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L'ESPECE

Or, cela n'est pas.

Nous avons vu précédemment qu'il y a forcément des dilTérences finies entre deux individus vivants; il existe, entre deux êtres quelconques, une marche d'escalier. Si donc il existe une marche d'escalier entre deux espèces voisines, cette discontinuité ne différera que par sa dimension de ceîîe qui sépare deux êtres de même espèce.

Il y aura, dans la définition de Tespèce, une question d'appréciation: ce ne sera plus une définition absolue.

Avant Tère transformiste, on pouvait, on devait croire à la possibilité d'une définition absolue de l'espèce. Les marches d'escalier séparant les êtres d'une même espèce étaient de celles que peut transgresser la variation qu'accompagne la multiplication individuelle ; mais les discontinuités limitant les espèces étaient infranchissables; il y avait là la base d'une définition absolue; la variation résultant de l'adaptation et de la reproduction ne pouvait pas franchir les limites de l'espèce. L'espèce devait donc être définie après coup comme le résultat d'observations prolongées. Au contraire, avec la théorie transformiste, on doit définir l'espèce a priori^ pour la commodité de la classification et sans s'embarrasser de préoccupations métaphysiques.

J'ai proposé de définir l'espèce l'ensemble des individus entre lesquels il n'existe que des difrences quantitatives; mais on voit aisément que c'est là une simple convention et, qui même nécessite d'autres conventions, car nous ne croyons

FORMATJOX DES ESPECES

plus £iU]ouï(y\\m ^\i\ qualités essentielles; et, de dire que deux espèces diffèrent qiialitatwement, cela représente quelque chose qui peut être traduit dans un langage quantitatif.

Quand De Vries nous montre les mutations brusques qui peuvent se produire chez les œnothera, par exemple, beaucoup de savants discutent gravement pour savoir si la marche d'escalier franchie était une borne d'espèce, pour savoir si, rigoureusement, on doit considérer la mutation comme ayant franchi les limites de l'espèce. Cela aurait eu un sens avant le transformisme; aujourd'hui, la définition de Tespèce n'a plus aucune valeur philosophique.

On peut se placer à de nombreux points de vue pour apprécier la discontinuité qui sépare deux espèces différentes; évidemment le nombre de ces points de vue est aussi considérable que le nombre des caractèi^es susceptibles d'être décrits à part dans les deux espèces et d'être comparés comme correspondants; or, nous l'avons vu, le choix de ces caractères est absolument fantaisiste.

Il y a cependant un phénomxène qui permet de comparer à la fois tous les caractères d'une espèce avec tousXç.?, caractères d'une autre espèce, c'est loi fécondation. Dans cet acte on peut mettre en présence le patrimoine héréditaire d'un élément mâle d'espèce A et le patrimoine héréditaire d'un élément femelle d'espèce B. S'il y a fécondation, on est en droit de définir par là un voisinage des espèces considérées, et cette définition a plus de valeur que celles qui sont basées

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