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Inexcité. Inexcité. Repos

Le cas 1 a toujours lieu lorsque, avec une intensité d'excitation suffisante, les appareils d'arrêt l'ouï défaut, ou ne sont pas encore développés,

ou ne participent pas à l'excitation. Le cas *2 « a lieu lorsque l'appareil d'arrêt, tout en participant à l'excitation, est très faiblement excité au regard de l'excitation de l'appareil moteur.

Le cas 2 p se produit lorsque deux excitations ont la même intensité ou que celle de l'appareil d'arrêt prédomine. Le cas 3 a lieu lorsque l'appareil d'arrêt est seul excité, parce que l'appareil moteur n'est pas atteint par l'excitation ou se trouve paralysé. Enfin le cas 4 a lieu lorsque les deux sortes d'appareils ou ne sont pas excités avec une intensité suffisante, ou (peut-être par la surexcitation) sont paralysés.

Un exemple pouvant servir à bien faire comprendre ces quatre cas possibles, nous est offert par le centre de la respiration des vertébrés supérieurs, où l'appareil moteur est représenté par le centre de l'inspiration, l'appareil d'arrêt par le centre de l'expiration.

Origine des fonctions physiologiques.

La question de l'origine des fonctions fondamentales des corps vivants les plus simples, par exemple du protoplasma, va de compagnie avec celle de l'origine de la vie. Les courants liquides, l'échange des gaz, l'assimilation et la désassimilation, oii' nutrition, la production de chaleur, le mouvement, la croissance, en un mot toutes les fonctions du protoplasma, voilà les faits pri- • mordiaux qui se présentent lorsqu'on veut es-

sayer de faire dériver les fonctions complexes de la vie de processus physico-chimiques relativement simples. Pour cette dérivation, une variabilité primitive des corps vivants est essentielle, ainsi que l'action d'excitants variés sur ces corps, et la persistance durable des modifications produites par ces excitations, lorsqu'elles ont souvent été répétées de la même manière, de sorte que les corps vivants nouvellement formés naissent, en somme, essentiellement modifiés, c'està-dire présentant des variations, et pourtant moins variables.

La variabilité s'étend à toutes les propriétés des corps vivants, mais surtout à leurs formes. Lorsqu'une partie d'un corps protoplasmique s'est très souvent contractée dans une même direction, de la même manière, et par l'effet d'un excitant toujours le même, ses tagmes impressionnables, comme par une sorte d'exercice ou de dressage, finissent par se contracter plus facilement suivant leur mode habituel, que d'une autre manière ou dans une autre direction quelconque, sous l'influence d'autres excitations. A ce moment, le protoplasma est déjà modifié dans sa structure et ses fonctions, et pourtant moins variable : il est différencié. Des membranes contractiles, des fibres, des vacuoles, se sont formés, et ainsi a commencé une localisa lion' des forte Houx. Ce qui, auparavant, se trouvait accompli 'de la même manière par chaque partie du protoplasma, n'est maintenant accompli, d'une manière

plus parfaite, que par une partie ou par quelques parties seulement, alors que les autres parties ou bien ne sont pas encore différenciées, ou se sont différenciées d'une manière différente sous l'action d'autres excitants.

Si maintenant un tel être, déjà en partie différencié, croît et se développe, s'il se reproduit par segmentation; par bourgeonnement ou autrement, les parties résultant de cette division, les nouveaux êtres ainsi produits, portent déjà avec eux des traces de différenciation ; après une fréquente répétition de ce mode de reproduction, ces êtres possèdent déjà en naissant, grâce à une habitude continue des mêmes excitants, quelques fonctions localisées. Ces fonctions, qui se sont montrées utiles (puisque les êtres qui les possèdent ont persisté pendant une longue durée), et qui se sont manifestées par conséquent au cours de nombreuses générations, s'appellent héréditaires, héritées, en opposition avec celles qu'un individu nous montre sans que ses ancêtres les aient possédées , et qu'on appelle pour cette raison fonctions acquises. En somme, toutes ces fonctions secondaires, dérivées, complexes, sont des fonctions acquises, mais elles ne peuvent toutes devenir héréditaires. Il n'est point permis de généraliser le principe, que des fonctions acquises peuvent devenir héréditaires. Il n'est pas rare non plus que de nouvelles fonctions apparaissent, qui ne peuvent être rapportées ni aux propriétés héréditaires ni aux conditions

extérieures, et semblent, provisoirement, incompréhensibles.

Lorsqu'un être déjà en partie différencié se trouve dans d'autres conditions de vie, lorsqu'il vient à être exposé à d'autres excitants, alors, grâce à la variabilité conservée, il subit une autre différenciation. S'il s'adapte à son nouveau milieu, autant que possible, d'une part ses fonctions se compliquent, de l'autre elles se réduisent, et il en manifeste même ôb tout à fait nouvelles, encore qu'on les puisse toujours reconnaître comme des modifications des fonctions fondamentales originelles. C'est ainsi, par exemple, que les actes compliqués de la mastication et de la déglutition, rentrent bien dans la notion générale et primitive de la fonction consistant à absorber des matières étrangères, — et que l'ensemble des processus psychiques (des fonctions du cerveau) rentre dans les notions primitives de sensation et de mouvement, sur lesquelles tous ces processus reposent en dernière analyse.

La tentative de faire dériver ces fonctions, et toutes les autres fonctions supérieures ou complexes, de quelques fonctions primitives, serait pourtant demeurée impratiquable, si la considération des rapports (pie les êtres vivants ont entre eux n'avait mis en lumière un grand nombre de faits qui permettent de reconnaître dans la division physiologique du travail un facteur essentiel pour l'intelligence de la variété des fonctions. A la localisation des fonctions est liée

Forganogenèse, conséquence de la différenciation : elle est la traduction morphologique de la division du travail.

La division du travail est le corrélatif physiologique du processus purement morphologique de la différenciation. Mais cette différenciation morphologique va de concert avec une différenciation chimique. C'est ainsi, par exemple, que le jeune tissu musculaire renferme d'autres substances que l'ancien. La jeune cellulose présente d'autres phénomènes chimiques que l'ancienne.

Ce changement chimique, qui accompagne la différenciation morphologique, accompagne aussi et détermine la division physiologique du travail.

La division physiologique du travail.

De ce fait bien constaté, que tous les êtres vivants ont en commun quelques propriétés fondamentales, et que la vie de tous est liée à certaines conditions externes immédiates , telles que l'air, l'eau, et la nourriture, il résulte que, partout où un grand nombre d'êtres vivants existent en même temps, l'un porte nécessairement préjudice à l'autre, — parce que tous ont en partie besoin des mêmes objets, parce que leur activité vitale suppose les mêmes conditions, comme l'absorption de l'air, de l'eau et de la nourriture, et qu'avec un rapide accroissement du nombre des individus vivants, ces

choses nécessaires à la vie deviennent rares et insuffisantes. Ainsi naît une concurrence qui déjà, làoù deux êtres seulement existent ensemble, doit se faire sentir ; cette concurrence, elle éclate partout, quand ce ne serait que dans la revendication d'un lieu préféré, d'une place au soleil, tantôt avec plus de chaleur et de lumière, tantôt avec plus d'ombre et de fraîcheur.

C'est ce fait général de la concurrence de tous les êtres vivants les uns avec les autres pour les conditions de la vie, qui conduit à la division physiologique du travail, et, par là, à la divergence des formes. Si tous les êtres devaient en même temps et dans un même lieu , accomplir les mêmes fonctions, et satisfaire de la même manière les mêmes besoins, en d'autres termes, si les fonctions de tous les êtres s'exécutaient d'une manière identique, il serait alors impossible qu'un si grand nombre d'êtres existassent en même temps, comme ils existent en fait. Par exemple, si l'air atmosphérique absorbé dans l'eau était seul respiré, il n'y aurait point d'animaux à respiration pulmonaire. Si l'air dissous dans l'eau était rapidement consommé dans un lieu particulièrement peuplé d'animaux, les êtres qui peuvent vivre un certain temps sans absorber d'oxygène auraient l'avantage , et plus encore ceux auxquels réussirait l'essai de respirer hors de l'eau. Plus cette tentative se répéterait souvent, sous l'empire de de la nécessité, par suite de l'absence d'oxygène dissous dans l'eau, plus la peau, ou la vessie nata-

toire, ou quelque partie que ce soit, propre à l'absorption du gaz oxygène atmosphérique , à titre de poumon provisoire (à peu près comme l'intestin de la loche des étangs) , exerceraient une influence régressive sur les fonctions des branchies.

C'est ainsi que, par la division du travail, les fonctions primitives peuvent être modifiées, et que de nouvelles fonctions plus complexes en peuvent sortir. Que ces nouvelles fonctions ne disparaissent pas chaque fois avec les êtres qui les possédaient, c'est ce qu'explique Y hérédité, car dans la concurrence générale des êtres, ceux qui l'emportent par les avantages de leur structure et qui sont le plus favorisés par les circonstances extérieures , subsistent et persistent plus longtemps , ils sont plus aptes à l'existence que les autres, de sorte que leurs fonctions nouvellement acquises s'affermissent et se fixent, et qu'ils peuvent les transmettre plus facilement, au moins sous forme de dispositions organiques, à leurs descendants. C'est là ce qui, d'après le darwinisme, contitue l'essence même de la sélection naturelle.

Dans cette division du travail qui reconnaît pour cause la concurrence vitale , la régression de fonctions déjà existantes, alors que de nouvelles fonctions partielles se développent, présente un intérêt tout particulier. Dans les cavernes, le sens de la vue, par exemple, se perd, tandis que le sens du tact s'affine. Les excitants font défaut

au premier de ces sens ; ils s'offrent en grand nombre au second.

On peut en dire autant de toutes les fonctions de tous les êtres vivants , à quelque degré qu'ils soient placés sur l'échelle des êtres. Toute fonction subsiste et persiste aussi longtemps qu'elle ne manque pas d'excitants, tant que le substratum et l'objet ne font point défaut, et que leur état habituel n'est pas essentiellement altéré. La modification organique provoquée par la concurrence, — que ce soit l'excitant qui fasse défaut , qu'il y ait lésion du substratum ou changement essentiel de l'objet de la fonction, — amène, au contraire, très facilement la perte d'une fonction, par atrophie, anesthésie, acinésie, tandis qu'une autre fonction prend un développement d'autant plus grand. Ce développement d'une fonction aux dépens d'une autre peut même atteindre un degré préjudiciable pour elle-même, mener à une exaltation ou à une dégénération morbide des fonctions, par exemple à une hypertrophie , à une hyperesthésie, à une hypercinésie.

Des hyperplasies dégénératives aussi bien que des tissus atrophiés, rudimentaires et privés do fonctions , naissent ainsi par le fait de Y interférence fonctionnelle. Grâce à celle-ci, en effet, dont l'action est à la fois accélératrice et retardatrice, un certain nombre de fonctions, qui étaient favorables à l'individu vivant, en assurant, au milieu de certaines circonstances extérieures, le cours normal et l'entretien de toutes ses fonctions

vitales, doivent nécessairement devenir inutiles, nuisibles et mortelles, au milieu de nouvelles circonstances extérieures. Une différenciation partielle, en particulier, qui suppose des conditions d'existence tout à fait spéciales, comme dans le parasitisme, par exemple, est désavantageuse en regard d'une différenciation étendue, avec le plus grand reste possible de variabilité primitive, relativement à l'accommodation de l'organisme à de nouvelles conditions.

Aussi bien, l'effet de la concurrence s'étend aux individus de tout degré, et peut môme être étendu aussi à la nature inorganique, en tant que l'impénétrabilité de la matière et sa force d'inertie peuvent être considérées comme un moyen de conserver aux corps inorganiques leur place dans l'espace, et par conséquent leur existence, et que l'équilibre stable met fin au conflit des forces jusqu'à une prochaine rupture d'équilibre. Les processus chimiques aussi peuvent être considérés comme des phénomènes de concurrence pour la saturation la plus complète et la plus rapide possible des libres affinités des corps, — si bien qu'il est permis de parler d'une lutte pour V existence des molécules clans les cellules vivantes. Les cellules, à leur tour, sont également en concurrence les unes avec les autres, et cela aussi longtemps qu'elles vivent; les tissus, les organes, le sont aussi entre eux dans l'organisme ; puis les organismes ; et, non moins qu'eux tous, les couples, les familles et les États.

•J.V'l PHYSIOLOGIE GENERALE

Deux conséquences de cette concurrence générale sont surtout importantes au point de vue physiologique : Tune est la nécessité de la terminaison de la vie, ou de la mort, de tout individu (parce qu'il est éliminé par d'autres plus jeunes); l'autre est la nécessité de l'existence en commun de plusieurs, pour permettre aux fonctions de se développer- Ce qui est capable de prendre part à la concurrence générale est seul capable de vivre, d'exercer ses fonctions.

Quant au premier point , c'est un fait capital que bien plus d'œufs et de rejetons sont créés qu'il n'en peut arriver à maturité. Mais, alors même que tout ce qui est produit par la génération pourrait, dans les circonstances les plus favorables, vieillir, la plupart des êtres devraient déjà périr par suite du manque de place à la surface de la terre. C'est l'espace limité, en effet, qui, supposant à un accroissement illimité des êtres, augmente l'intensité des conflits et des collisions, de sorte que finalement les individus peu favorisés sont repoussés, écrasés et détruits.

Pour ce qui est du second point, il est clair que, sans concurrence, toute différenciation serait impossible. L'être à qui personne ne dispute sa nourriture, n'a pas besoin de travailler pour se la procurer, et , là où aucun travail n'est nécessaire, il ne peut exister aucune division du travail. Ainsi la fonction fondamentale de l'alimenlalion active dépend déjà de l'existence on commun de plusieurs, qui se partagent la. nourriture

disponible. L'être qui ne peut en prendre sa part comme concurrent, n'est pas propre à la vie, n'est pas capable d'exister. Celui qui prend part à ce partage, se conserve et subsiste, sans que sa propre conservation soit cependant la fin poursuivie : elle n'est que la conséquence de la concurrence vitale.

De la constance des fonctions avec changement du substratum.

Lorsque, dans la concurrence générale que présente la nature , un groupe d'êtres vivants, très diversement différenciés par l'interférence ininterrompue de leurs fonctions , peuvent subsister les uns à côté des autres, comme des vainqueurs, pour ainsi dire, dans la lutte pour l'existence, ayant survécu à tous les autres êtres moins favorablement différenciés, moins bien adaptés au milieu, et cela par un procédé de sélection comparable à la sélection artificielle , — par la sélection naturelle, — alors se produit un état qu'on désigne très bien du nom de compromis.

Grâce à la division avancée du travail à laquelle il est parvenu, c'est-à-dire à la localisation de ses fonctions complexes , chacun de ces individus peut vivre en bonne harmonie avec tout autre dans son voisinage pendant un certain temps, voire pendant un très long espace de temps si les conditions extérieures demeurent constantes, sans que, jusqu'à un certain degré, ses fonctions

éprouvent aucun trouble , et cela parce qu'il n'est pas différencié de la môme manière que les autres, parce que la complexité et la localisation de ses fonctions sont différentes, et que ses conditions d'existence s'écartent un peu de celles du voisin. C'est de tels compromis qu'est né tout organisme. L'existence d'êtres différents les uns à côté des autres, la dépendance réciproque des plantes et des animaux, des animaux supérieurs et des animaux inférieurs, doivent être expliquées par une sorte de compromis. L'un faisant en quelque sorte des concessions à l'autre, est demeuré lui-même capable d'exister, c'est-à-dire capable d'accomplir ses fonctions. Voilà comment les mêmes formes organiques ont pu vivre des siècles en commun en demeurant identiques à elles-mêmes, les conditions restant les mêmes.

Aux plus remarquables phénomènes de la' vie appartient la substitution , soit progressive, soit subite, d'un appareil organique par un autre , sans changement de la nature de la fonction, substitution qui a lieu en un grand nombre de cas. La fonction de la respiration en présente un exemple bien instructif.

Après avoir pendant longtemps absorbé l'oxygène dissous dans l'eau ambiante , et aussi les bulles d'air de la surface de l'eau , exclusivement parla peau et les branchies, ou par la peau, les branchies et l'intestin, alors que leurs poumons, encore peu développés, sont sans fonction, les larves d'amphibie quittent l'eau par inter-

valles et respirent, clans l'air atmosphérique, par leur peau et par leurs poumons, ou parleur peau, leurs poumons et leur intestin; bientôt elles ne sont plus capables d'absorber l'oxygène au moyen de leurs branchies, parce que celles-ci, en regard de l'absorption incomparablement plus riche d'oxygène par les poumons, d'abord moins utiles, cessent à la fin de fonctionner et s'atrophient. Le poumon se substitue donc aux branchies, et seulement lorsque la nature de l'air à respirer (de l'objet de la fonction) s'est changée. Empechet-on ce changement par un artifice, en tenant constamment sous l'eau les larves (de salamandre terrestre), on voit alors persister la respiration branchiale.

Une substitution semblable a lieu à la naissance des mammifères, — ■ de l'homme même — qui, dans l'utérus, absorbent l'oxygène nécessaire à la vie par le placenta, et, clans l'air, au moyen des poumons jusque-là sans fonction. Ici a lieu la substitution subite d'un substratum par un autre, de sorte que, lorsque la respiration fœtale ou placentaire a cessé avant que la respiration pulmonaire ait commencé, la vie est assez souvent en danger.

Il en va de même avec d'autres fonctions, par exemple avec les fonctions d'assimilation. Chez l'homme, dont l'organisme est le plus hautement différencié, des changements permanents considérables du substratum peuvent avoir lieu sans modifications essentielles de la fonction : des

Preyer. — Phvsioloiiie. 17

faits d'observation dans la pratique chirurgical e le prouvent. Dans les cas de luxations permanentes, non réduites pendant le jeung âge, l'articulation normale disparaît, de nouvelles surfaces articulaires (néarthrose) se forment, et grâce à ces articulations de nouvelle formation, il arrive souvent qu'avec un exercice systématique, une grande partie des mouvements, qui étaient exécutés avant la luxation, peuvent l'être de nouveau aussi bien. Ici la fonction (pronation, supination, abduction, adduction, extension, flexion) s'est créée un nouveau substratum. Le principe du changement de substratum avec fonction constante est aussi important pour l'intelligence de l'économie dans la nature vivante et de l'analogie physiologique des organismes, en dépit de toutes les transformations morphologiques., Car, en vertu de ce principe, un organe devenu sans fonction dans la concurrence générale, peut devenir libre pour une autre fonction, partant un échange de fonctions peut avoir lieu : chez les batraciens, par exemple, la queue de la larve, sorte d'aviron inutile sur la terre, favorise et hâte en se résorbant la nutrition et la croissance. Enfin, toute fonction héréditaire est une preuve du principe. En effet, les jeunes organismes, semblables, mais non identiques aux parents et ancêtres, possèdent les mêmes fonctions que ceux-ci; seulement le substratum est autre, et, au cours d'un grand nombre de générations, il peut s'être essentiellement modifié

sans que la fonction ait essentiellement changé.

Substitution fonctionnelle.

Lorsque, au milieu des conditions normales de la vie, comparables à un état constant d'équilibre dynamique, un changement essentiel a lieu clans les conditions vitales externes , — lesquelles ne sont rien autre chose que les conditions externes des fonctions dont le jeu s'accomplit simultanément, — alors une ou plusieurs fonctions (tantôt sans changement essentiel et instantané du substratum, tantôt avec ce changement) peuvent être ou arrêtées, ou exaltées, ou troublées dans leur cours habituel, elles peuvent même être tout à fait abolies, et remplacées par une autre fonction. Cette importante modification physiologique s'appelle substitution fonctionnelle (Funktionswechsel).

Elle a souvent lieu aussi bien d'une façon normale , pendant le libre développement des plantes et des animaux, particulièrement dans les migrations de ces êtres d'un lieu aux conditions d'existence moins favorables dans un autre aux conditions plus favorables , que clans certains états morbides, alors que les fonctions sont déjà troublées. Lorsque les courtes racines en vrille du lierre atteignent un sol humide, elles se ramifient et deviennent des racines nourricières. De même, les racines aériennes de quelques orchidées, lorsqu'elles demeurent exposées à la lumière dans

un air humide, deviennent chlorophyllées , et peuvent alors décomposer l'acide carbonique de l'atmosphère , ce qui n'est pas la fonction d'une racine.

Parmi les animaux , les crustacés en particulier nous présentent des exemples étonnants. Il y a des espèces de paguriens qui respirent avec des branchies dans la mer, et , avec les mêmes branchies, dans l'air, sur la terre sèche. Ici un seul et même organe fonctionne donc tantôt comme branchies, tantôt comme poumons. La fonction hydrostatique de la vessie natatoire de beaucoup de poissons recule, chez quelques-uns, devant la fonction respiratoire, car, morphologiquement, le poumon est l'homologue de la vessie natatoire.

Les fonctions des animaux inférieurs qui ne sont pas encore localisées, peuvent l'être imparfaitement au moyen de formations transitoires. Avec l'apparition d'une certaine fonction , par exemple de l'activité sexuelle, une différenciation morphologique devient sensible; quand cette fonction a pris fin, la modification organique qui s'était produite n'est plus reconnaissable ; l'indifférence antérieure reparaît. En pareil cas, on le voit, la division du travail n'est pas permanente. Elle est incomplète; la substitution fonctionnelle n'est ici en quelque sorte que l'avantcourrière d'une localisation fonctionnelle définitive.

De tels cas sont surtout remarquables parce

qu'ils mettent bien en lumière le conflit qui existe entre la variabilité et l'hérédité. Les organes qui ne sont nécessaires qu'à une fonction (la reproduction), et seulement d'une façon temporaire, disparaissent et ne se transmettent pas encore par l'hérédité.

Symptomatologie des fonctions.

Après l'élimination de toutes les parties qui ne sont pas nécessaires à l'existence de chaque fonction, il devient très facile, et ce n'est qu'alors souvent qu'il est possible, de déterminer et de décrire l'ensemble entier des phénomènes qui la produit. Avant tout il s'agit de ne négliger aucun fait et d'éviter le superflu. Ce n'est que lorsque le développement du substratum est terminé que la fonction est complète. Et ici il faut distinguer de nouveau le développement normal d'une fonction, tel qu'il se trouve atteint dans l'état de santé parfaite, après l'achèvement de la croissance de l'individu, et le développement anormal, tel qu'on l'observe seulement dans les circonstances particulièrement favorables, c'est-à-dire dans celles qui hâtent la maturité d'une fonction (exercice, dressage-, perte d'autres fonctions), tout au contraire de ce que l'on constate lorsque les circonstances sont défavorables (arrêts de développement et maladie).

Dans tous les cas, l'essentiel est de découvrir ces modifications du substratum et de l'objet qui

sont nécessaires et caractéristiques pour le plein développement d'une fonction. Mais il faut faire entrer ici en considération la réaction sur le substratum de l'exaltation ou de l'affaiblissement exceptionnel d'une fonction.

A chaque fonction physiologique appartiennent en propre plusieurs choses susceptibles d'être quantitativement déterminées, mesurées, pesées, calculées ; il y a pour chacune des facteurs invariables et des facteurs variables. Les uns et les autres doivent donc être autant qu'il est possible quantitativement déterminés : c'est dans l'établissement raisonné de ces déterminations que consiste une des principales tâches de la physiologie contemporaine, laquelle considère a priori toute fonction comme un mélange de processus physico-chimiques et, autant que possible, la traite en conséquence.

Le cours des fonctions.

De même que la vie de tout individu, chaque fonction a un commencement et une fin. La vie partielle que présente chaque fonction considérée en elle-même, parcourt elle aussi, comme la vie générale de l'individu, un premier stade, stade d'accroissement ou progressif, et un second stade, stade de déclin ou régressif, reliés tous deux par un stade souvent fort court, mais souvent long, d'une constance approximative.

( î( is faits valent en général pour les fonctions col-

Maires, comme pour les fonctions des tissus, des organes, des organismes, des familles, des Etats, de sorte que la durée de la vie d'un individu d'ordre supérieur dépasse de beaucoup celle des parties élémentaires qui le constituent, c'est-àdire des individus d'ordre inférieur, car leurs fonctions en partie cessent de bonne heure, en partie n'apparaissent que tard. Un arbre survit facilement pour la centième fois à la vie de ses fleurs ; un globule de sang, une cellule de la lymphe ont une durée beaucoup plus courte que celle de l'homme ou de l'animal dont ils font partie. Mais alors même que les individus et les organes, qui leur appartiennent, ont une égale durée, le cours des fonctions est tout à fait inégal.

Le développement de l'individu implique déjà que les fonctions apparaissent à des époques différentes. Une étude physiologique d'une haute valeur théorique consiste à découvrir l'ordre dans lequel les fonctions apparaissent au cours du développement individuel. L'embryologie expérimentale s'occupe aussi de cette tâche. Le développement de chaque fonction, depuis son commencement jusqu'à sa pleine manifestation, exige qu'on accorde une attention toute particulières aux stades de jeunesse des appareils et agrégats organiques, ainsi qu'à la nature et à l'état de leurs objets, longtemps même après la fin de l'époque embryonnaire.

De même qu'à l'époque du développement, dans la jeunesse, les différentes fonctions n'apparais-

-2G'l PHYSIOLOGIE GÉNÉRALE

sent et ne se déploient pas simultanément, à l'époque de la régression, clans la vieillesse, elles n'entrent point simultanément en décadence et ne cessent pas en même temps et à la fois. Pour la mort, l'accélération du processus régressif est caractéristique.

Il convient de rechercher surtout ici combien la régression de l'organisme dépend des changements matériels du substratum et de l'objet de la fonction, et, inversement, quelle est l'influence de la perte d'une fonction sur le cours des autres fonctions.

Toutefois, ce qui constitue l'objet principal de la physiologie moderne, c'est la fonction dans son plein développement, avant qu'ait commencé le processus régressif.

Interruption et restitution des fonctions.

Nombre de fonctions physiologiques sont périodiques ou rhythmiqucs, c'est-à-dire qu'elles présentent des intermittences qui ont lieu à des intervalles le plus souvent réguliers ; beaucoup d'autres apparaissent et disparaissent à des intervalles inégaux. Lorsque toutes les fonctions sont interrompues, la vie l'est alors aussi totalement. L'art des expérimentateurs peut faire tant que quelques fonctions particulières soient à volonté interrompues et restituées après un certain temps. De môme, l'ensemble de toutes les fonctions peut être interrompu de temps en temps,

et de telle sorte qu'après le rappel de la vie (anabiose), il ne reste plus aucune trace appréciable de cette suspension temporaire. Les expériences de ce genre réussissent facilement avec certaines fonctions par l'emploi du froid, de la sécheresse, de la soustraction d'oxygène et de nourriture. Elles sont du plus haut intérêt théorique et pratique.

L'imitation artificielle des fonctions.

Bien qu'il soit impossible, en principe, de composer un corps vivant quelconque de parties inorganiques— en soi sans vie et incapables de vivre, — sans recourir à des corps vivants ou capables de vivre, quelques fonctions peuvent cependant être imitées artificiellement. Maintes fonctions des organismes supérieurs ont été en réalité imitées soit par clés automates, soit par d'autres machines. Mais, clans tous les cas de ce genre, il ne s'agit toujours que d'une imitation, jamais d'une reproduction. Les moyens qu'on emploie sont autres en tout cas que ceux qui sont employés dans les corps vivants. Les synthèses artificielles des combinaisons chimiques elles-mêmes que l'on rencontre- dans les corps vivants, — ces synthèses sont réalisées d'une autre manière que clans ces corps, quoiqu'on puisse s'attendre à assister bientôt cà une véritable répétition du processus naturel.

La comparaison des fonctions des différents individus.

Lorsque Ton compare des fonctions, il s'agit de déterminer avec précision et d'établir ce que l'on veut comparer. Contrairement à ce qu'on fait en anatomie comparée, on ne doit pas comparer ici ce qui se développe d'une manière concordante (concordance morphologique), les homologues, mais bien les parties qui fonctionnent d'une manière concordante, les parties isodynames, qui sont fonctionnellement équivalentes, quelque différentes que puissent être leur morphologie et leur évolution.

Toutes les fois que l'on compare deux fonctions avec leurs substrata, il y a donc quatre cas à distinguer. Ainsi,

les fonctions sont : les substrata :

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