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LESPRIT DE L ÉCOLE CHRÉTIENNE

Dans le Discours placé en tète de la Vie de saint Jean-Baptiste de la Salle, le chanoine Blain multiplie les comparaisons pour mieux faire comprendre ce qu'est une École chrétienne : << C'est une pépinière de l'Eglise et de l'État oîi les enfants» comme de jeunes arbres, sont élevés pour être transplantés dans la suite en différentes conditions, et y porter des fruits en leur temps... C'est l'asile des enfants contre la corruption du siècle; un lieu de sûreté pour mettre à couvert leur innocence ; un refuge pour ceux qui ont déjà commencé à se perdre... une académie sainte où ils se préparent au combat spirituel, où ils apprennent la science du salut et la pratique des vertus chrétiennes. >> Ainsi l'esprit qui doit animer l'Ecole chrétienne est, par définition même, l'esprit de Jésus-Christ.

C'est pour le fortifier dans les enfants que saint Jean- Baptiste de la Salle a établi son Institut : « Dieu, nous dit-il, vous a destinés pour annoncer à ces jeunes âmes les vérités du saint Évangile, et leur procurer des moyens de salut qui soient à leur portée -. » Puis au chapitre P' de la Règle : « La fin de cet Institut est de donner une éducation chrétienne aux enfants ; c'est pour ce sujet qu'on y tient les écoles, afin que les enfants, y étant sous la conduite des maîtres depuis le matin jusqu'au soir, ces maîtres leur puissent apprendre à bien vivre , en les instruisant des mystères (le notre sainte Religion, en leur inspirant les maximes

1 I S. Jean, II, 14. — - Première Médilation pour le temps de la Retraite^

l'esprit de l'école chrétienne 13

chrétiennes , et ainsi leur donner l'éducation qui leur convient '.»

« Il ne suffit pas, dit-il encore , que les enfants soient retenus dans une école pendant la plus grande partie du jour et qu'ils y soient occupés; il est en outre nécessaire que ceux qui leur sont donnés pour les instruire s'appliquent particulièrement à les élever dans l'esprit du christianisme '.» Dans tous ses ouvrages, le saint Fondateur revient sur cette vérité capitale ; il veut l'imprimer fortement dans l'esprit de ses Frères, afin qu'elle demeure, à travers les développements de sa Société, la règle et la préoccupation dominante de leur conduite".

L'Ecole chrétienne ne néglige pas l'étude des sciences et des lettres ^ ; mais avant tout, elle veut répandre dans l'intelli-

a Les disciples de safint J.-B. de la Salle n"ont eu garde d'oublier ses enseignements sur ce point si important :

« Jésus-Christ confie les enfants au jeune maître, pour veiller à la conservation de leur innocence, pour leur apprendre les mystères de sa vie et de sa mort, et tous les préceptes à l'observance desquels il attache leur salut... Son école sera comme le noviciat de la doctrine de Jésus- Christ, où les enfants apprendront la science des saints, la pratique des vertus, pour devenir de bons chrétiens et de,bons citoyens.» Du Forniciteur des Maîtres. Manuscrit n" 44, p. 10. — Conduite (1811), p. 300-301.

— « Le but principal des maîtres est de bien instruire leurs élèves de la religion chrétienne et catholique ; de les former à la piété, à la vertu, à une bonne conduite ; de leur inspirer, par leurs instructions continuelles, d'en prendre, d'en conserver l'esprit et les habitudes. » Conduite pour les Pensions. Manuscrit n° 42, art. 227.

b « Vous rendrez compte à Dieu des soins donnés à vos élèves pour leur apprendre les choses qu'il leur convenait de savoir, selon leur âge et leur capacité. » Troisième Méditatioii pour le temps de la Retraite.

— (I Avez-vous enseigné, avec toute l'application possible, à ceux qui sont sous votre conduite, les choses utiles qu'il est de votre devoir de leur apprendre, comme la lecture, l'écriture et tout le reste? » Méditation pour le 30 Décembre.

— « Les maîtres enseignent aussi à leurs élèves les règles de la politesse et de la civilité, qui sont d'usage parmi les honnêtes gens; à bien lire, tant les manuscrits que les imprime's, la belle écriture, le calcul général et celui des changes étrangers, la tenue des livres de comptes, la théorie du commerce, l'orthographe, la grammaire française, le dessin, les éléments des mathématiques, de géographie, d'hydrographie et d'histoire... Telle est la somme de leurs obligations envers cette jeunesse qui leur est confiée ; c'est aussi

1 Règles communes, I, 3. — ^ Deuxième Méditation pour le temps de la Retraite.

gence des enfants la lumière de la vérité religieuse; soumettre leur conscience à la règle de l'Evangile, pour fortifier leur volonté contre les entraînements des passions, et conserver leur cœur dans la pureté ".

Jésus-Christ est le centre, le tout de l'Ecole chrétienne : il est la Voie, où les maîtres cherchent à guider leurs disciples, après s'}- être engagés eux-mêmes ; il est la Vérité proposée aux esprits ; il est la Vie qui anime les cœurs. C'est au nom de Jésus-Christ que les maîtres parlent ; c'est pour l'amour de Jésus-Christ qu'ils se dévouent et qu'on leur obéit. D'ailleurs, l'éducation est incomplète et fausse, là où ne règne pas l'esprit de Jésus-Christ, seul Éducateur des âmes comme il en est l'unique Rédempteur.

la fin de leur profession; c'est pour eux une affaire de justice, de conscience et de salut. » Conduite pour les Pensions. Manuscrit n» 42, art. 227.

— « Le premier devoir des maitres à l'égard de leurs élèves étant de leur donner une éducation chrétienne et civile, ils ne peuvent porter trop loin l'attention de ne leur donner, en toute leur conduite, que des exemplesde zèle pour les former à la vertu, à la société et aux talents dont ils ont besoin pour les différents états de vie qu'ils embrasseront. » Règlement de Sainl-Yon, art. 15.

■' La Rèfjle est très explicite sur ce but spécial de l'École chrétienne : « Secondement, l'esprit de l'Institut consiste dans un zèle ardent d'instruire les enfants, de les élever dans la crainte de Dieu, de les porter à conserver leur innocence s'ils ne l'ont pas perdue, de leur donner beaucoup déloignement et une très grande horreur pour le péché et pour tout ce qui pourrait leur faire perdre la pureté. » Règles communes, ii, 9.

— « Le jeune maître doit considérer que l'innocence baptismale de ces petits enfants est un trésor que Jésus-Christ a confié à sa garde... Les Frères sont établis de Dieu pour les aider à conserver ce trésor par leurs exemples, leurs prières, leurs instructions et leur surveillance. » Du Formateur des Madrés. Manuscrit n» 4i, p. 12. — Conduite (1811), p. 303.

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