‹ Éléments de philosophie biologiqueChapitre 7 sur 92 · LE PRINCIPE DE CONTINUITE · texte numérisé non relu

LE PRINCIPE DE CONTINUITE

celle que je viens de signaler plus haut, et qui consistait à détinir corps vivant « un corps dans lequel il se passe quelque chose d'analogue à ce que chaque homme sent en lui-même ». Cette définition ne prétait à aucune vérification ultérieure ; rien ne pouvait prouver, en particulier, qu'elle fût comparable à la première définition objective nécessaire pour déclarer qu'un corps vit ; et néanmoins, ils appliquaient la seconde définition aux corps définis par la première.

C'est l'origine de l'erreur anthropomorphique^ qui localise une mentalité humaine dans tout corps considéré comme vivant ; une de ses conséquences est de laisser croire qu'il y a un abîme entre les corps vivants et les corps bruts.

Des savants, soucieux de détruire cette conception erronée ont songé à combler l'abîme creusé par les anthropomorphistes entre les corps vivants et les corps bruts ; mais ils ont conservé l'une des définitions a priori de la vie et ont conclu que la vie ainsi définie est universelle, chose parfaitement invérifiable, la définition conservée étant purement subjective. Une définition de la vie doit, je le répète, séparer les corps vivants des corps bruts, comme le chimiste sépare les alcools des aldéhydes. C'est le résultat que l'on obtient en se bornant, pour définir la vie, à l'étude des caractères objectifs des êtres vivants. Si Ton a accepté une définition de la vie qui s'applique aux corps bruts, c'est que la définition est mauvaise ; elle ne remplit pas le but qu'on se proposait; elle est comme une définition des alcools qui s'appliquerait aux acétones.

ETUDE OBJECTIVE DES CORPS

L'étude objective complète de la vie est possible par les méthodes des sciences ordinaires d'observation et d'expérimentation; voilà à quelle affirmation doit se limiter l'énoncé du principe de continuité qui prétend seulement que, entre la vie et la mort, la différence est du même ordre qu'entre un phénol et un sulfate, entre un corps électrisé et un corps neutre. En d'autres termes, tous les phénomènes que l'on étudie objectivement dans les êtres vivants peuvent être analysés par les méthodes de la physique et de la chimie. En d'autres termes encore, la vie n'échappe pas aux lois de la mécanique universelle.

Si l'on s'était borné, dès le début, aux méthodes objectives d'investigation, la question du principe de continuité ne se serait même pas posée. Puisqu'une erreur de méthode a posé le problème, il sera utile de montrer que, si la vie est définie par un ensemble de caractères^ si, par conséquent, tout corps possédant cet ensemble de caractères doit être déclaré vivant, d'autres corps de la nature peuvent, sans être vivants, posséder un ou même plusieurs de ces caractères. Et ainsi s'établira une classification des corps bruts, suivant qu'ils seront plus rapprochés des corps vivants, possédant avec eux un grand nombre de caractères communs (enz3'mes, par exemple), ou qu'ils en seront plus éloignés, n'ayant qu'un petit nombre de ces caractères. Ce sera une nouvelle forme, plus concrète et plus instructive, du principe de continuité; elle fera comprendre que les corps vivants ont pu

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