CHAPITRE JCV
Analyse au moyen de réactifs de même dimension que la vie
Au lieu de nous attaquer immédiatement au problème le plus général qui consisterait dans l'étude des conséquences pour l'être vivant d'une variation quelconque introduite dans les conditions de sa vie, bornons-nous d'abord au cas plus particulier où la variation introduite se présente sous la forme d'un corps défini, transportant avec lui ses propriétés, comme le font les réactifs de la chimie.
Nous mettrons donc en présence d'un animal un réactif donné et, toutes les autres conditions étant restées les mêmes, nous pourrons attribuer au réactif employé, et à ce réactif seul, les modifications observées.
S'il s'agit d'un être vivant très peu élevé en organisation, d'un être unicellulaire par exemple, nous nous contenterons d'ajouter le réactif considéré au liquide dans lequel vit cet être; nous avons déjà signalé une expérience de cette nature; elle consistait à ajouter une petite quantité d'acide phénique au bouillon dans lequel on cultivait des bactéridies charbonneuses: mais nous avons apprécié le résultat obtenu au moyen de notre méthode artificielle d'analyse, et nous avons constaté une variation par rap-
L'ASSIMILA TION FONCTIONNELLE
port à un réactif autre que l'acide phénique, variation que nous avons appelée atténuation de virulence. Aussi ce résultat ne s'est-il pas généralisé; il n'a été que l'expression d'un fait particulier.
S'il s'agit d'un être vivant élevé en organisation, comme l'homme ou un mammifère, nous introduirons notre réactif dans la portion du milieu qui est le plus immédiatement en contact avec les substances vivantes de l'animal considéré; c'est ce qu'on appelle le milieu intérieur de l'individu. Nous verrons, en effet, que, chez les êtres supérieurs, l'individu peut être considéré comme un sac clos, traversé par le tube digestif, à la manière d'un manchon de dame. Ce sac clos contient un colloïde dans lequel baignent tous les éléments vivants ou cellules; c'est ce colloïde non vivant qu'on appelle milieu intérieur.
Dans les relations entre l'être vivant et l'ambiance, il y a toujours deux étapes : i° un échange entre le milieu ambiant et le milieu intérieur; 2° un échange entre le milieu intérieur et les éléments vivants. C'est pour éviter la première étape, qui est elle-même un phénomène biologique, et ne pas être gêné par la superposition de deux phénomènes différents, que l'on emploie la méthode des injections sous-cutanées; on introduit, directement, par effraction de la paroi du sac clos, le réactif à étudier dans le milieu intérieur de l'individu. On attend ensuite l'effet de ce réactif. Il n'est intéressant pour nous que si Tindividu survit à