I. - CONSIDÉRATIONS GiNÉRALES SUR LA SURVEILLANCE
Nature et nécessité de la surveillance. — Surveiller, c'est veiller sur cpielquun pour éloigner ce qui pourrait lui être funeste; et comme on ne veille bien que sur ce que Ton aime, surveiller est avant tout un acte dail'ection et de dévouement.
Dans l'école, la surveillance est lexercice actif et continu de la sollicitude d'un maître qui ne perd pas de -vue ses élèves, afin de les préserver de tout danger [ijiysique et moral, et de former leur conscience par la pensée du devoir. Il n'est donc i)as seulement ici question dune surveillance extérieure, qui se bornerait à empêcher l'acte rcpréhensible du à le punir, mais surtout d'une action intime de l'éducateur qui, par sa pré-ence , maintient ses élèves dans l'accomplissement volontaire de leurs obligations.
Les élèves ont besoin, eux aussi, de se faire une notiop exacte de la surveillance que le maître exerce sur eux. Se garder, se préserver soi-même du mal, est un devoir de conservation personnelle qui incombe à chacun ; ce doit être l'usage de la raison et de la conscience éclairées par la foi. Les parents et les éducateurs qui surveillent un enfant ne font que
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l'aider à remplir efficacement ce devoir ; mais c'est en vain qu'on l'enlourerait d'une vigilance incessante, s'il ne se gardait pas lui-même. Or se garder ainsi, c'est praliquement se détendre du mal, en éviter les occasions, repousser les tentations, mettre entre le péché et soi la barrière d'une conscience toujours Terme et vigilante. Le surveillant n'est pas une sorte de policier, mais un ange gardien qui rappelle à renl'anl l'obligation de vouloir librement le bien'.
Pour l'éducateur religieux, l'absolue nécessité de la surveillance est une sorte de dogme. Il ne suffit pas, en effet, de chercher à former la conscience de l'enfant par des instructions, il faut le surveiller dans l'action, pour le garantir de sa propre faiblesse et des influences i)ernicieuses auxquelles il serait exposé. C'est une utopie ou une négligence qui leur est fatale, que de laisser des enfants ou des jeunes gens sans surveillance;, sous ])rétexte d'exciter ainsi leur initiative personnelle. « .N'abandonnez jamais l'enfant seul à la puissance de lui-même, » dit l'Espril-Saint au livre des Proverbes. « Ayez bien de la vigilance sur les enfants, écrit saint Jean-Baptiste de la Salle, car il n'y a d'ordre dans une école qu'autant ({u'on veille sur les écoliers '. »
Nul des maîtres ne i>eut se désintéresser de la surveillance ; elle doit être pour tous un souci permanenl^ car ils sont solidaires les u«s des autres pour le maintien de la discipline et du bon esprit. Sans doute, le Frère Inspecteur ou le Frère Préfet est plus sp(''cialement chargé de la surveillance de l'ensemble de la maison, mais les [trofesseurs n'en sont pas dispensf'S pour cela ''.
'' « Il faut, dit Joubert, que les eniants aient un gouverneur en euxmêmes ; il y est mieux placé et plus assidu qu'à leurs cûlés. Tous sont disposés à le recevoir, et il y a dans leur conscience une place toujoui's prêle pour lui. » Pensées, xix, 13.
•• La Conduite de 170<) précise les points principaux sur lesquels doit porter la surveillance du Fn-re Inspecteur : « Que les enfants travaillent bien dans l'école, qu'ils y gardent le silence , qu'ils aient de la piété , qu'ils aillent à confesse le plus souvent possible, que ceux qui communient le fassent au moins tous les mois, qu'ils soient assidus dans leurs
1 Lettre 23" mentionnée dans le iJécrel sur les écrits de S. Jean-lJuptislc de la .Salle.
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Qu'il s'agisse d'écoles paroissiales ou d'internats, il n'y a ni moralité, ni piété, ni vigueur dans la discipline, ni ardeur constante au travail, sans une surveillance consciencieuse. L'expérience atteste que plus on réunit d'enfants et de jeunes gens, plus on rapproche des foyers de concupiscence ; et sans la surveillance, une classe deviendrait un de ces groupements dont parle JosepJi de Maistre, a où les vertus sont isolées et les vices mis en comnmn, »
Importance de la surveillance. — L'importance de la surveillance dérive des responsabilités de celui qui l'exerce. Les responsabilités du surveillant sont : la conservation de l'innocence chez les enfants^ le maintien du bon esprit dans la classe et l'école, léloigitement des accidents, et en particulier de ceux dont il devrait rendre compte devant l'autorité civile.
L'innocence conservée ou l'innocence recouvrée est la condition de l'éducation chrétienne. Une âme pure développe avec facilité, selon la nature et selon la grâce, ses facultés et leurs értergies. Elle s'oriente vers Dieu, qui est la vérité, la beauté, le bien absolu; et elle en reçoit un surcroit de lumière et de force. Cette innocence, joie et parure de l'âme des enfants, est le trésor confié à notre garde ; nous en répondrions devant Dieu si, par notre négligence, elle était flétrie. « Il faut que ce soit votre premier soin et le premier effet de votre vigilance dans votre emploi, nous dit saint Jean-Baptiste de la Salle, d'être toujours attentifs sur vos élèves, pour les empêcher de faire aucune action, non seulement mauvaise, mais qui soit même tant soit peu inconvenante, en sorte qu'ils s'abstiennent de tout ce qui a la moindre apparence de péclié ^.. On peut dire en quelque façon de chacun de vous
paroisses les dimanches et fêtes, qu'ils agissent avec beaucoup d'humilité et de respect à l'égard de leurs père et mère, qu'ils ne fréquentent pas de mauvais compagnons, qu'ils aillent avec des compagnons sages, retenus et honnêtes, qui les puissent porter au bien par leurs exemples et leurs discours. » Puis cette Conduite ajoute : « La vigilance que l'Inspecteur des écoles doit avoir sur toutes ces choses n'ernpôche pas celhî des maîtres, pour les faire observer, pour maintenir le bon ordre des classes, par esprit de régularité et d'exactitude. » (p. 246-24T.)
' Deuxième Médilntieu pour le temps de la Itetraitr.
qiKî vous èles évoque, c'esl-à-diro surveillant du troupeau dont on vous a chargé ; vous êtes par conséquent obligés de veiller sur tous ceux qui le composent, parce que, comme le dit saint Paul, vous devez rendre compte à Dieu de leurs âmes. L'âme de chacun de ceux que vous conduisez étant inlinimenl chère à Dieu, si quelqu'un se perd par votre faute, il l'a dit et il le fera, il vous demandera âme pour âme '... Etant substitués aux pères et mères et aux pasteurs, vous êtes obligés de veiller sur les enfants. Si donc vous ne veillez sur leur conduite, vous devez être persuadés que, n'étant pas en état de se conduire eux-mêmes, vous rendrez compte à Dieu des péchés qu'ils auront commis, faute d'avoir été surveillés, avertis et corrigés"-. »
Le bon esprit d'une classe, d'une école, consiste dans le respect des élèves et leur cordiale obéissance envers Tautorité, dans la charité qui rend si agréables les rapports entre condisciples, et dans l'émulation au travail et à la vertu. H a donc pour ennemis les indisciplinés, les hypocrit(;s, les railleurs et les scandaleux. Or, seule, une surveillance active les découvre et déjoue leurs plans parfois habilement préparés.
D'autre part, le surveillant engage devant la loi sa responsabilité et celle même du titulaire de l'école, en i-aison des accidents qui atteindraient les enfants pendant qu'il en a la garde, en classe, en récréation ou en promenade, et en i-aison des dommages et préjudices que ces enfants causeraient, dans les mêmes circonstances, soit à leurs condisciples, soit à dautres personnes *.
'' Les rcsponsabilitco du surveillant ne se bornent pas aux accidents et aux préjudices dont il vient d'être question : elles s'étendent à ses actes personnels, au.x actes des préposés, s'il est titulaire de l'école, et aux actes des éloves. En voici le résumé, d'après les règlements applicables aux écoles de France :
Responsabililés du fait personnel : Voies de fait exercées sur les enfants ; attentats à la pudeur; accident survenu à l'enfant par suite de la mauvaise organisation ou du défaut d'entretien du local ; accident par l'usajic d'objets dangereux laissés à la disposition des élèves ; maladies contagieuses qu'ils auraient contractées à l'école.
' Méditalion pour la fêle de saint Marcel Q\ novembre). — - Onzième Méditation pour le temps 'de la Retraite. — Cf. Méditation pour la fête de saint Benoit {21 mars).
Des fonctions si importantes ne sont pas inférieures en dignité à celles de l'enseignement. Lorsque vous exercez la surveillance, vous faites œuvre d'apôtre ; vous ne vous acquittez pas alors d'une « corvée », mais do la mission même des Anges gardiens. Estimez-vous donc heureux d'unir l'emploi de surveillant à celui de professeur et d'acquérir ainsi, par un surcroît de fatigues, une action plus continue sur les élèves et des mérites plus abondants.
Conditions qui rendent la surveillance efiicace. — Persuadé que le péché est le grand obstacle à l'œuvre rédemptrice et par conséquent à l'éducation chrétienne des enfants, le bon surveillant le hait «d'une haine parfaite », et il en poursuit partout les manifestations. Mais cela ne suffit pas, et la surveillance ne devient vraiment efficace que si les élèves ont la crainte de Dieu et si, dans l'école, règne une forte discipline.
En vain, étendrait-on sur les élèves une surveillance active ; s'ils n'ont pas l'horreur du péché, on ne les empêchera guère de le commettre. Tout au plus, pourra-t-on les contraindre extérieurement à une rectitude hypocrite qui évite les punitions : ils demeureront des « serviteurs à l'œil », et l'on n'améliorera pas leurs âmes. C'est pourquoi il faut, avant tout, développer chez les enfants et les jeunes gens la conviction pratique que Dieu les voit, et qu'ils doivent agir pour lui plaire.
La surveillance, si dévouée soit-elle, est impuissante dans une école où la discipline est sans vigueur. Cette forte autorité de la règle rend les maîtres exacts à leur poste de surveillants ; elle contient les élèves dans le devoir, et leur fait attacher de l'importance aux observations et aux réprimandes que leur conduite a motivées.
Responsabilités du fait des préposés : Elles sont encourues par le Directeur dans les circonstances ci-dessus mentionnées, à l'occasion des instituteurs adjoints et des gens de service.
HesponsabiUlés du fait des élèves : Ce sont les plus nombreuses. Elles découlent de ce principe que l'instituteur tenant la place du père de famille, celui-là est civilement responsable dans tous les cas où le serait celui-ci.