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DE LA CONDUITE DES ECOLES CHRETIENNES

La Conduite des Écoles Chrétiennes^ en trois parties (1706), expose longuement la manière de procéder à la rédaction des notes sur « les bonnes et mauvaises qualités des écoliers ». lia paru intéressant d'en citer quelques extraits : ils marquent la préoccupation des premiers di.'îciples de saint Jean-Baptiste de la Salle, d'adapter le plus possible la direction intellectuelle et morale des élèves aux dispositions de chacun d'eux.

Chapitre IV. — Article 4. Des bonnes et mauvaises qualités des Écoliers.

Sur la fin de chaque année scolastiquc, pendant le dernier mois qu'on tiendra les écoles avant les vacances, tous les maîtres feront un catalog-ue de leurs écoliers, dans lequel ils marqueront leurs bonnes et mauvaises qualités, selon qu'ils les auront remarquées pendant l'année.

Le Manuscrit que nous citons indique ensuite les principaux points qui doivent attirer l'attention du maître : piété de l'élève à l'église et en classe, modestie, assiduité, soumission, défaut dominant; développement intellectuel; charges ou

offices confiés à l'enfant; appui que le maître trouve auprès de la famille.

Ensuite il indique l'usage que les professeurs et le Frère Directeur doivent faire de ce catalogue :

Chaque maître, à la fin de l'année scolastique, mettra entre les mains du Frère Directeur ce catalogue qu'il aura dressé, et le Directeur le donnera le premier jour d'école après les vacances au maître qui tiendra cette classe, si c'est un autre que celui de l'année précédente ; lequel se servira de ce catalogue pendant les trois premiers mois, pour apprendre à connaître les écoliers et de quelle manière il devra se conduire à leur égard.

Le Directeur conservera tous ces catalogues, et aura soin de confronter ceux des années précédentes avec ceux des années suivantes, et ceux d'un maître avec ceux d'un autre maître delà même classe etdes mômes écoliers *.

Ainsi le Catalogue des caruclères assurait dans une école lunité de direction morale à l'égard des élèves ; d'une année à l'autre, il constatait leurs transformations, et il devenait, entre lés mains du Frère Directeur, un moyen d'apprécier les procédés éducatifs de chacun des maîtres, ainsi que les progrès des élèves.

A la suite de ces indications générales, la Conduite de 1706 donne deux exemples de ces études.

Calalof/ue dea Ecoliers de la 4^ Classe, eu Vannée 1706, conlenunl leurs bonnes et mauvaises qualilés.

François Dclevieux, âgé de 8 ans et demi, vient à l'école depuis deux ans. 11 est au troisième ordre d'écriture, depuis le 1=' juillet dernier.

Il est d'un esprit remuant; il a peu de piété et de modestie à l'église et dans les prières, à moins qu'on ne veille sur lui. Par légèreté, son vice {défaut} particulier est l'immodestie.

11 a assez bonne conduite ; il le faut gagner et encourager à bien faire. La correction lui sert de peu, parce qu'il est léger.

11 a manqué rarement l'école, sauf quelquefois sans permission {de ses

1 Conduite des Écoles Chrétiennes, en trois parties (170<j), Manuscrit F. Fr. 11.75'.i de la Bibl. nationale, p. 138.

SUR l'Étude de certains cractères d'élèves 425

parents), par la rencontre de quelques compagnons libertins et par sa facilité (à apprendre) * ; mais il a souvent manqué de venir à l'heure.

Il ne s'applique que médiocrement ; souvent il regarde (de tous côtés) et se repose, à moins qu'on ne veille sur lui. Il apprend facilement, mais il a manqué deux fois à être changé de leçon, du deuxième au troisième ordre, faute d'application.

Il est soumis si on a de l'autorité ; il est rétif si on n'en a pas. Il n'est cependant pas d'une humeur difficile ; pourvu qu'on le gagne, il fera ce qu'on voudra. Il est aimé [choyé) de ses parents, qui ne sont pas contents qu'on le corrige.

Il n'a été dans aucun office i», parce qu'il n'en est pas fort capable. Cependant il est vigilant et s'acquitterait bien de son devoir, si ce n'est qu'il vient souvent tard ' .

Le jeune Delevieux est donc ce qu'on appelle aujourd'hui un enfant gâté, volontaire en famille, où très probablement il fait un peu la loi, puisqu'il arrive en classe quand bon lui semble. C'est un esprit facile, mais volage, superliciel; sa légèreté est le principal obstacle à ses progrès.

Voici un autre élève, Lambert Dulong, dont les dispositions intellectuelles semblent également assez bonnes, bien qu'il ne soit pas avancé pour son âge.

Lambert Dulong, âgé de 12 ans et demi, vient à l'école depuis quatre ans. Il est au quatrième ordre d'écriture depuis six mois, au cinquième ordre des registres i", et au quatrième de l'arithmétique depuis le 4 may dernier.

Il est d'un esprit éventé et léger ; mais il apprend et retient facilement.

Il a très peu de piété dans l'église et les prières ; il fréquente peu les sacrements. Son vice particulier est l'orgueil, et il se fait beaucoup de peine quand on l'humilie. La correction lui est quelquefois utile.

'^ Les deux journées pendant lesquelles il a fait l'école buissonnière, Tenfant s'est dit, comptant sur sa facilité à apprendre, qu'il aurait bien vite réparé le temps perdu.

^ S'il était exact à venir on classe à l'heure réglementaire, on aurait pu confier à l'enfant l'une des charges ou offices de l'école, et il s'en serait bien acquitté ; mais ses entrées tardives ont dû y faire renoncer.

•■ « Lorsque les écoliers seront dans le quatrième ordre de l'écriture ronde, ou qu'ils commenceront à écrire dans le troisième, en lettre bâtarde, on leur apprendra à lire des papiers ou parchemins écrits à la main, qu'on appelle registres. » — Conduite 1706 et 1~20.

1 Conduite des Écoles C/irétiennes [i~OC>), Manuscrit cité, p. 14U.

Il est ordinairement assidu, s'applique fort au catéchisme, dans l'écriture et l'arithmétique. 11 a toujours été changé de leçon [d'ordre) dans le temps ».

Il est soumis sil trouve son maître ; sinon il est désobéissant. Les parents ne sont pas mécontents qu'on le corrige.

Il a été récitateur dans les prières et premier de banc •' ; il s'acquitte fort bien de ces offices.

Le Manuscrit n° 43 ' recommande ces noies sur les caractères, mais en termes moins explicites, et il semble en réduire Tapplicalion aux grand'classes.

Lorsqu'un maître quittera une classe, il fera un catalogue contenant les noms de tous les écoliers, et, d;ms les grandes classes, on mettra leur caractère, l'ordre des leçons où ils sont placés... Ce catalogue épargne bien deï peines et des méprises au maître nouveau qui vient prendre cette classe ".

Non seulement nos anciens Frères cherchaient, par ces observations, à étudier les transformations intellectuelles et

» Lors de ses visites en classe, lo Frère Inspecteur a toujours trouvé que Duloiig connaissait suffisamment bien la matière d'un ordre, pour être appliqué à l'étude de Tordre immédiatement supérieur.

^ Lambert Dulong était chargé de tenir l'un des « catalogues des premiers bancs ». La Conduite de 17iiii parle ainsi de ce catalogue : « C'est une carte haute d'un demi-pied et large d'environ quatre pouces. Les noms des élèves y sont inscrits sur des fiches de carte [carton mince), dont les deux bouts seront passés dans deux coi'dons lacés du haut en bas du catalogue. Il y aura deux rubans de fil rouge aux doux côtés de chaque fiche, le premier pour marquer ceux qui sont venus tard et le deuxième pour marquer les absents. » — C'est donc un catalogue journalier d'assiduité à l'école ; il est confié au premier élève de chaque banc, afin que l'attention à ceux qui entrent pendant la classe ne distraie pas le maître de l'attention à la leçon et à l'ordre général. Ce catalogue n'est pas mentionné dans la Conduite de 1720 ; il y est remplacé, sur le « Catalogue des ordres de Leçons », par des colonnes spéciales, dans lesquelles sont signalés les écoliers qui sont i'e?ius lard, qui ont été malades ou qui se sont ahseîités avec ou saiis permission (p. 13(», 137).

'= La Conduite de 1811 (p. :^11), celle de 1.SI9 (p. .'îll) et celle de 1«27 (p. 26<')) font allusion à ce procédé, dans le IV'' .\vis que le Formateur donnera aux jeunes maîtres. Il est intitulé : Prendre les reiiseifpiements nécessaires. En voici le texte : a Avant d'entrer dans une classe pour la première fois, il est bon de s'informer du caractère des écoliers et des parents, et s'il y a des précautions particulières à prendre. » Ces renseignements sont évidemment fournis par le Catalogue des bonnes et mauvaises qualités.

1 Conduite des Écoles Chrétiennes, en trois parties (17U6), p. 134,

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morales d'un élève pendant les années successives de sa scolarité, mais à sa sortie do l'école, ils consignaient sur un catalogue spécial une courte appréciation sur la conduite générale de l'enfant pendant qu'il avait fréquenté les classes. Ils y indiquaient ensuite la profession qu'il avait embrassée '. A ce propos, le Manuscrit n° i3 a conservé la Irace d'une préoccupation qui semblerait bien moderne, si l'on ne se rappelait qu'au dix-huitième siècle, les adversaires de l'instruction populaire prétendirent qu'arracher le peuple à l'ignorance, c'était multiplier ce qu'on appelle aujourd'hui les déclassés :

Comme dans plusieurs villes, il est certaais nulables qui se ti^urent que nos instructions font tort à ragriculture et aux arts mécaniques, en inspirant aux enfants l'idée de changer d'état, il est très important que l'inspecteui- ou le premier Maître de chaque école ait un registre contenant le nom de tous les enfants qui quittent l'école, l'état de leur père et celui qu'ils embrassent eux-mêmes. Ce catalogue est très propre à détromper les esprits prévenus au sujet de nos écoles, et il a produit des effets merveilleux là où les circonstances ont fait juger à propos de le montrer '-.

Voilà dès cette époque, sur l'influence de l'école, les éléments d'une statistique telle qu'on en dresse aujourd'hui.

• Conduite en deux parties, p. 211-212. — - <'onduife en deux parties. Manuscrit n» 43, p. 210-211.

l-^^ PARTIE — L'ÉDUCATION

Préface iv

Documents xiii

Introduction 1

Plan de l'ouvrage 2

Plan de la l^e Partie 3

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