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II- - QUALITÉS D'UNE SURVEILLANCE EFFICACE

La surveillance efficace a les qualités suivantes: elle est générale, constante et active, exacte, prévoyante, ferme, calme, loyale et discrète.

Surveillance rjénérale. — Que la surveillance soit d'abord générale quant aux enfants et quant à leurs actes. Tous les enfants ont besoin de se savoir surveillés, car tous sont faibles. Un maître expérimenté ne se relâche pas d'une sollicitude attentive, même à l'égard des élèves dont le naturel est paisible, ou dont la piété est exem])laire : la douceur des uns cache i)arfois de violentes passions, et la vertu naissante des autres mérite d'autant plus de soins qu'elle les rend plus agréables à Dieu. Sans doute, le surveillant varie son action sur les élèves selon la connaissance qu'il a de leurs dispositions ", mais sa vigilance s'étend à tous.

Surveillance constante et active. — Surveillez constamment, car les enfants et l'onncmi invisi})le qui les tente seraient habiles à profiter de votre lassitude. Autant que possible, ne perdez pas de vue vos élèves : les regards, les jeux de physionomie, les mouvoracnts et la tenue vous diront si leur attention est disli-aile, si leur imagination s'(''gare et s'ils se disposent à manquer à leur devoir. .Ne vous occupez pas en classe d'un travail personnel, si court et si peu absorbant soit-il. Pendant que vous présidez à la récréation, abstenezvous de converser, de lire, ou de corriger des copies. Ètesvous obligé de vous absenter de votre poste, priez un confrère de vouloir bien vous y remplacer ''.

•'' " Pour ùlro utiles aux pensionnaires, les maîtres doivenlles étudier à fond par la surveillance, autant qu'il est possible discerner la difTérence de leurs caractères, de leurs humeurs, de leur génie, de leur esprit, de leurs inclinations, de leur conduite; leurs qualités bonnes ou mauvaises, leurs façons d'agir, leurs discours, les désirs et les passions qu'ils font paraître; observer les compagnies qu'ils recherchent, leur manière de se comporter avec leurs camarades, quel usage ils font des laveurs, des refus et des corrections qu"t)n leur fait. >» Conduite pour les Vensions -. de la Surveillance, Manuscrit n" 42, p. 4i.

'' « Aucune division des pensionnaires ne doit jamais être laissée sans surveillant. Dans les temps où il n'y aurait qu'un luaitrc, s'il était obligé

Qiio chaque jour vous trouve égal à vous-même dans vos fonctions de surveillant: que les enfants no puissent se consoler de la gène que leur impose votre sollicitude daujourdhui, en pensant que demain vous en serez le premier lassi'-.

Surveillance exacte. — L'exactitude fait au maître un devoir de se trouver à son poste à l'instant précis où les élèves lui sont confiés.. Cette exactitude assure l'ordre, en (Mant aux écoliers l'occasion de se dissiper impunément; elle contribue à rendre rares les punitions, et ainsi à maintenir le bon esprit dans une classe. Et qu'un surveillant ne dise pas, pour se justifier d'une négligence habituelle : « Les élèves ont leur conscience. » Oui, ils ont leur conscience, mais aussi des passions qui, loin de permettre à un formateur de s'endormir dans une insouciante sécurité l'obligent d'être à son poste, pour y remplir la fonction que lui assigne la confiance et que lui impose l'autorité du Frère Directeur.

Surveillance prévoyante. — Pour mieux surveiller, le maître cherche à prévoir les occasions où les enfants tenteraient d'échapper à son contrôle. Il détermine si bien toutes choses par avance, les ordres à donner, les défenses à faire, qu'il n'est jamais pris au dépourvu ou du moins très rarement. Toutefois il n"a pas lair de calculer ses dispositions avec finesse : certains esprits malicieux seraient par trop inclinés à déjouer ses plans.

Surveillance ferme. — Les écoliers ne se trompent guère sur la fermeté de leurs surveillants : avec les uns, ils semblent n'avoir pas même l'idée de s'émanciper; avec les autres, tout leur en fournit l'occasion. Le maitre doit se rappeler qu'il n'est pas commis à la garde des élèves pour être le témoin résigné de leur indiscipline, mais pour l'empêcher de se produire ou pour la ri'primer avec vigueur.

Surveillance calme. — « Il ne faut pas que la vigilance des maîtres soit inquiète, défiante, embarrassée, car elle serait blessante pour les élèves, qui en prendraient sujet de s'irriter contre des gardiens trop gênants et trop incommodes. Cette

de s'éloigner, il en prierait un autre de le suppléer pendant son absence. » Conduite pour les l'ensions, Manuscrit n" 'i2, p. 46.

application à les surveiller doit être paisible, calmej sans ngilalion ni trouble^ sans crainte et sans afïeclalion ^. »

Surveillance loyale. — La surveillance est loyale si elle n'emprunte rien aux procédés Iracassiers d'un zèle inquiet ou d'une défiance soupçonneuse. Sans se départir d'une attention vigilante sur leur conduite, un l'ducatenr habile fait comprendre aux élèves qu'il ne doute pas de leur bon-ne volonté, de leur loyauté ou de leur droiture, mais qu'il craint leur faiblesse, et qu'il est comme leur conscience vivante. 11 ne se cache pas pour les épier, et il ne recourt à aucun de ces moyens clandestins dont s'irritent les âmes franche^. Loin que les enfants puissent jamais surprendre sur son visage la satisfaction de les avoir trouvés en faute, ils y lisent la contrariété d'avoir à les punir. « Il est bon, dit la Conduite pour les Pensions, de laisser quelquefois ignorer aux élèves qu'on les regarde et de les observer sans qu'ils se méfient : se croyant alors livri'S à eux-mêmes, ils ne se contraignent pas, se développent à di'couvert tels qu'ils sont... Il ne faut cependant pas que la feintiso de ne les pas voir rende les ('coliers coupables des fautes qu'ils ne commettraient pas s'ils s'apercevaient qu'on les regarde... Ils aljhorreraicnt un maître qui se déroberait à leurs yeux pour les surprendre ])lus aisément, et ils ne lui pardonneraient pas d'employer la ruse pour les trouver coupables-. »

La loyauté exige encore que l'éducatjmr surveille par luimême et que jamais il n'érige la délation en système. Sauf le cas où un enfant, accomplissant un devoir de conscience, l'avertit d'une faute grave, certaine et qui constitue un mauvais exemple, le surveillant repousse énergiquement les dénonciateurs; pour l'ordinaire, ce sont des esprits méchants, flatteurs, faux ou jaloux.

Surveillance discrète. — La surveillance ne saurait, sans danger ni faute, se faire inquisiloriale ou médisante.

Que le maître voie tout, s'il se peut ; mais, d'une part, qu'il évite de relever des minuties sans conséquence d'aucune sorte.

' Conduite pour les Pensions, Manuscrit n" 42, p. 40. — "^ Conduite pour les Pensions, Manuscrit n" 42, p. 45.

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et, de l'autre, qu'il n'e'veille pas, par un manque de circonspection, la science préniaturée du mal en des âmes candides. Il doit montrer beaucoup de prudence et garder un silence absolu sur ce que lui a révélé de grave l'exercice de la surveillance ; il n'en peut informer que le Frère Directeur, le Frère Inspecteur ou le Frère Préfet, et si cela est nécessaire. Et s'il suffit qu'une seule personne soit tenue au courant, c'est une faute de s'en ouvrir à deux*.

Pour résumer les obligations du surveillant, que sa devise soit celle-ci : « Tout voir, beaucoup prévenir et peu punir. »

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