‹ Éléments de philosophie biologiqueChapitre 85 sur 92 · CHAPITRE XXXVIII L'espèce · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXVIII L'espèce

Le mot espèce est employé couramment dans le langage, et il semble que la signification de ce mot soit assez claire pour n'avoir pas besoin

FORMATION DES ESPÈCES

de définition. Il y a l'espèce homme, l'espèce cheval, l'espèce truite, l'espèce vipère, l'espèce poirier; tant qu'il ne s'agit que de formes aussi éloignées les unes des autres, il n'y a aucune difficulté à résoudre. Personne ne peut hésiter, étant donnés des êtres de ces types, à affirmer qu'ils sont d'espèce différente. La difficulté ne commence que pour les formes qui ont entre elles de grandes affinités comme, par exemple, le cheval et l'àne, le lièvre et le lapin, le bouledogue et le caniche. En présence de ces formes voisines, on hésite; on essaye d'évaluer les différences qui séparent les deux types comparés, et de conclure de cette évaluation à une réponse logique. Et la réponse peut dans certains cas dérouter les gens non prévenus ; on déclare, par exemple, que le cheval et l'âne sont d'espèces différentes, tandis qu'on range, dans la même espèce cliien^ le Danois et le King-Charles, et cependant, il est évident que les différences descriptives entre les deux chiens considérés sont beaucoup plus considérables que celles que l'on peut déceler entre le cheval et l'àne.

Au fond, sous cette question de l'espèce, se cache une erreur de méthode.

L'homme a eu, pendant très longtemps, l'idée que les espèces étaient des entités créées àpart^ et existant chacune pour leur compte ; en d'autres termes il a cru à la définition absolue de l'espèce ; il a conservé cette cro}ance, même après la découverte de la transformation des espèces, et il éprouve aujourd'hui le besoin de cataloguer, dans des cases rigoureusement limitées, tous ces

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