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CHAPITRE VIII

Analyse artificielle faite sur le modèle des sciences

physiques.

Puisque, dans l'état actuel de la science, nous ne pouvons définir avec précision, ni la structure chimique, ni l'état colloïdal propices aux substances vivantes, ce qui, sans nul doute, suffirait à caractériser la vie, il faudra chercher ailleurs.

Il est naturel de penser d'abord à la structure cellulaire qui a été le premier caractère descriptif ayant semblé commun à tous les êtres vivants. Et de fait, cette structure cellulaire a une importance considérable.

Un caractère qui semble aussi général que la structure cellulaire elle-même, est la présence, dans la substance vivante de chaque cellule, de

PREMIÈRE MÉTHODE D'AyAfA'SE

deux masses colloïdes distinctes, l'une centrale et que l'on appelle 7/oj'cZi/, l'autre périphérique et que l'on appelle cytoplasma. L'existence générale de ces deux masses distinctes, se comportant différemment en présence d'un des réactifs que nous employons, les couleurs basiques d'aniline, nous fait penser à un mécanisme dans lequel la coexistence de deux agents distincts serait nécessaire (comme le cuivre et le zinc de la pile de Volta) à la réalisation du phénomène vital.

D'ailleurs, des expériences dont nous parlerons, un peu plus tard, nous confirment dans cette idée que le phénomène vital ne s'accomplit pas quand l'un de ces^ agents est enlevé (expériences de mérotomie). Évidemment, donc, il y a là quelque chose de fondamental, un caractère de structure susceptible de s'appliquer à tous les éléments vivants ou à peu près.

Malheureusement, ici encore, nous sommes arrêtés par la pénurie de nos moyens d'investigation relatifs à la structure chimique et à l'état colloïde. Si nous tuons une cellule au moyen d'acide osmique ou de bichlorure de mercure, l'existence des deux colloïdes distincts, le cytoplasma et le noyau, devient encore plus manifeste. Autrement dit, nous trouvons le même caractère structural dans la cellule morte et dans la cellule vivante. Il ne faut pas en conclure que ce caractère structural n'est pas caractéristique de la vie, mais bien que, avec nos moyens imparfaits de recherche, nous ne savons pas dis-

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tingucr l'ensemble vivant << cytoplasma-noyau », de l'ensemble mort « cadavre de cytoplasmacadavre de noyau ».

Cherchons donc ailleurs.

On a cru longtemps que la spontanéité du mouvement caractérisait la vie ; il a fallu renoncer à cette opinion ; d'abord parce que cette prétendue spontanéité a été démontrée résulter de réactions chimiques et d'échanges osmotiques ; ensuite, parce que, dans les substances mortes, on a découvert des mouvements spontanés (mouvement brownien).

Nous étudierons plus loin cette question du mouvement des corps vivants ; qu'il nous suffise, pour le moment, de savoir qu'on ne peut pas tirer de son étude les éléments d'une définition de la vie.

L'être vivant cro/7, évolue, et meurt, disent les plus anciennes définitions. C'est dans ce premier caractère de la croissance^ que nous trouverons le discriminant de la vie^ et cela est d'autant plus singulier que ce caractère n'est pas observable chez les êtres qui sont pour nous comme le tvpe même de la w, l'homme et les animaux adultes.

En revanche, ce caractère de la croissance est évident chez les végétaux familiers, et aussi chez les animaux, pourvu que nous étudiions CLUx-ci, non plus au moment très spécial où ils sont adultes, mais pendant les premiers temps de leur existence individuelle, pendant ce qu'on appelle précisément leur période de croissance. Le veau grandit et devient taureau, le chevreau

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PREMIERE METHODE D'AyALYSE

grandit et devient chèvre, l'enfant grandit et devient homme.

Mais, dira-t-on, la boule de neige grossit en roulant, le cristal d'alun grossit dans une solution d'alun, et cependant nous ne considérons pas comme vivants le cristal d'alun et la boule de neige ?

Le cas n'est pas le même, car le cristal d'alun grossit aux dépens d'une solution d'alun^ la boule de neige grossit aux dépens d'une couche de neige^ tandis que le veau grossit en mangeant du foin, du trèfle ou de la luzerne. Autrement dit, l'animal ou le végétal se développe aux dépens de substances différentes de la sienne propre^ tandis que, dans les cas de croissance observés chez les corps bruts, le grossissement a lieu aux i dépens de substances identiques àcelle qui grandit (ou, du moins, au moyen d'éléments, toujours les mêmes, comme dans le cas du carbonate de chaux qui, à la température de la dissociation, peut s'accroître, sous l'influence d'une augmentation de pression, aux dépens d'acide carbonique et de chaux).

Voilà donc un caractère qui paraît commun à tous les corps vivants, au moins pendant une partie de leur vie.

Il faut avouer que ce caractère se présente à nous avec l'aspect de quelque chose de très grossier, l'homme est un enfant grandi, mais combien différent de l'enfant ! Le taureau est un veau grandi, mais non seulement sa forme, sa substance même, sa viande nous paraissent très différentes de la forme et de la viande du veau.

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