III
L'A SSIMILA TION FONCTIONNELLE
sidérée comme dissoute *, alors que, en réalité, elle passait seulement d'un état colloïde à un autre état colloïde en équilibre avec celui des cellules de l'estomac. Et cette nouvelle manière de voir explique tout naturellement ce paradoxe qui a donné lieu à tant d'explications bizarres.
(( Pourquoi le suc gastrique ne digère-t-il pas les parois de l'estomac? »
Le réponse est immédiate :
« Parce que ce suc gastrique a pour effet de mettre les états colloïdes des ingesta en équilibre avec les cellules de l'estomac, et que ces cellules de Testomiac sont naturellement en équilibre avec elles-mêmes. »
De la même manière, on s'est étonné aussi que le venin des scorpions ou des serpents fût inoffensif pour eux-mêmes ! La notion d'assimilation physique explique tout cela.
L'assimilation physique se fait, dans certains cas, à l'intérieur et à l'extérieur des protoplasmas vivants ; mais il n'est pas étonnant que, le plus souvent, elle soit plus vigoureuse dans l'intérieur même des cellules actives, et qu'elle s'exerce, dans le milieu ambiant, avec une intensité qui décroît d'après la distance au centre d'activité. C'est pour cela que, dans beaucoup de cas, on est obligé, pour se procurer certaines diastases, de triturer mécaniquement les cellules qui les ont produites ; il est possible d'ailleurs que certaines activités soient localisées à l'inté-
I. Quand le lait est digéré par la présure, son assimila-) tion physique se traduit par un état plus solide (lait caillé)! et non par un état plus liquide.
SÉROTHÉRAPIE
rieur des cellules vivantes et ne diffusent aucunement à l'extérieur ; relativement à ces activités, notre analyse fonctionnelle effective sera incomplète.
L'histoire de l'assimilation physique se trouve résumée d'une manière très claire dans les phénomènes qui se passent au sein d'une vacuole d'amibe \ L'amibe, dont nous ferons un peu plus loin une courte étude à propos du mouvement, est une petite masse protoplasmique de forme variable qui englobe des corps étrangers au sein de sa substance, dans une vacuole contenant de l'eau. Supposons que le corps ingéré soit un corps vivant. Tout corps vivant a son état colloïde ou protoplasmique personnel, qui est la condition sine quâ non de sa vie. Dans le cas actuel, le liquide de la vacuole sera donc sollicité de deux manières antagonistes, au point de vue de l'équilibre physique, par deux protoplasmas différents, l'un inclus, l'autre périphérique. L'un des deux l'emportera, l'autre mourra et sera assimilé physiquement ou digéré par le premier ; il y aura là une lutte entre deux activités protoplasmiques, par l'intermédiaire d'un liquide interposé, le liquide de la vacuole. Si c'est Tamibe qui l'emporte, on dira que la vacuole, se remplissant de ses sucs digestifs, aura digéré et assimilé l'animal inséré.
On peut raconter de la même manière l'histoire d'une bactérie injectée à un mouton, seulement ici, c'est le milieu intérieur du mouton qui rem-
I. Jai étudié longuement ces phénomènes dans un livre récent La lutte universelle.
L'ASSIMILA riOy FOXCTIOXXELLE
place la vacuole de l'amibe ; il s'agit de savoir si la bactérie assimilera le mouton ou si le mouton assimilera la bactérie ; mais une fois la lutte terminée, il est évident que le milieu intérieur du mouton contiendra l'activité transportable qui a remporté la victoire ; c'est, nous Tavons vu, l'origine de la sérothérapie.
La même narration est encore possible lorsque le corps ingéré ou injecté est un colloïde mort. Ce colloïde doit son existence, en tant que colloïde défini, à son état physique particulier. Il s'agira de savoir si le colloïde ingéré l'emporte sur le milieu intérieur de l'animal et lui impose son état, ou s'il est vaincu et assimilé par lui. Dans le premier cas, on dira que le colloïde est toxique^ dans le second cas, qu'il est alimentaire par rapport à l'animal étudié ; si l'animal A est vainqueur, le colloïde B aura déterminé chez lui la fonction (A X B), dont la trace se trouvera dans son sérum, et aura par conséquent développé Torgane correspondant à cette fonction ; de sorte que, une fois la bataille finie et le colloïde B vaincu, l'animal A continuera à produire dans son milieu intérieur la diastase définie par la fonction (A X B) ; c'est en effet ce que Ton constate couramment; un cheval auquel on a injecté de la toxine diphtérique continue pendant longtemps à fournir un sérum antitoxique ; lorsque cette fonction s'atténue, on la revivifie en faisant à l'animal une nouvelle injection de la même toxine.
DI VISIO y DC TRAVAIL