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II. - CONSIDÉRATIONS SUR QUELQUES VERTUS DE L'ÉDUCATEUR RELIGIEUX

Les vertus dont on vient de présenter le rapide tableau constituent la physionomie morale de l'éducateur religieux, et elles assurent à son œuvre la hénédiction divine. Elles pourraient chacune faire le sujet d'utiles développements; nous nous bornons à de brèves considérations sur quelques-unes d'entre elles : la piété, l'habitude d'agir par des vues surnaturelles, l'atfection pour les élèves, le dévouement, le respect pour l'autorité, l'union cordiale avec les confrères, la vénération pour la mission et le caractère du prêtre.

Piété du maître religieux. — Pour tout religieux, la piété est un devoir, une vertu d'état. Sa nécessité paraft plus impérieuse encore pour le religieux éducateur, car la formation morale d'un enfant étant une œuvre surnaturelle, seule l'action de Dieu rend efficaces les efforts humains; et d'autre part, la piclé du maître est, pour ses disciples, la plus éloquente exhortation.

\ l'œuvre de l'éducation, s'appliquent avec une parfaite jxistesse les paroles du Psalmiste : '< Si le Seigneur n'édifie lui-mçme la maison, c'est en vain qu'3^ travaillent les ouvriers ; la vigilance de ceux qui gardent la ville sera trompée, si le

^ < Comme il désire ardemment le salut de ses disciples, le maître y travaille autant que possible par ses bonnes œuvres, par ses prières et par -ses communions; en un mot, il veut les sauver tous sans exception, persuadé qu'il n'est aucune àme qui n'ait coûté le sang de Jésus-Cliri>t. >v .Douze Vertus, p. 1.39.

' S. Jean, xvii, 10. — - Coloss, i, 24,

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Seigneur ne veille lui-même'. » Notre saint Fondateur revient sur cette vérité avec une très particulière insistance : « Vous êtes chargés, nous dit-il, d'un saint emploi qui demande que A Dire piété ne soit pas commune... Vous devez y avoir une piété qui vous dislingue du reste des hommes, sans quoi il vous serait difficile de vous en acquitter dignement^ ... Dans tout ce qui regarde la gloire de Dieu et le salut des âmes, il faut toujours recourir à la prière et demander à Dieu les lumières et les grâces dont on a besoin, car on ne peut avoir de succès que si l'on est aidé par son secours et dirigé par son Saint-Esprit' Recourez à une prière assidue, représentant chaque jour à Jésus les besoins de vos élèves et les difficultés de votre mission.... J^sus, voyant que vous le regardez comme celui qui peut tout, et que vous ne vous considérez que comme un instrument qui ne doit se mouvoir que par lui, ne manquera pas de vous accorder ce que vous lui demanderez *. » Seul, l'esprit de prière fait ac(iuérir à l'éducateur religieux « une haute estime des grandeurs de Dieu, qui l'excite à vouloir l'adorer en esprit et en vérité, à dépendre totalement de sa conduite, à concevoir un zèle très ardent de procurer sa gloire, à ne pas souffrir qu'il soit offensé sans s'y opposer quand c'est possible, à annoncer avec un accroissement de foi les vérités de l'Evangile, à persévérer avec une grande confiance dans le pénible exercice de son emploi ^. >y

La pieté d'un maître ne peut être « intérieure et sincère « sans devenir « éclatante et exemplaire. ^ » Qui peut dire l'impression qu'elle produit sur les élèves? Elle les incline à

» c< Qu'est-ce qu'un maître chrétien, chargé de l'éducation des enfants? C'est un homme entre les mains de qui Jésus-Christ a remis un certain on mbre d'enfants pour qui il a donné sa vie, qu'il regarde comme ses membres, ses frères et ses cohéritiers, et qui régneront avec lui dans l'éternité... Il les lui a confiés pour conserver en eux le précieux trésor de l'innocence et en faire de véritables chrétiens... Mais pourrait-il leur donner une semblable éducation, s'il n'était pas lui-même rempli de tout ce qu'il leur enseigne? Nous avons donc raison de dire que sa piété doit être éminente. Douze Vertus, p. 157 et 164.

' Ps. cxxxvi. — - MédiluLions pour la fête de saint Joseph (19 mars) et la fête de saint Marcel (-3 novembre). — •' Méditation pour la fête de saint Mathias [i'i février). — * Quatrième Méditation pour le temps de la Retraite — ^ Du Formateur des Maîtres, Manuscrit n" 44, p. 13.

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se donner à Dieu ; et après qu'ils ont quitté l'école, ce souvenir embaume leurs âmes; il est pour eux une sauvegarde, ou l'occasion dont se sert la grâce pour reprendre possession de cœurs un instant égarés. Aussi, nous dit encore notre Père, « que votre piété soit telle qu'elle puisse servir de règle à vos élèves pour toute la suite de leur vie. »

Soyez leur édification pendant les prières que vous faites avec eux, soit en classe, soit à l'e'glise. Ils auraient droit de s'étonner que votre piété ne fût pas telle que la font supposer votre vocation et vos fonctions.

Que votre piété se consiste principalement dans une intime union à Jésus-Eucharistie. Au saint tabernacle, le Sauveur continue sa mission rédemptrice ; il attire les âmes, pour les éclairer, les toucher, les purifier et leur faire pratiquer la vertu : priez-le d'agir sur les enfants que vous élevez. Recourez souvent à lui par la visite au saint Sacrement et la sainte Communion. Exposez à ce bon Maître les besoins de vos élèves, l'opposition que vous rencontrez dans leur volonté, séduite peut-être par la passion; suppliez-le de prendre la direction de votre classe et de vous soumettre les cœurs*. « Dieu a mis, en quelque façon, les enfants sous votre tutelle. Il vous les remet entre les mains, se chargeant de leur donner

" Dès voire entrée dans la classe, donnez à vos élèves l'impression que vous y venez pour faire l'œuvre de Dieu, a En entrant dans l'école, les maîtres prendront de l'eau bénite avec beaucoup de respect, et étant arrivés dans leur classe, ils feront inclination au Crucifix, se mettront à genoux, feront le signe de la sainte Croix, et ensuite une courte prière. » Conduite 170(> et 1720.

L'édilion de 1828 de la Conduite (p. 262) propose, pour la » Prière du Maitre avant l'Ecole», celle que Rollin inséra au IV^ volume du Traité des Etudes, (P'- partie, art. xni.) « C'est vous, Seigneur, qui êtes ma patience et ma force ; c'est vous qui êtes ma lumière et mon conseil ; c'est vous qui me soumettez le petit peuple que vous avez confié à mes soins. Ne m'abandonnez pas moi-même un seul moment. Accordez-moi, pour la conduite des autres et pour mon propre salut, l'esprit de sagesse et d'intelligence, l'esprit de conseil et de force, l'esprit de science et de piété et surtout l'esprit de la crainte du Seigneur. » (Edit. 1748, p. 509.)

La Conduite de 1828 y ajoute : « et un zèle ardent pour procurer votre gloire. .J'unis mes travaux à ceux de Jésus-Christ et je prie la très sainte Vierge, les .\nges et les Saints de me protéger dans l'exercice de mon emploi. »

Cette prière, avec quelques modifications, est restée en usage dans l'Institut.

tout ce que vous lui demanderez pour eux : la piété, la modestie, la retenue, l'éloignement des compagnies qui pourraient leur être dangereuses. Comme il sait que vous-mêmes n'avez ni assez de vertu ni assez de puissance pour leur donner toutes ces choses, il veut que vous les lui demandiez pour eux souvent, fervemment et instamment, afin que, par vos soins, rien ne leur manque de ce qui leur est nécessaire pour se sauver '.»

Cette union avec Jésus-Eucharistie facilite à l'âme religieuse les solides vertus qui rendent un apostolat fécond : l'humilité, qui ouvre le trésor des grâces; la douceur, qui subjugue les volontés, et l'abnégation, qui les soulève pour les donner à Dieu, selon la parole du Sauveur : « Quand j'aurai été élevé de terre, j'attirerai tout à moi'-. »

L'habitude d'ag-ir par des vues surnaturelles. — Lespril de foi vivifie toutes les entreprises du dévouement. Lorsque cet esprit anime un éducateur, il lui fait contracter l'habitude de voir Dieu dans les enfants, d'agir en vue de Dieu à leur égard, déjuger toutes choses à la lumière divine, de souffrir pour Dieu les peines de son emploi, et tout cela sans défaillance, jusqu'à la mort.

En vos élèves, reconnaissez Dieu dont ils sont l'image, défigurée il est vrai par la souillure originelle, mais réparée merveilleusement par le baptême. En la personne des plus indigents surtout, c'est le Christ lui-même qui réclame vos soins : tout ce que vous ferez à l'un de ces petits, assure le Sauveur, c'est à lui-même que vous l'aurez fait ^ Combien cette considération est capable de toucher une âme religieuse! « La foi, nous dit saint Jean-Baptiste de la Salle, vous doit faire honorer Jésus-Christ dans la personne des enfants pauvres

Adorez-le en eux et remplissez votre mission à leur égard avec affection et zélé, puisqu'ils sont ses membres^. » Sous les voiles de l'enfance, reconnaissez Jésus, qui vous demande de le protéger, de le secourir, de le faire croître jusqu'à l'état parfait.

' Méditation pour le Lundi des Rogations. — '■' S. Jean, xii, 32. — 3 "S. Matth., XXV, 40. — ^ Méditations pour la fête de saint Sicolas (6 décembre) et la fête de l'Epiphanie.

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Agissez pour Dieu dans votre emploi, car il est voulu de lui. Procurer à vos écoliers Tinstruction et l'éducation, aider les familles dont vous êtes le mandataire, faire œuvre de patriotisme en préparant à la nation d'utiles citoyens, sont de nobles motifs ; mais élevez-vous plus haut. Au-dessus de ces considérations, voyez la volonté divine qui vous appelle à cet apostolat. « Appliquez-vous ù votre emploi de tout votre cœur, comme ne travaillant que pour la gloire de Dieu ' Gardezvous d'avoir aucune vue humaine dans les instructions données à vos élèves, ni de vous glorifier de ce que vous faites, car ce sont deux choses capables de corrompre tout ce qu'il y aurait de bon dans l'exercice de votre ministère -. »

Dans vos rapports avec les enfants, jugez toutes choses au point de vue de la foi^ et accordez à chacune l'importance relative quelle mérite. Avant tout, montrez par votre conduite que vous êtes un sauveur d'âmes. Que votre principal souci, dans vos fonctions de catéchiste, de professeur et de surveillant, soit de proléger, d'éclairer et de fortifier les âmes. C'est d'ailleurs le but essentiel que s'est proposé le Fondateur de notre Société : « L'esprit de l'Institut est un zèle ardent d'instruire les enfants et de les élever dans la crainte de Dieu, de leur donner une très grande horreur pour le péché ^ »

En même temps que vous sauvegardez les intérêts spirituels de vos écoliers, donnez-leur l'enseignement le plus complet qui puisse convenir à leur âge et à leur condition. Prenez les meilleurs moyens pour les préparer aux divers examens auxquels ils se présentent : c'est leur droit, et la réputation des écoles chrétiennes y est engagée.

Affection du maître pour ses élèves. — Dieu ayant résolu *de compléter l'éducation morale de l'humanité par la révélation évangélique, il aima le monde jusqu'à lui -donner son propre Fils ^ ; et le Verbe, incarné pour sauver les hommes, « aima les siens jusqu'à la fin ^ », c'est-à-dire au delà de toutes limjtes. Depuis cet exemple divin, aimer, donner et se

' Neuvième Méditation pour le temps de la Retraite. — - Quatrième Méditation pour le temps de la Retraite. — ^ Règles communes, ii, 10 — * S. Jean, m, 16. — 3 S. Jean, xiii, 1.

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donner demeure le grand moyen de succès dans l'apostolat.

Aussi, parlant de la manière dont les Frères doivent se comporter. dans les écoles à l'égard des enfants, saint Jean- Baptiste de la Salle dit : « Ils aimeront tendrement tous leurs écoliers' ; » et ailleurs : « Ayez beaucoup de bonté et d'afîection pour les enfants, car plus vous aurez de tendresse pour ces membres de Jésus-Christ et de l'Eglise, plus Dieu produira en eux d'admirables effets de sa grâce. Mettez au premier rang de vos obligations celle de vous efTorcer de gagner les cœurs de vos élèveS;, car c'est l'un des principaux moyens pour les engager à vivre chrétiennement... Si donc vous avez à leur égard la fermeté d'un père pour les éloigner ou les retirer du désordre, vous devez avoir aussi la tendresse d'une inère pour les affectionner à vos leçons et leur faire tout le bien qui dépend de vous-. »

Selon des recommandations si formelles, aimons les enfants : c'est le moyen d'ouvrir leur âme et de la disposer à accueillir nos conseils. Inclinons-nous vers eux par une sollicitude de tous les instants; témoignons << à tous une égale affection^ » : ils nous donneront leur confiance et nous pourrons les conduire à Dieu. N'est-ce pas ainsi que saint Augustin fut conquis par saint Ambroise? «Je commençai à l'aimer dit-il, non à cause de la vérité qu'il m'enseignait, mais parce qu'il me témoignait de l'aff'ection et de la bienveillance '*. »

.\imons les enfants, car seule la charité comprend et ménage les délic'itesses intimes d'une jeune âme; seule elle sait avertir sans rudoyer, contraindre sans resserrer, punir sans irriter.

Aimons les enfants, et rien ne nous semblera trop onéreux dans notre continuel assujétissement à leur service : - <( L'amour porte son fardeau sans en sentir le poids... II ne compte pas le travail, il veut faire plus qu'il ne peut... Aussi ost-il capable do tout ; et pendant que celui qui n'aime pas

' Règles communes, vu, 1.3. — - Méditations pour la fêle de saint Anselme (21 avril) et la fête de suinte Marffuerite (10 juin). — Voir aussi la Méditation pour le II'' Dimanche après Vaques. — •'' Règles communes, VII, 14. — ' S. Augustin, Confessions.

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se décourage et se laisse abattre, celui qui aime exécute bien des choses et les achève '.

Aimons les enfants, et notre affection excitant la leur, ils estimeront « léger ce qu'il y a de pesant- » dans le devoir. La discipline et le travail perdant pour eux une partie de leur austérité, ils se montreront actifs, pieux, sincères, joyeux et agréables, courageux et persévérants \

Aimons tous les enfants, car tous ont besoin de trouver le bonheur à l'école, où ils passent une si notable partie de leurs journées ; or il n'y a pas de bonheur pour eux, si notre aflTection ne dilate leur cœur.

Aimons surtout les pauvres, « puisque nous avons l'avantage dètre employés particulièrement à leur instruction, et que nous devons, selon l'esprit de notre Institut, les considérer beaucoup plus que les riches* . » Que nos prédilections soient aussi pour ces autres pauvres, les déshérités de l'intelligence ou du cœur, et ceux qui n'ont pas reçu une éducation chrétienne au foyer de la famille.

Et comment ne les aimerions-nous pas^ ces chers enfants? leur surnaturelle beauté attira les tendresses du Sauveur; leur faiblesse réclame notre appui ; et c'est pour eux (jue nous avons abandonné notre propre famille.

Zèle et dévouement du maître pour ses élèves. — « L'esprit de l'Institut consiste dans un zèle ardent d'instruire les enfants "* », et ce « zèle ardent que vous avez pour vos élèves, dit saint Jean-Baptiste de la Salle^ doit vous faire entreprendre de vous dévouer sans réserve à l'œuvre de leur éducation «hrélienne ®. Faites donc connaître par toute votre conduite que vous vous regardez comme les ministres de Dieu dans l'éducation chrétienne de la jeunesse, vous acquittant de cetemploi <ivec une charité ardente, et un zèle aussi éclairé que véritable '. »

Vous n'en pouvez douter, la volonté de Dieu est qu'aucun de ces petits, qui sont vos élèves, ne se perde *. Il les appelle

' Imitation de Jésus-Christ, liv. III, ch. v, 3-4. ^ ^ Ibi'l., liv. III, cli. v, .3. — 3 itjid., liv. III, ch. V, 7. — ^ Méditation pour la fête de saint Alexis (17 juillet). — " Rèfjles communes, ii, '.>. — '' Neuvième Méditation pour le temps de la Retraite. — ' Ihid. — * S. Matth., xviii, 14.

au ciel et vous charge de leur en montrer la voie. Pensez aux danj^ers que la faiblesse, les passions et les mauvais exemples font courir à ces chères âmes, et venez-leur en aide par les moyens que nous marque notre saint Fondateur dans ces paroles : « Les Frères s'eiïorceront par la prière, les instructions, leur vigilance et leur. bonne conduite dans l'école, de procurer le salul des enfants qui leur sont confiés, en les élevant dans la piété et dans un véritable esprit chrétien '. »

Que votre dévouement soit courageux et persévérant, malgré les peines et les diflicultés inhérentes à votre état, car « ce n'est pas le repos que vous êtes venu chercher en religion, mais le travail ';» — qu'il soit universe.l, plus généreux même à légard des élèves les moins bien doués et les moins vertueux : ce sont des malades qui ont besoin de médecin *,. et c'est vous qui devez les soigner ; — a qu'il soit si actif et si animé, que vous puissiez dire aux parents des enfants qui vous sont confiés : nous nous chargeons de travailler au salut de leurs âmes, vous abandonnant ks avantages temporels qui résulteront pour vous et pour eux de l'instruction que nous leur avons donnée * ; >> — qu'il soit humble, exempt d'ostentation, détaché de tout retour humain, selon ce vœu suprême de notre Père mourant: « Je recommande aux Frères... de s'acquitter de leur emploi avec zèle et désintéressement'^. »

Donnez à vos élèves tout le temps que réclame le soin de leur instruction. Sans négliger vos études personnelles, préférez-leur la préparation de la classe et la correction parfois fastidieuse des compositions et des devoirs : c'est une obligation de justice. Acceptez avec empressement les surveillances ou les leçons supplémentaires que l'on vous demanderail, pour faire face à une situation momentanément difficile : Dieu récompensera vos fatigues. Dévouez-vous à la jeunesse, comme s'est dévoué pour elle notre Père, « qui brûla de celte suréminente charité de .lésus-Christ, supérieure à la science..., se dépensa tout entier, en toute perfection, par

' Règles communes, n, 10. — 2 Imitation de Jésus-Christ, liv. I, ch. xvn,3

— 3 s. Luc, v, 31. — * Neuvième Méditation pour le temps de la Betraite,

— * Teslametit spirituel de saint Jean-B'tplisle de la Salle.

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la vertu de Dieu, combattant à droite et à gauche avec les armes de la justice, à travers la gloire et la confusion, la diffamation et les louanges '. » Voilà notre modèle.

Le respect pour l'autorité. — L'œuvre de l'éducation serait manquée, avons-nous dit, si elle ne développait dans l'enfant le respect pour l'autorité ; dès lors, n'est-il pas indispensable que, devant ses élèves, le maître religieux témoigne lui-même ce sentiment envers ses Supérieurs''?

Loin de poser pour indépendant, un bon maître se montre toujours « l'homme de l'autorité ». Ses relations avec le Frère Directeur sont empreintes de respectueuse et cordiale obéissance. Si, à l'égard des écoliers, une mesure est prise, à laquelle il n'inclinait pas d'abord, il s'y range non seulement sans dépit, mais avec un visible empressement. En une telle circonstance, la raison et la foi s'accordent d'ailleurs pour tracer au maître son devoir : le Frère Directeur est pour lui l'organe de Dieu ; responsable de la marche générale de l'école, il est mieux placé pour voir l'ensemble des dispositions à prendre, et s'il tait parfois les motifs de ses décisions, c'est que la prudence le lui conseille ou l'y oblige.

Ayez une égale soumission envers celui qui partage, avec le Frère Directeur, la conduite générale de la maison. Il est juste que, d'un commun accord "avec lui, vous régliez bien des détails concernant votre classe ; mais quand il a donné publiquement un ordre, faites-le toujours respecter. Tenez pour certain que vous fortifiez votre autorité morale, dans la mesure oîi vous adhérez cordialement aux directions de ceux que l'obéissance a placés au-dessus de vous.

De leur côté, le Frère Directeur, l'Inspecteur des classes et le Frère Préfet'' se font un devoir strict de soutenir devant les

=» « L'humilité condamne l'esprit d'indépendance, qui veut n'être subor- <lonné pour ainsi dire à personne dans l'exercice de son emploi, en sorte qu'on rend avec peine à un Visiteur, à un Directeur, à un Inspecteur, les devoirs de prévenance et d'honnêteté qu'on doit remplir à leur égard. » Douze Vertus, p. 35.

^ Le Frère chargé de la surveillance générale et de l'organisation des

' Lettres décrétâtes de S. S. Léon XIII, pour la canonisation de saint Jean- Baptiste de la Salle, p. .31.

élèves el les l'ainilles Tautorité des maîtres, de respecler et de favoriser leur juste initiative, de couvrir leur responsabilité, de les aider en particulier de leurs conseils et de ne jamais se permettre ù leur égard, en public surtout, aucune remarque peu charitable.

L'union entre confrères. — Entre vos confrères et vous, faites régner une religieuse union. Elle ei5t d'abord la condition de votre propre bonheur : « 11 n'y a rien, dit saint Jean- Baptiste de la Salle, que vous deviez demander plus instamment à Dieu que cette union avec vos Frères, puisque c'est par ce moyen que vous acquerrez la paix, qui doit faire le bonheur de votre vie'.» De plus, elle est indispensable au succès de l'œuvre si difficile que vous accomplissez auprès des élèves.

On comprend que des hommes animés du même amour du bien et qui le recherchent suivant des directions générales uniformes, adoptent cependant, pour les appliquer^ des moyens divers, inspirés par leur caractère propre ou leur expérience personnelle. Cette variété des moyens concourant sagement au même but ne compromet pas le succès de l'action commune ; elle permet aux forces individuelles de déployer toute leur énergie. Mais ce qui serait funeste, c'est qu'une divergence légitime de ^ues dégénérât en mésintelligence avouée et devînt un scandale*. Que votre union cordiale avec tous vos Frères ne puisse donc être mise en doute ; no dites d'eux que du bien; prenez leur défense, « alors

études dans un pensionnat, reçoit divers titres selon les régions. Sans improuver aucun usage local, nous le nommerons Ffère Préfet : cette appellation est la plus ancienne dans l'Institut et, par sa généralité même, elle répond aux attributions diverses de ces sortes d'Inspecteurs.

i' « Cliacun des maîtres a sa manière de penser et d"agir qu'il n'abandonne pas toujours aisément pour épouser celles des autres, à moins que celles-ci ne lui soient présentées avec des avantages tels ([u'elles portent infailliblement la conviction dans les esprits. Il peut se rencontrer entre les maîtres une grande disparité de caractères, d'humeurs, d'inclinations et de conduite. .Mais l'esprit fraternel et celui de religion les porteront toujours à se prévenir par de bons offices et des témoignages de politesse, à s'obliger dans les occasions, à se suppléer dans le besoin, à ne parler

' Méditulion pour la veille de V Ascension.

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