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CHAPITRE XXXIV La génération alternante

Nous avons déjà observé précédemment que, sans pouvoir définir analytiquement Vétat colloïde des substances vivantes, nous savions constater néanmoins l'importance des variations de cet état colloïde, en particulier dans la dilTérenciation histologique. Dans tout vertébré, par exemple, il y a, pour les protoplasmas, l'état muscle, l'état nerf, l'état os, l'état épithélium; ces divers états tissus sont correspondants pour un groupe aussi vaste que les vertébrés; leur nombre est considérable.

Nous ne constatons jamais la maturation sexuelle dans ces protoplasma différenciés, mais nous devons cependant nous dire que, s'il existe effectivement une bipolarité dans tous les éléments constitutifs de ces divers protoplasmas, il doit y avoir, dans chaque type d'état colloïde, des variations correspondant à des modifications dans cette bipolarité. Je m'explique en donnant un exemple concret hypothétique :

Les deux pôles d'un même élément bipolaire

LA BIPOLARITE

s'attirent; mais ils sont également en relation d'attraction ou au moins de cohésion avec les éléments voisins; je suppose que deux états d'équilibre soient possibles ; l'un dans lequel les deux pôles de chaque élément bipolaire se touchent^ sont venus par attraction au contact l'un de l'autre ; l'autre dans lequel, sous Tinfluencc des actions ambiantes, les deux pôles de chaque élément bipolaire restent séparés l'un de l'autre comme par un ressort tendu. Nous pourrons appeler l'un d'eux état associé, l'autre état dissocié. Et il est vraisemblable que, tant au point de vue morphogène qu'aux autres points de vue, ces deux états différeront profondément.

Il faut remarquer aussi que, suivant les conditions, ces deux états pourront dériver héréditairement l'un de l'autre ; il suftira en effet pour cela qu'une cause quelconque détende les ressorts (cohésion, etc.) qui maintenaient écartés les deux pôles de chaque élément bipolaire; et, à cause des propriétés morphogènes différentes des deux états, on verra un être B, très différent d^un être A, en provenir néanmoins par hérédité directe.

Or précisément, ce phénomène est très général, et ces deux états que nous venons d'imaginer, l'état associé et l'état dissocié, nous donnent sinon une explication réelle, du moins un modèle possible du phénomène de la génération alternante.

La génération alternante se rencontre avec sa forme la plus simple chez les fougères.

Une fougère feuillée, telle que nous avons l'habitude d'en rencontrer au bord des chemins,

LA G i: SERA TIOX A L TERNA NTE

donne sous ses feuilles, l'automne venu, de petits crains brunâtres de substance vivante à l'état de vie latente ;ce sont des spaîw^i ou éléments reproducteurs n'ayant pas subi de maturation sexuelle. Mais siellesn'ontpassubi de maturation sexuelle, ces spores ont du moins éprouvé une moditication dans leur état, car elles produisent en germant, non pas une fougère feuilléc comme celle qui leur a donné naissance, mais une masse cellulaire informe ressemblant à une algue verte et que Ton appelle /?ro//z<^//(?.

Dans le prothalle, il apparaît ensuite des éléments sexuels proprement dits, éléments mâles et éléments femelles, dont l'union donne des œufs qui reproduisent la fougère feuillée. Ainsi est fermé le cycle d'une génération alternante obligatoire.

Que cette génération alternante soit en rapport avec labipolarité des éléments vivants, cela saute aux yeux, puisque l'une des formes, la forme prothalle, dérive toujours d'une reproduction asexuée, l'autre, la forme fougère, dérive toujours d'une reproduction sexuée. Une hypothèse provisoire nous permet de rapprocher ces deux formes, fougère et prothalle, des deux états associé et dissocié que nous venons de définir.

Il y a d'ailleurs un caractère qui distingue l'état prothalle de l'état fougère, c'est que toutes les Icarj'okinéses ou divisions cellulaires qui se produisent dans la fougère se font avec apparition de 2u chromosomes, tandis que celles qui se produisent dans le prothalle se font avec apparition de ;/ chromosomes seulement. (On verra au cha-

LA BIPOLARITE

pitre suivant ce que sont les chromosomes et la karyokinèse ; Tordre logique du développement de la pensée nous a conduit à placer l'histoire de la génération alternante avant celle de la karyokinèse). On peut donc remplacer la dénomination, état prothalle^ par la dénomination, état à 11 chromosomes.

Définie ainsi, la loi des deux états se généralise.

Chez tous les animaux une génération à n chromosomes alterne avec une génération à 211 chromosomes^ mais, le plus souvent, la génération à n chromosomes est incluse dans la seconde comme un parasite; cette génération à n chromosomes ou génération prothalle constitue les organes génitaux de l'espèce considérée. C'est uniquement dans la génération à n chromosomes que se manifeste la maturation sexuelle, ce qui prouve une fois de plus que les deux états successifs de la substance vivante, dans la génération alternante, sont en rapport avec la bipolarité de l'élément vivant. Et, jusqu'à nouvel ordre, nous pouvons admettre, au moins comme un modèle qui fixe les idées, l'hypothèse que l'état prothalle correspond à l'état associé des éléments bipolaires, tandis que l'état à zn chromosomes correspond à l'état dissocié de ces mêmes éléments.

f.A KiRYOKINESE

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