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CHAPITRE II Le principe de continuité

La biologie, avons-nous dit plus haut, étudie les caractères communs à tous les êtres vivants, tant animaux que végétaux, et manquant aux corps bmits. Si nous définissons la vie^ l'ensemble de ces caractères communs, il est évident que nous ne devrons jamais trouver dans aucun corps brut cet ensemble de caractères. Sans cela, notre définition ne vaudrait rien.

Les êtres vivants se reconnaîtront au milieu des autres corps de la nature, à l'ensemble des caractères qui définissent la vie, comme les alcools se reconnaissent, au milieu des autres corps de la chimie, à l'ensemble des caractères qui définissent la fonction alcool. Mais il n'y aura aucune raison pour que les différences qui séparent les corps vivants des corps bruts soient plus importantes que celles qui distinguent les alcools des adhéhydes ou des aminés. Il peut sembler enfantin d'insister sur cette vérité évi-

ETUDE OBJECTIVE DES CORPS

dente, mais cela n'est pas inutile à cause de la persistance, sinon dans la science, du moins dans le langage courant et dans la littérature, de vieilles idées mystiques antérieures à l'avènement de la période scientifique de l'histoire de l'humanité.

Lorsque Ton étudie les êtres vivants d'une manière scientifique, c'est-à-dire en faisant le catalogue de toutes leurs propriétés objectives, on n'a pas besoin de se souvenir qu'on est soimême vivant, et l'on donne de la pie une définition objective aussi solide que celle de la fonction alcool ou du mètre étalon. Si, au contraire, au lieu d'employer cette méthode objective, je définis a priori co?ys vivants « les corps dans lesquels il se passe quelque chose d'analogue à ce que je sens qui se passe en moi », je me heurte à des affirmations non vérifiables et je n'obtiens pas de définition scientifique. C'est ce qu'ont fait nos ancêtres. Ils ont, grâce à cette méthode défectueuse, été amenés à établir entre les corps vivants et les corps bruts une ligne de démarcation infranchissable, et à considérer la vie comme quelque chose d'inaccessible à l'étude expérimentale.

Leur méthode était mauvaise car, en réalité, ils commençaient sans s en doute?^^ par définir la vie d'après ses caractères objectifs : c'est en efïet uniquement par des caractères objectifs que nous pouvons reconnaître si des corps sont vivants ou morts. Oubliant cette définition première, l'ayant faite sans s'en douter, ils en donnaient, à peu près inconsciemment aussi, une seconde,

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