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II. — CONDITIONS OUI DOIVENT ACCOMPAGNER LA PUNITION

Les conditions qui doivent accompagner la punition se déduisent logiquement de sa notion même. « La punition, dit saint Thomas, est un remède appliqué aux fautes d'un délinquant. » En éducation, punir n'est pas exercer des représailles pour venger le règlement, encore moins pour se venger de l'enfant coupable : c'est chercher à fortiher la volonté de cet enfant, à augmenter en lui le sentiment de la responsabilité, pour le mettre en garde contre les rechutes. « Le fruit d'une sage correction, dit saint Jean-Baptiste de la Salle, est que ceux qui la reçoivent entrent dans la disposition de changer de conduite et d'expier leurs fautes... Or, les effets sont en

* « Un maître ne doit point faire de menaces inutiles et infructueuseâ, mais menacer avec beaucoup de précaution, pour des sujets qui le méritent, etsurtout éviter de menacer toute la classe. » Conduite en onze chapitres, Manuscrit n» 40, p. 8.

1 Conduite (1720), p. 158. — - Douzième Méditation pour le temps de la Retraite.

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rapport avec la cause qui les produit et de la même nature ; si donc vous voulez que vos corrections aient l'effet que vous devez vous proposer, faites-les de telle manière qu'elles puissent plaire à Dieu et ne pas irriter ceux qui les reçoivent '. » Les conditions dtî la punition sont relatives, soit à la punilion elle-même, soit à l'éducateur qui l'intlige, soit à l'enfant (jui la reçoit.

Conditions de la punition en elle-même. — La punition doit être rare, juste, courte, sérieuse et non afflictive.

« Les Frères doivent être persuadés que la rareté des punitions est un des principaux moyens pour bien diriger les écoles, y établir et y maintenir un très grand ordre ^ » Le maître qui punit le plus, est ordinairement celui dont la faiblesse ou les défauts s'accusent davantage. Pour que les enfants attachent de l'importance à la punition et pour n'être pas obligé de sévir souvent, ne multipliez pas les injonctions et les menaces. Xe menacez que rarement un groupe d'élèves, et jamais la classe entière. Craignez d'accoutumer aux punitions certains élèves peu dociles : elles deviendraient inefficaces. Surtout prévenez les fautes par une exacte surveillance'"', car le résultat que se propose un bon maître est celui-ci : diminuer les punitions, sans affaiblir la discipline ".

* « Les enfants sont légers, pétulants, dissipés, inconsidérés; lissent la plupart incapables de se contenir par raison ; leur impétuosité naturelle et leur inconstance multiplient leurs étourderies et leurs torts. Ont-ils un maître assidu, actif, grave et observateur, ils n'osent s'émanciper ni se négliger. L'égalité soutenue de l'attention du maître les maintiendra tous dans l'ordre... Les punitions seront rares dans une classe où les écoliers ne trouveront pas les facilités de multiplier leurs fautes. » Conduite en quatre parties. Manuscrit n» 44, p. 31U-312.

— Les enfants font des fautes : il est de l'enfance et de l'humanité d'en faire ; mais si les maîtres sont attentifs, ils en feront peu. Les enfants ne sont presque jamais punissables qu'il n'y ait autant ou plus de la faute de ceux qui les conduisent que de la leur... Plus on les avertira de leurs devoirs, moins ils seront en danger d'y manquer, et moins on sera obligé de les punir. » Conduite en onze chapitres, Manuscrit n» 40, p. 8.

^ Les Douze Vertus s'étendent longuement sur les moyens de rendre rares les punitions : former de bonne heure les écoliers à la subordination ; ne se permettre jamais d'agir par passion, humeur ou caprice ; inspirer aux enfants le remords et la honte de leurs fautes, plutôt que la crainte de

' Douze Vertus p. 12.3. — ^ Règles communes, viii, l.

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La punition esl Juste quand elle est infligée pour une faute réellement commise, qu'elle est proportionnée à la gravité de cette faute, et qu'elle frappe du même châtiment tous les élèves coupables de la même infraction et au même degré : « c'est pourquoi il faut bien examiner auparavant si le sujet pour lequel le maître corrige un écolier est vraiment une faute, et si cette faute mérite cette punition ^ ». Les enfants ont le sentiment très vif de la justice; ils savent ce qu'ils méritent et protestent dans leur conscience contre tout excès de sévérité. Une injustice passagère les irrite; renouvelée, elle aigrit leur caractère, tandis que s'ils sont persuadés que le maître punit avec peine, parce que le devoir l'y oblige, ils acceptent la pénitence et en profitent.

Ne donnez en général que des punitions courtes, pour pouvoir raisonnablement exiger qu'elles soient très bien faites. N'astreignez pas un enfant ou un jeune homme à une monotone copie, pendant plusieurs heures : il y déformerait son écriture et s'impatienterait d'un travail fastidieux qu'il sait ne lui être d'aucune utilité^.

Une punition est sérieuse lorsqu'il ne s'y joint rien de puéril, ou de risible. Ainsi, faire baiser la terre, faire mettre à genoux, placer simultanément plusieurs enfants dans les angles de la classe, faire étudier le long du mur ou debout sur le banc, marquer un élève d'un signe extérieur quelconque de déshonneur ou de mépris, sont des moyens auxquels un

la punition ; discerner les fautes qui méritent d'être punies et celles qui doivent être pardonnées ; n'imposer que des pénitences justes et choisir les plus douces: instruire, reprendre et menacer avant de punir; user des louanges, des distinctions, des privilèges (bons points) et des récompenses, (p. 112-124.)

a Parlant de la modération dans les punitions, la Conduite pour les Pensions s'exprime en ces termes : « Si les soins d'un maître expérimenté ne peuvent empêcher ou prévenir toutes les fautes, il a bien des manières de les corriger : un maintien grave, un coup d'oeil froid et imposant, un signe de mécontentement, un ton de voix assorti aux circonstances, une parole choisie et bien adressée, un reproche, une privation, une menace, une humiliation, l'arrêt dans un même lieu, le silence forcé. L'adresse à faire usage de ces moyens et autres semblables, selon les caractères et les occasions, épargneront des punitions plus considérables. » Manuscrit n" 44, p. 44.Ô.

. ' Conduite (1720), p. loi.

maître sage ne recourt jamais. Lusage de certaines de ces l»<'iiiiences était autrefois toléré dans les classes ; il ne le doit plus être aujourd'hui. Toutefois il n'est pas défendu d'attacher une idée de honte à une place déterminée, à un pupitre où devrait travailler, pendant ({uelque temps, un élève habituellement négligent.

Les punitions afflictives sont rigoureusement interdites : « Les châtiments corporels, tels que seraient les coups donnés avec la main, le pied, la baguette, le signal ou tout autre objet, dit la liègle, sont absolument interdits dans nos écoles : ces châtiments ne sont propres qu'à aigrir les caractères, à inspirer une crainte servile, en un mot à rendre les élèves plus dissimulés que vertueux . Les Frères doivent également se garder de rudoyer les élèves. .., de les pousser ou secouer violemment: toutes ces manières de punir sont inconvenantes et pleines de danger, comme aussi très opposées à la mansuétude et à la patience qui doivent caractériser un Frère des Écoles Chrétiennes '. •> Non seulement les punitions afflictives déconsidèrent le maître, mais elles sont une preuve de la faiblesse de son autorité morale ; très souvent elles dénotent un homme impatient qui ne veut pas se donner la peine de prévenir les fautes en déterminant les élèves à accomplir leur devoir. Cependant on peut se trouver en face de certaines natures rebelles, opiniâtres ou apathiques, pour lesquelles les moyens ordinaires semblent insuffisants : si les parents ne veulent pas seconder le maître, il vaut mieux renvoyer l'enfant que de s'exposer à employer à son égard un châtiment corporel. D'ailleurs, de tels procédés constituent, dans plusieurs pays, des délits que punissent les lois.

Conditions de la punition, relativement à celui qui l'inflige.

— Relativement au maître qui l'inflige, la punition doit être pure dans son motif, personnelle, modérée, digne, imposée avec bonté, précédée de prière, surtout s'il s'agit d'une répression grave.

La punition est pio^e dans son motif quand l'éducateur a a en vue, comme dans toutes ses autres actions, la gloire

1 Règles communes, viii, 0-6.

de Dieu et l'accomplissement de sa sainte volonté, et quand il se propose encore l'amendement de l'écolier qu'il corrige, en sorte qu'il n'y ait aucun mélange d'humeur, d'aversion,, d'antipathie, de caprice, de vengeance et de ressentiment ^ »

La punition d'une faute commise sous votre surveillance doit vous être personnelle. Sauf pour les cas réservés, il n'est pas expédient que vous recouriez à une autorité supérieure, encore moins que vous déléguiez un collègue pour punir le délinquant: ce serait une marque de faiblesse, un aveu d'impuissance.

Soyez très modéré dans les punitions : loin de dépasser jamais vos droits, vous aurez la sagesse de ne pas aller jusqu'à leurs dernières limites. La maxime est souvent vraie avec les enfants : « Extrême justice, extrême injustice. » De temps en temps, cette modération vous inspirera la pensée de faire grâce, au moins pour une partie de la punition respectueusement acceptée et loyalement .commencée.

Jamais vous n'avez plus besoin d'être digne qu'en punissant un élève*. Ne vous laissez pas aller à la colère; n'affectez ni dédain, ni indifférence, encore moins de l'ironie^, et n'humiliez pas le coupable plus qu'il n'est nécessaire. « Lorsque la correction est faite avec passion et sans vue de Dieu, dit saint Jean-Baptiste de la Salle, elle n'a d'autre effet que d'exciter des sentiments d'animosité et de vengeance. S'il arrivait que vous fussiez émus de quelque passion, gardez-vous bien alors de faire aucune correction, car elle serait nuisible aux enfants, et à vous personnellement. Rentrez en vous-mêmes en ces

a « Dans les réprimandes et les punitions, un maitre doit toujours posséder son âme en paix et tâcher de se dominer assez soi-même pour ne laisser paraître aucune passion, aucune humeur... S'il est des circonstances où il faille montrer de la vigueur, témoigner de l'indignation, alors même il faut paraître inflexible sans être violent. » Conduite en onze chapitres, Manuscrit n" 40, p. 10.

•» « Il faut se persuader que si, en reprenant un élève, on employait des termes choquants, comme de satires ou de moqueries, au lieu de le porter à se corriger, on l'irriterait, on répandrait dans son cœur le fiel de la haine, on le rebuterait, et il ne pourrait peut-être oublier la faute que le maître aurait commise pour corriger les siennes. » Conduite en quatre parties, Manuscrit n» 44^ p. .318.

^ Douze Vertus, p. 184,

occasions, et laissez passer le temps de la colère, sans en rien faire paraître au dehors. Quand vous serez entièrement libres de passion, vous pourrez alors, après vous être abandonnés à l'esprit de Dieu, faire la correction que vous avez préméditée, y procédant avec le plus de modération qu'il vous sera possible '. »

La Conduite donne le même conseil : « Il est fort à propos de différer quelque temps la correction quand on se sent ému, afin de ne rien faire dont on puisse se repentir dans la suite-.» C'est aussi la recommandation de la Règle : en punissant les élèves^ « les Frères se garderont bien, comme aussi en toute autre circonstance, de leur donner des qualifications injurieuses pour eux ou leurs familles ; ils ne les appelleront que par leur nom et ne les tutoieront jamais '\»

Les punitions doivent-étre tempérées par la bonté. A légard de l'élève coupable, vous êtes comme le médecin qui soigne un malade : ne vous irritez pas, quelle que soit la faute commise. Fussent-elles évidentes, ne reprochez pas à un enfant sa malice ou la perversité de ses intentions. Surtout ne lui laissez pas croire que vous doutez désormais de sa conscience et de sa loyauté, car s'il avait cette conviction que vous avez perdu toute bonne opinion de lui, il se soustrairait désormais à votre action. Dites-lui plutôt que vous espérez son amendement et que vous comptez sur sa bonne volonté pour réparer un moment d'oubli; c'est le moyen de l'amener à se corriger. « Comme il arrivera, dit saint Jean-Baptiste de la Salle, que vos élèves éprouveront ordinairement une certaine peine morale, par suite de vos corrections, ayez soin, tout en les reprenant, de leur témoigner tant d'intérêt et de bienveillance, que, loin de s'irriter contrevous, ils ne conservent et ne fassent paraître ensuite que de la gratitude du bien que vous leur aurez fait, avec un grand regret de leurs fautes et un propos très ferme de n'y plus retomber^. »

Après la punition, ne gardez pas rancune de la faute commise ; évitez même d'en rappeler le souvenir : l'expiation à la-

' Douzième Méditation pour le temps de ta Retraite. — - Conduite (1120), p. 152. — ' Règles communes, via, 4. — '► Douzième Méditation pour te temps de la Retraite.

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quelle s'est soumis le coupable a dû vous faire tout oublier. L'Évangile ne nous clonne-t-il pas plusieurs exemples de ce pardon complet que nous devons accorder ?

Enfin, selon la recommandation de notre Père, la punition doit être accompagnée de prière. « Il faut que ceux qui font des réprimandes ou des corrections ne les entreprennent que par la conduite de l'esprit de Dieu ; c'est pourquoi, avant de réprimander ou de punir, il est à propos de se recueillir intérieurement pour se donner à l'esprit de Dieu et se disposer à faire la correction avec le plus de sagesse qu'il sera possible, et de la manière la plus capable de la rendre utile à celui qui doit la recevoir ^ » Un seul acte ainsi concerté avec Dieu par la prière vaut mieux, pour l'amendement du coupable^, que toutes les industries humaines.

Conditions de la punition, relativement à celui qui la reçoit. — Relativement à celui qui la reçoit, la punition doit être sans inconvénient d'aucune sorte, proportionnée à l'âge et aux dispositions du coupable, spéciale à la nature de la faute commise, respectueusement acceptée par l'élève, utile à son instruction, enfin variée, si on la réitère.

La prudence exige que les punitions soient sans inconvénient ni pour le corps ni pour l'âme. Il ne faut donc pas forcer un élève à rester immobile dans la cour par les saisons extrêmes, ne pas l'exposer à un courant d'air, ne pas le priver de nourriture, si peu que ce soit, ne pas le retarder notablement après la classe du matin, car il devrait prendre son repas trop à la hâte : le maître serait responsable des indispositions, graves peut-être, qui pourraient en résulter. L'enfant a besoin de mouvement : lui supprimer une partie considérable de ses récréations et de ses sorties serait préjudiciable à sa santé aussi bien qu'à ses éludes.

11 n'est jamais permis d'isoler complètement un enfant, car vous ne devez ni le laisser seul, ni rester seul auprès de lui. Le renvoyer seul le soir dans sa famille, après l'heure réglementaire, serait une imprudence : il courrait de multiples dangers; mieux vaut exiger qu'il fasse sa punition à la maison

Douzième Méditation pour le temps de la Retraite.

et qu'il la présente le lendemain au commencement de la classe. Il est tout aussi dangereux de le renvoyer pendant la classe, sous prétexte d'un devoir omis ou mal fait : c'est l'exposer à demeurer volontairement ou forcément dans la rue, et à toutes les conséquences qui peuvent s'ensuivre.

Les punitions doivent être proportionnées h l'âge des élèves, à leurs dispositions morales et à leur développement intellectuel *. Donner des « lignes » à un enfant qui sait à peine former ses lettres, une longue étude à tel autre qui ne peut presque rien retenir, à un troisième des problèmes qu'il est incapable de résoudre, ce sont des procédés qui discréditent un maître auprès des écoliers et de leurs parents.

L'éducateur religieux agit avec une grande patience à l'égard de ses élèves, surtout de ceux qui, vers quatorze ou quinze ans, subissent plus fortement que d'autres ce qu'on a si justement nommé la « crise de l'adolescence ». Un fléchissement dans la santé, une irritabilité nerveuse, des fautes peut-être, ont troublé l'équilibre physique ou moral de ce jeune homme qui vous impatiente. Moins que jamais, c'est le moment de redoubler les punitions. Il faut être vigilant, très bon, très encourageant mais sans faiblesse, et beaucoup prier pour lui.

Le bon sens conduit le maître à choisir la punition en rapport avec la nature de la faute commise. Il est naturel qu'un paresseux soit quelquefois privé d'une partie de sa récréation et contraint de réparer le temps perdu, car ne s'étant pas fatigué en classe, il a moins besoin de délassement; mais si l'on excède en lui infligeant des retenues multipliées, qu'y gagnera-t-il, sinon un plus grand dégoût pour le travail? Il est dans l'ordre des choses que l'étourdi recommence un devoir mal fait, et que le menteur obstiné soit momentanément isolé de ses condisciples. C'est justice de flétrir publi-

a « La prudence veut qu'on examine le caractère, l'âge, le tempérament, tout ce qui regarde les élèves qu'on a à corriger.... C'est pour cette raison qu'il ne faut pas punir les enfants d'un esprit timide, docile, qui avouent leurs fautes, comme ceux qui sont mutins, entêtés, durs, qui nient leurs fautes et qui résistent. Il faut épargner autant qu'on peut aux grands écoliers la honte de la punition, surtout si leurs fautes sont ignorées des autres. » Douze Vertus, p. 189-190.

quement l'improbité manifeste, et de condamner pour un temps le babillard au silence. Quant aux fautes contre les mœurs, c'est au Frère Directeur qu'il appartient de faire les recherches prudentes, et de prendre discrètement les mesures opportunes pour garantir la sécurité morale de la classe, procurer le bien du coupable et sauvegarder, en cas de renvoi, l'honneur de sa famille''.

La punition n'opère l'amendement de l'élève que si elle est respectueusement acceptée. Par votre attitude, vos paroles et la nature même de la répression, il faut que vous fassiez comprendre à l'enfant que vous voulez son bien, et non votre tranquillité, que vous agissez sans passion, et qu'il mérite des reproches encore plus sévères que ceux qu'il vient d'entendre. Si la colère le met hors de lui, attendez pour le punir qu'il se possède et puisse réfléchir. Les Douze Vertus d'un bon Maître nous donnent les mêmes conseils, en expliquant que (.< pour être salutaire à celui qui la reçoit, la correction doit être volontaire, respectueuse et silencieuse : volontaire, c'est-à-dire reçue sans résistance et acceptée de bon gré''; respectueuse, en ce que l'écolier doit reconnaître lobligation que son maître

» < Comme les maux corporels se guérissent par leurs contraires, il en doit être de même des maux spirituels et des vices de volonté. Ainsi il faut, par exemple, abaisser l'orgueil par des punitions humiliantes, opposer à la trop grande pétulance les arrêts ou le repos, à la paresse le travail, à l'indocilité une fermeté inflexible, à la misanthropie la fréquentation assidue des condisciples, aux rapports vicieux l'improbation et le mépris, à l'esprit d'intérêt le portrait de la mesquinerie et de l'avarice, à la promptitude et l'emportement le conseil de la modération, de la réflexion et de la douceur. Cette attention à corriger chaque défaut par une punition qui lui soit opposée, à raison de son espèce propre, prévient les rechutes et procure une correction aussi parfaite que prompte.» Conduite pour les Pensions, Manuscrit no 44, p. 445-44G.

i' Les Douze Vertus insistent sur l'obligation que la prudence fait au maître de n'imposer la pénitence que si l'élève est disposé à en profiter : '■ On s'appliquera à étudier le temps favorable et la manière convenable de donner une pénitence avec plus de fruit. Ainsi, on ne corrigera pas toujours un enfant dans l'instant même de sa faute, surtout s'il est mal disposé, de peur de l'aigrir et de lui en faire commettre de nouvelles en le poussant à bout ; mais on lui laissera le temps de rentrer en lui-même, de reconnaître son tort, et en même temps, la justice et la nécessité de la punition... On punirait en vain un écolier qui a l'esprit aigri, révolté, chagrïn, rempli de fiel. -> (p. 117 et 188).

a de le^ punir; silencieuse, en ce qu'il i'aul la recevoir sans parler, sans se plaindre, sans murmurer'. »

Autant que possible, cherchez à rendre la punition utile à linlelligence de lenfant. A moins qu'il ne s'agisse d'un devoir à recommencer, prescrivez non une copie, mais un travail qui exerce la mémoire ou le raisonnement : texte à apprendre, problèmes à résoudre, etc. L'expérience atteste d'ailleurs l'inutilité des lignes et des retenues, dont on accable parfois certaines natures d'enfants difficiles, sous prétexte de les tj faire plier », de les « réduire ». Ils ne plient qu'extérieurement ; leurs défauts ne sont pas réduits, mais aggravés ; tandis qne c'est leur cœur et leur volonté qu'il faut atteindre pour les décider au bien''.

Enfin variez les punitions, lorsque des rechutes fréquentes dans le même défaut vous obligent à les réitérer. Soyez comme le médecin qui, après avoir constaté l'inefficacité de certains remèdes contre un mal rebelle, cherche à le vaincre par d'autres prescriptions ''.

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