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CHAPITRE XXIX

Les phénomènes de conduction chez les corps vivants et les corps bruts.

Dans un être vivant de grandes dimensions, comme un animal ou un végétal supérieur, la conservation de la vie cellulaire en un point de l'organisme étant liée au renouvellement du milieu intérieur, on ne saurait la considérer comme indépendante des vies cellulaires localisées en des endroits éloignés de l'organisme, puisque c'est l'ensemble des activités cellulaires qui a pour résultat le renouvellement du milieu intérieur utile à toutes.

Il n'est pas indifférent au cerveau que le rein soit malade, il n'est pas indifférent à la feuille que la racine soit coupée.

On donne le nom de corrélation a cette communauté d'intérêts existant entre les diverses parties d'un même organisme; elle s'établit par le milieu intérieur qui est commun à toutes les cellules de l'individu. Si l'on introduit un poison en un point du milieu intérieur, la diffusion et surtout la circulation répandront ce poison partout; le phénomène local de l'introduction du poison se sera transformé en un empoisonnement général.

On peut donner une formule générale de la corrélation en constatant que chaque cellule doit

PIlÊXOMÈyES VITAUX ET BRUTS

être en équilibre avec le milieu intérieur commun à tous; cet équilibre est à la fois d'ordre chimique et d'ordre colloïde, puisque, il ne faut pas l'oublier, le milieu intérieur est uniquement composé de colloïdes. Or, nous avons vu, à propos des sérothérapies et de l'assimilation phj^sique en général, combien les colloïdes qui se baignent réciproquement influent les uns sur les autres. La circulation brassant sans cesse le milieu intérieur, lui donne une certaine homogénéité dans l'ensemble de l'individu. Nous devons donc considérer toutes les cellules de l'être vivant, celles de l'œil aussi bien que celles de l'orteil, comme étant en équilibre avec un même colloïde.

Et cela établit déjà une unité remarquable dans toute l'étendue d'un être; une modification d'état colloïde ne peut pas affecter une cellule sans modifier le milieu intérieur, et retentir, par conséquent;, sur l'ensemble des autres cellules. C'est pour cela qu'il n'y a pas de phénomène local dans l'individu.

Par le milieu intérieur, il s'établit donc une conduction des modifications locales vers tout Torganisme; cette conduction sera naturellement assez faible pour une variation ne concernant initialement qu'une seule cellule, à cause de la faible dimension de la cellule par rapport a l'ensemble du corps qui est soixante trillions de fois plus considérable, chez l'homme par exemple. De même une oscillation électrique, à moins qu'elle ne soit très intense, se perd très vite si elle se transmet à travers toute l'ambiance

dans la télégraphie sans fil. Au contraire, avec un fil conducteur, une faible oscillation peut se transmettre très loin sans perdre beaucoup de son intensité, puisque la quantité de substance mise en mouvement est proportionnelle à la longueur du fil. au lieu d'être proportionnelle à une puissance de cette longueur comme dans la télégraphie sans fil.

Cette comparaison avec les télégraphies de Morse et de Hertz est excellente dans le cas actuel, parce que^ précisément, dans les animaux supérieurs au moins, il y a, à côté de la conduction par le milieu intérieur, qui rappelle la télégraphie de Hertz, la conduction nerveuse qui rappelle la télégraphie de Morse.

La conduction nerveuse n'est autre chose que la conduction par continuité protoplasmique. Elle se manifeste dans une cellule quelconque, mais ses effets sont plus curieux si la cellule est extrêmement étirée dans le sens de la longueur.

Considérons une longue cellule AB, baignant dans un colloïde différent. Si l'on réalise au point A une rupture de l'équilibre colloïde, cette rupture d'équilibre se transmettra de proche en proche jusqu'au point B, où nous pourrons en constater les effets. Cela n'empêchera pas que la rupture d'équilibre en A ne retentisse aussi sur le colloïde entourant la cellule et ne se fasse sentir au point extérieur C, mais l'observation prouve que le retentissement en B sera infiniment plus important à cause de la continuité d'un protoplasma homogène. Nous cons-

PHEi\OMEi\ES VITAUX ET BRUTS

tâtons ce fait sans essa3'er de l'expliquer, comme nous constatons que, dans la télégraphie Morse à fil nu. l'effet transmis par le til conducteur est bien plus considérable au bout du fil que dans un des points quelconques de l'air ambiant.

Les expériences de mérotomie nous ont déjà fait comprendre l'importance de la continuité protoplasmique. Lorsque nous avions, en effet, coupé une cellule en deux morceaux, le morceau dépourvu de noyau, quoique se trouvant dans la même goutte d'infusion que le morceau nucléé, n'éprouvait pas, à travers cette infusion, l'influence bienfaisante du noyau, qui ne se faisait sentir, par continuité protoplasmique, que dans l'étendue du morceau nucléé où l'assimilation, par suite, se continuait.

Nous ne pouvons que constater ces faits, mais, nous ne nous en étonnons pas, à cause de la grande importance que nous sommes habitués à accorder en physique à toute hétérogénéité, à toute discontinuité, dans les phénomènes de conduction.

Même dans le règne végétal, il est possible que des phénomènes de conduction protoplasmique directe aient lieu dans toute l'étendue des individus par le mo\'en des petits tractiis protoplasmiques souvent décrits comme perforant les membranes de séparation de deux cellules voisines; mais, d'une part, la continuité établie par ces tractus ne suffit pas à assurer à un cytoplasma le bénéfice de l'influence nucléaire de la cellule voisine dans les expé-

PnEi\OME.\ES DE COADLCTJUA

riences de mérotomie *; d'autre part, même si cette continuité est réelle, elle se fait d'une cellule à toutes les cellules voisines, de manière à disperser dans tout l'ensemble de l'individu, comme par la télégraphie sans fil, l'effet de la rupture d'équilibre colloïde réalisé en un point de rindividu.

Au moment de la découverte de la télégraphie sans fil, les hommes remplis d'admiration ont crié au miracle; puis, devant les grands inconvénients de ce système de correspondance, on a fini par remarquer que le vrai perfectionnement à y apporter consisterait à y mettre un fil, c'està-dire à revenir à la télégraphie déjà connue qui, sauf des cas exceptionnels (ballons, navires est beaucoup plus commode pour nous. Eh bien, dans l'animal vivant, nous trouvons, à côté de la télégraphie sans fil établissant la congélation par le milieu intérieur, la télégraphie avec fil établissant la coordination par le système nerveux.

Système nerveux. — Le rudiment du système nerveux consiste en une cellule assez longue par rapport à un individu pour qu'une rupture d'équilibre réalisée en un point A se transmette immédiatement, par continuité protoplasmique, en un point B assez éloigné du premier dans l'individu.

I. Un morceau de protoplasma privé de noyau dans une cellule par la section expérimentale du reste de cette cellule, est condamné à la dégénérescence et à la mort, malgré les relations protoplasmiciues qui l'unissent .-"i 1a cellule voisine pourvue de son noyau.

PIJÉWOMÈNES VITAUX ET BRUTS

On trouve, chez des animaux inférieurs, des types élémentaires de cette disposition. L'un des exemples les plus caractéristiques est celui qui a été décrit par Hertwig chez certains cœlentérés. Cet auteur a donné trois modèles d'une telle continuité protoplasmique. Dans le premier type, une cellule épithéliale a seulement un prolongement m qui, à cause des conditions réalisées dans l'endroit où il pénètre, prend un caractère contractile (voyez plus haut la division du travail physiologique";.

Dans le second type (B) le prolongement contractile a pris l'aspect d'une cellule complète pourvue d"un noyau; c'est un véritable muscle, uni à un épithélium par un nerf.

Enfin, dans le troisième type (C;, une cellule nouvelle b, cellule intermédiaire ou nerveuse, est apparue sur le trajet continu qui unit l'élément épithélial a, h l'élément musculaire c.

Chez les animaux supérieurs, il existe tout un réseau d'éléments protoplasmiques allongés jouant un rôle conducteur entre des points très éloignés du même individu. Quelques-uns de ces éléments ont plus d'un mètre de longueur et l'on conçoit l'importance extrême, au point de vue de la coordination, de ces communications protoplasmiques directes, qui peuvent faire retentir immédiatement, en un point d'un être vivant, une rupture d'équilibre qui s'est produite en un point très éloigné du même être.

Cela transforme l'ensemble de l'individu en un mécanisme unifié où rien de ce qui se passe

PHENOMENES DE CONDUCTION

quelque part n'est indifférent aux autres régions de l'organisme.

^ On donne le nom de neurone à un élément cellulaire pourvu d'un prolongement protoplasmique considérable qui le met en relation avec des cellules éloignées du corps. Ce prolongement protoplasmique ou cj'lindraxe a une structure très particulière qui le rend particulièrement apte à transmettre rapidement les ruptures d'équilibre colloïde.

Naturellement, d'après la loi d'assimilation fonctionnelle, ce cylindraxe^ dont la fonction est toujours de transmettre, a acquis au maximum, le caractère transmetteur.

La cellule qui possède ce cylindraxe très allongé a aussi d'autres prolongements protoplasmiques moins différenciés; ils forment ce qu'on appelle la chevelure de neurone.

Qu'un phénomène de l'ambiance (phénomène lumineux, sonore, colloïde, chimique, etc.) soit capable d'impressionner le protoplasma d'un élément épithélial, d"y déterminer une rupture de l'équilibre colloïde, cette rupture d'équilibre se transmettra de proche en proche, par le C3'lindraxe qui s'épanouit dans la substance de cet élément épithélial, jusqu'au corps du neurone, dans lequel elle s'épanouira dans tous les sens suivant les conditions d'équilibre colloïde qui y sont actuellement réalisées.

On donne le nom d'injlux nerveux à cette transmission protoplasmique d'une rupture d'équilibre colloïde. Sa vitesse a pu être mesurée dans certains cas, mais il n'y a aucune raison

PHENOMENES VITAUX ET BRUTS

pour qu'elle soit la même dans tous les cas.

Si la chevelure du neurone dont il est question plus haut était isolée de toute masse protoplasmique, le phénomène de transmission que | nous venons d'étudier serait limité à l'ensemble formé par l'élément épithélial et le neurone: l'influx nerveux viendrait se perdre dans la chevelure du neurone, et son énergie s'y transformerait, soit en énergie chimique, soit seulement en énergie colloïde accumulée comme nous l'avons vu plus haut à propos de l'étude énergétique de la vie.

Mais il n'en est pas ainsi.

La chevelure d'un neurone est en relation de continuité ou de continuité (les avis diffèrent à ce sujet, et la question est difficile à résoudre par les méthodes d'observation histologique), avec la chevelure d'un ou de plusieurs neurones voisins. Que ce soit par continuité protoplasmique réelle, ou par une contiguïté suffisante pour permettre un phénomène d'influence colloïde analogue au phénomène d'influence électrostatique, on constate que l'influx se transmet de neurone à neurone. Évidemment, il se transmet par les trajets de moindre résistance, ainsi que nous le verrons tout à l'heure avec plus de détail.

Supposons maintenant que, parmi les neurones dans lesquels peut passer une partie de l'influx, il s'en trouve un qui soit en relation par son cylindraxe avec un élément musculaire; l'influx nerveux arrivera par cette voie à l'élément musculaire et y déterminera une rupture d'équi-

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