METHODES ARTIFICIELLES ET NATURELLES
vert les sons simples dont la superposition produit la voyelle A. Il était facile d'ailleurs de vérifier la valeur de cette analyse, en faisant vibrer conjointement tous les résonnateurs ainsi déterminés, ce qui reproduisait la voyelle A.
Les deux méthodes d'analyse, méthode de l'inscription sur un cylindre et méthode des résonnateurs d'Helmholz, étaient donc également scientifiques, tant qu'il ne s'agissait que de l'étude objective du son considéré comme mouvement vibratoire. Et même on peut dire sans hésiter que la méthode d'Helmholz donnait à l'esprit humain une satisfaction plus grande.
Tout autre était le problème lorsqu'il s'est agi de comprendre le mécanisme de l'audition, c'està-dire les rapports du son avec l'oreille humaine. Ici il n'était plus question de savoir quel mode d'analyse est le plus satisfaisant pour l'esprit humain, mais quel est celui qui est adéquat à la fonction propre de notre appareil auditif. Commettant une erreur analogue à celle de Darwin et de Weismann, Helmholz supposa a priori que l'analyse des sons par notre oreille se fait par la méthode la plus satisfaisante pour notre esprit, et il attribua à des fibres de l'oreille interne la valeur de résonnateurs dont chacun pouvait reproduire un son simple. Cette hypothèse a été démontrée inacceptable, mais elle était si séduisante qu'elle est encore enseignée partout.
Pierre Bonnier a au contraire émis rh}pothèse que ranal3'se du son par l'oreille se fait d'une manière analogue à celle de l'enregistrement sur un cylindre; il a pensé que, ce qui impressionne
ANALYSE DES PHENOMENES NATURELS
les extrémités de notre nerf auditif, c'est la /orme de la vibration aérienne, forme qui se transmettrait par une série de pressions, aux liquides intra-auriculaires, comme elle se transmet à la plaque vibrante dont le stylet la transcrit sur le cylindre enregistreur du phonographe.
Je crois la théorie de Pierre Bonnier préférable à celle de Helmholz, mais je n'ai pas à discuter ici la valeur respective de ces systèmes; je voulais seulement montrer qu'il n'y a aucune j raison pour que le procédé analytique le plus ' séduisant pour l'esprit humain ait été choisi par notre oreille pour recueillir les sons; pour être tout à fait conséquent avec moi-même au point de vue de la question de méthode, je déclarerai même, quoique la théorie de Pierre Bonnier me paraisse acceptable, que l'oreille n'emploie peut- j être ni la méthode des résonnateurs, ni celle de ] l'enregistrement des formes sonores, mais une troisième qui n'est pas encore trouvée, et qui, si elle s'adapte parfaitement à notre mécanisme auditif, serait probablement, par contre, fort peu utilisable pour enseigner l'acoustique dans les l3xées.
Deuxième exemple : Analyse d'un composé
CHIMIQUE EN ÉLÉMENTS OU EN FONCTIONS. — Quaud t
il s'agit de l'étude d'un composé chimique, on j peut se proposer, soit de le décrire complète- ' ment de manière à pouvoir le reconnaître ensuite, partout et toujours, soit de caractériser la manière dont il se comportera vis-à-vis de tel ou tel autre composé préalablement choisi.
MÉTHODES ARTIFICIELLES ET y ATV BELLES
Si l'on se propose le premier but, il est certain que tous les moyens d'analyse seront bons pourvu qu'ils soient précis; on mesurera la densité du corps étudié, sa température d'ébullition ou de congélation; on appréciera autant que possible sa couleur, sa saveur, son odeur; on fera son analyse chimique élémentaire, et l'on déclarera qu'il contient tant de carbone, tant de soufre, tant d'hydrogène, etc. En un mot, on accumulera tous les caractères que Ton voudra; chacun d'eux pourra être utile dans un cas donné, et servira notamment aux pharmaciens qui ont besoin uniquement de s'assurer de la nature d'un produit.
Mais si l'on a seulement recueilli ainsi, au hasard, tous les caractères descriptifs du corps considéré, on ne pourra en aucune manière prévoir la manière dont ce corps se comportera en présence de Tacide sulfurique par exemple, l'analyse de ce corps au point de vue « acide sulfurique » n'ayant probablement rien de commun avec son analyse au point de vue humain. Un procédé fort simple permettra au contraire de résoudre cette nouvelle question; on fera réagir une certaine quantité du corps considéré avec de l'acide sulfurique, et Ton notera ce qui se passe. C'est ce que faisait l'ancienne chimie; on trouvait, dans les traités d'il y a vingt ans, la description, pour chaque corps, d'abord de ses caractères distinctifs, ensuite de ses réactions avec un certain nombre d'agents choisis à l'avance.
Les progrès de la chimie atomique ont permis
ANALYSE DES PHENOMENES NATURELS
de condenser en un petit nombre de mots, ou dans des formules stéréochimiques, tout ce qu'il est possible de prévoir, à propos des réactions d'un corps avec tous les autres corps possibles. On dit aujourd'hui, lorsqu'on a réalisé ce travail d'un nouveau genre, que l'on a analysé le corps en ses fonctions'^ ce qu'il y a d'excellent dans cette méthode, c'est que cette analyse n'est pas faite au point de vue des réactions du corps considéré avec un seul corps choisi à l'avance, mais avec tous les autres corps de la chimie.
On dira par exemple, dans ce nouveau langage, que la glycérine est un alcool triatomique qui possède deux fois la fonction alcool primaire et une fois la fonction alcool secondaire. Cela permettra à un chimiste de prévoir ses réactions avec une foule d'autres corps; mais il sera évidemment plus commode à un pharmacien de savoir que c'est un liquide sirupeux incolore, et de connaître son goût et ses autres qualités facilement appréciables.
Ce modèle de l'analyse en fonctions nous sera extrêmement précieux pour l'étude de la vie.
L'analyse des corps par le moyen de nos organes DES sens. — Parmi les propriétés auxquelles les anciens chimistes reconnaissaient les corps définis, on mettait à part, comme aisément utilisables, les propriétés organoleptiqiies ^ c'est-àdire les propriétés qui se reconnaissaient par l'usage direct de nos organes des sens. La saveur, la couleur, l'odeur sont, au premier chef, des qualités organoleptiques; on comprend aisément