VERTUS DE L ÉDUCATEUR RELIGIEUX
même qu'ils vous auraient fait de la peine' » ; et que vos élèves soient persuadés que, s'ils parlaient mal de l'un de vos collègues, ils vous attristeraient et s'attireraient une prompte et sévère réprimande.
Le respect des attributions réparties à chacun exige que, sans une mission spéciale, aucun des maîtres ne récompense ou ne punisse d'élèves étrangers à sa classe. S'il arrive que l'un de vos collègues punisse trop sévèrement, à votre avis, un élève de votre classe, placé momentanément sous sa surveillance, gardez le silence sur cet incident jusqu'à ce que votre émotion soit calmée, et demandez- vous si votre secrète irritation ne viendrait pas d'une susceptibilité excessive ou d'un autre sentiment que vous devriez mortitier-'.
Enfin, l'union entre les maîtres d'une même école a encore pour résultat d'établir l'unité de vue et de conduite, indispensable surtout en matière d'éducation. Cette unité constitue l'esprit d'une maison ; elle assure aux enfants les avantages de l'uniformité de direction morale pendant la durée entière de leur scolarité ; elle évite, dans l'application du règlement, les variations contradictoires, si préjudiciables à la formation des caractères.
C'est particulièrement dans les internats que les éducateurs doivent se surveiller, pour que soit maintenue entre eux la plus parfaite union. Des deux professeurs simultanément chargés d'une même classe, il arrive souvent que l'un a plus d'autorité sur les élèves que l'autre : l'œuvre commune demande que le plus favorisé sous ce rapport vienne en aide à son collègue avec dévouement et prudence. Surtout ne donnez
qu'avec lionneur les uns des autres. ■> Conduite pour les Peuaion^, INlanuscrit n" 42, p. 16.
•' « L'union entre les maîtres consiste dans le secours réciproque que se portent les maîtres d'un même quartier ou d'une même école divisée en plusieurs classes... Celte union ne peut que contribuer à l'ordre, les enfants étant convaincus qu'il est très Indifférent d'être vus en faute par leur maître ou par ses compagnons, puisque tous ont une égale attention et autorité pour exiger le devoir. » Conduite, Manuscrit n» 41, p. 1(52, et Manuscrit H" 43, p. 179.
' Règles comynunes, xiii, 5.
pas le douloureux spectacle d'une opposition systématique entre votre confrère et vous; si des volontés discordantes, même bonnes, font pauvre besogne, des volontés hostiles prépareraient la destruction du bon esprit et la ruine des âmes*.
La vénération pour le caractère et la mission du prêtre. — Jésus-Christ a établi le prêtre pour donner aux âmes la direction spirituelle et leur dispenser les sacrements. Le ministère du prêtre est donc nécessaire à l'éducation des enfants ; sans lui, elle demeure frappée de stérilité : a L'instituteur et le confesseur, dit Mgr Dupanloup, ne peuvent se passer l'un de l'autre ; leur alliance est nécessaire. ' » L'une des plus grandes bénédictions du Ciel sur une école, est l'action d'un saint prêtre qui dirige et forme les consciences.
Nous donc que Dieu honora dune vocation sainte pour que nous devenions les auxiliaires du prêtre, enseignons à nos élèves que son caractère est le plus auguste qu'un homme puisse recevoir. Selon les paroles de saint Jean-Baptiste de la Salle, apprenons-leur qu" « on doit avoir pour les prêtres une grande vénération et un profond respect, parce qu'ils sont les pasteurs de l'Église, les ministres de Dieu, les dispensateurs de ses mystères -. » En toute occasion, témoignons devant les
a (. Un maiti-e sans compagnon, dans une classe dont il est chargé, ne trouve rien dans les propos ou la conduite d'un confrère qui yène ou contrarie sa manière d'agir ; est-il maître de pension, il faut, pour l'exercice de son emploi, qu'il s'entende, qu'il se mette h l'unisson, qu'il cadre, qu'il sympathise avec ses associés. La conservation de la bonne intelligence entre eux demande que, dans les rencontres, ils usent de déférence, de modération, de complaisance; qu'ils tâchent de n'avoir pas de torts, qu'ils oublient ceux des autres, qu'ils partagent leurs peines s'ils en ont, qu'ils ne soient pas trop délicats ni trop sensibles sur ce qui les touche, qu'ils n'aient pas l'ambition de vouloir toujours faire triompher leurs propres idées, et qu'au lieu de se donner l'odieux de la raideur des esprits opiniâtres, ils se fassent le mérite, pour conserver la i)aix, de se plier prudemment aux moyens qui peuvent l'entretenir, quand ils ne sont pas évidemment ou mauvais ou dangereux. Des hommes réunis par une profession religieuse et appliqués par l'obéissance à une même fin doivent écarter les obstacles qui pourraient venir de leur part, et concourir, autant qu'il est en eux, à la perfection de l'œuvre dont ils sont chargés. » Règlemenl pour les Pensions, Manuscrit n» 42, p. 10-17.
' Traité de l Education. — - Les Devoirs d'un Chrétien envers Dieu (1703), II* partie, 1" traité, chap. ix, sect. ii, p. 373.
VERTUS DE l'Éducateur religieux 49
■écoliers, notre révérence pour la dignité du prêtre et notre gratitude pour son ministère. Que par nos conseils, ils recourent avec une confiante docilité à leur confesseur : il est pour eux le porte-parole de Dieu même. Enfin, formons-les à un grand respect envers tous les religieux, qu'ils les connaissent ou non.
m. - MODÈLES PROPOSÉS AU FRÈRE DES ÉCOLES CHRÉTIENNES
L'éducateur parfait réunirait, à un haut degré, toutes les qualités et les vertus dont il vient d'être question. Le divin modèle en a été montré au monde, dans la personne de Jésus-Ctirist, Maître des Apôtres : en lui resplendit l'idéal des vertus que doit pratiquer le religieux honoré d'une vocation apostolique. Le zèle de la gloire de Dieu a fait descendre du ciel cet adorable Éducateur de l'humanité, et, comme une flamme dévorante, la consumé tous les jours de sa vie. La <;harité la plus universelle, la plus tendre et la plus désintéressée, l'a porté à guérir les infirmités corporelles et les maladies morales ; l'humilité lui a fait trouver ses délices avec les pauvres, et choisir parmi eux ses amis de prédilection ; la pureté l'a incliné avec amour vers l'âme innocente des enfants, dont il s'est constitué le défenseur. Il possède la plénitude de la sagesse et de la science de Dieu, et il en a rendu les leçons accessibles aux petits et aux simples. Rien n'a pu lasser sa patience : il a enseigné les esprits, sans se rebuter de leur lenteur à comprendre ; il a relevé les •âmes, sans s'irriter de leur faiblesse ni de leur malice ; il a pardonné sans compter et s'est donné lui-même sans réserve.
P;»ur perpétuer sa mission dans toute la suite des âges, Jésus-Christ suscita les Fondateurs des Ordres religieux, et fit briller, en chacun d'eux, l'une des formes du zèle qu'il avait manifesté pendant sa vie mortelle. Ainsi il a communiqué à «aint Jean-Baptiste de la Salle quelque chose de l'infinie tendresse de son cœur pour l'enfunce, puis il l'a exalté dans l'Eglise comme un type parfait d'éducateur. « 0 vous tous
qui portez dignement le titre sacré de maîtres, dit la sainte Eglise, vous avez en lui un modèle que vous pouvez contempler, dont vous pouvez, dans votre ministère, vous efforcer d'imiter les vertus '. » Pour les Frères des Ecoles Chrétiennes surtout, saint Jean-Baptiste de la Salle est un guide, puisque, continuateurs de son œuvre, il leur faut vivre de son esprit. Il demeure pour eux l'exemplaire, le père et le chef, qu'ils doivent aimer et suivre.
' Lettres décrétales de S. S. Léon XIII, pour la Canonisation de saint Jean-Baptiste de la èalle, p. 32.
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