LA SUBJECTIVITÉ
par analogie, nous ne devons pas attribuer aux substances protoplasmiques ou mortes autre chose que ce qui nous a servi de point de départ; nous ne devons donc pas penser qu'un système statique quelconque possède la conscience de sa structure immuable ; nous devons admettre seulement que ce sont les ruptures d'équilibre qui éveillent les états de conscience correspondants. Si donc nous sommes conduits à attribuer aux corps bruts, aux molécules chimiques, les étéments de la conscience de l'homme, nous devons penser que ces éléments de conscience ne se manifestent, par des états de conscience, dans la subjectivité de la molécule, qu'au moment d'une rupture d'équilibre.
Et ceci nous conduit à admettre, même au point de vue subjectif, une différence très nette entre les corps vivants et les corps bruts. En elfet, la caractéristique objective de la vie est l'assimilation fonctionnelle ; c'est-à-dire qu'un mécanisme structural, vivant, consolide sa structure en fonctionnant. Les ruptures d'équilibre dont l'ensemble constitue le fonctionnement, conduisent donc à un état structural nouveau qui, ou bien est identique à l'ancien, ou bien est encore plus développé dans le sens fonctionnel considéré. L'épiphénomène correspondant à l'assimilation fonctionnelle se trouve donc être la mémoire élémentaire, la série des ruptures d'équilibre construisant au lieu de la détruire, la structure préexistante.
Au contraire, dans un corps chimique, une rupture d'équilibre se traduit forcément par une
PHÉyOMÈNES VITAUX ET BRUTS
destruction ; les corps qui résultent de la rupture sont différents de ceux dont ils proviennent ; la sensation de rupture est donc, si elle existe, absolument extemporanée ; la mémoire n'existe pas chez les corps bruts.
En continuant dans cette voie de l'M^pothèse logique, mais non vérifiable, nous trouverions de même que les colloïdes occupent, au point de vue subjectif, une situation intermédiaire entre les corps vivants et les corps de la chimie, à cause de Vassimilation physique dont ils sont capables quand ils jouent le rôle de diastases : nous pourrions aussi considérer le système nerveux de l'homme comme étant, au point de vue subjectif, un véritable être à part, un réseau parasitaire continu s'infiltrant dans une agglomération de cellules isolées les unes des autres à la manière des cellules végétales, etc., etc.
Tout cela n'est qu'un ensemble d'hypothèses métaphysiques ; il me semble cependant qu'elles résultent de déductions parfaitement logiques, et qu'elles doivent par conséquent s'imposer à tout savant dépourvu d'idées préconçues relativement à l'existence d'une différence essentielle entre les corps vivants et les corps bruts.
Le côté par lequel ce système très cohérent répugne à beaucoup d'esprits est la nécessité, qui en résulte fatalement, de refuser à l'animal une volonté libre^ au sens absolu du mot. Nous avons tous en effet la conviction enracinée de notre liberté absolue et cela se comprend aisément ainsi que je l'ai déjà exposé précédemment.