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CHAPITRE I CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES SUR L'ENFANT

Nature de l'enfant. — Il n'y a aucune différence essentielle entre la nature de l'enfant et celle de l'homme adulte : c'est la même complexité de vie physique, intellectuelle et morale; ce sont les mêmes facultés et les mêmes opérations.

Dans son traité sur V Education, Mgr Dupanloup a écrit, sur la nature de l'enfant, une page souvent citée, et qui résume heureusement la question qui nous occupe : « Que vois-je dans un enfant? J'aperçois d'abord les facultés intellectuelles, l'esprit actif, destiné, dans les vues de Dieu, à en faire un homme intelligent ; ces vives facultés qui l'aident à penser, à comprendre, à saisir la vérité, à raisonner, à retenir, à l>arler : mémoire, entendement, imagination, jugement. Je lui découvre : la volonté libre et ce discernement du juste et de l'honnête, de la loi et de la rectitude suprême, qu'on nomme conscience ; et cette sensibilité, qui est le lien de la fraternité humaine en même temps qu'un des liens de la terre

avec le ciel ; et cet amour du beau, du vrai, du bien éternel et immuable, qui est le fond divin du cœur de l'homme. En un mot, je découvre en lui toutes ces belles facultés morales et religieuses, qui lui feront aimer la vérité connue ; désirer, vouloir, pratiquer le beau et le bien. Rien n'est plus noble en cet enfant : ce sont les saintes ressources qu'il a reçues de Dieu, pour devenir l'homme de la vertu, l'homme du bien. Enfin, je trouve en lui les facultés physiques et corporelles et le précieux don de la santé. Voilà ce que l'étude attentive du plus simple, du plus humble enfant révèle au premier regard de Tubservateur réfléchi *. »

Il faut ajouter que ces facultés ne sont pas seulement des puissances capables d'action ; elles sont agissantes. L'intelligence est avide du vrai, et elle le recherche par une infatigable curiosité ; la sensibilité est prompte aux émotions ; la volonté se résout librement à des actes d'où naissent des habitudes. Mais cette activité,, encore faible, a besoin d'une direction et d'un soutien : c'est l'éducation qui les lui assure.

La nature de l'enfant n'est pas seulement faible ; une déchéance originelle la profondément altérée, surtout dans ses facultés morales, inclinées au mal en taut de manières. Elle a besoin d'être initiée, aguerrie à la lutte, pour s'affranchir des passions déréglées : c'est encore l'éducation qui lui en donnera la force, parce que Dieu y intervient avec ses grâces.

En effet, il a élevé la nature humaine à la vie surnaturelle : par le baptême, il a fait de cet enfant son fils, le frère de Jésus-Christ, et l'héritier du royaume céleste. Il l'éclairé, l'excite au bien, l'aide à vouloir et à agir, eu un mot, il coopère à son éducation, à tel point que l'on peut dire que l'enfant est d'abord l'élève de Dieu.

Ses destinées. — Les destinées de l'enfant sont naturelles et surnaturelles. Il doit en même temps développer ses aptitudes humaines et vivre de la vie de la grâce, pour mériter, par les épreuves de son existence terrestre, une vie glorieuse dans le ciel.

' .Mgr Dt" paxlolp, Traité de l'Éducation, i, p. 74.

l'éducateur doit CONNAITRE SES ÉLÈVES 53

Pour mettre l'enfant en état de satisfaire les besoins légitimes de sa nature, l'éducation doit en développer toutes les puissances : le corps, pour faire acquérir aux organes des sens la sûreté dans leur champ respectif d'action, et pour donner à tout l'être physique la santé et la force ; les facultés de l'esprit, pour qu'elles deviennent plus actives et plus habiles dans la recherche de la vérité ; les tendances du cœur, pour que les germes bons trouvent la liberté de leur expansion dans la destruction même des germes mauvais. Afin de préparer cet enfant eaalaft*» à atteindre sa destinée surnaturelle, l'éducation la lui fait connaître par l'enseignement religieux, et en mémo temps elle l'exerce à la pratique des vertus chrétiennes.

Ainsi, leur nature et leurs destinées constituent aux enfants une dignité éminente. Jésus-Christ se complaît dans leur âme innocente, et il menace de ses vengeances ceux qui les scandalisent. Des saints se sont faits leurs éducateurs ", s'estimant trop honorés de guider ces rejetons d'une lignée royale et divine, vers le royaume du Père céleste. « Ayez, nous dit saint Jean-Baptiste de la Salle, plus de soin de leur éducation et de leur instruction que s'ils étaient les fils d'un roi '. »

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