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IV. - PUNITIONS EN USAGE DANS LES ÉCOLES CHRÉTIENNES

Les punitions en usage dans les écoles chrétiennes sont : la réprimande, les réparations et les expiations.

La réprimande est un blâme, une admonestation adressée

" « Les punitions, qui ont la double utilité de corriger les écoliers et d'accélérer leurs progrès doivent être préférées aux autres. Des lerons de mémoire à apprendre, des règles de calcul à l'aire, ce sont l'a les meilleures punitions. » Conduite pour les Pensions, Manuscrit no 44, p. 447.

^ Après avoir longuement exposé les conditions de la punition, il a semblé inutile d'énumérer les défauts qu'on doit éviter. Voici cependant ceux que signale la Conduite en (quatre paifies,Mainuscv'd 44, p. 323: « 1" Punir sans avoir égard à la qualité des fautes, à l'âge, au caractère et à la délicatesse des écoliers ; 2" le faire par un premier mouvement et sans réfléchir auparavant ; 3" ne pas prendre le temps favorable, soit par rapport à l'écolier, soit par rapport à l'ordre de la classe ; 4" s'exposer à avoir le dessous, pour n'avoir pas prévu la mutinerie d'un écolier ; T)» punir par liaine, par colère, par vengeance, avec dessein d'obliger l'écolier à quitter l'école ; G» se servir, en corrigeant, de mots injurieux ou malhonnêtes ; 7» vouloir, à tout risque, surmonter un écolier qui résiste, au lieu d'attendre que sa passion soit calmée. »

1 Douzit Vertus, p. 190-191.

en particulier ou en public, soit à un élève, soit à un groupe d'élèves coupables.

Les réparations sont de deux sortes : les unes consistent ù refaire en partie ou en entier un devoir négligé, à étudier de nouveau une leçon mal sue; les autres sont des satisfactions ou excuses imposées pour une infraction grave et publique au règlement.

Les expiations sont des peines attachées à certaines fautes, pour en diminuer la fréquence ou en empêcher le retour. Les principales sont : le retrait de bons points, les ma'uvais points et les mauvaises notes, les arrêts, la consigne pendant la classe, l'isolement relatif, les pensums faits à la maison ou à la retenue, le retrait des croix d'honneur ou des charges de confiance;, l'avis aux parents, l'exclusion de la congrégation ou de l'académie, le renvoi temporaire et l'exclusion de l'école. L'application des quatre dernières punitions est réservée au Frère Directeur.

La réprimande. — La gravité d'une réprimande doit être proportionnée à la nature de la faute. Il convient que l'admonestation soit adressée avec calme, dignité, bonté, fermeté, ^ans flot de paroles inutiles, et qu'elle indique nettement au coupable ses torts et leurs conséquences. Elle est parfois suivie d'une pénalité réparatrice ou expiatrice.

L'humiliation qu'inflige la réprimande est salutaire lorsqu'elle est contenue en de justes limites, et qu'elle laisse entrevoir au coupable la facilité de se réhabiliter pleinement. Il est sage de ne pas multiplier les réprimandes, soit particulières, soit publiques, et de ne pas blâmer à la fois un groupe notable d'écoliers, encore moins tous les élèves d'une classe: ces façons d'agir engendrent et propagent le mauvais esprit '.

» « L'usage des réprimandes ne doit pas être trop commun, et en cela il y a une grande différence entre elles et les avertissements.... Comme les réprimandes piquent toujours l'amoui"-propre et que souvent elles empruntent un air et un langage sévères, il faut les réserver pour les défauts plus considérables. D'ailleurs, elles doivent toujours être faites [sans dureté, ni mépris, ni exagération, ni colère dans les paroles.... On doit au reste se donner de garde, aussitôt après les réprimandes, de montrer [à l'écolier la même affection qu'à l'ordinaire, car il s'accoutume à ce manège, et il sait

On ne doit que très rarement l'éprimander devant l'Inspecteur, le Frère Préfet ou le Frère Directeur, et n'admonester jamais un élève devant une personne étrangère qui serait admise à visiter les écoles. Dans ce dernier cas surtout, un maître habile témoigne sa satisfaction.

La réprimande faite par le Frère Directeur à un élève qu'il désigne devant toute la classe doit être rare, pour conserver sa force; devant tous les élèves de l'école, elle devient l'une des plus graves punitions qui puissent être infligées, et par conséquent elle ne doit atteindre que très peu d'écoliers à la fois.

La réprimande générale ou anonyme signale avec vigueur les fautes ou les infractions commises ; elle est ordinairement accompagnée de la menace d'une réprimande personnelle ou nominale. On peut l'employer plus fréquemment que celle-ci, mais sans toutefois en abuser -'.

Les réparations de devoirs ou de leçons. — Cette punition n'offre rien que de très naturel et de très moral, si elle est réellement méritée. Il est juste que l'élève négligent recommence un devoir mal fait, et qu'il complète, par une étude supplémentaire, celle où il a perdu le temps.

A quel moment l'écolier s'acquitte-t-il de cette réparation? S'il est externe, c'est à la maison. S'il est interne, il met à profit quelques moments accordés par le règlement pour le travail libre, ou ce qui lui reste d'instants disponibles quand il a étudié les leçons du jour; mais il n'est pas avantageux d'envoyer les élèves en retenue pendant une récréation

que les réprimande3 sont un orage de courte durée qu'il n'a qu'à laisser passer. » Douze Vertus, p. 121-122.

» '< Commela louang-e d'un maître est une sorte de récompense, ses blâmes sont aussi une sorte do punition. Il peut donc corriger ses élèves par paroles : i° en leur faisant connaître leurs torts et les exhortant à se corriger ; 2o si la simple répréhension ne les corrige pas, il les relèvera avec force, de manière à faire impression sur leur esprit, toujours cependant sans emportement ni dureté, sans pédanterie ni rodomontade ; 3° il leur fera confusion devant leurs camarades, sans toutefois donner lieu à ceux-ci de les insulter : 4" il leur témoignera son mécontentement par un air froid, sans pourtant faire l'homme colère : 5" il leur fera tous les reproches dont il les croira dignes, mais ne se servira pas de termes injurieux pour eux ou leurs parents. » Conduite en quatre parties, Manuscrit n» 44, p. .317.

entière, pour y apprendre des leçons ou y transcrire des devoirs.

La présentation d'excuses- — La présentation dexcuses s'impose à un écolier qui s'oublie jusqu'à manquer de respect à son maître. De même, s'il s'est rendu coupable de quelque autre faute accompagnée de scandale, le professeur ou le Frère Directeur peuvent exiger qu'il en demande pardon à ses condisciples. II est des cas où, devant le refus obstiné de l'élève, le Frère Directeur devra prononcer son exclusion de l'école.

La forme que revêt cette présentation d'excuses dépend de l'âge, des dispositions de l'élève puni et de la faute qu'il a commise. Obliger de grands élèves à des actes trop humiliants, serait provoquer probablement une résistance qui place le maître dans l'alternative de se déjuger lui-même ou d'être accusé de manquer de tact et de mesure. Si le jeune homme se soumet, il garde souvent au cœur un souvenir amer de la conduite tenue à son égard, souvenir que les années peut-être ne suffiront pas à efTacer. Par sa bonté, l'éducateur aura soin de rendre moins pénibles les excuses auxquelles il doit condamner un délinquant.

Le retrait de bons points. — Le retrait de bons points est une répression très efficace entre les mains d'un maître expérimenté. Puisque les bons points servent à la fois d'exemptions pour les pensums et de monnaie pour racheter les mauvaises notes ou acquérir des récompenses, en demander aux élèves quand ils manquent au règlement, c'est leur imposer une punition sensible. D'autre part, les enfants n'ayant qu'à s'appliquer au travail pour en mériter de nouveaux, ils ne s'irritent pas de la punition et ils s'efforcent de réparer les pertes que leur ont fait subir leur négligence ou leur dissipation.

Les mauvais points. — Un élève est-il babillard, dissipé, indolent en classe, vous le rappelez à l'ordre; n'en tient-il aucun compte, vous marquez ou faites marquer un ou deux mauvais points près de son nom, sur un catalogue spécial. Il faut cinq ou six de ces mauvais points pour équivaloir à une mauvaise note, c'est-à-dire à la diminution d'une note sur le

total hebdomadaire. Mieux vaut procéder lentement, par fraction de noie, et ne pas priver l'enfant de l'espoir d'obtenir un billet satisfaisant. A la fin de la semaine, ces notes perdues peuvent être rachetées, en tout ou en partie, au moyen de bons points.

Les arrêts, la consigne et l'isolement relatif. — Les arrêts sont la privation du jeu pendant la récréation. L'enfant puni des arrêts se promène en silence, dans un endroit déterminé de la cour. Cette punition est de beaucoup préférable à la station immobile au pied d'un arbre ou d'un mur, station à laquelle on ne peut d'ailleurs condamner l'enfant pendant les froids trop vifs ni durant les grandes chaleurs.

La consigne pendant la classe consiste à faire tenir debout pendant (juelques instants, l'élève qui arrive en retard ou qui manque notablement d'attention pendant les leçons ; à placer un dissipé le visage tourné vers le mur, sans lui permettre de s'appuyer ni de se tourner. Cette punition ne se pratique qu'avec les jeunes enfants. Pour qu'ils y attachent une forte idée de confusion, il ne faut l'imposer que rarement.

On ne doit jamais consigner un élève seul, ni dans la classe pendant les récréations, ni hors de la classe pendant les leçons. Des accidents de différentes sortes peuvent se produire, dont le maître serait responsable.

L'isolement relatif condamne le délinquant à occuper en classe un iTureau auquel on attache une idée de honte, puis à se promener silencieusement pendant les récréations. La faute qui motive l'isolement doit être grave, et la peine ne saurait durer plus de deux jours au maximum.

Les pensums. — Le pensum est un surcroît de travail donur a l'élève, sous forme de pénitence. Les variétés ordinaires du pensum sont : un texte à apprendre par cœur, des problèmes à résoudre, un devoir de réflexion et des « lignes ».

Il faut que les pensums soient très courts, afin que Ton puisse exiger raisonnablement de l'enfant qu'il écrive très bien et sans faute, ou qu'il sache sans hésitation le texte imposé.

Les pensums pourraient aussi, en certaines occasions, être

faits volontairement par un élève qui désirerait satisfaire pour des mauvaises notes.

Le devoir de réflexion est un travail personnel, où l'élève coupable écrit quelques réflexions sur la faute qu'il a commise et sur ses conséquences. Ce devoir peut être rédigé sous forme de réponses à des questions données. On comprend que cette punition ne convient qu'à des écoliers déjà avancés. Par exemple, un enfant a menti ; vous le condamnez à composer trois ou quatre lignes de réponse à chacune des questions suivantes ou à d'autres semblables :

1. Le mensonge n'est-il pas honteux, et pourquoi? — 2. Quelle est la punition ordinaire des menteurs? — 3. Pourquoi ai-je menti ? — 4. Celui qui avoue sa faute n'est-il pas plus estimable que celui qui essaie de la cacher par un mensonge ? — o. Résolution à prendre.

Cette sorte de punition est très morale et l'application peut en être variée à volonté, selon les circonstances et le développement intellectuel des élèves.

Où se font les pensums? Dans les internats, l'élève s'en acquitte pendant les moments consacrés à la lecture libre, ou en retenue. Si les élèves sont externes, les pensums sont faits à la maison et exigibles le lendemain au commencement de la classe. Le pensum a-t-il été omis ou mal fait, le Frère Directeur en donne avis aux parents ; si les parents montraient à cet égard de l'insouciance ou de la mauvaise volonté, on leur remettrait l'enfant jusqu'à ce qu'il ait accompli sa punition et celle que lui a méritée sa négligence.

La retenue. — La retenue est le séjour d'un élève en classe, lorsque ses condisciples sont en récréation ou en promenade. Pour que les retenues ne soient pas nuisibles, on doit avoir égard aux observations suivantes :

1° Qu'elles soient rares pour les mêmes élèves, afin de ne pas les y habituer et de ne pas les priver, dans les internats surtout, du mouvement et du repos d'esprit dont ils ont besoin.

2" Que les élèves s'y trouvent peu nombreux, et que la surveillance y soit active. Le groupement, dans une salle commune, des enfants les plus difficiles de trois ou quatre

classes, leur apprend à se connaître et peut leur fournir l'occasion de se concerter.

3° Qu'il n'y ait qu'une seule retenue par jour ; qu'elle soit sérieuse et silencieuse, et que l'enfant y soit occupé sans relâche à un travail bien déterminé.

A" Que les grandes retenues soient e.vcessivement rares.

Les retenues ne conviennent guère aux écoles paroissiales. A midi, les maîtres et les élèves n'ont que le temps nécessaire pour aller prendre leur repas, et les enfants consignés ne sont pas convenablement surveillés. Le soir, et surtout en hiver, il y a danger de renvoyer seul un écolier; les parents ont souvent un besoin réel de l'aide des enfants; bien plus, ne les voyant pas rentrer à l'heure accoutumée, ils peuvent être inquiets. D'ailleurs, cette retenue est pratiquement impossible dans les écoles de quartier.

Le retrait des croix ou des charges. — Pour une première faute, surtout si elle est légère, l'élève décoré est averti ; si elle est grave ou s'il y a récidive, il est privé de la croix.

Lorsqu'un élève commet une faute grave dans l'exercice de la charge dont il est investi, on le dépose de ses fonctions, ou pour quelques jours, ou définitivement.

L'avis aux parents. — L'avis aux parents est une lettre par laquelle le Frère Directeur avertit les parents des infractions habituelles et notables de leur enfant, afin qu'ils usent de leur autorité pour amener le coupable à une meilleure conduite. Cette lettre peut être écrite par l'élève lui-même.

Pour satisfaire aux obligations de la loi française de 1882, sur la fréquentation scolaire, les maîtres ont à leur disposition des billets qui leur servent à prévenir les parents des absences des enfants.

L'exclusion et le renvoi. — L'exclusion de la congrégation ou de l'académie, là où fonctionnent ces institutions, entraîne une désapprobation publique de la conduite de l'exclu : c'est donc une punition très grave et conséquemment très rare ; le Frère Directeur y procède avec prudence et tact.

L'exclusion même temporaire de l'école est une mesure à laquelle le Frère Directeur ne se résout qu'après avoir

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lenlé k'S autres moyens d'améliorer l'élève coupable. Il prend alors les précautions utiles pour ne pas froisser la famille à laquelle il remet l'enfant, et pour que la discrétion soit si bien gardée à l'égard des autres élèves, qu'ils ignorent, lorsque la faute nest pas publique, ce qui a motivé le départ de leur condisciple.

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