CHAPITRE VII Méthodes artificielles et naturelles
Quand nous devons étudier un fait quelconque, considéré seul, nous avons toute liberté pour choisir, comme il nous plaît, la méthode d'analyse de ce fait; la meilleure est celle qui est la plus claire pour nous observateurs; à ce point
I. J'ai étudié cette question dans un ouvrage récent : Introduction à la Pathologie générale (Alcan, 1906.)
METHODES ARTIFICIELLES ET yATC'RELLES
de vue toutes les méthodes d'analyse sont artiticielles.
Il n'en est plus de même quand nous devons étudier un objet par rapport à un autre objet avec lequel il est en relations.
Alors, notre méthode d'analyse du premier objet devra être telle, qu'elle mette en évidence précisément les éléments de ce premier objet, qui sont en relation avec le second.
Tout à l'heure, par exemple, s'il s'agissait simplement de la description d'un hareng adulte, nous n'avions aucune raison a priori de choisir un mode d'analyse plutôt qu'un autre; nous choisissions seulement la plus commode entre plusieurs méthodes descriptives toutes également artificielles.
Mais s'il s'agit de l'hérédité du hareng, c'està-dire du hareng envisagé par rapport à l'œuf qu'il produit et qui le reproduira, la méthode naturelle consisterait à mettre en évidence, dans le hareng, précisément ceux de ses caractères qui sont déterminés dans l'œuf, et non d'autres. Dans un problème comme celui-là, la découverte de la méthode naturelle revient à la solution même du problème posé.
Voici des exemples célèbres, qui nous feront toucher du doigt cette question des méthodes artificielles et naturelles.
Premier exemple : Analyse de l'audition par Helmholz et par Pierre Bonnier. — Le premier exemple, le plus suggestif de tous, nous est fourni par l'analyse des sons.
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AyALYSE DES PHENOMENES NATURELS
Suivant que nous étudierons les sons en euxmêmes, en tant que mouvements vibratoires, ou que nous étudierons les sons par rapport à l'oreille humaine qui les perçoit, nous nous trouverons dans le premier ou dans le second des cas précédemment signalés, c'est-à-dire dans le cas de la liberté absolue d'analyse artificielle ou dans celui de la nécessité d'une méthode naturelle d'investigation.
Pour l'analyse de sons très compliqués, de la voix humaine par exemple, deux méthodes surtout ont été employées :
1° La méthode graphique, qui consiste à enregistrer, sur un cylindre tournant, une ligne sinueuse tracée par un stylet appliqué à une lame que la voix fait vibrer. Cette méthode a fait ses preuves, puisque l'invention du phonographe a permis de reproduire la voix humaine ainsi enregistrée sur le cylindre.
2° La méthode des résonnateurs, qui consiste à décomposer un soncompliqué en sons simples, comme on décompose, par le prisme, la lumière blanche en lumières simples. Helmholz a appliqué avec succès cette méthode à l'étude de la voix humaine; il disposait, dans une chambre, un grand nombre de résonnateurs dont chacun pouvait rendre un son simple déterminé; ces résonnateurs étant couverts d'une légère couche de poussière, un chanteur émettait près d'eux le son A par exemple; on reconnaissait, aux figures tracées dans la poussière des résonnateurs, quels étaient ceux qui avaient vibré; on notait les sons simples correspondants, et on avait ainsi décou-