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individuelle dont nous venons de détailler les grandes lignes peut, nous l'avons vu, être envisagée à deux points de vue : le point de vue de l'assimilation chimique ou fabrication de substances semblables à celles du corps qui agit, et le point de vue de la morphogenèse ou fabrication des formes successives de l'individu. Le théorème morphobiologiqiie ^ que nous avons précédemment établi, empêche que ces deux points de vue soient séparables; il y a en effet un lien de cause à effet entre la fabrication de substance vivante et la construction correspondante des formes individuelles. Réciproquement la forme de l'individu au stade A,, étant un des éléments évidents de la détermination du fonctionnement (A,, X B„), la loi d'assimilation fonctionnelle prouve que l'assimilation qui se produit dans le corps A,, n'est pas indépendante de la forme de ce corps considéré comme mécanisme.
Ce que nous avons dit précédemment de l'assimilation fonctionnelle, dans les cas où la division du travail physiologique a produitune différenciation cellulaire, nous dispense de revenir plus longuement sur ce sujet.
La question vraiment capitale qui se pose à nous relativement à l'évolution individuelle des êtres vivants est celle de savoir jusqu'à quel point, étant connue l'hérédité d'un être, on peut prévoir quelle sera son évolution. Ce qui détermine A,i c'est, en effet, non seulement A^, mais encore la série éducative B^, B^, Bg, .... B„i. Or, si nous connaissons A^, nous ne connaissons aucun terme de la série B. En toute rigueur,
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nous devons donc penser que nous sommes dans l'impossibilité de rien prévoir relativement à A„. « Sera-t-il Dieu, table ou cuvette ? » nous l'ignorons: cette larve que nous voyons peut être mangée par un oiseau, écrasée par un caillou, transformée en une momie dans Taldéhyde formique; il 3' a une infinité de « peut-être » entre lesquels rien ne nous permet de choisir d'avance.
Mais, tous les cas que je viens de citer n'intéressent pas le biologiste; le problème de l'évolution individuelle ne consiste pas à prévoir ce que deviendra un être vivant dans des conditions quelconques, mais bien dans des conditions telles que cet être continue de vivre. Cela limite singulièrement les possibilités pour l'avenir. L'observation nous prouve en effet que les variations permises à un être vivant ne peuvent pas, sous peine de mort^, sortir d'un certain cadre. Un jeune renard deviendra un renard adulte et sûrement pas un hareng ou un cheval. Mais ce résultat n'est pas pour nous étonner étant donné ce que nous savons déjà; un renard qui continue de vivre ne peut que renarder et, i^enardant, il construit un renard par assimilation fonctionnelle.
En d'autres termes, la conservation de la vie ou renouvellement du milieu intérieur ne peut s'exécuter que par le jeu des organes préexistants de l'animal, par le fonctionnement des outils qui constituent son corps; ces outils, en fonctionnant, se développent par assimilation fonctionnelle; l'un d'eux peut, dans certaines circonstances, se développer plus qu'un autre, ce qui in-
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troduit, dans l'économie de l'individu, des variations quantitatives; encore ces variations quantitatives sont-elles limitées par la coordination générale ; l'hypertrophie d'un organe, l'atrophie d'un autre, ne peuvent dépasser certaines limites sans entraîner la mort de l'animal.
C'est pourquoi l'on est en droit de dire que Vhérédité de l'œuf détermine, dans une certaine mesure, l'avenir de l'être qui en sortira. On ne peut prévoir si l'être vivra ou s'il mourra, mais on peut affirmer que, s'il vit, ses variations seront comprises entre certaines limites ; on peut affirmer en particulier que l'être appartiendra, par ses caractères morphologiques, à l'espèce qui a fourni l'œuf dont il provient.
A mesure que l'être vieillit, du moins chez les espèces à squelette persistant comme l'espèce humaine, les variations qui lui sont permises deviennent de plus en plus restreintes ; le squelette qui fige toutes les parties du corps en fait, de plus en plus, un mécanisme très précis et très exigeant. Ce qui n'empêche pas qu'un vieillard puisse, par exemple, devenir manchot.
Il faut d'ailleurs remarquer que, même dans les premiers temps de la vie, les conditions dans lesquelles se développe un jeune embryon sont très peu variables ; sans parler des mammifères ou des oiseaux, chez lesquels les conditions du développement sont étonnamment constantes, quelles variations peut-on constater dans l'eau de mer où pousse un œuf d'oursin ou de hareng? à peine quelques variations de température ou de
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salure ; et d'ailleurs, si ces variations dépassent certaines limites, l'embryon meurt.
Aussi dit-on généralement, et cela avec un degré de précision que les considérations précédentes permettent d'évaluer, que Vanimal est déterminé dans Vœuf. On sait d'avance que l'animal qui sort de l'œuf ressemblera à celui qui a fourni l'œuf, et c'est ainsi que la signification courante du mot hérédité ne diffère pas de celle que nous venons de lui donner dans une définition rigoureuse.
On donne en général le nom d'hérédité au fait que les enfants ressemblent à leurs parents (je laisse de côté, pour le moment, la difficulté provenant de la reproduction sexuelle qui fait que l'enfant provient de deux parents) ; or cette hérédité-ressemblance résulte de V hérédité-structure de l'œuf, puisque c'est V hérédité- structure de l'œuf qui, dans de certaines limites, détermine la forme des enfants. Mais il faut remarquer tout de suite que V hérédité-structure est une simple définition : nous avons appelé hérédité de Vœuf^ sa structure physico-chimique ; tandis que Vhérédité-ressemblance est un théorème biologique que l'observation quotidienne a démontré, savoir que Vhérédité-structure de l'œuf fourni par un être, détermine chez l'enfant de cet être, une constitution morphologique qui ressemble à celle du parent, pourru que la mort ne soit pas survenue. Or, l'œuf est en général très petit et d'une structure relativement simple en apparence (ce qui veut dire que, par les procédés optiques, nous n'y voyons rien) : le fait qu'un œuf si petit
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reproduit un animal doué d'une si merveilleuse constitution a de tout temps été considéré comme un des phénomènes les plus merveilleux de la nature.
La structure de l'hérédité de l'œuf. — Le langage synthétique que nous avons employé jusqu'à présent nous empêche d'éprouver le besoin de connaître la structure de l'hérédité de l'œuf, ou du moins, nous console de ne pas la connaître dans l'état actuel de la science. La série de nos formules symboliques de tout à l'heure :
Al + (A, X B,) = A,, A. + (A, X B.) = Ao,
A« 1 -f- An 1 X Bn — 1 — An,
décompose toute l'évolution individuelle d'un individu en une série d'assimilations fonctionnelles successives, dont chacune, séparément, est relativement simple. Et je fais remarquer que, avec la définition très large que nous avons donnée plus haut du fonctionnement, il n'y a aucune difficulté à employer le langage de l'assimilation fonctionnelle, aussi bien pour le poussin encore emprisonné dans l'œuf, que pour le poulet qui marche et mange ; les fonctions sont différentes, mais elles sont toujours définies par la formule synthétique (AxB), où B représente toutes les conditions extérieures qui ont une importance dans la détermination du fonctionnement individuel. Si donc nous voulons nous
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expliquer comment le poulet est provenu de l'œuf, nous devons remonter du poulet à l'œuf, et décomposer toute son existence en la série de ses fonctionnements successifs ; chaque stade de l'évolution sera expliqué par le stade immédiatement précédent et par le fonctionnement qui a séparé les deux stades. Ce fonctionnement intermédiaire dépend du facteur B qui n'est pas compris dans le poulet, mais, du moment que le poulet a continué de vivre, ce fonctionnement a compris nécessairement, à côté de parties variables et fantaisistes, le renouvellement du milieu intérieur qui développe fatalement, par assimilation fonctionnelle, certaines parties du poulet; or, ces parties sont précisémentles parties essentielles de son organisme ; ainsi se conserve, à travers tous les fonctionnements qui entretiennent la vie, le caractèi^e poulet.
Ce caracièî^e poulet existait déjà dans l'œuf, sans que nous sachions le définir autrement; c'est cette gallinité (de gallina, poule), qui, dans l'hérédité de l'œuf, détermine, sous peine de mort, le développement dans le sens poulet. En étudiant au microscope la structure de l'œuf de poule, nous ne savons pas y distinguer la gallinité; nous définissons cette gallinité, soit par l'origine de l'œuf, soit par le résultat de son développement quand il est dans les conditions requises pour ne pas mourir.
C'est exactement le môme cas que nous avons rencontré précédemment pour les diastases; nous ne pouvons les définir que par leur origine ou par leur résultat; et même, le plus souvent,
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il fallait, pour une définition complète, connaître à la fois l'origine et le résultat. Or, un œuf, c'est beaucoup plus compliqué qu'une diastase ; cela se compose, en particulier, d'un grand nombre de diastases superposées, et qui, expérimentalement, peuvent quelquefois être séparées les unes des autres. Nous n'avons donc pas, pour le moment, la prétention de savoir reconnaître Vespèce d'un œuf, autrement que par sa mère ou par son produit.
Mais depuis fort longtemps, n'a3^ant pas fait tous les raisonnements que nous venons de faire, n'ayant pas décomposé l'évolution individuelle en une série d'assimilations fonctionnelles qui rentrent toutes dans le même cadre général, un grand nombre de naturalistes se sont proposé d'expliquer, par une structure hypothétique de l'œuf, le fait merveilleux que cet œuf détermine presque complètement l'évolution de l'animal vivant qui en provient.
La première opinion, la plus simpliste, a été qu'il existait dans l'œuf un petit être minuscule, semblable à l'adulte, et qui n'avait qu'à grandir. Cette hypothèse, que l'observation a démontrée inexacte, laissait intacte la difficulté des assimilations fonctionnelles successives, en les remplaçant seulement par des assimilations simples en chaque point de l'organisme préexistant, ce qui excluait toute possibilité de variation. Et cependant, on l'a généralement trouvée si séduisante que, lorsque le microscope en a démontré la fausseté, des savants de la valeur de Darwin et de Weismann ont essayé de la
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faire revivre sous une forme équivalente, celle des particules représentatij'es.
J'ai déjà fait précédemment (ch. vi) le procès de cette décomposition artificielle d'un individu adulte en caractères, choisis au hasard, et qui devaient être représentés dans l'œuf par des particulesinvisibles. Evidemment, le pouletestdéterminé dans l'œuf, puisque, chaque fois que l'œuf vient à bien, il donne un poulet. Mais il s'agit de savoir comment il est déterminé, quels sont, en d'autres termes, les caractères poulet qui existent dans l'œuf, comme dans le poussin, comme dans le poulet adulte. Toute hypothèse a priori à ce sujet ne peut être que stérile. Il vaut mieux, pour ne pas préjuger de l'avenir et pour raconter les faits d'une manière aussi dépourvue que possible d'hypothèses implicitement admises, employer un langage très général.
J'ai proposé d'appeler patrimoine héréditaire^ ce quelque chose qui est commun à l'œuf et aux stades successifs de l'animal qui en provient. Ce patrimoine héréditaire n'est qu'une expression commode pour supprimer toutes les appellations spécifiques bizarres, comme gallinité, harengéité^ etc.. Peut-être est-il susceptible d'être décomposé en éléments distincts capables de multiplication et de destruction indépendantes, de telle manière que, au cours de la vie individuelle, des variations quantitatives du patrimoine héréditaire sont possibles sous l'influence de l'assimilation fonctionnelle. Ces éléments distincts sont peut-être des diastases, peut-être des substances chimiques définies,
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peut-être les unes et les autres à la fois. Quand on raisonne sans vouloir engager Tavenir, il vaut mieux les représenter par des lettres, sans avoir la prétention de les connaître autrement. Nous avons représenté par les symboles A^, A.^..., A„, les formes successives d'un individu en voie de développement. Si le développement a eu lieu dans des conditions favorables à l'espèce considérée, dans des conditions où cette espèce vit depuis de longues générations et auxquelles elle est habituée^ on peut penser que le patrimoine héréditaire a de l'œuf, se transmet intégralement aux individus A^, A^..., A„; mais il est plus vraisemblable, et plus général, de penser que le patrimoine héréditaire a de l'œuf subit^, au cours des assimilations fonctionnelles successives, des variations quantitatives. Nous dirons donc que, aux formes successives A^, A^..., A„, correspondent des patrimoines héréditaires a^, a^..., a„, et ainsi nous sommes amenés à ne pas séparer la question de V hérédité^ au sens étroit d'hérédité rigoureuse, de la question, bien plus vaste et plus générale, de Vhérédité des caractères acquis. L'hérédité sans modification aucune du patrimoine héréditaire qui se transmet des parents aux enfants n'est qu'un cas particulier et très restreint, du cas vraiment général de l'hérédité des caractères acquis.
LE DAKTEC. — lO
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