‹ Éléments de philosophie biologiqueChapitre 55 sur 92 · LA VIE PHENOMENE MECANIQUE · texte numérisé non relu

LA VIE PHENOMENE MECANIQUE

l'étendue de son corps envisagé seul, un système énergétique complet ^

A chaque instant, il est vrai, le corps de l'individu occupe une place limitée de l'espace, et est susceptible d'une description totale; mais nous savons que ce corps A n'a pas en lui tous les éléments de son activité ; le fonctionnement d'ensemble de l'animal au moment étudié, doit au contraire, nous l'avons vu, être représenté par la formule symbolique (A X B), formule dans laquelle le terme B représente l'ensemble des conditions extérieures qui interviennent dans la détermination de ce fonctionnement. C'est seulement dans cet ensemble (AxB) que peut se vérifier la loi de la conservation de l'énergie.

L'animal reçoit à chaque instant de l'extérieur des radiations (lumineuses, thermiques) des substances chimiques (oxygène), et rend à l'ambiance des radiations (chaleur rayonnée) et des substances chimiques (vapeur d'eau, acide carbonique). Encore ai-je laissé de côté, dans cette énumération, parce que ces échanges se font chez les animaux supérieurs d'une manière intermittente, les échanges alimentaires qui sont les plus importants de tous (absorption d'aliments, émission d'excréments). Il y a aussi les vibrations sonores, les impressions olfactives, etc. L'animal n'existe pas sans son milieu.

L'être vivant ayant, comme nous l'avons vu dans les précédentes parties de cet ouvrage, trois échelles différentes d'activité, sera un admirable

I. A propos des systèmes complets, v. mon livre Les lois naturelles, Paris, F. Alcan.

POiyr DE VUE ESERGETiqUE

transformateur d'énergie. De même que, tout à l'heure, dans l'exemple de la chute d'eau chargeant des accumulateurs, la dynamo était un intermédiaire entre l'énergie mécanique de Teau tombante et l'énergie chimique des lames de plomb oxydé, de même, dans l'être vivant, le mécanisme colloïde est un intermédiaire entre les phénomènes chimiques et les phénomènes mécaniques.

Et lorsqu'on voudra comparer, au point de vue de la conservation de Téner^ie. deux états succèssifs d'une machine vivante, il faudra tenir compte, en même temps que des emprunts faits à l'ambiance, des provisions d'énergie mécanique, d'énergie colloïde et d'énergie chimique accumulées dans l'individu aux deux moments que l'on a choisis pour les comparer. Cela sera très compliqué. Il n'est pas facile de mesurer, lorsqu'un forgeron a forgé deux heures, la quantité de travail mécanique qu'il a fourni, la quantité d'oxygène, de réserves, et d'aliments qu'il a consommée, la quantité de muscle qu'il a construite par assimilation fonctionnelle, la quantité de sueur, de vapeur d'eau, d'acide carbonique, etc., qu'il a perdue. Et cependant, tout cela est nécessaire pour l'établissement de la balance des profits et pertes.

Ce qui est plus difncile à mesurer, je dirai même que cela est impossible, c'est la consommation des réserves localisées dans les tissus et la fabrication de substance vivante, de substance musculaire par exemple. Nous ne pouvons connaître par la balance que le poids total de l'indi-

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vidu, et si, dans son intérieur, il y a eu substitution de substance vivante à des substances de réserve, nous ne pouvons pas nous en assurer. Aussi devons-nous faire des expériences qui durent très longtemps pour connaître la valeur alimentaire de certaines substances, ce qui est le côté pratique des études énergétiques en biolo-

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Je n'insiste pas ici sur ce problème très intéressant ; il me suffira, pour prouver qu'il est difficile à résoudre, de signaler les divergences d'opinion qui subsistent entre les savants au sujet de ValcooL L'alcool est-il un aliment? En d'autres termes est-il susceptible d'être transformé, dans l'organisme d'un animal, en une autre forme d'énergie, forme chimique (réserves ou tissus vivants) ou forme mécanique (travail). Je crois qu'il est difficile de répondre négativement à cette question, mais il est difficile aussi d'étayer par des expériences indiscutables, une réponse positive. On pourra toujours se demander si c'est l'alcool lui-même qui a été employé comme aliment ou si sa présence dans l'économie a déterminé une consommation partielle de la provision de réserves sur laquelle nous ne pouvons exercer aucun contrôle direct.

Une autre difficulté, peut-être plus considérable encore, vient de notre impossibilité de mesurer les états collo'ides et de les comparer les uns avec les autres ; une variation dans l'état colloïde d'une cellule nerveuse, si elle ne s'accompagne pas de phénomènes chimiques, peut sans aucune modification du poids de l'individu,

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POiyr DE VUE ENERGETIQUE

changer sa valeur énergétique. Et si elle s'accompagne de phénomènes chimiques, ces phénomènes consistent en des échanges entre les cellules et le milieu intérieur, échanges qui ne s'accompagnent pas non plus de modification du poids total.

Pour employer une comparaison grossière, mais faisant image, on peut dire que les variations dans l'état colloïde d'un protoplasma sont analogues à des variations dans la tension d'un ressort, variations qui ne s'accompagnent pas d'un changement de poids.

Quand un animal qui paraît inerte, c'est-àdire qui n'exécute pas de mouvements anatomiques apparents, reçoit de l'extérieur par ses organes des sens, des impressions lumineuses, sonores, olfactives, etc., on pourrait croire que ces apports extérieurs d'énergie sont venus s'éteindre en lui sans produire de modification vérifiant le principe de l'équivalence : mais les phénomènes de transmission nerveuse centripète, s'ils ne sont pas suivis d'influx centrifuge déterminant des mouvements anatomiques, se répandent et se perdent dans sa substance cérébrale, en modifiant, sur leur trajet, des états colloïdes, en tendant des ressorts^ pour employer notre comparaison de tout à l'heure. L'animal est au courant de ces modifications d'état colloïdes produits dans ses cellules nerveuses : elles lui donnent la mémoire des impressions reçues ; nous étudierons ultérieurement ces phénomènes. Le cerveau est donc un accumulateur ; cet accumulateur peut se décharger ensuite de diverses

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