IV. - LA FRÉQUENTATION DES SACREMENTS
Le soutien le plus efficace de la piété, fon aliment indispensable, c'est la fervente et fréquente réception des sacrements de pénitence et d'eucharistie : «i Comme Dieu, dit saint Jean-Baptiste de la Salle, a donné aux hommes la prière et les sacrements pour se retirer du péché et conserver la grâce, il n'y a rien qu'on doive plus inspirer aux enfants que l'amour et le fréquent usage de ces moyens de sanctification. Il faut leur enseigner les dispositions saintes qu'ils doivent apporter pour bien recevoir les sacrements et les exciter à s'en approcher souvent, afin de tenir leur conscience nette de tout péché-... Oh! si vous conceviez les grands biens que vous leur ferez en leur procurant la conservation et l'augmentation de la grâce par le fréquent usage des sacrements, vous ne vous lasseriez jamais de les en instruire et de les y exhorter ! ^ »
Sacrement de pénitence. — L'éducation chrétienne est une œuvre de vie ; elle ne se réalise que dans les âmes habituellement en état de grâce ; or c'est le sacrement de pénitence qui rend la vie de la grâce â qui l'a perdue et l'augmente en qui la possède.
Rien n'égale la puissance éducatrice de la confession régulière et de la direction sacerdotale. La confession purifie lame, calme ses remords, lui fait goûter la paix et, par l'abondance
' Manuscrit n" il, p. 69-72. — ^ Méditalion pour le 111'= Dimanche après la Pentecôte. — ^ Huilième Méditation pour le tempa de la Retraite.
(le la grâce divine, lui donne la force pour éviter les rechutes et pratiquer les vertus. La direction régulière du prêtre est le grand moyen de formation pour la conscience , car seul le ministre de Jésus-Clirisl peul, avec autorité, donner aux (^nfants les conseils appropriés à leurs plus infimes besoins. Hnfin la confession dispose les écoliers à l'action du maître, car elle pénèlre les cœurs d'humilité, de componction, et elle développe dans les volontés l'énergie nécessaire pour la correction des défauts. Au contraire, quand le péché persiste dans une âme et surtout quand les fautes s'y accumulent, celle âme est en proie au trouble, à l'irritabilité et parfois même à l'esprit de révolte.
Dans ses instructions, un maître religieux revient souvent sur les dispositions que doit apporter au sacrement de pénitence celui qui veut en bien prohler; il excite les enfants à se procurer souvent a les avantages d'une confession bien faite: la rémission de tous les péchés, la grâce de pouvoir les éviter à l'avenir, de vaincre les mauvaises habitudes, de résister aux tentations, de rentrer en amitié avec Dieu et d'avoir ainsi un grand repos de conscience '. »
11 est à souhaiter ([ue les enfants se confessent au moins tous les mois ; pour les jeunes gens, cette mesure minimum devient souvent insuffisante. Rendez-vous compte discrètement de la conduite de vos élèves à cet égard ; c'est un point sur lequel il importe que vous soyez renseigné".
Que le Frère Directeur cherche donc, par tous les moyens convenables, à procurer aux élèves un confesseur dont la direction forte, régulière et dévouée, les fixe dans le bien. Et puisque l'expérience atteste l'utilité, la nécessité même des
' Le Hèglement des anciens Pensionnats porte que « Messieurs les Pensionnaires se confesseront tous les mois ». Coulumier du Pensionnai de Marseille, p. 2.
— « Les Pensionnaires iront à confesse tous les mois. Un des maîtres sera cliargé d'y veiller; et ils seront exhortés à conimunipr tontes les fois que le confesseur les jugera en état de le faire, l'iien n'est plus capable d'entretenir leur piété, de les former à la vertu, de les préserver du vice ou de les en retirer, s'ils ont eu le malheur do s'y laisser aller. » Conduile pour les Pensions, Manuscfit n' 42, p. 3ît.
' Devoirs d'un Chrétien, II'' tiartie, 1er traité, chap. VIII, secl; iv, p. ?A'i.
i:i)Ui:ation keluiieusk — l'ii'nÉ J51
confesseurs extraordinaifes, il est opportun de réclamer souvent leur ministère, spécialemeht après les vacances et pendant les retraites.
Sacrement de rEucharistie. — La vigueur du tempérament spirituel de nos élèves est liée, par une relation de caiisé à ellet. à la fréquence et à la valeur de leurs rapports avec l'adoralde Kucharislie. il n'eu saurait être autrement puisque, selon l'enseignement dé saint Thomas, « l'Eucharistie est poul* i'àme ce que l'aliment est pour le corps : elle la soutient, accroît ses forces et la dilate dans la joie. » Ne l'ouhlions pas : fortifier un jeune homme dans la lutte contré ses passions est ime grâce que Dieu seul peut accorder.
Si les enfants, les jeunes gens, communient bien et souvent, ils goûtent le don suprême que Jésus-Christ leur fait de luimême ; et Jésus-Christ, agissant en eUx^ les pénètre de soh esprit, pour les porter à fuir le péché, à se corriger de leurs défauts, à s'unir à lui par la prière, aie faire rayonner autour d'eux par le bon exemple et le dévouement. Rieti ne dispose mieux les âmes à accepter, dans toute sa force et son étendue, la doctrine de J(''sus-Christ, à communier à ses pensées et à ses sentiments, comme de communier souvent à son corps el à son sang. Heureuse la classe où le P*ain des Anges, reçu par des cœurs bien préparés, devient la vie même du maître et de ses disciples! Cette divine nourriture consomme entre eux l'union que le llédempteiir mourant demandait à son Père : combien alors l'action de l'éducateur devient plus facile et plus féconde I
L'éducation chrétienne est une œuvre surnaturelle, pour laquelle sont impuissants les moyens purement naturels, car les moyens doivent être de même nature que la fin. La parole (lu Sauveur ; « Sans moi, vous ne pouvez rien faire ' », s'applique donc bien ici, comme celle de saint Paul : « Je puis tout en celui qui me fortifie. ^ » Une maison d'éducation serait condamnée à la stérilité morale, si les élèves né communiaient pas ou ne le faisaient que très rarement. Aii
' Saint Jean, xv, :>. - Philipp., iv, 1:1
contraire, la communion fréquente a transformé l'esprit de tous les établissements où elle a été introduite.
Il esta souhaiter que la communion hebdomadaire soit permise par les confesseurs, en la plus large mesure possible, dans nos écoles paroissiales et nos pensionnais. Au sentiment des théologiens, c'est l'idéal que l'Église propose à la généralité des fidèles. D'ailleurs, ces enfants sont disposés à profiter de l'Eucharistie par le milieu protecteur où ils vivent, et par la connaissance que les instructions du prêtre et celles des maîtres leur donnent de l'excellence de ce sacrement et de la préparation qu'il faut apporter à le recevoir. C'^st à la table sainte qu'ils trouvent la lumière et la force dont ils ont besoin : lumière, pour s'orienter vers la vocation que Dieu leur a destinée; force, pour lutter contre les assauts de leurs passions naissantes et pratiquer la vertu.
Ce ne serait pas raisonner juste de penser qu'il n'est peutêtre pas opportun de porter les élèves à une communion si fréquente, parce qu'il est à présumer que plusieurs, une fois sortis des classes , ne conserveront pas cette habitude. D'abord, l'expérience permet de constater souvent le contraire ; puis il ne faut pas oublier que, pendant la période de leur formation chrétienne, les jeunes gens ont besoin de recevoir souvent la divine nourriture qui soutient et fortifie leur âme.
Instruire les élèves des richesses que leur a préparées Jésus- Christ dans l'Eucharistie, les exhorter à s'asseoir souvent au banquet divin, leur enseigner la manière de s'y bien disposer, les préserver du péché qui les en rendrait indignes, leur inspirer l'horreur du sacrilège : telle est votre mission, mais elle se borne là. N'exercez sur vos élèves aucune pression soit directe, soit indirecte ; le confesseur est seul juge des décisions générales ou particulières qu'il convient de prendre.
Regardez comme l'une de vos plus nobles fonctions le soin de préparer les enfants h \a. première communion. Entourez de précautions, de sollicitudes, de prières et de sacrifices, les jeunes âmes qui s'acheminent, sous votre conduite, vers ce rendez-vous solennel avec Jésus-Hostie, afin qu'elles lui ap-
portent le trésor de leur innocence et la ferme résolution de lui être fidèles ".