‹ Eléments de pédagogie pratiqueChapitre 99 sur 179 · I. — BUT DE L'ENSEIGNEMENT · texte numérisé non relu

I. — BUT DE L'ENSEIGNEMENT

L'enseignement n'a en réalité qu'un but : donner à l'enfant une formation aussi complète que le comportent son âge, sa situation sociale et le rôle qu'il est destiné à remplir, ou la vocation à laquelle il est appelé. On peut cependant distin-

giier trois (MônKMits dans co but unique : racf]uisilion des connaissances ou l'instruction, la culture des facultés et le développement du sens moral et chrétien.

Vinsfnictinn est un ensemble de connaissances pi-é'cises et coordonnées que l'élève s'est assimilées par un travail personnel. Nous disons connaissances /jrecwes, car celui-là n'est pas un homme instruit qui n'a sur toutes choses que des idées vagues, obscures, incomplètes; connaissances coordonnées, car savoir, c'est « connaître par les causes », et conséquemment cest enchaîner dans son esprit les principes à huirs conséquences, et les lois aux faits ou aux phénomènes qu'elles i-égissent ; connaissances assimilées, car le vrai savoir n'est pas quelque chose d'artificiel^ appliqué en quelque sorte à l'esprit par le dehors ou simplement logé dans la mémoire, mais il consiste en des systèmes de vérités qui deviennent partie intégrante de l'esprit et s'organisent en lui , pour devenir actives comme lui. Un peut même avancer qu'un élève intelligent, sorti des seules classes priinaii-os dont il a sérieusement suivi le programme, est en réalité plus et mieux instruit qu'un aulre, dont le rôle s'est borné à ('coûter, passif, des enseignements plus relevés, dont il n'a guère retenu que des notions mal comprises et sans liaison entre elles.

Si importante qu'elle soit, l'instruction l'est beaucoup moins que Véducaiion des facullés, car, selon le mot de Jouberl <■ la formation de l'esprit importe ])Iuç que son progrès. » L'école doit, en efîet, former les enfants non pour les examens et les concours, mais pour la vie sociale : or ce n'est pas l'homme le i)lus instruit de notions « livresques » qui, toutes choses égales d'ailleurs, est le mieux préparé à entrer et à réussir dans une carrière donnée, mais l'homme le plus f)rompt à comprendre les idées, à en saisir les rapports, puis à proliler de sa propre expérience et de celle des autres; en un mot, ce ne sont pas les lètes les « plus remplies », mais les <« mieux faites ", <|ui sont les mieux pensantes et les plus pratiques.

Pour atteindre ce ]>ut, l'enseignement de chaque spécialité cherche, par ses méthodes, ses procédés et les connaissances qu il communique, à devenir éducatif pour l'ensemble des

CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES SUR l'ENSEIGNKMRNT 265

facultés de l'enfant. L'exercice exclusif de l'une d'iMitre elles romprait l'équilibre et l'harmonie de l'esprit ; il produirait une didormité, comme serait la croissance excessive d'un membre. Si telle étude, les mathématiques par exemple, forme davantage le jugement par le recours incessant au raisonnement déductif, elle n'exclut i)as, elle réclame môme l'exercice de la mémoire et de rimagination. Si telle autre, comme la récitation des textes d'auteurs, semble relever surtout de la mémoire, elle suppose et exige des explications qui développent l'imagination, le jugement et la conscience moi'ale. D'ailleurs, une leçon est éducative dans la mesure où le professeur s'ingénie à la rendre telle. Le grand art du maîtie est d'enseigner avec toute son àfne et de saisir en (juelque sorte l'âme entière de chacun de ses élèves. Une leçon d'histoire peut émouvoir fortement la sensibilité par l'enthousiasme patriotique qu'elle excite; elle doit exercer le jugement pratique par l'application des lois morales aux actions qu'elle raconte; s'adresser au raisonnement |)ar les relations de cause à elïet qu'elle met en lumière; élever enfin les âmes juscjuà Dieu, qu'elle montre régissant les événements terrestres selon les desseins éternels de sa Providence. Et qu'on n'objecte pas que les cours les plus élevés peuvent seuls être ainsi traités et avoir sur les diverses facultés une action si complexe : les professeurs auxquels l'expérience et un grand amour des jeunes enfants ont livré les secrets de l'enseignement élémentaire, ])Ourraient dire combien de notions diverses une seule leçon bien pn-paréc rend intelligibles à des esprits qui s'éveillent.

Entîn et surtout, le séjour des élèves dans une école chrétienne est pour eux une préparation aux labeurs et aux luttes morales auxquelles toute vie humaine doit sa grandeur et ses mérites. 11 faut donc que les maîtres religieux développent dans les âmes le sens moral et chrétien^ forment dans les consciences les fortes convictions, et, Dieu aidant, décident les volontés à s'attacher rés<»lument au devoir et à s'y lixei* par l'habitude de la vertu.

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