‹ Éléments de philosophie biologiqueChapitre 64 sur 92 · PIIL\\0MEN£6 DE CONDUCTION · texte numérisé non relu

PIIL\\0MEN£6 DE CONDUCTION

libre colloïde qui se manifestera d'après la nature de l'élément musculaire, c'est-à-dire par une modification dans l'état de contraction de cet élément.

Et voilà ainsi une relation établie, par l'intermédiaire de deux ou de plusieurs neurones, entre une impression superficielle reçue par une cellule épithéliale, et un mouvement musculaire faisant partie du fonctionnement de l'appareil locomoteur. On donne le nom de réflexe à ce phénomène qui est, on le voit, un élément de V irritabilité de l'individu, une partie de la manière dont l'individu réagit, suivant sa nature, aux excitations extérieures.

Cette disposition a des conséquences incalculables.

Chez les animaux supérieurs en effet, on peut presque dire sans exagération, qu'il n'est pas un élément épithélial contribuant à former la paroi du corps de l'animal qui ne soit en rapport avec l'extrémité du cylindraxe d'un neurone. Or c'est à travers les éléments épithéliaux, formant la paroi du corps, que se font les échanges du milieu interne de l'être avec l'ambiance, échanges physiques, colloïdes, chimiques, etc.

On voit ainsi que l'organisme est bien gardé; rien ne peut entrer en lui sans retentir, par l'intermédiaire des neurones, sur des éléments situés très loin de la porte d'entrée. On dirait un palais dont toutes les ouvertures sont munies de sonneries automatiques.

Il faudra comprendre ensuite comment tout ce mécanisme est coordonné de manière que

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les contractions musculaires, les sécrétions glandulaires, etc. qui résultent des réflexes soient précisément utiles à la lutte de l'organisme contre le milieu, c'est-à-dire, adaptées à éviter les causes de destruction et à profiter des événements avantageux. Un chat qui se brûle la patte la retire vivement (réflexe défensif) ; un chat qui voit et flaire une jatte de lait s"en approche et la happe (série de réflexes oftensifs).

Comprendre cette adaptation est l'affaire de la science de Vorigine des espèces.

Organes des sens et surfaces sensorielles. — Chez un animal aussi compliqué que le chat ou l'homme, les éléments épithéliaux qui tapissent la surface du corps ne sont pas tous semblables; ils sont susceptibles de voir rompre leur équilibre colloïde par des causes diverses. Les causes de rupture d'équilibre provenant de l'extérieur sont infiniment nombreuses et variées: il est vraisemblable que beaucoup sont sans action sur les surfaces épithéliales des animaux. Parmi celles dont nous constatons tous les jours l'activité, il faut citer la lumière, les vibrations sonores, le choc mécanique, la chaleur, les substances chimiques ou colloïdes.

Il est vraisemblable que, chez les êtres inférieurs, toutes les cellules superficielles sont plus ou moins impressionnées dans leur équilibre par ces agents si divers. Chez les animaux supérieurs, la division du travail résultant, comme nous l'avons vu, de Tassimilation fonctionnelle, développe dans certaines cellules la sensibilité à

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certains agents particuliers. Ainsi, la lumière agit violemment sur les cellules visuelles et ne produit que des modifications à peine sensibles dans les cellules du revêtement de la main ou du pied; de même la saveur d'un aliment (particularités chimiques et colloïdes) impressionne les cellules gustatives et n'agit aucunement sur la surface de Toeil, etc.

On donne le nom de surfaces sensorielles aux surfaces épithéiiales adaptées à l'impressionnabilité par tel ou tel agent extérieur. C'est comme si, dans le palais dont nous parlions tout à l'heure, quelques-unes des portes étaient munies de sonneries automatiques pour certains voleurs et ne sonnaient pas pour les autres; seulement ce qui peut rassurer le propriétaire du palais, devant les voleurs pour lesquels les portes ne sonnent pas, elles ne s'ouvrent pas non plus, ou du moins, elles ne s'ouvrent pas suffisamment pour que la sécurité du palais soit menacée.

En d'autres termes^ tout agent qui pénètre dans l'organisme à travers une surface épithéliale sensible détermine dans le protoplasma de cette surface une rupture d'équilibre qui est le point de départ d'un réflexe.

Centres nerveux. — Les corps des neurones n sont rarement isolés dans Tanimal. Le plus souvent ils se trouvent associés en plus ou moins grand nombre en des amas que l'on appelle ganglions ou centres nerveux. A ces centres arrivent un grand nombre de cylindraxes provenant d'éléments épithéliaux divers et appelés

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filets nerveux centripètes^ parce qu'ils portent l'influx vers un centre; de ces centres partent aussi un grand nombre de c\'lindraxes, appelés filets nerveux centrifuges, parce qu'ils portent l'influx provenant d'un centre, soit vers un muscle, soit vers une glande, soit vers un autre centre nerveux.

On conçoit aisément que si diverses parties du corps possèdent leur centre nerveux spécial, elles sont plus ou moins indépendantes les unes des autres; elles n'ont de relations, dans la coordination générale, que par les filets nerveux qui font communiquer les centres les uns avec les autres.

Dans cet ouvrage où nous ne devons nous occuper que de ce qui est général à tous les êtres vivants, il serait abusif de parler plus longtemps du système nerveux, puisque les végétaux n'en ont qu'un rudiment (continuité protoplasmique). Mais comme, dans la biologie, ce qui intéresse le plus l'homme, c'est l'homme lui-même, et comme, dans rhomme, c'est le système nerveux qui est la partie la plus admirable du mécanisme, il faut dire encore quelques mots des conséquences de l'existence de centres nerveux considérables.

Quand un influx arrive au corps d'un neurone, provenant d'un élément superficiel, il se répartit dans ce neurone, d'après la distribution actuelle des états colloïdes de son protoplasma ; il se propage donc, avec une intensité variable, dans les divers prolongements de sa chevelure ; de là, suivant les points de moindre résistance, il passe dans le ou les neurones voisins, et se répartit

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dans leurs corps d'après la distribution actuelle des états colloïdes de leur protoplasma, et ainsi de suite. Pour prévoir la distribution réelle d'un influx nerveux dans un centre composé d'un grand grand nombre de neurones, il faudrait connaître exactement Tétat colloïde actuel de tout le centre, et les rapports de continuité ou de contiguité qui existent entre les neurones voisins au moment considéré.

Or, tout cela j^arie à chaque instant; il n'y a rien de constant, ni dans les rapports des chevelures des neurones voisins, ni dans la nature de Téquilibre colloïde du protoplasma de chacun d'eux; l'influx précédent a en effet tout modifié, partout où il a passé, et il en sera de même du suivant.

Il est donc impossible à un observateur étranger, lorsqu'il détermine dans un animal supérieur une excitation donnée, de prévoir comment l'animal réagira à cette excitation; il sait bien qu'un influx se produira, mais il ne peut se douter de la manière dont cet influx se distribuera dans les centres et à quels appareils moteurs il viendra, en fln de compte, donner le branle.

La seule prévision que puisse faire l'observateur étranger est encore tirée de la loi d'habitude ; s'il a remarqué que, dans des conditions données, un animal a réagi souvent d'une même manière à une excitation déterminée, il devra penserque, parassimilation fonctionnelle, le chemin suivi par l'influx, plusieurs fois de suite, se sera tracé plus nettement dans les centres nerveux de cet animal, et que, dans les mêmes conditions.

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la même excitation déterminera chez lui la même activité d'ensemble.

Le pêcheur à la ligne, ayant remarqué que le vol de certaines mouches, exécuté d'une certaine manière au ras de la rivière, détermine les truites à sauter et à gober la mouche, imitera le plus parfaitement possible au moyen de sa mouche artificielle le mouvement de la mouche naturelle ; et s'il y réussit la truite sautera et gobera Thameçon. Mais il faudra pour cela qu'il ne s'introduise pas, dans le phénomène, d'autres facteurs d'action, des vibrations sonores, par exemple, si le pêcheur fait du bruit, sans quoi l'observateur ne pourra plus prévoir le résultat de l'expérience : on ne saura pas à l'avance si la tendance à la fuite déterminée pas la perception du bruit, l'emportera sur la tendance gourmande déterminée par l'appât....

Le rôle trophique des nerfs. — L'assimilation fonctionnelle, nous Tavons vu plus haut, prend chez les animaux à tissus très différenciés une forme particulière ; un muscle qui se contracte et qui est déjà aussi muscle quil peut Vêtre^ ne devient pas plus muscle ; mais il s'accroît en tant que muscle, par assimilation fonctionnelle, si la contraction est véritablement la fonction du muscle.

Or, nous vo3^ons. maintenant que, ce qui détermine le muscle à se contracter, la glande à sécréter, etc., c'est rinflux nerveux qui lui parvient et qui détermine chez lui une rupture d'équilibre colloïde. Nous sommes donc amenés à cette con-

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clusion intéressante que, en même temps qu'il détermine le fonctionnement d'un élément cellulaire, le nerf joue vis-à-vis de cet élément cellulaire un rôle trophiqiie ou nourricier.

Un élément musculaire a beau être irrigué par un sang chargé de substances alimentaires, il n'assimile pas s'il n'est pas contracté sous l'intluence d'un nerf; n'assimilant pas, il se détruit lentement.

Et en effet, si l'on coupe le nerf qui aboutit aux muscles d'un membre, on voit ces muscles ^\^trophier bien vite, quoique le sang continue à leur parvenir. On peut quelquefois obvier partiellement à cet inconvénient par des contractions artificielles — électrostatiques par exemple, — qui mettent les éléments musculaires en état de contraction factice.

Ainsi, les éléments histologiques qui sont commandés par des nerfs, se trouvent, au point de vue de l'assimilation, des éléments incomplets. Cela explique la disparition des parties inutiles dans les organismes, et le développement de celles dont on se sert beaucoup.

L'histoire du cœur est intéressante à cet égard. Dans un individu adulte normal, le cœur garde son volume constant \ il fait pendant les périodes de repos (diastole) des pertes que contrebalancent exactement ses gains à la période de fonctionnement (systole). Qu'une gène dans la circulation générale oblige la systole à être prolongée par rapport à la diastole, l'assimilation l'emportera sur la destruction et l'on constate en effet, dans ce cas. une hypertrophie du cœur.

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