité; enfin le mode mutuel ne met guère le maître en contact avec ses élèves, dont l'éducation est ainsi délaissée.