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I. Mais très difficile en pratique

LA SUBJECTIVITE

ments vibratoires de l'air que l'on appelle mouvements sonores :

1° Directement, au moyen de mes oreilles, de mon organe auditif, qui me fait connaître ces mouvements sous forme de son, de manière que je puisse les raconter dans le langage juiisical'^

2" Indirectement, au moyen d'appareils enregistreurs, par exemple, qui, par l'inscription d'une ligne sinueuse sur un cylindre enduit de noir de fumée, me permettront d'étudier ces mouvements au moyen de mes yeux et de les raconter dans le langage descriptif qui s'applique à toutes les quantités de la géométrie et de la mécanique.

.1 priori^ il semble incro3'able que ces deux narrations si essentiellement différentes se rapportent au même objet; et cependant, il a suffi à Edison de remplacer, su rie cylindre enregistreur, la feuille de papier noirci par une substance capable de recevoir en creux l'impression du stylet de la plaque vibrante, pour que le phonographe fut créé, et que, par conséquent, il fut possible ensuite à n'importe quel observateur doué d'yeux et d'oreilles, de lire à volonté l'inscription du cylindre, soit dans le langage des yeux, par des descriptions de formes géométriques, soit dans le langage des oreilles, par des séries musicales de sons. Ainsi a été établi expérimentalement, par un homme de génie, le parallélisme entre l'acoustique, étude visuelle des sons, et la musique, étude auditive des mouvements vibratoires.

Quel Edison inventera le phrénographe qui

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permettra, de même, d'établir un parallélisme expérimental entre la description psychologique des états de conscience et la description physiologique ou objective des ruptures d'équilibre qui se transmettent dans le système nerveux? Cette découverte ne sera pas saluée avec joie par l'humanité; chacun de nous est jaloux de sa subjectivité, et ne serait pas heureux que des observateurs étrangers pussent lire, même dans un langage tout différent du langage psychologique, les modifications intimes de son organe pensant; mais, que cette découverte soit possible, théoriquement, la science moderne l'a prouvé en nous montrant qu'on peut faire une étude objective complète des êtres vivants. Ce for intérieur dont nous sommes si fiers et si jaloux, ce n'est que Tobservation, par une méthode, réservée il est vrai à chacun de nous, de phénomènes mesurables, de ruptures d'équilibre, que des étrangers peuvent entreprendre d'étudier. Il est vrai que ces étrangers, même s'ils étudient objectivement toutes ces ruptures d'équilibre, ne sentiront pas ce que nous sentons^ néproiweront pas ce que nous éprouvons; nos sensations intimes leur échapperont toujours comme le son échappe fatalement à un sourd qui fait de l'acoustique au moyen de ses yeux.

La qualité sonore des vibrations de l'air, qualité inaccessible à un sourd, mais sensible à un homme normal , accompagne , sans en modifier en rien le caractère visuel^ les mouvements vibratoires dits sonores. On peut dire que cette qualité sonore est un épiphénomène des mouve-

A.i sunJEcriviTi-:

ments vibratoires considérés comme mouvements. C'est dans le même sens que iMaudsley d'abord, Huxley ensuite, ont qualitié à'épiphénomènes les faits de perception directe, par un individu, des ruptures d'équilibre qui se produisent et se propagent dans son système nerveux. L'épiphénomène psychologique accompagne, sans le modifier en rien, le phénomène physiologique mesurable de rupture d'équilibre. Chacun de nous sait que ces épiphénomènes psychologiques accompagnent un très grand nombre des mouvements de son cerveau, mais il doit se borner à constater les phénomènes objectifs qui se produisent chez ses voisins, sans pouvoir espérer jamais savoir si des épiphénomènes de conscience se produisent également chez ce voisin.

La conscience universelle. — Cependant, si nous n'avons aucun moyen de savoir avec certitude ce que sentent nos semblables, si nous sommes réduits à croire à ce sujet ce qu'ils nous disent, à observer le phénomène objectif de la parole articulée qui est une conséquence, un aboutissant des ruptures d'équilibre produites dans leurs cerveaux, le raisonnement par analogie nous amène à penser qu'ils sont faits comme nous, et que des mouvements qui, chez nous observateurs, s'accompagnent d'états de conscience, doivent, s'ils se produisent chez eux, être également connus d'eux en langage psychologique. Nous avons la même anatomie, la même histologie, la même physiologie; nous mangeons le même pain, nous buvons le même vin et le

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même lait; nous construisons, comme eux, nos membres et notre cerveau, par assimilation fonctionnelle, au moyen des mêmes éléments organiques ou bruts. Il est donc vraisemblable que ce qui se passe en nous a son équivalent en eux.

Une analogie plus lointaine nous amène à penser que des choses de même ordre existent chez les chiens, chez les oiseaux, les lézards, les poissons, qui, comme nous, ont un cerveau, une moelle épinière et des nerfs.

Une analogie plus lointaine encore, mais qui tire sa valeur du raisonnement par continuité, nous conduit à la même conclusion relativement aux escargots, aux oursins, aux h3^dres, el finalement aux protozoaires qui sont, comme nous formés d'un protoplasma colloïde où se poursuit le phénomène d'assimilation.

Nous sommes, finalement, amenés à croire à la conscience protoplasmique, c'est-à-dire à penser que l'être protoplasmique le plus simple est au courant, dans un langage psychologique ou subjectif, de quelques-unes au moins des ruptures d'équilibre qui se produisent et se propagent dans sa substance.

Ceci est une pure h3^pothèse, parfaitement métaphysique, c'est-à-dire, invérifiable, mais qui est néanmoins plus vraisemblable que l'hypothèse inverse dans laquelle je m'attribuerais la conscience à moi seul, observateur, centre du monde que j'observe.

Ayant été amené, par continuité, à croire à la conscience protoplasmique, je ne puis refuser la même conscience aux protoplasmas végétaux.

LA SUBJECTIVITI-:

Mais il faut immédiatement faire remarquer que la conscience, dont est probablement doué chaque être protoplasmique, est uniquement la conscience de ce qui se passe en lui et qui est spécial à sa nature; il faut éviter l'erreur dans laquelle sont tombés quelques-uns des détracteurs de la théorie de la conscience épiphénomcne, erreur qui consiste à prétendre que Huxley a attribué à l'hydre ou à l'amibe les pensées de lliomme. L'hydre et l'amibe sont au courant de quelques-uns des phénomènes qui se passent dans leur sein, comme cela a lieu pour l'homme, mais il y a autant de différence entre la conscience du châtaignier et celle de l'homme qu'il y a entre la structure de l'arbre et celle de l'animal. I/homme provient d'un œuf qui, comme complexité structurale, n'est pas plus qu'une amibe ; l'activité assimilatrice de l'œuf produit l'homme, qui ne préexistait pas dans l'œuf, en même temps que s'édifie la conscience humaine qui n'existait pas non plus dans l'œuf. L'œuf a une conscience d'œuf, comme l'embryon une conscience d'embryon. La seule hypothèse permise est en effet de penser qu'il y a une subjectivité dans chaque être protoplasmique, et que cette subjectivité est le reflet fidèle des phénomènes mesurables qui s'y passent.

Faisons un pas de plus : l'œuf construit Ihomme en assimilant des substances mortes ; nous ignorerons toujours si les substances mortes ont une subjectivité, et certains métaphysiciens ont pu prétendre que le fait d'être conscient pouvait dériver de \' aa;encenient de parties dépourvues de conscience.

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Il serait puéril de discuter au sujet de choses invérifiables.

Mais, pour tout savant convaincu, par une étude désintéressée, de l'absence de différence essentielle entre les phénomènes de la vie et les phénomènes de la nature brute, il est infiniment plus vraisemblable d'admettre ceci :

De même que l'être vivant se construit au moyen de substances dépourvues de vie, de même la conscience de l'être vivant, tableau fidèle des phénomènes qui se passent dans sa structure^ se construit au moyen de consciences de substances mortes. Ainsi, à la notion de vie universelle (notion pénible pour tout philosophe épris de précision, puisqu'elle enlève à la vie sa signification première de qualité distinguant les vivants des morts) se substitue la notion de la conscience universelle qui, si elle est indémontrable, rend du moins fort simple le passage de la chimie brute à la chimie vivante. Il n'y a plus de fossé entre les corps de la nature, plus de différence fondamentale entre des corps, qui se transforment les uns dans les autres, indéfiniment. Mais, à chaque structure spécifique, correspond une conscience spécifique qui en est la traduction subjective.

La mémoire, caractéristique de la vie. — Ce qui s'accompagne d'états de conscience chez l'homme, c'est, non pas une structure fixe, comparable k celle d'un palais construit de pierres et de madriers, mais bien la production et la propagation de ruptures d'équilibre dans un système nerveux, dans une substance vivante. Procédant

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