‹ Eléments de pédagogie pratiqueChapitre 62 sur 179 · V. — LES DÉVOTIONS ET LES CONGREGATIONS · texte numérisé non relu

V. — LES DÉVOTIONS ET LES CONGREGATIONS

La sainte Église autorise et encourage certaines dévotions spéciales, et elle a enrichi d'indulgences un grand nombre de pratiques de piété : son intention est donc que les fidèles fassent choix de celles qui sont le plus en rapport avec leur situation et l'attrait spécial que leur donne la grâce. En cela encore, l'éducateur religieux est pour ses élèves un guide et un modèle. « Avec une piété solide envers Dieu, les maîtres doivent inspirer à leurs élèves une dévotion particulière envers Notre-Seigneur, la très sainte Vierge, saint Joseph, leurs saints Patrons et leur Ange gardien '■ o.

Dévotion au Saint Enfant Jésus. — La dévotion au Saint Enfant Jésus est traditionnelle dans notre Institut. En donnant Jésus Enfant pour patron à sa Société, saint Jean-Baptiste de la Salle a voulu le présenior comme modèle aux éducateurs et à leurs disciples. Une ancienne Conduite parle en ces termes

* La solennité de la première Communion n'était pas encore établie, au dix-huitième siècle, avec le cérémonial qui en fait aujourd'hui l'une des fêtes religieuses les plus touchantes ; mais on ne laissait pas d'y préparer les enfants avec sollicitude. 'Voici, à ce sujet, les recommandations de la Co7iduite pour les Pensions : << Le Frère Préfet prendra un temps suffisant, six mois au moins, pour préparer à la première communion les élèves qui ne l'auront pas faite. Il ne se déchargera de ce soin sur personne. Il sera bon de séparer ces enfants des autres, pendant le temps des récréations et exercices de classe, trois ou quatre mois avant la première communion, pour les mieux préparer par des instructions, des lectures et des entretiens de piété convenables à la circonstance, le tout distribué afin qu'il n'y ait ni ennui ni dégoût. En cette rencontre particulièrement, il faut insister avec beaucoup de • détails sur les dispositions nécessaires à la réception des sacrements de pénitence et d'eucharistie, et sur les réflexions à faire tant .sur la vie passée que sur celle qui doit suivre. C'est le moment de suggérer aux élèves de fortes résolutions pour l'avenir » (p. iO). — Le Çoutumier du Pensionnat de la Rossif/Jiolerie d'Angers (p. 1"^), nous apprend que la première communion de messieurs les pensionnaires libres avait lieu pendant l'octave du très r^aint-Sacremenl. — Le Coulumier du Pensionnat de Marseille dit que << plusieurs élèves faisaient leur première communion le jour de la fête de l'Immaculée-Conception « (p. 13).

' Manuscrit îi" 42, p. 34.

154 KnUCATIU.N

de celle dêrolion : a Les maîlies excilërohl les élèves à imiter Jésus-Christ Enfant, par le respect, la soumission à leurs parents et à leurs maîtres, i)ar raltonlion aux instructions chrétiennes, par la douceur, la chasteté, la candeur, la simplicité, enfin par les eilbrls qu'ils doivent faire pour croilic en sagesse et en grA(?e à mesure qu'ils àVancenl en Age '. r>

Dévotion au Sacré-Cœur. — Faisons connatlie à nOs élèves les perfections, lés ariiabilités él les richesses infinies du sacré Cœur de Jésus. Montrons-leur comment ladévôtioh à ce divin Cœur doit les conduire à la fuite du péché, à l'esprit de sacrifice, a l'amotir de l'Eucharistie, à l'imilatiorl des vérttis de douceur et d'huniilité diml Jésus-Christ se proclame le modèle.

Ils doivent être affiliés à l'archiconfrérie de VÀposlofal de la Prière, et invités à en prendre l'esprit : 1° par l'offrande quotidienne A Dieu de leur tr-avaii, de leurs prières et de leurs soutTrances, en uiiion avec les intentions de Jésus-Christ immolé sur l'autel; 2° par la réception fervente de la sainte Communion le premier vendredi de chaque mois , si leur confesseur le permet.

Dévotion à la très sainte Vierge. — La très sainte Vierge étant Mère d(^ rAMteiir de. la grâce, il n'y a pas d'éducation chrétienne ofi n'intervienne cette Heine du ciel. C'est donc assurer la |»ersévérah(;e des élèves dans le bien qiie de h-uiinspirer une tendre dévotion envel-s Marie. Selon l'enseigneineht de saint Jean-Baptistt' delà Salle, « Marié étant la Reiiie des hommes, des anges et des saints, il n'y en a point qui aient autant de pouvoir quelle auprès de Dieu et dé volonté de hoiis faire du bien - ». Que les petits ehfartts liii confieni leur innocence. Que U^s jeunes gens réclament son secours ù cet âge décisif oi'i le cArattèi-e se forme, niais Oîi lé cœiir peut se flétrir ])OUr jamais. Conseillons à tous de ])orler le saint scapulairé; de ri'citer le chapelet en méditant sur les mystères du rosaire ; de célébier fivoc piété les fêtes de Marie et

' Manuscrit n° H, p. VA. — - Uevoirs d'un '■hrétien, '.'>' partie, \" llaiti-, sect. m, 0« instruction.

KDUCATION liELIGlEUSK — l'IKTÉ 155

le iiutis qui lui est consaci-é, et surtout de ne jiasseï- aucuu jour de la vie, si mauvais qu'il i)uisse ètri?, sans l'irivoquer filialenieut. Enfin, ne leui- laissons pas oublier que « la plus excellente nianièi-e de Ihouorei- et de méritêi- sa puissante pt'Olectidn aujti'ês de Di'eU etdesoii divin Fils, est diniiter ses vertus '. '

Dévotion à saint Joseph. — Depuis deux siècles, iiotj-i' iiistilut a placé lin très gràiid noinbi'e de ses étàbllssetneiils sous Ite voëable de saint Joseph, et il s'est donne la niissloii de propager son culte parmi la jeunesse. C'est en quelque sorte chez, nous une tradition de famille, de fàiris connaître les vertus cl le pouvoir de ce saint. Patriarche, et de célébrer ses fêtes avec éclat et piété. Soyez-y fidèle. « Faites observer à vos élèves que létroilé iiiiiôri de saint Joseph avec Jésus et Marie, et l'éminénce d'une justice (jui a i'éum éii lui toutes les vertus, doivent leur inspirer une cDnfiaiice particulièi'e en son intercession -. »

Lés coiig'rég'ations pieuses. — Les congrégations sont des gi'oupes d'enlanls oii de jeunes gens, choisis parmi lés plus vertueux de l'école, et qui, soiis la protection dii Sàcré-Cteiii-, de la très sainte Vierge, des saints Anges où d'iiii Saiiit, s'excitent mutuellement à la pratique des vertus de leiir âgé et de leur état. Elles étaient florissantes dans nos pensionnats au dix-huitième siècle"; aujourd'hui elles se sont multi|)liées

" I' Pour entretenir et augmenler la dévoUon envers la très sainte "Vierge, dans le cœur des enfants les plus sages, on pourrait leur inspirer de "s'associer pour former une petite congrégation en vue d'honorer la Mère de Dieu par (les pratiques particulières qui, si iMen ordonnées les jours de dimanche, de fêtes et ceux de congés, ne nuiraient ni à l'ordre ni aux devoirs auxquels tous les pensionnaires sont tenus. Un maître zélé serait à la tête. On n'y admettrait que les plus pieux et les plus réglés. Ceux des associés qui cesseraient de tenir une conduite sage seraient exclus comme indignes. » foniliiile pour hs Pp.yiaions, Manuscrit n" 42, p. 34.

'< Il y avait au pensionnat de Marseille une congrégation de la très sainte Vierge, sous le titre de l'Immaculée-Gonceplion. Elle était composée d'un président, de deux assistants et de simples congréganisles au nombre d'environ cin((uante à soixante. Lorsqu'un congréganiste quittait la pension, on lui remettait une patente (diplôme) sur parchemin, signée du Président,

' Conduite pour les Pensions, Manl^sc^it n» V2, p. M. — - Conduite poulies Pensions, Manuscrit n" 48, p. ol.

loG ÉDUCATION

dans loules les écoles, au grand prulit de la piélé el de la persévérance chrétienne *.

Le but de la congrégation estdr faire contracter aux élèves l'habitude de la pi-ière, de les porter à l'exercice courageux des vertus, à lapostolat de l'exemple et de l'action parmi leurs condisciples. L'esprit d'apostolat est essentiel à la congrégation. Assister à des réunions, écouter des exhortations, prendre part à des prières communes, cela est nécessaire, mais non suffisant : le jeune homme n'est vraiment congréganiste que dans la mesure où il pratique l'apostolat et s'exerce au sacrifice volontaire.

L'intimité et la régularité des réunions de la congrégation, la pieuse solennité de .ses fêtes, le choix des élèves qui en sont les membres, doivent faire apprécier le titre de congi^érjonlstc, à ceux qui l'ont reçu, rt le faire considérer par leurs camarades comme l'honneur le plus envié. Il n'est pas nécessaire que la congrégation soit nombreuse; mais il est indispensable que les élèves qui la com])osent soient, de toute l'école, les plus assidus au travail, les plus généreux à se vaincre, les plus obéissants, les plus respectueux, les plus charitables et les plus estimés. Alors, mais seulement alors, la congrégation l'st un loyer de piété et de bon esprit, dont le rayon-

du Secrétaire et du Frère Directeur, attestant qu'il était congréganiste, et on lui promettait de prier Dieu après sa mort, si ses parents renvoyaient la patente à la pension. Lors donc qu'on en rscevait une, on la lisait publiquement, on chantait l'office des morts et Ton faisait dire une messe pour le repos de son Ame.

" Les congréganistes se préparaient à la fête de l'Immaculée-Conceplion par une retruite d'environ huit jours. Le jour de la fêle, ils faisaient leur rénovation de réception à la congrégation. On recevait les membres nouveaux qu'on avait admis ; ils lisaient à genoux l'acte de consécration devant la statue de la très sainte Vierge, puis ils allaient embrasser le Frère Directeur, le Président de la congrégation et ses Assistants. » Coutumier du pensionnat de Marseille, p. 13.

* Nous ne pouvons nous étendre ici sur les moyens d'établir une congrégation ni sur son fonctionnement. Des opuscules spéciaux donnent à cet égard les renseignements utiles. L'établissement régulier et en quelque sorte canonique d'une congrégation est indispensable pour que ses membres jouissent des indulgences et faveurs concédées par les Souverains Pontifes. Rappelons particulièrement qu'il n'y a de vraies congrégations de la très sainte Vierge que celles qui sont affiliées à la Prima primaria de Rome.

iiciiiciil exerce une aclion morale puissante. Elle oi'ji;anise dans la classe et l'école l'armée du bien; elle diminue la fréquence des répressions coercitives ; elle initie les jeunes gens à l'apostolat, et prépare en eux les chrétiens énergiques si nécessaires à la société contemporaine; enfin, elle prédispose certaines âmes choisies à entendre l'appel divin, pour une vocation sacerdotale ou religieuse.

La congrégation doit se continuer au delà de l'école, soit en réunissant les anciens élèves en groupements divers ayant leurs réunions, leurs exercices de piété, en un mot leur vie propre, soit en les faisant entrer dans les associations pieuses fondées dans les localités qu'ils habitent.

Les Conférences de saint Vincent de Paul. — « Mes petits enfants, disait lapcMre saint Jean à ses disciples, n'aimons ni de parole ni de langue, mais par les œuvres et en vérité '. » Cette recommandation a été comme le mot d'ordre de toutes les associations de la chai-ilé privée qui, au dix-neuvième siècle, se sont ingéniées en tant de manières à secourir les infortunes matérielles ou morales. Que les jeunes gens fassent, sous notre direction, l'apprentissage pratique de ces œuvres de charité : c'est lune des meilleures leçons que nous puissions leur donner.

Dans ce but, on a établi en un grand nombre de pensionnats et d'écoles, des conférences ou des petites conférences de saint Vincent de Paul. Bien dirigées, ces institutions ont donné les meilleurs résultats : elles sont en efïet très efficaces pour combattre légoïsme et développer la compassion à l'égard des malheureux; elles rendent les jeunes gens ingénieux à se pj-ocurer des ressources dont profileront les pauvres; elles sont enfin comme des pépinières où se recrutent les conférences paroissiales. La visite à domicile des familles secoui-ues n'est pas sans inconvénients de plus d'un genre. Si, en quelques endroits, des circonstances exceptionnelles l'ont rendue praticable, presque partout, on a dû y renoncer, et h lemplacer en faisant venir les personnes assistées dans un local de rétablissement, où les membres de la

' I Jeun, m, is^

conférencr leur distrilment co qui leur csl destiné. Ailleurs, on se contente de remettre les secours eu argent el en nature à une eoni'érence paroissiale, qui fait visiter les familles au nom des jeunes gens.

Page 1